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EAN : 9782742741618
213 pages
Actes Sud (03/02/2003)
3.46/5   120 notes
Résumé :
Hardie et aventureuse, une jeune femme passe une petite annonce pour offrir ses services de lectrice à domicile. Ses auditeurs se prennent très vite au jeu de sa voix charmante, elle leur lit des œuvres de Maupassant, de Duras ou encore de Sade. A chaque client, un auteur différent ; telle est la règle qui lui permettra de donner vie aux fantasmes d'un adolescent, d'une générale ou bien encore d'un P-DG.
Empreint d'un soupçon d'érotisme, ce célèbre roman de R... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Ce qui est étonnant dans ce livre est de voir à quel point la lecture en est le pivot et le prétexte. Elle est à la fois le métier du personnage principal, un sujet de conversation (avec le professeur Sora), la condition qui fait que les différents protagonistes du livre apparaissent (l'annonce), la possibilité pour nous de les connaître et de savoir ce qu'ils sont et ce qu'ils pensent. Sans elle, le livre n'aurait pu être écrit et en même temps, elle semble servir de point de départ essentiel pour nous apprendre ce qui lie intensément les êtres par le désir et la nécessité pour chacun de le communiquer.

Cette lecture est avant tout -communication- puisqu'elle est orale, Marie-Constance pour les besoins de son métier lit ses textes dans ce qu'elle appelle la « chambre sonore », une pièce où seule sa voix est présente, un lieu où la voix humaine est à l'image des murs bleus qui le composent, comme si son origine inconnue ou divine donnait au lieu même où elle s'énonce un caractère d'étrangeté et d'étonnement. le passage où Marie-Constance sort de « la ville pour marcher dans les bois » est significatif. Nous avons l'impression que les diverses péripéties auxquelles son métier l'a entrainée et qui sont autant de questions pour elle, la poussent hors d'elle-même jusqu'à l'origine énigmatique de la parole et de l'homme : « Tout en laissant venir, par bribes à mes lèvres, tout ces petits bouts, fragments, éclats de choses lues qui dansent dans ma tête…..Mon Dieu, qui suis-je ? »

Toutes les personnes qui répondent à l'annonce ( les parents pour les enfants et les autres ) même si ils sont effectivement intéressés par une lecture orale de textes littéraires, sont avant tout on le voit bien dans le livre, préoccupés par la nécessité d'exprimer ou de communiquer un désir le plus souvent caché ou n'ayant pas la possibilité d'être pleinement formulé ; pour le jeune Eric des émois sexuels et une sensibilité poétique ; pour la Générale une complicité à l'égard de ses ferveurs révolutionnaires incongrues pour une aristocrate ; pour le PDG un besoin de rompre sa solitude pour assouvir un désir affectif et sensuel ; pour la jeune Clorinde l'envie de s'amuser (de se défouler) comme peut le ressentir une petite fille face à la pression quotidienne d'une mère autoritaire, etc… Chacun de ces personnages réagira à la présence humaine de Marie-Constance et à l'écoute de la lecture choisie ou pas, de manière à ce qu'il puisse exprimer quelque chose qui étouffe en lui et qui a besoin de se libérer.

Il est facile de s'en convaincre car la lecture est systématiquement interrompue par une réaction et le cours du livre déborde sur autre chose qui est l'affirmation du désir de celui qui écoute. Même si dans le cas d'Eric les deux peuvent avoir lieu, il écoute et regarde les jambes de Marie-Constance qu'elle dénude complaisamment. L'origine de ce désir se manifeste à chaque fois que la lecture littéraire commence et que la voix en devient le guide, cette voix est l'expression et le reflet du désir auquel répond le désir particulier de chacun. Michel Dautrand semble le confirmer lorsqu'il dit : « Tout vient de votre voix ! elle me pénètre jusqu' au fond des moelles ! » La voix de Marie-Constance est le « festin royal » qui apaisera peut être le désespoir de Dautrand : « je suis dans la situation de quelqu'un qui n'aurait pas mangé depuis des mois et qu'on met tout d'un coup devant une table somptueuse ». Cette voix est comme un festin alimentaire qui soulagera le désir sexuel du PDG, Marie-Constance le sait puisqu'elle dit : « j'essaie de lui faire comprendre que les mérites de la lecture ne sont pas si étrangers à ceux de l'amour qu'il semble le croire ».
Nous nous apercevons d'ailleurs dans cette scène que seul le maintien de la lecture - alors que le couple devrait passer directement aux actes - répondra à l'accomplissement harmonieux de l'étreinte.

