La baïne est un courant marin qui se révèle violent pour Sandrine et Julien, couple uni par un quotidien sans aspérités jusqu'à l'arrivée d'Arnaud, parisien venu faire des repérages pour les besoins d'un film.
Ce pourrait être une histoire d'adultère ordinaire si elle ne se déroulait pas à Soulac, presqu'île au tempérament ilien et sauvage, dans un Médoc aussi beau que violent, bordé par la menace permanente d'un océan farouche. Au milieu des carrelets, ce triangle amoureux prend d'étranges contours. On devine une fin tragique, le suspense naît moins de la catastrophe que de l'attente qui la précède. Pour cela, l'auteur défile avec une élégance glaçante la trajectoire de Sandrine, cette femme infidèle qui, au fur et à mesure qu'elle s'épanouit au milieu de la douceur des oyats, voit le ciel bleu au-dessus de sa tête s'assombrir. La vigilance n'est jamais suffisante lorsque les regards aux alentours se font inquisiteurs et carnassiers à l'égard de tous ceux qui ne sont pas nés ici. Les instincts grégaires sont redoutables.
Avec la force de la justesse et de la simplicité,
Eric Holder sait transformer des vies minuscules en un drame sombre qui transfigure la banalité. Il confère une certaine poésie aux évènements les plus prosaïques en ponctuant doucement ses effets, empruntant une voix douce avant de suggérer subrepticement un ton plus inquiétant…il y a comme une beauté austère dans l'écriture, sans oublier une sensibilité qui saisit tout aussi bien le vertige de l'amour que la solitude des gens et des paysages face aux regards suspendus.