ISBN : 2246748917
Éditeur : Grasset (2009)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.15/5 (sur 62 notes) Ajouter à mes livres
Un jeune homme de vingt-trois ans a quitté son pays de façon précipitée. Un homme épuisé y retourne, trente-trois ans plus tard. Le jeune homme est passé de l’étouffante chaleur de Port-au-Prince à l’interminable hiver de Montréal. Du Sud au Nord. De la jeunesse à l’âge... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 03 septembre 2009

    Woland
    Avant tout, nous rappelons que Babelio a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire. Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site "Chroniques de la rentrée littéraire" qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération.
    Nous remercions les Editions Grasset qui nous ont gracieusement expédié cette "'Enigme du Retour" de Dany Laferrière, roman-chronique que nous détaillons ci-après.
    Perdu dans les neiges de Montréal, où il s'est réinstallé en 2002 après avoir vécu un temps en Floride, l'auteur haïtien Dany Laferrière apprend le décès d'un homme dont le souvenir ne survit en lui que par les photos et les récits d'autrui : son père. Après l'enterrement, il prend son bâton de pélerin et rejoint Haïti pour y retrouver le disparu - et aussi se retrouver lui-même.
    Car leur destin est similaire et celui du père a influé de manière déterminante sur celui de ce fils qu'il n'a pourtant pratiquement pas connu. Menacé par les sbires de François Duvalier (surnommé "Papa Doc" par les autochtones), le père a pris le chemin de l'exil, renonçant à une vie de chien couchant, stable mais humiliante et dépourvue du droit à la parole, pour celle, plus compliquée et infiniment solitaire, de l'homme qui entend vivre et mourir debout. Redoutant la vengeance de Duvalier, la mère de Dany Laferrière, qui vivait à Pointe-à-Pitre, s'est alors séparée de son fils, qu'elle a expédié à Petit-Goâve, chez sa propre mère, la grand-mère Da à qui l'écrivain a si souvent rendu hommage dans ses livres.
    A onze ans, l'enfant réintègre le foyer maternel pour entamer ses études secondaires et, bon chien chassant de race, il emprunte, en devenant adulte, la voie droite, royale, mais semée d'embûches sur laquelle, un jour, son père s'était évanoui ainsi que disparaissent au chant du coq les visions du vaudou.
    Et ce qui devait arriver arriva : après l'assassinat d'un ami journaliste par les Tontons Macoute qui, entretemps, étaient passés au service du fils du dictateur, Bébé Doc, à son tour, sans prévenir personne d'autre que sa mère, Dany Laferrière se laissa engloutir par le vaste monde, disant un adieu qu'il croyait définitif à Haïti, son soleil, ses goyaves et la poussière de ses cimetières que hante depuis toujours le Baron Samedi.
    Dans "L'Enigme du Retour" - dont le titre fait peut-être écho à "L'Enigme de l'arrivée", de V.S. Naipaul, auteur britannique né, lui aussi, dans les Caraïbes - Laferrière dépeint l'errance et l'instabilité qui l'habitent, la déchirure qui marque en lui la frontière entre son "Moi" enraciné à Haïti, amoureux du soleil malgré la misère ambiante et les horreurs de la dictature, et son "Moi" exilé qui, bien que vitupérant le colonialisme, ne peut s'empêcher de sourire avec ironie lorsque son jeune neveu, qui n'a jamais quitté son île, évoque Montréal comme il parlerait de l'Eldorado.
    L'action est ici pratiquement nulle, l'auteur se promène et se souvient, nous conviant à visiter son Haïti à lui, avec sa chaleur écrasante, ses bidonvilles immuables, ses paysans qui attendent, son vaudou - qui semble d'ailleurs aussi mystérieux pour Laferrière qu'il le serait pour n'importe quel Européen - et son passé - ce passé dont le pays ne parvient pas à se débarrasser.
    Le style est très simple, les phrases courtes ont parfois des airs - vrais ou faux, je n'ai pas su le démêler - de vers libres. La pudeur est au rendez-vous toutes les fois que l'écrivain évoque ce père avec qui il aurait voulu jouer, grandir et partager son exil.
    Un seul bémol - oui, je vais oser car j'ai mes convictins, moi aussi ;o) : il est pénible de voir un homme aussi intelligent et aussi sensible que Danny Laferrière raisonner comme si l'Occident, et l'Occident seul, avait inventé la colonisation et l'esclavage.
    En tant qu'Occidentale et Française d'origine espagnole et portugaise, j'admets sans problème la responsabilité occidentale dans le destin passé et actuel d'Haïti. Mais l'esclavage existait chez les peuples les plus anciens et, si l'on veut traiter la question avec un maximum d'impartialité, il convient de ne pas passer sous silence les pratiques des Arabo-musulmans en Afrique, et ceci dès le VIIème siècle de notre ère au moins. (Cf. à ce propos l'excellent ouvrage de Jacques Heers : "Les Négriers en Terre d'Islam.")* Sans oublier la complicité des chefs africains qui pratiquaient eux-mêmes l'esclavage. Quant au colonialisme ... le premier homme des cavernes qui a décidé de s'emparer des terres du clan voisin est celui qui l'a inventé : était-il blanc, était-il noir, était-il rose à pois bleus ? Qu'en saurons-nous jamais ? L'être humain peut avoir différentes couleurs de peau : mais l'instinct de profit, lui, est universel.
    Malgré cette divergence, j'ai suffisamment apprécié "L'Enigme du Retour" pour en recommander la lecture, tout particulièrement à celles et ceux qui n'ont pas pu vivre tout ce qu'ils auraient voulu vivre avec leur père disparu.
    * : Autre ouvrage à lire sur la question : "Esclaves chrétiens, maîtres musulmans", de Robert C. Davis, qui traite le sujet de 1500 à 1800 en Mer Méditerranée. Ca remet les idées en place."
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    • Livres 5.00/5
    Par EFar, le 22 juillet 2011

