Lire un prix nobel de littérature ne promet pas forcément une lecture passionnante, une lecture qu'on a trop souvent du mal à quitter, une lecture à laquelle on repense durant la journée , une lecture qui même une fois terminée laisse une sensation de tristesse, de questionnements.
L'aveuglement n'est pas simple à classer et pas simple à lire au premier abord. J'avoue avoir été déroutée avant d'accrocher au récit.
Le style semble extrêmement « curieux ». Pas de sauts de ligne, les dialogues ne sont pas signalés par des guillemets, les retraits sont inexistants sauf au début des « chapitres » qui n'en sont pas vraiment, l'auteur prend des libertés de styles osées qui peu à peu, au fil de l'intrigue vont donner un relief impressionnant et totalement adapté à l'histoire.
L'histoire est apocalyptique, du jour au lendemain sans aucune explication scientifique des hommes, des femmes, des enfants perdent la vue. Les autorités gouvernementales afin d'éviter une contagion en masse décident d'isoler les « aveugles », mais l 'épidémie se propage et l'ensemble de la population devient aveugle. Nous suivrons un groupe de personne, le premier aveugle, la femme du premier aveugle, le médecin, la femme du médecin...et ainsi de suite , l'auteur imprègne à nouveau son style d'un audacieux procédé, celui de mettre le lecteur face des personnages sans identité précise, comme si le lecteur devenait un des leurs. Mais ces personnages sans noms vous marqueront profondément.
L'intrigue parvient à tenir le lecteur en haleine en permanence, parce que la situation est cruelle, les personnages ne sont à aucun moment épargnés, l'humanité semble avoir été dévastée par cet aveuglement, tous ceux qui perdent la vue décrivent "voir" une lumière blanche épaisse. A aucun moment l'auteur ne parle pas de cécité, il parle d'aveuglement et il semble que la nuance ait son importance dans ce roman. La situation que décrit José Saramango pendant l'enfermement en quarantaine est d'une brutalité inouïe, on se prend à s'imaginer dans cette même situation insurmontable, inhumaine. Ces scènes d'enfermement rappellent des scènes semblables mais hélas réelles qui font partie de notre Histoire,
L'aveuglement fait partie des barbaries qui conduisent les hommes au pire, à l'inimaginable.
Saramengo décrit la nature humaine dans ce qu'elle a de pire. Son côté sombre et cruel qui prend le dessus face au situations de crises, l'homme bascule à une vitesse vertigineuse de l'autre "côté" uniquement pour sa survie comme un animal !
L'auteur nous prouve que l'homme a besoin d'apprendre avec ses propres erreurs mais qu'il parvient à les recréer malgré tout en oubliant sa conscience .
J'ai tout simplement adoré et un coup de cœur .