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Regina Helena de Oliveira Machado (Autre)
EAN : 9782721001931
259 pages
Editions des Femmes (03/02/1981)
4.25/5   32 notes
Résumé :
Je veux capturer le présent qui, par sa nature même m'est interdit...
Mon thème est l'instant, mon thème de vie. Je cherche à lui être pareille, je me divise des milliers de fois en autant de fois qu'il y a d'instants qui s'écoulent — fragmentaire que je suis et précaires les moments — je ne me compromets qu'avec la vie qui naît avec le temps et avec lui grandit : il n'est d'espace pour moi que dans le temps...
La musique ne se comprend pas : s'entend.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Première rencontre avec cette auteure brésilienne depuis longtemps dans ma pal. Clarice Lispector fait partie des grands écrivains du Brésil. Issue d'une famille d'immigrés ukrainienne ayant fui les pogroms juifs au début du siècle dernier, elle a fait sa place dans la littérature sud-américaine.
Agua Viva est d'une écriture exigeante, introspective et poétique. A l'époque où ses premiers livres ont été publié, on a parlé d'influences proustiennes, woolfiennes, alors qu'elle n'avait lu ni Proust ni Virginia Woolf.
Ecrit dans les années 70, je ne sais pas à quel point elle a pu être influencée par les auteurs américains des décennies précédentes mais comme eux, et comme Proust et Woolf justement, elle s'efforce de vivre et d'écrire le IT, l'instant, dans toute son intensité. Sous formes d'images,de sensations et d'émotions , elle transcrit ce passage à la fois évanescent et intemporel de l'expérience.
Un livre à lire et relire parce qu'il est dense, complexe et beau.
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« Ce que je suis en train de t'écrire n'est pas fait pour être lu – c'est fait pour être. »

Clarice Lispector s'inspecte, corps et esprit, et constate qu'elle est vivante, ici et maintenant, dans un instant qui fuit sans attendre sa pensée. Elle le suit comme elle peut, dans un flux de conscience couché à même le papier, assez proche de l'écriture automatique surtout quand elle nous décrit ses paysages mentaux, qui multiplient les signes de bourgeonnement, d'accouchement, de naissance. Elle écrit « sans modèle » afin de naître en même temps que le monde, de façon on ne peut plus personnelle. le « je » prédomine, mais aussi le « tu » qui représente un amant, ou le lecteur ou peut-être même l'instant fuyant. Mais tout cela n'est-il pas la même chose, tendue vers une seule naissance ?

« Tu es une forme d'être moi, et moi, une forme de t'être : voilà la limite de ma possibilité. »

Sa voix de contralto contracte les mots comme un diaphragme, et le chant se fait respiration.

« Il m'est soudain venu à l'esprit qu'il n'est pas besoin d'ordre pour vivre. Il n'y a pas de modèle à suivre il n'y a même pas de modèle : je nais.
Je ne suis pas encore prête à parler en « ils » ou « elle ». Je démontre « cela ». Cela est loi universelle. Naissance et mort. Naissance. Mort. Naissance et – comme une respiration du monde. »
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"Au fond, bien derrière la pensée, je vis de ces idées, si elles sont des idées. Ce sont des sensations qui se transforment en idées parce que je dois utiliser des mots. Les utiliser même si ce n'est que mentalement. La pensée primaire pense avec des mots. le "liberté" se libère de l'esclavage du mot."

Dans ce texte que l'on lit comme un long poème à la Vie, Lispector tente de nous dire l'impersonnel, un point du dehors, une expérience minimale et puissante de la pensée.
La solitude, la joie comme délivrance sont ici peintes.
Agua viva est comme un tableau. Couleurs, fleurs, respiration, repos... Une floraison de figures, et de sensations...
Réflexions sur le langage, sur l'instant si fertile, sur la mort et sur la vie, Lispector nous entraîne dans les méandres de ses pensées et derrière. Dehors et dedans, dans le même temps ?

Parfois obscure et mystérieuse, Lispector nous livre ici une sublime parole d'écriture liée à une exigence fondamentale de vivre. de ressentir. de sentir.

"Tout serre : le corps exige, l'esprit n'arrête pas, vivre ressemble à avoir sommeil et ne pas pouvoir dormir - vivre est incommode. On ne peut aller nu, ni de corps ni d'esprit."
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Je remercie tout d'abord les éditions Des Femmes - Antoinette Fouque et le site Babelio pour cet envoi dans le cadre de masse critique.


Agua Viva est un livre de prose proposé en double-lecture français (page de droite) et portugais (page de gauche), et je salue cette double présentation qui permet d'avoir le texte original sous les yeux. Non pas que je comprenne le portugais mais il y a un sentiment de proximité avec l'auteur à trouver ses mots "originels". Ce genre de démarche chez les éditeurs est suffisamment rare pour être applaudie!

Je dois dire que le livre m'a déconcertée dans un premier temps car je ne m'attendais pas à un livre de prose mais un roman. La première surprise passée, je me suis trouvée confrontée à une écriture très riche, très belle, mais assez mystérieuse. J'ai même eu le sentiment de plonger dans l'esprit tortueux de Frida Khalo (parallèle mental sans doute dû aux références à la peinture , au style presque "baroque" et à l'origine sud-américaine de l'auteur... oui je sais Frida était mexicaine elle!).

