> Françoise Schwab (Éditeur scientifique)

ISBN : 208067644X
Éditeur : Flammarion (1998)


Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
La Mauvaise Conscience
Du mensonge
Le Mal
L'Austérité et la vie morale
Le Pur et l'Impur
l'Aventure, l'Ennui, le Sérieux
Le Pardon.
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 30 janvier 2009

    Un tableau célèbre de Rembrant, qui est au musée d'Amsterdam nous fera peut-être comprendre la fonction de l'aventure. Dans la Ronde de Nuit, en bas et à droite du tableau, et surgissant des ténèbres où la scène est presque entièrement plongée, il y a un homme vêtu de jaune. Que signifie cet homme d'or dont a parlé en termes admirables un poète contemporain ?
    Nous ne nous hasarderons pas à le dire. Mais il sera beau de penser que cet homme d'or est le principe de l'aventure. Dans l'obscurité de la nuit, l'homme introduit de la lumière. Le clair-obscur n'est-il pas l'éclairage ambigu de la démarche aventureuse ? Attirée par la certitude incertaine de l'avenir et de la mort, l'aventure, disions-nous, est à la fois close et ouverte : elle est donc entr'ouverte, comme cette forme informe, cette forme sans forme qu'on appelle la vie humaine ; car la vie de l'homme, fermée par la mort, reste entrebâillée par l'ajournement indéfini de la mort. Pour celui qui est dedans, l'immanence signifie le sérieux, l'absence de forme, la clôture intestinale, la certitude de mourir ; mais pour le joueur l'existence de meure ouverte, et les formes filles du libre arbitre, allègent la fatalité compacte. Ouverte et fermée, claire et obscure, telle apparaît la vie quand on est à la fois dedans et dehors. A la ronde qui tourne dans les ténèbres de la nuit sans déboucher nulle part, l'homme de lumière, l'Ulysse des temps modernes désigne l'ouverture : et ce n'est qu'une entr'ouverture. Mais cette entr'ouverture nous donne déjà une entrevision de l'infini. Le cercle est donc brisé. L'homme de lumière, c'est le principe du temps qui indique à la ronde nocturne le chemin de l'aurore.
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  • Par Piling, le 24 décembre 2008

    Car on ne ment jamais sans le vouloir. De là la gravité du premier mensonge chez un enfant. Le jour de ce premier mensonge est un jour vraiment solennel où nous découvrons chez l'innocent la profondeur inquiète de la conscience. C'est donc que l'innocent en savait long : qu'il était bien dégourdi pour un innocent... Où a-t-il pris toute cette expérience ? et depuis quand se permet-on d'avoir des secrets, de nous cacher quelque chose ? "Ecoutez", s'écrie Golaud, "je suis moins loin des grands secrets de l'autre monde que du plus petit secret de ces yeux !" Et nous nous indignons presque, comme si nous étions personnellement frustrés dans nos droits, comme si tout ce pur avait promis de nous garder sa pureté. Comment ces yeux candides savaient-ils tant de choses ? qui les leur a apprises ? Mais non, personne ne leur a jamais rien appris : c'est la conscience qui s'est déniaisée toute seule, en découvrant un beau matin son admirable pouvoir de dissimulation et de ruse. La prise de conscience arrive ainsi brusquement. On trouverait peut-être, à y regarder de près, que le thème immémorial de la perfidie féminine traduit à sa manière cette déception de l'homme réfléchi, "conscius sibi, secum existens", qui n'a pas trouvé en sa compagne l'indivision de la naïveté originelle. Car pourquoi l'ingénue à son tour n'aurait-elle pas le droit de devenir impure et consciente ? La pudeur ne reconstitue-t-elle pas chez les femmes cette dimension du mystère et de la profondeur qui pour les hommes résulte plutôt de la stratégie ? Le premier mensonge est donc bien la première ride sur le front lisse de l'innocence, la première complication annonciatrice de duplicité, la première ombre qui vient à ternir ce lin immaculé de notre candeur. Que le mensonge soit bénin ou grave ne change rien à son importance, car la grande affaire n'est pas le volume du mensonge, mais l'intention même de mentir, et c'est cette intention qui en un éclair signifie notre virginité perdue : la moindre tromperie
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  • Par Piling, le 23 décembre 2008

