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Geneviève Leibrich (Traducteur)
ISBN : 2020403439
Éditeur : Editions du Seuil (2000)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 418 notes)
Résumé :
Un homme devient soudain aveugle. C'est le début d'une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d'aveugles tentent de survivre à n'importe quel prix. Seule une femme n'a pas été frappée par la "blancheur lumineuse ". Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l'humanité?
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Critiques, Analyses & Avis (68) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
21 février 2016
  • 4/ 5
Saramago, ce diable de Saramago… On comprend aisément à la lecture de L'Aveuglement que cette oeuvre ait marqué celles et ceux qui l'on lue. BLAM ! la claque ! Parce que ce petit pépère, avec ses grosses lunettes et son air de ne pas y toucher, nous envoie en pleine face l'immonde, l'indicible vérité ; la puanteur ensevelie en chacun de nous et qu'on juge totalement inavouable.
Inavouable parce qu'on a honte de nous même, parce qu'on a honte de se savoir fait de cette argile-là. Argile qui vue d'ici ressemble comme deux gouttes d'eau à de la merde. Oui, le mot est cru mais il n'en existe pas d'autre pour exprimer avec autant de force tout le dégoût qu'il contient. Fange, c'est trop joli, ça rime avec ange, alors que l'autre, il ne rime qu'avec lui-même ou bien des dérivés comme " emmerde ", " démerde " et, à la rigueur certaines formes conjuguées du verbe " perdre ".
Bon, je l'avoue, ce n'est pas tout à fait un hasard si j'ai choisi ces quatre mots car ils résument à eux seuls tout ce qui attendrait une communauté frappée d'aveuglement. D'abord ils perdent, puis viennent les emmerdes, alors il faut qu'ils se démerdent et finalement, ils pataugent tous dans leur … bon, bref, je vous laisse imaginer la suite.
Ce livre est vraiment étonnant et incroyable, car avec rien ou presque, en étant pourtant complètement dans le réel, en introduisant simplement une toute petite variable, il nous plonge dans la science-fiction pure et dure : c'est implacable.
Un truc tout bête : une personne tombe aveugle subitement en pleine rue au volant de sa voiture. En soi, même si c'est peu probable, on se dit que ça pourrait arriver. L'élément narratif qui modifie tout, c'est que cette pathologie est contagieuse ; toute personne approchant de cet aveugle le devient elle aussi en quelques minutes ou quelques heures.
Si bien que ce cas isolé ne tarde pas à devenir une épidémie sans précédent. Voilà, la science-fiction s'arrête ici, ensuite, il suffit juste de laisser agir l'humain sur cette mixture pour voir ce qui arrive. (Vous qui avez des yeux, profitez-en.)
Et là, c'est l'apocalypse ! Pas besoin d'être particulièrement clairvoyant pour s'apercevoir que José Saramago a une assez piètre opinion de l'humain en général et, malheureusement, nous ne saurions totalement lui donner tort. Se recrée alors un univers concentrationnaire, se recréent alors l'enfer pestilentiel des villages de pestiférés ou des ravages du choléra tels qu'ont pu nous les décrire Albert Camus ou Jean Giono.
Toutefois avec cette nuance supplémentaire, à savoir qu'ici, le mal ne tue pas et donc qu'il autorise toutes les sauvageries, toutes les bestialités, toujours présentes en l'humain, en chacun de nous, et que le vernis social n'a qu'assoupi, conjoncturellement assoupi. L'histoire des camps de la Seconde guerre mondiale prouve, à qui en douterait encore, qu'en situation extrême les victimes se transforment facilement entre-elles en abjects bourreaux, en bêtes immondes dénuées de toute " humanité ".
José Saramago nous rappelle avec amertume que c'est pourtant " ça ", l'humain. Eh oui, on n'ose pas y croire, on en a honte, on ne veut pas le voir, et pourtant, c'est sans doute ce qu'il y a de plus universellement " humain " dans l'humain : la bestialité de son instinct de survie.
Cette première partie du livre, au sein du centre fermé destiné à recevoir les personnes frappées de cécité tandis que le reste de la société continue à fonctionner m'a littéralement enthousiasmée. Je la trouve horrible, absolument écoeurante mais je la trouve juste, bien sentie, très crédible, en tous points exceptionnelle. En revanche, j'ai été moins séduite par le second temps du roman, hors du centre fermé.
On sent que l'auteur a cherché à atténuer un peu son propos, à rendre l'humain un peu plus fréquentable, à ne pas passer pour un pur misanthrope. Selon moi, c'est une erreur : je trouve qu'il fait perdre un peu de sa puissance au livre. Mais cela n'engage que moi, comme je l'écris souvent.
