> José Saramago (Traducteur)

ISBN : 2020403439
Éditeur : Seuil (2000)


Note moyenne : 4.12/5 (sur 82 notes) Ajouter à mes livres
Un homme devient soudain aveugle. C'est le début d'une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d'aveugles tentent de survivre à n'importe quel prix. Seule une femme n'a pas été frappé... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par cprevost, le 20 février 2011

    cprevost
    Un homme devient subitement aveugle. Il est la première victime d'une horrible pandémie. José Saramago va tirer, avec l'immense talent qu'on lui connaît, tous les fils de cette « pelote ». Il va nous donner à voir et surtout ne rien conclure à notre place.
    Les premiers aveugles sont internés puis livrés à eux-mêmes dans une ville à l'abandon. Des hommes vont être les victimes de la force brutale d'autres hommes. C'est évidemment la litanie de l'histoire sans cesse recommencée, la possible anomie qui refait surface et contre laquelle il faut toujours lutter. Seule une femme remarquable n'est pas touchée. Il est en effet question dans ce roman d'aveuglement et non de cécité. L'intelligence de la sensibilité, la générosité, l'humanisme d'un personnage vont permettre à certains d'être sauvés. « L'humanisme, ce n'est pas dire : "Ce que j'ai fait, aucun animal ne l'aurait fait", c'est dire : "Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête." » (André Malraux).
    Le prix Nobel 1998 n'indique dans ce livre ni le temps, ni le lieu. Il ne donne pas non plus de nom à ses personnages – le médecin, la femme du médecin, le premier aveugle, la femme du premier aveugle, le garçon louchon, la jeune fille aux verres teintés ou le vieil homme au bandeau. Les dialogues eux-mêmes ne sont pas introduits classiquement par des guillemets ou des tirets, mais sont traités d'un seul jet. L'écriture de José Saramago est faite de longues phrases, rythmées par de nombreuses virgules. Elles comprennent aussi de nombreuses incises, qui sont autant de digressions à l'adresse du lecteur. Au gré de métaphores et d'anachronismes, l'auteur veut sans doute nous pousser à réfléchir par nous-mêmes. « L'aveuglement » _ notamment en raison de la forme choisie – est un livre dur, étouffant, qui n'épargne rien au lecteur. Et malgré tout, le style de Saramago reste d'une remarquable fluidité.
    « A la fin de ce siècle, il est devenu possible pour la première fois de voir à quoi peut ressembler un monde dans lequel le passé, y compris « le passé dans le présent », a perdu son rôle, où les cartes et les repères de jadis qui guidaient les êtres humains, seuls ou collectivement, tout au long de leur vie, ne présentent plus le paysage dans lequel nous évoluons, ni les mers sur lesquelles nous faisons voile : nous ne savons pas où notre voyage nous conduit ni même où il devrait nous conduire. » Il semble que José Saramago ait entendu Eric J. Hobsbawm et que métaphoriquement il nous rappelle « le passé dans le présent » ?
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par sophiecrt, le 25 mai 2011

    sophiecrt
    Qu'arriverait-il si…une population entière devenait soudainement aveugle ? C'est ce scénario catastrophe qui constitue la trame principale du roman L'aveuglement de l'écrivain portugais José Saramago, nobélisé en 1998.
    Dans ce récit apocalyptique, porté à l'écran en 2008 par Fernando Meirelles, nous sommes d'abord confrontés à la déchéance de l'humanité vers ses recoins les plus intimes, dans un contexte que seule cette épidémie pouvait faire apparaître. Comment survivre, en effet, dans un monde où les repères ne nous appartiennent plus et où les besoins viscéraux de l'homme combattent sa dignité ? Car c'est dans le désordre le plus total que tenteront de survivre les aveugles, d'abord isolés par ceux qui voient encore puis laissés à eux-mêmes dans une ville où le chaos règne: plus de nourriture, des cadavres avec personne pour les enterrer et des êtres qui se cherchent ou se cachent.
    Ce qui frappe ensuite, c'est bien entendu la voix dense et complexe du narrateur, portée par une oralité assumée, où les dialogues, commentaires narratifs, pensées et faits se confondent. Et c'est là que se trouve sans doute le défi pour les lecteurs du dimanche, qui seront probablement rebutés par les longues phrases et l'absence de repères. Car Saramago, qu'on se le dise, n'est pas JK Rowling : c'est un penseur de la littérature, qui porte à la fois un discours sur l'humanité et sur l'écriture elle-même.
    Un défi, donc, mais dont vous ressortirez assurément changé, pour le meilleur ou pour le pire.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Elea291, le 17 avril 2011

    Elea291
    Je pensais, je l'avoue, m'engager dans une lecture barbante, et ce fut tout le contraire. J'ai adoré ce livre, cela faisait plusieurs mois qu'une lecture ne m'avait pas fait un tel effet. "L'aveuglement" fait partie de ces livres qui donnent envie de tout remettre en cause, il entraine des questions existentielles sur l'être humain, la société, les valeurs de la vie... C'est un livre coup de poing. On passe en quelques pages de l'horreur d'une scène à la beauté d'un geste ou d'une parole. On se retrouve happé par l'histoire malgré une deuxième partie de livre où il est conseillé d'avoir le coeur plutôt bien accroché.
    Saramago prend le choix de ne pas donner d'identité à ses personnages, on ne connait pas leur nom, juste leurs caractéristiques. Ainsi, on suit les péripéties de ces anonymes noyés dans la masse : "La jeune fille aux lunettes teintées", "La femme du médecin", "Le vieillard au bandeau noir" ou le fabuleux "Chien des larmes". le style est très agréable même s'il faut s'habituer au discours indirect libre qui est utilisé tout au long du livre.
    Evidemment, le récit est en tout point surréaliste mais il agit d'une façon métaphorique. On se rend compte combien l'espèce humaine est si proche de l'espèce animale, et le résultat est assez effrayant. C'est une grande réflexion sur le fameux thème civilisation/barbarie. Je referme néanmoins le livre avec des questions en suspend, l'impression de ne pas avoir saisi tous les ressorts de cette allégorie. On ne ressort pas indemne de cette lecture !
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par lilicrapota, le 26 août 2010