    EFar
    C'est le premier roman de Dany Lafferrière que je lis. Quelle chance de découvrir un tel auteur, avec déjà une longue liste d'oeuvres : c'est comme entrer dans un nouvelle salle aux trésors. Car ce texte m'est précieux. Je l'ai trouvé beau, et poétique, et plein d'humanité. Puissant et fragile. Il me parle comme un ami tout proche, un ami poète, de la vie. Il m'a fait penser à Prévert, je ne sais pas vraiment pourquoi.
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    • Livres 4.00/5
    Par ChezLo, le 09 avril 2011

    ChezLo
    Son père vient de mourir. Cette annonce, il la reçoit dans son nouveau pays froid, dans son Nord où il a émigré. C'est alors qu'il décide de retourner en Haïti, dans sa terre natale, auprès de sa mère, de ses origines. Une fois les préparatifs gérés sans hâte, il s'envole pour cette île riche de ses souvenirs, de ses couleurs, mais trop riche hélas de violence, de faim et de pauvreté.
    L'exil est une chose, un déchirement souvent, puis vient l'adaptation. Mais le retour de l'exil, c'est agréable et violent à la fois. L'auteur retrouve la douceur des lieux, des amis, de sa famille, … ses repères familiers… mais qui ne le sont plus tant que ça. Prenant alors le temps de la réflexion, il observe la vie des gens qui est si différente de la sienne.
    C'est un roman aux accents très biographiques et sans détour sur la situation désastreuse du pays, soumis à une dictature féroce du gouvernement ou d'organisations criminelles, et à l'une des plus sévères pauvretés.
    Il y a ainsi des vers de prose sur presque la moitié du roman. Cela surprend d'autant plus que nous ne sommes pas forcément dans un registre poétique ni de rimes. Cela hache quelque peu le récit et cela ne m'a pas convaincue.
    Mais L'énigme du retour est un livre agréable à lire, à la fois ‘doux et grave' comme le note si bien la 4e de couverture. Beaucoup de vague à l'âme, d'amertume, de sérénité aussi. Finalement il sera peu question de ce père décédé, mais bien plus de lui, du narrateur, de son enfance et des pensées qui le hante à revoir son pays natal. Un retour d'exil comme il en existe tant, des pensées particulières mais certainement des sentiments très partagés par les migrants qui font parcours inverse. L'énigme de cette joie mêlée de gêne, d'incompréhension et de pardon. D'espoir aussi heureusement.


    Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2009/12/lenigme-du-retour.html
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    • Livres 4.00/5
    Par pragmatisme, le 12 mai 2010

    pragmatisme
    Windsor Laferrière vit en exil à Montréal depuis 1976 après qu'il ait été contraint de s'exiler par Duvalier. Un coup de fil lui apprend la mort de son père, exilé comme lui. Il rejoint New-York par le train pour assister à son enterrement. Puis, il retourne en Haïti, sur les traces de son passé et s'installe à l'hôtel. Il retrouve sa mère et son neveu, Dany, qui l'accompagne sur son île natale. Tout au long de son séjour et de son périple sur l'île, au gré de ses rencontres, il se souvient des années noires, des coups d'Etat manqués, des discours politiques sous la dictature de Papa Doc. Son neveu, étudiant, décrit l'actualité de Port au Prince, l'amertume et l'espoir trahi de ceux qui ont cru à un changement après le départ de Baby Doc. Il se souvient des circonstances de son exil, alors qu'il était chroniqueur littéraire dans l'hebdomadaire culturel et politique le Petit Samedi soir et de l'assassinat, par les tontons macoutes de son collègue en 1976. Avec son neveu, il traverse l'île d'Haïti qu'il dépeint et rejoint Baradères, le patelin de son père pour y ramener l'esprit du défunt. Ce roman auto-biographique est écrit comme un poème, les vers libres se mélant à la prose. Il est grave et poétique à la fois et l'ombre d'Aimé Césaire, l'écrivain martiniquais, plane sur l'ouvrage. L'auteur a reçu le prix Medicis en 2009 pour ce roman saisissant.
    Dany Lafferrière est un écrivain haïtien né à Port au Prince en 1953. Il a grandi à Petit Goâve auprès de sa grand-mère et il est devenu journaliste avant de s'exiler à Montréal avec sa femme dont il a trois enfants. Entre 1990 et 2002, il s'est installé à Miami, avant de revenir à Montréal. Il est l'auteur d'une vingtaine de romans. Haïti est sa source d'inspiration.


    Lien : http://pragmatisme.over-blog.fr/article-l-enigme-du-retour-dany-lafe..
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    • Livres 5.00/5
    Par zabeth55, le 27 janvier 2012

    zabeth55
    Ça commence comme dans « L'étranger » de Camus. L'auteur apprend la mort de son père. Dans le froid glacial canadien, les souvenirs l'assaillent. Il prend la route vers Haïti et c'est une succession de scènes, comme dans un film, d'images, comme dans une BD, de strophes aux lignes inégales, comme dans un poème.
    Gens du nord et gens du sud, livres et libraires, absence et temps qui passe, hommage à Césaire, exil et déracinement, dictatures haïtiennes…. Que de thèmes abordés, vécus, soufferts !
    Chaque page ruisselle de poésie, d'intelligence, d'humanité, de sensibilité ; ça se déguste, par petits paragraphes, on s'arrête, on y revient, on en reprend un, on le savoure.
    Dany Laferrière est un homme rare
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 03 septembre 2009

    [...] ... C'est quand même étonnant cette absence de la faim comme thématique qui pourrait intéresser les artistes en quête de sujet. Très peu de romans, de pièces de théâtre, d'opéras ou de ballets ont la faim comme thème central. Et pourtant il y a aujourd'hui un milliard d'affamés de par le monde. Est-ce un sujet trop dur ? On exploite bien la guerre, les épidémies, la mort sous toutes formes possibles. Est-ce un sujet trop cru ? Le sexe s'étale sur tous les écrans de la planète. Alors pourquoi ? Parce que cela ne concerne que des gens sans pouvoir d'achat. L'affamé ne lit pas, ne va pas au musée, ne danse pas. Il attend de crever.

    La nourriture est la plus terrifiante des drogues. On y revient toujours : pour certains au moins trois fois par jour, pour d'autres une fois de temps en temps. Gary Victor [autre auteur haïtien] m'a dit qu'il n'a pas connu la grande famine. Moi non plus. Ce qui nous a donné le sentiment qu'on ne sera jamais l'auteur du grand roman haïtien dont le sujet ne peut être que la faim. Roumain l'avait effleuré en faisant de la sécheresse le thème de Gouverneurs de la Rosée. La sécheresse c'est la soif. La terre qui a soif. Je parle de l'homme qui a faim. Bien sûr que la terre nourrit l'homme. J'ai tenté de le consoler en évoquant des sujets peut-être aussi intéressants comme l'exil, mais ça ne fait pas le poids face à l'homme qui a faim. Victor m'a quitté avec une certaine tristesse dans les yeux. ... [...]
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  • Par mandarine43, le 05 novembre 2011

    [ Incipit ]

    I- LENTS PREPARATIFS DE DEPART

    Le coup de fil.

    La nouvelle coupe la nuit en deux.
    L’appel téléphonique fatal
    que tout homme d’âge mûr
    reçoit un jour.
    Mon père vient de mourir.

    J’ai pris la route tôt ce matin.
    Sans destination.
    Comme ma vie à partir de maintenant.

