ISBN : 2864324040
Éditeur : Verdier (2004)


Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres

Il s'agit dans ce petit livre de retracer la découverte de l'existence entre et par deux langues. L'allemand maternel bien-aimé, la langue des émerveillements et des étonnements premiers, fut aussi la langue interdite, la langue a jamais d... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 15 septembre 2011

    ay_guadalquivir
    Une nouvelle fois, l'occasion m'est donnée de dire combien j'aime les livrées dorées des éditions Verdier, qui souvent s'ouvrent sur des livres magnifiques. Georges-Arthur Goldschmidt est écrivain et traducteur, notamment de Peter Handke, mais aussi de Kafka, Stifter et d'autres. Ce livre est tout à fait essentiel, puisqu'il y raconte comment, ayant fui l'Allemagne nazie et finalement réfugié en France, il fit la connaissance de la langue française, et sans doute de lui-même. Il y a dans ce livre une sorte de de transfiguration, qui n'est pas oubli de soi, mais plutôt renaissance dans d'autres mots. Ce livre, c'est aussi la déchéance de la langue allemande, défigurée par le régime hitlérien, qui renaîtra peu à peu en lui. Au final, il apprendra de cette aventure qu'aucune langue ne circonscrit une autre, qu'elle peut s'enfouir et renaître, ou soudain apparaître. Je recommande chaleureusement ce livre à tous ceux qui aiment la langue allemande, et amicalement à tous ceux qui croient un peu à la magie des langues.
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Citations et extraits

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  • Par ay_guadalquivir, le 15 septembre 2011

    " Or, tout arriva en même temps, ce même jour d’octobre 1943 fut celui aussi d’un double accès à l’écriture. Au lieu de me donner, comme de coutume, à copier deux cents fois : « Je dois apprendre à ne pas bavarder en classe » ou « Je vais recevoir la fessée parce que je suis un paresseux », on se mit en tête de me faire copier « Le distrait » extrait des Caractères de La Bruyère. C’était la première fois que j’écrivais du français de cette façon-là. J’eus l’impression de planer au-dessus du texte, je n’avais jamais encore remarqué le bizarre et pittoresque agencement de toutes ces lettres qu’on n’entendait pas, pour la plupart, quand on lisait à haute voix et qui semblaient orner la page ; leur succession me surprenait, cela virevoltait élégamment. Dans la détresse quotidienne, cette langue que je recopiais ainsi faisait un surprenant et merveilleux refuge.
    Tout y était différent de mon allemand maternel. Tout s’y passait autrement. Sous les phrases parfaites de La Bruyère se profilait, malgré moi, cette langue allemande. Elle était là, bloc d’effroi et de terreur, comme si on avait supplié jusqu’aux arbres de prendre votre place ; jusqu’aux clôtures de jardin qu’on enviait de ne pas être vous. Les uniformes brun-jaune avec le baudrier oblique du parti nazi, le NSDAP : l’épicier, le marchand de charbon, l’instituteur, tous ces gens qu’on connaissait et redoutait, raides, bottés, en rangs, qui défilaient dans les rues du village en brandissant le drapeau à croix gammée."
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