Si le début de ma lecture fut particulièrement laborieux (j'ai songé un moment à ne pas aller au delà du 3ème chapitre / paragraphe) un déclic s'est finalement produit, changeant du tout au tout ma vision (forcément) du style de Saramago.
Ce style (aucun saut de ligne, marque de dialogue, repère quelconque), c'est littéralement ou plutôt littérairement l'aveuglement mis en mot. L'aveugle qui lâche la corde lui servant de fil d'Arianne se retrouve perdu dans la structure où il est confiné, le lecteur qui lâche le livre avant la fin d'un chapitre le sera tout autant.
Mais c'est finalement l'histoire qui convainc (pour ma part) de poursuivre la lecture, en dépit de la fatigue toute visuelle qu'elle inflige. Paradoxalement, il n'y a rien de vraiment surprenant dans le déroulement des événements, mais tout est décrit avec une justesse et une précision qui nous fait nous balancer entre fascination malsaine et pure compassion. Si la partie se situant dans l'asile est remarquable de tension et sa peinture de l'humanité terrifiante, le livre s'essouffle dans son dernier tiers, jusqu'à une fin moralisatrice décevante.
Que l'histoire d'un roman constitue en soi une métaphore peut être très intéressant, que la résolution ne ramène qu'à la métaphore en niant l'aspect "vécu" de l'intrigue et des personnages a quelque chose de franchement frustrant.
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