    lilicrapota
    vraiment très spécial
    le style un peu abrupt parfois,la lecture n'est pas toujours aisée car outre la longueur des phrases impressionnante et les tournures tarbiscotées, l'auteur passe du coq à l'âne ou plutôt suit des enchainements d'idées, et fait parler les personnages les uns à la suite des autres, ne les différenciant que par la présence d'une majuscule au milieu de la phrase, le tout donne un peu la même impression que la phrase que je suis en train d'écrire, longue, décousue, et puis des fois ça repart sur autre chose alors que la phrase n'est même pas terminée. voilà pour le style (intéressant ceci étant)
    pour l'histoire : une épidémie de cécité envahit (le monde? le pays? la ville?) et le roman serait dans le noir complet s'il n'y avait pas une femme, et une seule, qui n'avait pas perdu l'usage de ses yeux. on raconte l'enfermement (la quarantaine) des premiers touchés et les conditions horribles dans lesquelles ils vivent, puis quand ils sortent et que la ville toute entière est plongée dans le chaos. à la fin, comme on s'y attendait, tout le monde recouvre la vue, on ne sait pas vraiment pourquoi.
    en fait je suis un tout petit peu déçue : j'avais choisi ce livre à cause de son titre et de tout ce qu'il pouvait entrainer de métaphorique, et finalement (ou alors je suis passée totalement à côté), il est bien question d'être "aveugle de l'entendement" avant d'être "aveugle de ses yeux" mais ce n'est pas plus creusé que ça... il n'y a pas de raison ni pour qu'ils perdent la vue ni pour qu'ils la retrouvent. Il me manque donc quelque chose d'essentiel, de symbolique, pour que ce roman me marque.
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par folivier, le 17 mars 2011

    folivier
    Super roman ! Histoire terrifiante d'une densité incroyable. On retrouve le style si particulier de Saramago, avec cet humour au second degré et cette prise de recul d'analyste. Les personnages du roman sont des animaux de laboratoire que Saramago ausculte et observe après avoir changer les paramètres de la vie... à savoir tout le monde devient aveugle. Il nous livre ses observations sur la nature humaine, le comportement de l'homme et Saramago en profite pour apporter une réflexion très sensible et terrible sur l'humanité, sur la conscience. Saramago au travers de cette fable cauchemardesque nous révèle une part de nous même et laisse entendre qu'il faut passer par cet aveuglement pour réaliser combien on ne sait pas voir et que tout en voyant nous sommes aveugles aux autres et au monde.
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Citations et extraits

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  • Par dcakici, le 06 janvier 2012

    Les mots sont ainsi, ils déguisent beaucoup, ils s’additionnent les uns aux autres, on dirait qu’ils ne savent pas où ils vont, et soudain à cause de deux ou trois, ou quatre qui brusquement jaillissent, simples en soi, un pronom personnel, un adverbe, un verbe, un adjectif, l’émotion monte irrésistiblement à la surface de la peau et des yeux, faisant craquer la digue des sentiments, parfois ce sont les nerfs qui n’en peuvent plus, ils ont trop supporté, tout supporté, c’était comme s’ils portaient une armure, on dit, La femme du médecin a des nerfs d’acier, et finalement voilà la femme du médecin en larmes à cause d’un pronom personnel, d’un adverbe, d’un verbe, d’un adjectif, simples catégories grammaticales, simples désignatifs, comme sont également en larmes les deux autres femmes, les autres, pronom indéfini, eux aussi en pleurs, qui étreignent la femme de la proposition complète, trois grâces nues sous la pluie qui tombe.
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  • Par kathel, le 23 février 2010

    La fraternisation ne dura pas longtemps. Profitant du tumulte, plusieurs aveugles s'étaient enfuis en emportant autant de caisses qu'ils le pouvaient, manière évidemment déloyale de prévenir d'hypothétiques injustices dans la distribution. Les personnes de bonne foi, et il y en a toujours quoi qu'on dise, protestèrent avec indignation que ce n'était pas des façons de faire.
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  • Par verbis, le 05 mars 2010

    (...) car les yeux, les yeux proprement dits, n'ont aucune expression, les yeux sont deux billes inertes même quand ils sont arrachés, ce sont les paupières, les cils et aussi les sourcils qui ont la charge des diverses éloquences et rhétoriques visuelles, pourtant ce sont les yeux qui récoltent la renommée (...)
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  • Par Hebephrenie, le 08 septembre 2010

    [...] Vous voulez dire que nous disposons de trop de mots, Je veux dire que nous ne disposons pas d'assez de sentiments, Ou alors nous disposons d'eux, mais nous avons cessé d'utiliser les mots qui les expriment, Et par conséquent nous les perdons [...]
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  • Par MarcBibliotheca, le 22 juin 2010

    La fraternisation ne dura pas longtemps. Profitant du tumulte, plusieurs aveugles s'étaient enfuis en emportant autant de caisses qu'ils le pouvaient, manière évidemment déloyale de prévenir d'hypothétiques injustices dans la distribution. Les personnes de bonne foi, et il y en a toujours quoi qu'on dise, protestèrent avec indignation que ce n'était pas des façons de faire.
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