Est-ce à dire qu'il y aurait un lien entre l'oralité et la jouissance ? Stendhal mentionne dans son journal intime qu'il aurait été confronté à une énigme qui est celle d'éprouver une excitation en parlant. Ceci pourrait nous amener à ce que Freud avec la psychanalyse conclut dans l'un de ses livres, quand il explique : « Nous avons remarqué que l'on pouvait reconnaître dès le tout début de la vie sexuelle enfantine, les prémices d'une organisation des composantes pulsionnelles sexuelles…Dans une première phase très précoce, l'érotisme
oral est au premier plan. » Cet aspect est peut être pas si incongru lorsque nous pouvons l'utiliser en faisant des rapprochements.

Ceci dit, il est à remarquer dans ce livre que le choix des auteurs lus commence avec Maupassant et se termine avec Sade. Nous avons l'impression que cette voix qui lit et exprime le désir à travers des textes qui manifestement n'ont aucun caractère érotique est comme pris au piège à la fin par la convoitise de tous et de certains plus radicalement. Marie-Constance qui illustre par sa voix le désir des autres est un miroir où tous les fantasmes finissent par se refléter. Elle est à elle seule le Désir et en subit le poids étrange, la scène dans le bois montre qu'elle est jetée dans l'infinité du désir et que celui-ci à ce moment, n'a d'autre but que la nature entière, que la voix humaine qui en est l'expression évoque par la célébration poétique voire extatique : « j'aimerais nettoyer minutieusement les troncs de leur vieille écorce, puis les étreindre, les embrasser, poser mes lèvres sur le bois nu. Mâcher les jeunes feuilles dès qu'elles vont sortir. Me griffer la figure à celles qui subsistent et peuplent les fourrés. Marcher sur cette terre sans espadrilles ni chaussettes…avancer encore. Plus loin. »

Comme par fatalité, Marie-Constance en vient à lire Sade, elle qui éveillait les timides envies d'Eric par la lecture d'un poème allusif de Baudelaire finit par se retrouver dans un petit salon calfeutré, accompagnée des notables de la ville avec devant les yeux ce texte où les désirs les plus monstrueux sont exposés : Les 120 journées de Sodome. le salon devient le théâtre où le désir, la parole, et la littérature vont peut être s'unir dans un même effort afin qu'un sens équivalent puisse les confondre.
Les trois notables assis face à Marie-Constance et qui attendent la lecture reproduisent précisément, le contexte mis en scène par Sade dans les -120 journées-. Lorsque les libertins écoutent les récits de débauches des historiennes, nous avons l'impression de « tomber » dans le livre que tient à cet instant la lectrice dans ses mains : quand nous savons que ce protocole sert à mettre en –appétit- nos libertins que de jeunes garçons et filles auront le malheur d'apaiser, nous comprenons mieux l'effroi de la lectrice et l'ironie de Raymond Jean.
Ce jeu subtil et profond entre la parole, le désir et la littérature est exposé par l'auteur dans son livre : La poétique du désir, qui se donne pour tâche d'éclaircir : « L'intention fondamentale de tout acte d'écriture ». Il semble qu'il y ait à l'origine de la création littéraire, un manque que le désir cherche à combler, « exprimer le principe agissant qui est à l'origine de tout texte littéraire nécessairement constitué à partir d'une absence, d'un vide que l'écriture a pour fonction de remplir. » Ce manque et le désir qui en résulte est proprement humain comme la littérature peut l'être et comme Lacan l'explique quand il dit que le moi s'organise autour de son -manque à être-. Ceci fait étrangement écho aux attitudes respectives des personnages de la lectrice à l'écoute des textes littéraires lus car la parole à ce moment semble illustrer à elle seule le vide qui est à l'oeuvre dans le livre et chez les êtres puis le désir que celle-ci éveille : « le désir dans le langage est d'abord la recherche insistante d'un objet qui ne se connaît pas encore et que la voie qu'il emprunte est celle d'une érotique ». Il suffit que le langage lui-même devienne l'objet de ce désir pour que l'oralité et la jouissance puissent être confondues.
Raymond Jean mentionne dans son essai que le désir qui en jeu dans la littérature peut se révéler « dans sa nature proprement sexuelle » en ajoutant de ne pas omettre « la part immense de l'éros dans la vie et l'oeuvre de l'écrivain.