    Je m’arrête en chemin pour déjeuner.
    Des oeufs au bacon, du pain grillé et un café brûlant.
    M’assois près de la fenêtre.
    Piquant soleil qui me réchauffe la joue droite.
    Coup d’oeil distrait sur le journal.
    Image sanglante d’un accident de la route.
    On vend la mort anonyme en Amérique.

    Je regarde la serveuse circuler
    Entre les tables.

    Tout affairée.
    La nuque en sueur.

    La radio passe cette chanson western
    qui raconte l’histoire d’un cow-boy
    malheureux en amour.
    La serveuse a une fleur rouge tatouée
    sur l’épaule droite.
    Elle se retourne et me fait un triste sourire.

    Je laisse le pourboire sur le journal
    à côté de la tasse de café froid.
    En allant vers la voiture je tente d’imaginer
    la solitude d’un homme face à la mort
    dans un lit d’hôpital d’un pays étranger.
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  • Par Orphea, le 07 mai 2011

    Je voyage toujours avec le recueil de poèmes de Césaire. Je l'avais trouvé bien fade à la première lecture, il y a près de quarante ans. Un ami me l'avait prêté. Cela me semble aujourd'hui étrange que j'aie pu lire ça à quinze ans. Je ne comprenais pas l'engouement que ce livre avait pu susciter chez les jeunes Antillais. Je voyais bien que c'était l’œuvre d'un homme intelligent traversé par une terrible colère. Je percevais ses mâchoires serrées et ses yeux voilés de larmes. Je voyais tout cela, mais pas la poésie. Ce texte me semblait trop prosaïque. Trop nu. Et là, cette nuit, que je vais enfin vers mon père, tout à coup je distingue l'ombre de Césaire derrière les mots. Et je vois bien là où il a dépassé sa colère pour découvrir des territoires inédits dans cette aventure du langage. Les images percutantes de Césaire dansent maintenant sous mes yeux. Et cette lancinante rage tient plus du désir de vivre dans la dignité que de vouloir dénoncer la colonisation. Le poète m'aide à faire le lien entre cette douleur qui me déchire et le subtil sourire de mon père.
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  • Par Orphea, le 07 mai 2011

    En fait, la véritable opposition n'est pas
    entre les pays, si différents soient-ils,
    mais entre ceux qui ont l'habitude
    de vivre sous d'autres latitudes
    (même dans une condition d'infériorité)
    et ceux qui n'ont jamais fait face
    à une culture autre que la leur.

    Seul le voyage sans billet de retour
    peut nous sauver de la famille, du sang
    et de l'esprit de clocher.
    Ceux qui n'ont jamais quitté leur village
    s'installent dans un temps immobile
    qui peut se révéler, à la longue,
    nocif pour le caractère.
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  • Par zabeth55, le 27 janvier 2012

    Le feu du sud croisant
    la glace du nord
    fait une mer tempérée de larmes
    ......................
    Le galop dans la morne plaine du temps
    avant de découvrir
    qu'il n'y a dans cette vie
    ni nord ni sud
    ni père ni fils
    et que personne
    ne sait vraiment où aller
    ..............
    .La force du non. Faut s'entêter. Se tenir debout derrière son refus. Presque rien qui mérite un oui. Trois ou quatre choses au cours d'une vie. Sinon il faut répondre non sans aucune hésitation.
    ........................
    Il n'y a que dans une banque, une église ou une bibliothèque qu'on trouve cette qualité de silence. Les hommes ne se taisent que devant l'Argent, Dieu et le Savoir - la grande roue qui les écrase.
    .........................
    Cette valise m'attendait.
    Il a fait confiance au réflexe de son fils.
    Ce qu'il ne savait pas
    (tais-toi donc, on n'apprend rien à un mort)
    c'est que le destin ne se transmet pas de père en fils.
    cette valise n'appartient qu'à lui,
    Le poids de sa vie.
    ......................
    Et l'exil du temps est plus impitoyable
    que celui de l'espace.
    Mon enfance
    me manque plus cruellement que mon pays.
    ...................................
    Ma mère ne se baigne pas
    dans le fleuve de l'Histoire.
    Mais toutes les histoires individuelles
    sont comme des rivières qui la traversent.
    Elle conserve dans les replis de son corps
    les cristaux de douleur de tous ces gens
    que je croise dans les rues depuis mon arrivée
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« L'art de perdre les choses » par Dany Laferrière
« L'art de perdre les choses » est extrait de « L'Art presque perdu de ne rien faire », par Dany Laferrière. Regardez aussi « L'art de changer de café » et « L'art d'aimer » !








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