Quel plaisir de retrouver cette contemporaine de
Charles Dickens ! J'avais aimé
Femmes et filles, mais je dois avouer que j'ai adoré ce roman-ci. J'avais hâte de lire ce titre tant mes camarades blogolectrices me l'avaient conseillé, et je n'ai pas été déçue. Ne reste maintenant qu'à visionner la série BBC qui en a été adaptée.
La jolie Margaret Hale vit avec ses parents dans le Hampshire. Une vie douce et paisible dans le cadre bucolique de cette campagne anglaise dont le caractère de la jeune fille s'accommode à merveille. Margaret aime à se promener dans les bois et peindre, goûter les fruits du jardin familial, prendre le thé près de la fenêtre en contemplant la campagne… Hélas, ces charmants moments ne sont qu'éphémères. Un événement bien désagréable pousse le père de Margaret, qui est pasteur, à renoncer à sa cure. Voilà la famille Hale contrainte de s'exiler dans le nord de l'Angleterre, à Milton-Northern.
On peut imaginer sans peine l'angoisse de Margaret, sa tristesse et sa mélancolie. le choc est rude ! Les Hale échangent leur sud rural contre un nord industriel, à la triste mine, aux usines polluantes et où la population se comporte différemment. Les manières des gens de la rue semblent bien grossières, de même que le langage, et que dire du comportement cruel des patrons de filatures ?
Si l'ancien pasteur s'adapte plus rapidement grâce à sa nouvelle activité de professeur, il n'en va pas de même pour Margaret et sa mère. Mr Hale compte parmi ses élèves un jeune homme séduisant, riche industriel, John Thornton, qui cherche à élargir sa culture personnelle. La rencontre entre John et Margaret ne se passe au mieux : s'il est d'abord ébloui par la beauté de la jeune femme, John ne tarde pas à la trouver hautaine, tandis que Margaret supporte difficilement les manières brusques du jeune homme et ses opinions sur le monde ouvrier.
Si le début du roman évoque bien certainement
Jane Austen, il se rattache cependant assez vite aux œuvres de
Charles Dickens.
Elizabeth Gaskell ne se contente pas de nous décrire la romance contrariée entre John Thornton et Margaret Hale. Elle oppose ces deux visages contrastés, un sud rural où il fait bon vivre, dont les cultures participent à nourrir ce nord en pleine expansion où filatures et usines ont modifié pour toujours le paysage anglais.
Néanmoins,
Elizabeth Gaskell n'était pas dupe, elle connaissait les réalités de son époque. Sous sa plume, Margaret finira par avouer que la pauvreté règne aussi dans les communautés rurales, tandis que Thornton prouvera qu'il n'est pas un patron exploitant ses ouvriers, et que sa bonne santé financière ne dépend pas uniquement de lui. Même si ces différences ne sont donc pas aussi marquées qu'on pourrait l'imaginer, je n'ai pu m'empêcher de songer aux écrits de
Tolkien, de
Béatrix Potter ou des pré-raphaélites déplorant l'avènement de l'ère industrielle, qui causa tant de mal aux paysages anglais et à l'économie rurale.
Tout comme chez Dickens ou Austen, nous croiserons des personnages secondaires savoureux : la gouvernante Dixon, exclusivement attachée à Madame Hale, toujours ronchonnant, l'autoritaire et imposante Mrs Thornton qui veille jalousement sur son fils, le syndicaliste Nicholas Higgins dont le rôle permet à l'écrivain de donner son opinion sur les grèves, le charmant Mr Bell, professeur à Plymouth Collège et dont la générosité sera déterminante dans la conclusion de cette histoire d'amour…
Elizabeth Gaskell impose bien des épreuves à son héroïne, moins délicate et fragile qu'il n'y parait, tandis que John Thornton dévoile bien des fêlures malgré sa carapace.
Un peu comme pour
Orgueil et Préjugés de
Jane Austen, nous savons bien que l'histoire d'amour entre Margaret et John connaîtra un happy end, mais le plaisir de cette lecture n'en est pas diminué pour autant car l'écrivain donne à ses lecteurs matière à réflexion sur bien des aspects de la vie de cette époque en entretient savamment le suspense en introduisant nombre d'événements en guise rebondissements. Loin d'être un simple roman sentimental,
Nord et sud est une œuvre plus complexe s'enrichissant d'une intéressante analyse sociale. Un délicieux retour dans cette époque victorienne que j'aime tant qui devrait ravir tous les amoureux de la littérature anglaise.
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