Comme on le voit, la « Lectrice » est un livre d'une extrême richesse dans lequel la lecture est prétexte comme je le disais au début à un questionnement profond et lumineux sur l'écriture, le désir, le langage et les êtres.













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Ah la la ! Qu'est ce que je l'ai aimé ce film ! Un film culte presque autant que "Chantons sous la Pluie" et "Peau d'Âne", de ceux qui laissent une sensation de légèreté et de bonheur. Il faut dire que M. Deville n'avait pas lésiné sur la distribution, depuis Maria Casarés jusqu'à Ludwig van Beethoven. Bien sûr, je m'étais promis de ne pas lire le livre ! Trop prégnant le film. Je ne pouvais qu'être déçue.
Quelle sotte !!!
Erreur réparée et avec bonheur.
Un petit hommage en passant à la finesse de l'adaptation réalisée. le scénario est fidèle à l'oeuvre de Raymond Jean. Ecrit en 1986 et adapté au cinéma en 1988. Dans la foulée.
Avec le recul, j'ai apprécié la finesse avec laquelle Raymond Jean transmet l'air du temps de cette époque. L'érotisme et la sexualité n'avait rien de malsain. Chaque adulte faisait ce qu'il voulait de son corps et de ses lubies, ainsi Marie-Constance et son mari et ses "clients". C'est vrai qu'elle a quelque chose d'une ingénue libertine à la Colette. Bourgeoise lettrée qui s'ennuie un peu dans son confort, qui a encore, un peu besoin des conseils de son vieux professeur de faculté, mais qui s'effarouche aussi.
Le professeur lui conseille des lectures qu'elle ne suivra pas pour mieux s'adapter aux personnalités de ses clients et par ce biais, trouve son cheminement vers son autonomie. Et de la sorte coupera le cordon du rapport paternel/filial avec son professeur.
L'autre aspect important est ce qu'elle désire construire par ces lectures et ce que tous les autres phantasment à ce sujet. Pression de la société dont elle apprendra de la vieille veuve du général à se défaire. Chacun de ses clients lui apprennent, à rebondir (pour reprendre un terme usité de ces années 2000)
Enfin, le plaisir de découvrir que la lecture n'a en rien souffert du film. Peut-être est-ce parce que plusieurs années se sont écoulées depuis la vision du film, mais j'ai imaginé le contexte et les personnages selon mon imaginaire et me suis surprise à les comparer à ceux de M. Deville.
Côté musique, là, je suis restée fidèle à ce cher Ludwig.
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Roman divertissant et léger dont le mérite consiste à faire découvrir des extraits de textes, et des auteurs (Claude Simon, Georges Perec, Marquis de Sade...) dont nous n'avons pas forcément lu les ouvrages...
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Ce roman est surtout connu pour sa version cinématographique. Une jeune bourgeoise décide par ennui, et à la suite de l'incitation d'une amie, de passer une annonce pour proposer ses services de lectrice.
Contre toute attente elle reçoit des réponses. de la mère d'un adolescent handicapée, d'une vieille comtesse hongroise férue de Marx et Lénine, d'un homme d'affaires esseulé, d'un vieil homme qui possède dans sa bibliothèque, un rayon enfer.
Bref elle côtoie toutes sortes de personnes, s'y attache plus ou moins.

