> Anne-Laure Tissut (Traducteur)

ISBN : 2742758313
Éditeur : Actes Sud (2005)


Note moyenne : 3.97/5 (sur 29 notes) Ajouter à mes livres
Thelonious Monk Ellison, romancier noir américain que la réussite n'a cessé de fuir, se voit un jour reprocher de ne pas écrire dans un style "assez black". Révolté par l'audience phénoménale d'un roman médiocre consacré à la réalité des ghettos, il en rédige, sous pseu... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(5)

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 15 octobre 2008

    Woland
    Erasure
    Traduction : Anne-Laure Tissut
    Thelonius Ellison est noir. Mais il y a plus grave - on ne le lui dit pas mais on le pense si fort que, de toutes façons, il l'a compris depuis longtemps : son grand-père était médecin, son père l'était aussi, sa soeur et son frère le sont. Enfin, en ce qui concerne sa soeur, Lisa, très rapidement, on peut utiliser l'imparfait car la malheureuse est assassinée par un militant anti-avortement particulièrement fanatisé. Ce qui n'est pas sans causer beaucoup de problèmes à Thelonius - surnommé "Monk" ou "Monksie", devinez pourquoi - car Lisa s'occupait activement de leur mère, laquelle commence à perdre la mémoire et, lentement mais sûrement, bascule vers Alzheimer.
    Le problème n'est pas pécuniaire. le Dr Ellison a laissé suffisamment d'argent pour couvrir les soins de sa veuve. Et puis, on peut toujours vendre la maison - ce à quoi Monk se résoudra à la fin du roman.
    Le problème, c'est que Monk se voit mal s'occuper à plein temps et à domicile d'une femme que, deux fois au moins dans le roman, on voit s'enfermer dans sa chambre ou dans la maison et ne plus reconnaître ceux qui l'entoure quand elle ne les menace pas carrément d'un pistolet chargé.
    "Artiste de la famille" comme disait déjà son père, Thelonius a choisi la voie de la littérature. Et pas n'importe laquelle, s'il vous plaît puisqu'il s'agit d'un ersatz de ce que nous autres, Français, avons produit dans les années soixante : le Nouveau Roman.
    Ecrire dans le style "Nouveau Roman", ça prend du temps mais ce n'est pas précisément porteur. Comme le dit si souvent Yul, son agent, au malheureux Monk : "Ecoute, tu n'écris pas assez Noir ! Quel rapport y a-t-il entre le Nouveau Roman et la culture afro-américaine ? Les lecteurs ne peuvent pas comprendre ça ! ..."
    Monk, bien sûr, s'offusque. "Donc, si l'on est noir, réplique-t-il en substance, non seulement on n'a pas le droit de s'intéresser à "Ulysse" (par exemple) mais en plus, il est d'ores et déjà certain qu'on sera incapable d'y prendre goût et moins encore de comprendre ce que voulait dire Joyce ? Eh ! bien, je ne suis pas d'accord !"
    Un jour, l'esprit occupé par ses problèmes familiaux, Monk aperçoit, dans une gondole de supermarché, un livre, écrit par une Noire, et intitulé "Not'vie à nous dans le ghetto." Il s'arrête, l'ouvre, lit quelques paragraphes et, comme tout littéraire digne de ce nom, Noir ou pas, manque s'évanouir d'horreur : syntaxe, dialogues, style au ras des pâquerettes. Evidemment, on a supprimé les fautes d'orthographe - mais enfin, c'est tout juste. Quant à l'image du Noir américain véhiculée par ce livre qui sera bientôt recommandé par Oprah Winfrey (qui est noire d'ailleurs) lors de son fameux talk-show, eh ! bien, c'est toujours la même : misère, drogue, stupidité, haine, délinquance, etc, etc ...
    Pris de rage, Monk décide d'écrire, lui aussi, son roman à la Richard Wright. Ce sera "Ma Pataulogie", qu'il réintitulera plus tard "Putain !" le héros, van Go, est un jeune Noir qui n'a même pas besoin de se droguer pour agir comme un fou furieux. Accro au sexe, il a déjà, à vingt ans, quatre enfants naturels - de quatre mères différentes, bien entendu. Il traîne dans le ghetto, ne se lave pas, bref, passons les détails ... De toutes façons, Everett vous a inséré "Ma Pataulogie" dans "Effacement" : donc, vous ne perdrez aucune miette, rassurez-vous.
    C'était couru d'avance, à peine l'agent de Monk a-t-il envoyé ce nouveau manuscrit à Random House (Random House, eh ! oui !) qu'il reçoit des propositions alléchantes. Seul problème : Ellison ne peut pas bien sûr - et d'ailleurs, il ne veut pas - endosser officiellement une aussi douteuse paternité. Pour l'occasion, il se crée donc l'identité de Stagh Lee et se voit bientôt invité au show d'Oprah Winfrey - toujours elle et toujours noire - sur je ne sais plus quelle chaîne ...
    Grinçant, subtil, ce roman de Percival Everett est une réflexion d'une profondeur rare sur la nature et les diktats du racisme. L'écrivain pointe évidemment du doigt les Blancs avides des livres à la Stagh Lee mais il se montre encore plus sévère envers les Noirs qui cautionnent cette image de leur peuple. Sans nier les problèmes vécus par certains dans les ghettos noirs, Ellison soutient en parallèle qu'on peut - et que l'on doit - briser le cercle vicieux.
    Mieux encore, Ellison démontre que, en refusant à leurs frères le droit d'accéder à la littérature, au savoir, à la connaissance, certains Noirs se montrent aussi racistes que les plus enragés des klansmen. Pour eux, qu'un Noir réussisse dans la société blanche, en utilisant les meilleures des armes mises au point par les Blancs, cela reste une trahison. Raisonnement d'une stupidité sans commune mesure, raisonnement suicidaire également que Monk - et Ellison derrière son personnage - rejette avec vigueur.
    Bon, pour être franche, je n'ai pas trouvé le style particulièrement transcendant même si le contraste entre les extraits "Nouveau roman" de l'oeuvre d'Ellison et l'intégrale de "Ma Pataulogie" est une réussite absolue. Mais "Effacement" vaut largement le détour. C'est un livre qui interpelle (comment peut-on être noir ou conserver son identité, quelle qu'elle soit, sans se voir contraint, y compris par les siens, d'effacer ce qui, finalement, en soi, fait sa personnalité ?) et qui, j'en suis d'ores et déjà certaine, est de ceux que l'on relit tôt ou tard. ;o)
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par keisha, le 04 septembre 2011

