Satan, le génie du mélange total et le patron des brouillons, n'est-il pas dans nos superstitions le brouilleur par excellence ? C'est lui, le grandissime brouilleur, qui non seulement mélange à l'infini les éléments de l'innommable macédoine, mais encore "brouille" les hommes entre eux : le frère avec le frère, les enfants avec les parents... Il les brouille, c'est-à-dire, à la lettre, complique leurs rapports : car des rapports d'inimitié, des rapports brouillés forment une situation plus confuse que des rapports d'amitié ; au rapport fraternel ou filial, qui est rapport simple, direct et primaire, la brouille subsiste un rapport secondaire et tordu, un rapport passionnel, un rapport ambivalent, celui, par exemple, des frères ennemis ou de la haine filiale, qui est un chiasme d'aversion et d'attraction consanguine ; quelque chose d'opaque embue la transparence du rapport naturel ; des arrière-pensées inavouables, des équivoques, des malentendus entortillent sur elle-même la simplicité unie du premier rapport. Si la bouderie est la forme la plus bénigne de cette tension, la guerre en est le degré le plus aigu, - la guerre, c'est-à-dire la limite extrême de la brouille, la guerre, c'est-à-dire le grand brouillage qui désaccorde violemment le pluriel des personnes hostiles, et en même temps le grand "démêlé" qui débrouille non moins violemment l'enchevêtrement confus de la discorde.
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