Un roman vite lu qui fait sourire
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Quelle motivation peut pousser quelqu'un à solliciter les services d'une "lectrice" ? Une motivation d'ordre littéraire, sans doute ? C'est probablement ce que Marie-Constance pense lorsqu'elle lance sa première annonce . Elle a une belle voix, elle aime les livres et la littérature, elle est assez jeune, plutôt jolie. Elle a donc tous les atouts nécessaires pour exercer cette profession un peu particulière.
Mais la réalité la rattrape. de "lectrice", elle devient une seconde maman pour un adolescent handicapé ou pour une fillette délaissée par sa mère, une dame de compagnie pour une vieille dame solitaire, un objet de fantasme pour un PDG débordé mais seul....
Un jour enfin, elle pense pouvoir recentrer son travail sur l'essentiel, c'est à dire la lecture, en acceptant comme auditeur un ancien magistrat qui lui explique que " les livres sont le dernier lien qui peut rattacher encore au monde." Est ce enfin le bon "client"?
Ce court roman, souvent drôle, est très édifiant, me semble t'il, sur les relations humaines.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Je me laisse porter par la lecture. Mais redressant la tête, je constate que M. Dautrand a les yeux fermés non plus par l'"intensité" de sa propre concentration, mais bel et bien par le sommeil. Il a toujours les mains sous la nuque, mais ses coudes ont nettement fléchi. De sa bouche sort un léger ronflement qui ne trompe pas. Pas seulement un ronflement d'ailleurs : une ou deux petites bulles irisées, comme celles que l'on fait en jouant avec de l'eau savonneuse, et un minuscule filet de bave. Homme affairé et puissant, le voici réduit à son expression la plus simple et la moins masquée. Pourquoi pas d'ailleurs? Je compatis, en un sens. Sa vie doit être réellement harassante, accaparante et épuisante. Et peut-être sans joie. Il faut bien qu'il y ait des moments de grande relâche. Et là, justement, le "masque" cède. Sans rien perdre, en fait de sa beauté. Car je le constate encore : cet homme est beau. Je ne sais pas ce qui a pu lui arriver dans la vie, mais sa séduction n'est pas en cause. C'est vraiment son agitation qui a dû tout gâcher, l'excès d'importance qu'il se donne. Mais là, Dieu merci, dans le sommeil, avec les bulles, tout cède, se défait. Il ne reste plus que cette beauté affaissée et enfantine.
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Peut-être est-il temps que je me décrive. Je suis plutôt grande, mince du haut, un peu large du bas. J'ai des cheveux noirs traversés de reflets roux, arrondis en frange sur le front, attachés en banane sur la nuque. Des yeux verts. Un visage aigu, un peu coupant, que l'on disait ingrat quand j'étais petite fille. Je me souviens avoir pleuré longtemps un jour, parce qu'un cousin m'avait traitée d'"abominable perruche". Il m'en est resté le sentiment très vif que, pour certains, je peux ressembler à un oiseau. Pourtant, même si j'ai le nez légèrement arqué, j'ai les lèvres pleines et très pulpeuses, et mon teint, je pense, fait penser plus à la pêche qu'à la plume.
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Je me présente : Marie-Constance G., trente-quatre ans, un mari, pas d'enfants, pas de profession. Hier, j'écoutais le son de ma voix. C'était dans la petite chambre bleue de notre appartement qu'on appelle la "chambre sonore". Je me récitais des vers de Baudelaire qui me revenaient. Il me semble que ma voix est plutôt agréable. Mais s'entend-on soit-même?
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...son idée de retenir tel ou tel livre qui se prêterait mieux que les autres à la lecture orale ne tient pas debout, avec tout le respect et l'affection que je luis dois. Tous les livres sont bons, à partir du moment où ils passent par ma bouche. Et avec chacun d'eux, tout peut arriver.
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Elle se lève aussitôt, se précipite à la cuisine, je l'entends remuer, déplacer des objets, sans doute un escabeau, ouvrir un placard, et elle revient, triomphante, un pot de confiture d'oranges à la main. Je lui dis de ranger cela bien vite et de revenir écouter l'histoire. Elle s'exécute, revient, reprend place sur sa petite chaise où elle fait mine de se tenir les bras croisés, écoute, mais lorsque j'aborde cette fois le passage de la chatte Dina qui croque les chauves-souris, elle se lève encore d'un bond et va chercher, je ne sais trop où, dans le cellier peut-être, un minuscule chat bleuté qui dort dans un panier.
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