    keisha
    Theolonious Ellison est un romancier américain et universitaire reconnu par ses pairs, même si son dernier roman peine à trouver un éditeur. Issu d'une famille aisée, il est noir, "nul au basket", "ne sait pas danser" et d'après un critique, son dernier roman, " finement travaillé, présente des personnages très élaborés, une langue riche et un jeu subtil sur l'intrigue, mais on a peine à comprendre ce que cette réécriture des Perses d'Eschylle a à voir avec l'expérience afro-américaine." Comme il le dit, "la race est un sujet auquel je ne pense presque jamais."

    En librairie ses romans ne sont classés ni en littérature, ni en fiction contemporaine, mais "au rayon études afro-américaines, où ses Perses n'ont d'ostensiblement afro-américain que sa photo en quatrième de couverture." D'où, zéro ventes, forcément.

    Justement ladite librairie propose le best seller "Not'vie à nous au ghetto" de Juanita Mae Jenkins. Ecoeuré par cette prose, il décide d'écrire sous un pseudonyme un roman du ghetto correspondant à ce qu'on attend d'un auteur noir, car il a bien besoin d'argent pour vivre (il a démissionné de son poste pour s'occuper de sa mère frôlant l'Alzheimer; sa soeur médecin vient d'être assasinée; son frère vient d'effectuer son coming out et ça se passe mal. Donc tout retombe sur lui).

    Voici donc Putain! de Stagg R.Leigh, une parodie délirante, l'histoire de van Go Jenkins, dix neuf ans, quatre gamins de quatre mères différentes.
    "La mère d'Aspireene s'est maquée avec un Black, Chien Enragé, qu'on l'appelle, alors pas besoin d'aller flairer son pieu. Pas envie de me faire plomber le cul par un dur. Ça risque pas. Tynelona, sa mère est naze, elle s'est dégoté un calibre 9, j'me pointe, elle me dégomme, pasque j'lui ai pas filé de thune, trois mois, ça fait, qu'elle m'en demande. Ma plus grande, Dexatrina, sa mère elle m'aime toujours. J'pourrais aller tirer mon coup, mais pour m'casser après, autant essayer d'changer du lait en Coca. J' décide d'aller voir Rexall, mon fils. L'est trizaumic, mais ça va. L'a pas besoin d'tête dans c'putain d'monde" Etc pendant 80 pages.

    Patatras! Gros succès, le roman va paraître, il est sélectionnné pour un prix (dont Ellison est juré!). Ellison qui se débat dans sa vie personnelle et ses problèmes.

    "Le terrifiant dans l'histoire est qu'en niant ou refusant toute complicité dans la marginalisation des auteurs "noirs" je me retrouvai au plus loin de l'autre côté d'une ligne n'ayant d'existence qu'au mieux imaginaire. Pour moi, écrire ne relevait ni du témoignage ni du geste de protestation sociale (même si, d'une certaine manière, écrire en relève toujours) et je 'étais pas non plus porté par une prétendue tradition orale. Je n'avais jamais eu l'intention de libérer qui que ce fut, ni de produire la peinture authentique dernier cri de la vie de mon peuple, n'ayant jamais eu de peuple dont j'eusse eu une idée assez précise pour le peindre. Si j'avais écrit juste après la reconstruction, peut-être aurais-je eu pour propos d'élever la condition de mes semblables soumis à l'oppression. Mais l'ironie était superbe. J'étais victime de racisme pour n'avoir pas reconnu de différence raciale ni accepté que mon art fut défini comme un exercice autobiographique émanant d'un représentant d'une race. Je devais donc d'échapper à l'oppression économique à un livre du même acabit que ceux que je jugeais racistes. J'allais devoir porter le masque de la personne que l'on m'imaginait être."