La difficulté de ce type d'écriture, c'est qu'on a le sentiment d'arriver au milieu de quelque chose, et de ne pas savoir à quel bout se raccrocher. Ce n'est pas que tout cela manque de sens, c'est qu'il y a justement trop de sens, d'images en cascade.... j'ai l'impression de me trouver devant une broderie magnifique mais tellement compliquée!

Je ne suis pas déçue pourtant de ce voyage inattendu, juste encore perplexe. Je pense que c'est un livre auquel je reviendrai plus tard, pour essayer d'illuminer les zones d'ombres.





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Ce livre est très original et poétique.
C'est très intéressant d'avoir le texte à la fois en portugais (page de gauche) et en français (page de droite).
J'ai malheureusement eu beaucoup de mal à suivre la pensée de l'auteure, qui part dans tous les sens.
Ce livre est court mais il faut se concentrer pour ne pas décrocher. On se croirait dans un rêve, un voyage dans les sentiments de l'auteure.
Je m'attendais cependant à une histoire en fond dans ce voyage, à laquelle me raccrocher, mais il n'y en a pas. C'est pourquoi ce livre n'est pas facile d'accès et on est parfois perdu.
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
Mais il y a ceux qui meurent de faim et je ne peux rien faire à part naître. Ma rengaine est : que puis-je faire pour eux ? Ma réponse est : peindre une fresque en adagio. Je pourrais souffrir la faim des autres en silence mais une voix de contralto me fait chanter – je chante mat et noir. C’est mon message de personne seule. La personne mange l’autre car elle a faim. Mais je me suis nourrie de mon propre placenta. Et je ne vais pas me ronger les ongles parce que ceci est un adagio tranquille.
Je me suis arrêtée pour boire de l’eau fraîche : le verre en cet instant-ci est de cristal épais à facettes et avec des milliers d’étincelles d’instants. Les objets sont-ils du temps arrêté ?
La pleine lune continue. Des horloges se sont arrêtées et le son d’un carillon rauque s’écoule sur le mur. Je veux être enterrée avec ma montre au poignet pour que dans la terre quelque chose puisse faire palpiter le temps.
Je suis si ample. Je suis cohérente : mon cantique est profond. Doucement. Mais croissant. Il croît encore plus. S’il croît beaucoup il devient pleine lune et silence, et fantasmagorique sol lunaire. Aux aguets du temps qui s’arrête. Ce que je t’écris et sérieux. Va devenir un dur objet impérissable. Ce qui vient est imprévu. Pour être inutilement sincère je dois dire que maintenant il est six heures quinze du matin.
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Je veux capturer le présent qui, par sa nature même m'est interdit...
Mon thème est l'instant, mon thème de vie. Je cherche à lui être pareille, je me divise des milliers de fois en autant de fois qu'il y a d'instants qui s'écoulent — fragmentaire que je suis et précaires les moments — je ne me compromets qu'avec la vie qui naît avec le temps et avec lui grandit : il n'est d'espace pour moi que dans le temps...
La musique ne se comprend pas : s'entend. Entends-moi alors avec ton corps entier. Quand tu arriveras à me lire, tu me demanderas pourquoi je ne me limite pas à la peinture et à mes expositions, puisque j'écris rude et sans ordre. C'est que maintenant je sens la nécessité de mots — et c'est nouveau pour moi ce que j'écris parce que ma vraie parole, jusqu'à maintenant, n'a pas été atteinte. La parole est ma quatrième dimension.
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J'entre lentement dans mon offrande à moi-même, splendeur déchirée par le chant ultime qui semble être le premier. J'entre lentement dans l'écriture ainsi que je suis déjà entrée dans la peinture. C'est un monde enchevêtré de lianes, syllabes, chèvrefeuilles, couleurs et mots -- seuil d'entrée d'ancestrale caverne qui est l'utérus du monde, d'où je vais naître.

(...) Ce que je te dis doit être lu rapidement comme quand on regarde.
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Je veux mourir en vie. Je jure que je ne mourrai qu’en profitant du dernier instant. Il y a une prière profonde en moi qui va naître je ne sais pas quand. Je voudrais tellement mourir de santé. Comme quelqu’un qui explose. Éclater c’est mieux : j’éclate. Pour l’instant il y a un dialogue avec toi. Après ce sera un monologue. Après le silence. Je sais qu’il y aura un ordre.

Le chaos à nouveau se prépare comme des instruments de musique qui s’accordent avant d’entamer la musique électronique. Je suis en train d’improviser et la beauté de ce que j’improvise est fugue. Je sens palpitant en moi la prière qui n’est pas encore venue. Je sens que je vais demander que les faits s’écoulent simplement sur moi sans me mouiller. Je suis prête pour le grand silence de la mort. Je vais dormir.
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La vie oblique ? Je sais bien qu'il y a un désaccord léger entre les choses, elles se choquent presque, il y a un désaccord entre les êtres qui se perdent les uns les autres entre des mots qui ne disent presque plus rien. Mais nous nous entendons presque dans ce léger désaccord, dans ce presque qui est la seule forme de supporter la vie en plein, car une rencontre brusque face à face avec elle nous effraierait, affolerait ces délicats fils de toile d'araignée. Nous sommes de travers pour ne pas compromettre ce que nous pressentons d'infini autre dans cette vie dont je te parle.
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Il y a des gens qui doutent et, franchement, ça fait du bien. Savez-vous quelle héroïne de roman incarne à la perfection la femme qui doute ?
« Près du coeur sauvage », de Clarice Lispector, c'est à lire aux Editions des Femmes.
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