    Ce qui suit ne nous regarde plus et il faudrait un autre livre pour en parler : la digestion du péché par les bonnes oeuvres, l'histoire d'une volonté qui se réconcilie définitivement avec elle-même et qui résorbe jusqu'aux suites matérielles de ses fautes ; ces choses-là - et les jeûnes, et les aumônes et la floraison des oeuvres charitables - sont l'affaire de la Pénitence et non plus du Repentir. Toute cette magie sacramentaire, tout ce zèle ne sont possible que pour une conscience déjà pacifiée. Pour en arriver là, il faut revivre sa faute ; l'avoir, en quelque sorte, refaite ; mais ensuite il faut l'avoir oubliée. L'oubli que ne précède pas cette expérience aiguë de notre propre liberté, connaît des satisfactions impersonnelles et fragiles ; il ne supprime la douleur qu'en supprimant aussi la joie, il ignore les consolations robustes et vraiment positives du repentir. Le repentir, lui, veut notre joie ; il n'est pas résignation, indifférence ou anesthésie de l'âme ; il ne nous a pas promis la triste bonne humeur des malades qui se savent perdus, et qui refusent gaiement d'y penser ; il nous a promis la vie. Le repentir est l'intégration de notre faute dans une totalité perpétuellement élargie, transformée, approfondie. Il n'est pas de faute que la conscience n'ait le pouvoir d'assimiler ; infiniment élastique et dilatable, elle sait demeurer toujours complète ; sans doute elle n'anéantit pas ses péchés, mais elle les transfigure ; le souvenir des vieilles fautes réparées demeure en nous comme une sorte de barbarie bienfaisante qui est le pain et le sel de l'esprit. Schelling aimait à citer la parabole de la brebis égarée et le paradoxe arithmétique qui la suit. Et c'est en effet le cas de s'écrier : "felix culpa ! bienvenue la faute, qui donne lieu à la désolation justifiante ! bienheureux le pécheur, s'il doit éprouver la rédemption par le remords !
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  • Par Piling, le 24 décembre 2008

    Il y a du vrai dans cette doléance universelle des hommes et des femmes qui se prétendent méconnus : à les en croire ils vaudraient toujours mieux que leur métier, n'auraient pas le bonheur auquel ils ont droit, ni une importance en rapport avec leurs aptitudes, etc... A la lettre cela est rarement vrai, car je tiens qu'en règle générale les hommes sont tout ce qu'ils pouvaient être. Mais, du point de vue métaphysique, cela signifie que leur ipséité est toujours au-delà. C'est un fait que la méconnaissance étiole, comme la haine qu'on nous porte nous aigrit ; que de rester incompris, ou de n'être jamais cru développe en nous, comme dans le Petchorine de Lermontov, l'envie de tromper ceux-là qui nous soupçonnent. Et de là une espèce de sournoiserie farouche qui est parfois tout près de la pudeur. Mais l'inverse n'est pas moins vrai, et si la méfiance appelle la tromperie, la confiance, faisant boule de neige, induit en l'autre comme un zèle de s'en montrer digne, c'est-à-dire se redouble et justifie elle-même par une franchise, qui, étant son effet ou postulat, devient sa cause. C'est donc bien le lieu de le dire, il y a des fourbes autour de nous et cela ne nous fait pas honneur. A chacun des menteurs qu'il a mérités et qui lui renvoient fidèlement son image, comme au consommateur peu exigeant les médiocres spectacles renvoient fidèlement l'image de sa vulgarité et de son mauvais goût.
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  • Par Piling, le 20 janvier 2009

    Satan, le génie du mélange total et le patron des brouillons, n'est-il pas dans nos superstitions le brouilleur par excellence ? C'est lui, le grandissime brouilleur, qui non seulement mélange à l'infini les éléments de l'innommable macédoine, mais encore "brouille" les hommes entre eux : le frère avec le frère, les enfants avec les parents... Il les brouille, c'est-à-dire, à la lettre, complique leurs rapports : car des rapports d'inimitié, des rapports brouillés forment une situation plus confuse que des rapports d'amitié ; au rapport fraternel ou filial, qui est rapport simple, direct et primaire, la brouille subsiste un rapport secondaire et tordu, un rapport passionnel, un rapport ambivalent, celui, par exemple, des frères ennemis ou de la haine filiale, qui est un chiasme d'aversion et d'attraction consanguine ; quelque chose d'opaque embue la transparence du rapport naturel ; des arrière-pensées inavouables, des équivoques, des malentendus entortillent sur elle-même la simplicité unie du premier rapport. Si la bouderie est la forme la plus bénigne de cette tension, la guerre en est le degré le plus aigu, - la guerre, c'est-à-dire la limite extrême de la brouille, la guerre, c'est-à-dire le grand brouillage qui désaccorde violemment le pluriel des personnes hostiles, et en même temps le grand "démêlé" qui débrouille non moins violemment l'enchevêtrement confus de la discorde.
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Vladimir Jankelevitch a la MJC de Bourges
Le philosophe Vladimir JANKELEVITCH fait une conférence à la Maison de la culture de Bourges : il parle de la morale à un public essentiellement composé de jeunes.Interview d'un jeune homme: "il est très fort, il a une vieille pèche."











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