    Merci à Ys (lire son billet) d'avoir mis en lumière ce roman absolument passionnant dont on ressort en se posant des questions sur ce qu'est la littérature afro-américaine -faut-il ces classements, d'ailleurs? Ajoutons une jolie peinture satirique des milieux littéraires, une belle palette d'écriture, de l'érudition (j'avoue ne pas avoir vraiment suivi les quelques pages de conférence, au début...). Sans oublier l'histoire d'un homme devant affronter de difficiles responsabilités, comme tout un chacun, quelle que soit sa couleur. Fort souvent franchement jubilatoire!



    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-effacement-75045..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par julien_le_naufrage, le 24 septembre 2010

    julien_le_naufrage
    "Effacement" semble être le premier roman de Percival Everett traduit et publié en français. Ce n'est peut-être pas, à mon avis, la meilleure porte d'entrée dans son oeuvre. Bon, cela dit, je ne connais qu'un autre livre du bonhomme. Cependant "Effacement" est une oeuvre particulière. Tout en étant un roman, il reste qu'il est également un jeux de style parfois particulier, voir déroutant si on est pas un bon lecteur.
    Les paragraphes sont courts mais la verve d'Everett est prenante et donc on reste néanmoins bien ancré dans le bouquin. Les mésaventures de notre Thelonious Monk, qui pour l'occasion n'est pas un musicien de jazz mais bien un romancier, sont finalement captivante. Il reste que les digressions littéraires mettant en scène des idées de romans de monsieur Ellison sont parfois difficiles à comprendre si l'on a pas toute la culture littéraire et historique requise. Il reste que lorsque l'on comprend l'absurdité des dialogues mis en scène, on se retrouve vite avec un sourire au coin de la bouche.
    (...)
    Il reste que si le livre peut par instant être déroutant, il est néanmoins chargé d'une bonne dose d'ironie laissant à l'occasion un sombre sourire vous emplir le visage. On retrouve également au sein du livre des thématiques que j'avais déjà retrouvées à la lecture de "Blessés" et qui sont : l'identité raciale et la vision de l'homosexualité.
    Je conclurais en disant que le livre fut une bonne lecture, certes par instants déroutante, mais qui ne m'a néanmoins jamais donné à un seul instant l'envie de l'abandonner. Il reste que pour moi, ce n'est pas la meilleure oeuvre pour découvrir Percival Everett. Je conseillerais d'abord "Blessés" car "Effacement" a tout de même quelque chose d'un peu trop intellectualiste...
    Au passage j'applaudis Actes Sud / Babel qui publie certains de ces livres comme celui-ci sur du papier FSC.
    TOUTE LA CHRONIQUE en suivant le lien sur mon blog

    Lien : http://naufragesvolontaires.blogspot.com/2010/03/effacement-de-perci..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par alicejo, le 12 novembre 2010

    alicejo
    Totalement séduite! A ceux qui commencerait ce roman, ne vous laissez pas décourager par l'exposé d'Ellison sur le roman expérimental. Je n'ai RIEN compris mais ça ne m'a pas empêché de savourer pleinement ce(s) roman(s).
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Kroustik, le 26 janvier 2012

    Kroustik
    Un vrai plaisir à relire, je savoure plus l'humour que la première fois.
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)

> voir toutes (2)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par sgouillo, le 24 août 2011

    Le 1er roman que j'ai lu de Percival Everett était Désert Américain. J'ai été littéralement séduite par cette satyre du rêve américain, proche de la science fiction. Puis j'ai lu 2 autres romans plus conventionnels .
    Effacement est proche de Désert Américain par le genre : satyre, critique du monde de l'édition et des stéréotypes : qui dit noir, dit, délinquant, violent, grossier....
    A lire, pour moi, le prochain Percival Everett sera Glyphe.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (0 votes positifs)
  • Par Morriszapp, le 08 mai 2010

    Pauvre de moi ! Un homme sans religion, sans un mensonge valable duquel me prévaloir. (p. 83)
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)

> voir toutes (3)

Videos de Percival Everett

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Percival Everett

Percival Everett itw .
Entretien avec Percival Everett filmé au Publicis Drugstore (Paris 8ème) le 30 septembre 2008. Interview Isabelle Rabineau / Interprète Dominique Chevalier.Vidéo sous-titrée en français :http://www.dailymotion.com/video/x71nz3?subtitle=frArticle sur Percival Everett :http://blog.topolivres.com/blogtopolivres/2015/








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Effacement par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (53)

> voir plus

Quiz