Si «
Le Loup des steppes » (du même auteur) a pour idée principale la volonté d'un épanouissement réalisé dans l'harmonie et l'équilibre. Cette recherche s'affirme dans l'écriture allégorique de «
Narcisse et Goldmund » qui traite de l'union, de l'ascétisme et de la jouissance, à travers l'amitié qui lie le moine Narcisse et l'artiste Goldmund.
Narcisse évolue dans le monde des sciences et de la logique, Goldmund, quant à lui, vit davantage dans le monde sonore et des images. L'un est attiré par la pensée, les concepts et les abstractions, alors que l'autre est un individu richement doué dans ses sens et possède une grande dimension émotive.
En mettant en relief leurs différences, Hesse souligne l'idée selon laquelle il faut être capable de discerner en nous ce qui nous constitue ; et, à partir de ce qui caractérise véritablement notre nature profonde, apprendre ce qu'il ya de plus honorable en nous!
Par rapport au roman, le rôle de l'amitié entre les deux personnages est très important dans la mesure où Narcisse, jeune novice savant et enseignant dans un monastère, fait prendre petit à petit conscience à Goldmund que sa vraie nature se trouve dans les arts et non dans les sciences (en effet, celui-ci a été amené au monastère, par son père, pour y recevoir une éducation religieuse !).
Sur les conseils de son ami, Goldmund partira à la recherche de sa vraie nature : en parcourant le monde, et se formera à travers divers expériences (son apprentissage des plaisirs charnels, la quête de l'autre avec les désillusions qui peuvent en découler, un amour véritablement vécu (avec une femme dénommée Lydia) passionnel et tourmenté, etc.).
Celui-ci découvrira sa vraie nature telle que Narcisse l'avait discerné véritablement en lui : tourmenté mais intelligent, Goldmund trouve dans l'art un moyen de se réaliser : cette activité durable (comme la science d'ailleurs) lui permet de transcender les instants fugitifs et les plaisirs éphémères de la vie qui n'engendrent que frustrations et insatisfactions…
Après trois ans d'errance et d'apprentissage de la vie, le vagabond retourne au monastère auprès de Narcisse.
Roman initiatique (certes, par l'apprentissage de la vie de Goldmund). Mais c'est aussi une œuvre de réconciliation des contraires (la science et l'art sont symbolisés respectivement par
Narcisse et Goldmund, qui se retrouvent à la fin du roman).
La petite philosophie que nous pouvons en tirer de ce beau livre est que : lorsque l'on parle de différence, il ne faut pas songer qu'un tel est pire ou un autre est meilleur. Il faut penser, seulement, que chacun de nous est « Autre ».
«
Narcisse et Goldmund » est une bonne introduction si l'on veut lire, par la suite, «
Le Jeu des perles de verre » qui se présente comme un roman d'anticipation, en soulignant fortement la nécessité d'allier données intellectuelles et données sensuelles. Les opposés ne doivent pas être dissociés mais devenir complémentaires…