Knulp est un vagabond. le monde est à lui et il se saisit, lorsque occasion se présente, des circonstances pour en faire un plaisant exutoire, ou une plus amère expérience. Car par delà l'idéal, la volonté de vivre en marge, libéré de la convention sociale et des exigences qu'elle saura avoir pour tout un chacun, il y a le quotidien choisi, éprouvé et fugitif. Comme pour tout un chacun.
Cette existence à laquelle s'adonne
Knulp, à l'écart de toute gloire et s'efforçant de conquérir sa part de bonheur, n'a que peu d'éclat. On y découvre des jours un peu ternes, avant peut-être d'entendre que le sens de ce mot n'évoque pas vraiment la pâleur, mais une patine encore belle à observer, où la vie s'est lissée de ses grandes (trompeuses?) aspirations, pour choisir de ne pas se consumer dans l'attente. Elle n'offre, en cela, pas seulement la liberté, mais aussi de franches désillusions.
Aussi, lorsque viendra un temps où la jeunesse ne sera plus exactement de mise ... quel accueil va-t-on, parmi ses anciennes connaissances et à travers les villages jadis traversés, réserver à
Knulp, maintenant que des temps plus sombres se profilent ?
Ce très court roman, où l'on perçoit en écho (forcément) les thèmes chers à
Hermann Hesse, dresse le portrait d'un être blessé mais traversé par la lumière. Prêt à payer pour ce qu'il est, mais à vivre aussi. Pour autant, il lui faudra boire, encore, à la coupe de l'amertume. La liberté a un prix et la société, dans ce qu'elle a de plus aliénant, semble en mesure d'en fixer le montant.
Je m'aperçois qu'il est extrêmement difficile de parler de ce petit livre, très fin sous ses airs juste esquissés. On pourrait lui reprocher son allure un peu ramassée, l'écriture qui, contrairement à d'autres oeuvres de
Hermann Hesse, apparaît parfois vieillotte (traduction ?) ; c'est sans compter la force de démonstration qui apparaît, de façon certes un peu voyante, aux détours du récit et de son lent acheminement vers la conclusion. (la tournure des dialogues, comme la forme du propos, revêt parfois les atours de la parabole).
De
Hermann Hesse, préférez de loin
Le Loup des steppes , s'il fallait n'en lire qu'un, toutefois.
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