Drôle d'oiseau que ce
Little Bird.
Bien sûr, c'est un polar. Oui… mais non. Enfin, si. Mais pas que.
A tel point que je me serais presque désintéressé de l'enquête, pourtant rudement bien menée,
Craig Johnson multipliant fausses pistes et rebondissements pour déboucher sur un finale des plus crédibles. le tout emporté par des dialogues impeccables, teintés d'une pointe d'humour qui, comme les personnages, sonnent justes.
Car une des forces de
Little Bird, c'est que les personnages sont bougrement bien campés et terriblement attachants.
Walt Longmire, shérif bourru mais bienveillant, géant un peu gauche (presque deux mètres pour presque 120 kg !), un peu dépressif depuis la mort de sa femme, amateur des plaisirs simples (une bonne bière bien fraîche, un bon café bien chaud), calé dans son fauteuil devant l'écran de sa télévision où la seule image qu'on puisse distinguer est la neige créée par les parasites.
Au bureau, il peut compter sur son adjointe, Vic, jeune fille brillante arrivée dans ce coin perdu par hasard, et sur Ruby, son assistante qui n'hésite pas à le remettre à sa place si besoin.
Il y a aussi Henry, son ami Cheyenne pince-sans-rire, comme lui ancien marine vétéran du Vietnam. Et puis il y a tous les autres, tout aussi pittoresques : Loonie
Little Bird, le père de Melissa ; Lucian, l'ancien shérif unijambiste ; Turk….
Autre personnage capital du roman, Natural Writing oblige : les Big Horn Mountains, décor naturel somptueux (qui m'a rappelé les paysages photographiés par Bruce Weber). Omniprésente dans le roman mais pas écrasante, la nature fait partie intégrante de la vie des protagonistes et influe sur leur mode de vie.
C'est dans cet environnement rude qu'est implantée la réserve Cheyenne. Les Cheyennes ne sont pas là comme simple « caution » naturaliste au roman.
Craig Johnson connaît bien la culture et le mysticisme amérindiens qu'il distille tout au long du récit, et plus particulièrement à l'occasion d'un épisode mémorable où Longmire se trouve au cœur du blizzard.
Il en profite pour aborder (je n'ai pas osé dire dénoncer, qui serait sans doute trop fort) leurs conditions de vie, faite de misère et d'alcoolisme. Il montre aussi comment Blancs et Indiens, qui vivent côte à côte, s'ignorent mais que, dans le même temps, il en faudrait peu pour que les tensions sous-jacentes entre les deux communautés s'embrasent.
Inutile de préciser je pense que j'ai adoré ce
Little Bird. Comme tous ceux qui sont tombés sous le charme de l'univers de
Craig Johnson, j'attends avec impatience la parution en français des quatre autres tomes de la série.
Enfin, je ne peux pas terminer sans souligner la qualité du livre lui-même qui ajoute au plaisir de la lecture : sobriété de la couverture, rappel du visuel en 2e et 3e de couverture, typographie agréable et papier de bonne tenue (labellisé FSC, c'est-à-dire issu de forêts durablement gérées). Un sans faute.
Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/Little%20bird