Il faut maintenant en venir au message de cette seconde partie d'ouvrage, qui me semble intéressante aussi, mais dont j'ai moins aimé le traitement. En deux mots, le fait que nous sommes aveugles en croyant voir. Nous survolons, nous croyons connaître en ne faisant qu'effleurer, tant les choses, que l'organisation sociale à laquelle nous appartenons, que les gens que nous côtoyons. Nous nous figurons les connaître en n'examinant que leur " épiderme " psychique.
Nous sommes tellement, tellement plus complexes ; le monde dans lequel nous évoluons est tellement, tellement autre chose que ce que nous croyons qu'il est après un examen rapide, trop rapide, ce à quoi nous nous arrêtons communément.
On peut très certainement y lire aussi une forme d'avertissement d'ordre plus politique. La notion floue " d'intérêt général " qui pousse les états à parquer des hommes comme des bêtes dans un centre clos dénué de tout, même de l'essentiel. Et si l'aveuglement c'était ça aussi ? Notre cécité à percevoir la tyrannie dans ce qui se donne des airs démocratiques au-dessus de tout soupçon ?
Donc, prenons le temps… Explorons, avec tous nos sens si possible… Détachons-nous de notre aveuglement, et… lisons Saramago. Mais ce n'est bien évidemment qu'un modeste avis, qui n'y voit que d'un oeil, c'est-à-dire, pas grand-chose.
N. B. : Je tiens à remercier chaleureusement André qui m'a offert et permis de découvrir ce livre. Cette critique lui est amicalement dédiée ; il se reconnaîtra.
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andman
24 janvier 2015
  • 5/ 5
L'Aveuglement” est le roman le plus captivant qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps mais aussi celui que j'ai refermé avec le plus grand soulagement. Son atmosphère oppressante et nauséabonde, rien que d'y penser j'en ai la chair de poule !
Imaginez une pandémie qui, en quelques semaines, frappe de cécité la population dans son ensemble ! La dimension extraordinaire et brutale du cataclysme empêche la mise en place de la moindre organisation salvatrice et engendre un chaos absolu.
Sans eau, sans électricité, les aveugles errent en groupes disparates à la recherche de nourriture qui jour après jour se raréfie dans les magasins saccagés. Les personnes les plus vulnérables expirent dans la rue au milieu des voitures abandonnées et des déjections de toutes sortes. Les cadavres encore chauds sont la proie de chiens faméliques, de rats énormes, d'oiseaux nécrophages...
Le lecteur accompagne un groupe d'une dizaine de personnes, les toutes premières victimes du fléau mises en quarantaine, qui dans son malheur a la chance inespérée de compter en son sein une femme qui voit encore. Cette dernière par prudence feint la cécité et seul son mari, médecin ophtalmologue, est au courant de cette heureuse anomalie du destin.
Avec “L'Aveuglement”, paru en 1995, le futur Nobel José Saramago signe une fiction incroyablement réaliste dans laquelle la bestialité prend rapidement le pas sur toute humanité. Heureusement le comportement altruiste et l'intelligence de la femme du médecin atténuent quelque peu la noirceur ambiante !
L'étrangeté de cette fiction est encore accentuée par la syntaxe singulière de l'écrivain portugais chez qui la virgule est reine.
Constamment collé aux basques des protagonistes dans leurs déplacements à tâtons, le lecteur sidéré par le degré apocalyptique de l'intrigue fera jusqu'au dénouement... les yeux ronds.
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fredho
20 juillet 2015
  • 5/ 5
Au feu vert, les voitures s'élancent mais dans une file d'attente une voiture est arrêtée, les klaxons s'acharnent, des conducteurs excédés sortent pour pousser la voiture encombrant la circulation, mais l'homme à l'intérieur, paniqué, gesticule et crie : « je suis aveugle »… C'est le début d'une indicible épidémie qui s'abat sur le pays à une vitesse foudroyante, les gens sont subitement frappés par une lumière blanche et aveuglante. Seule une femme n'est pas touchée par l'épidémie, ses yeux deviendront précieux pour ces aveugles privés de tout repère.
La prunelle de nos yeux est précieuse mais savons-nous voir l'essentiel, «sommes nous des aveugles qui, voyant, ne voient pas ». Faut-il devenir aveugle pour réellement voir ce qu'il y a de plus caché en nous. Bandez vos yeux et imaginez ce que serait le monde si nous devenions tous aveugles. Saramago l'a étonnamment imaginé et nous raconte ce que serait le monde sans nos yeux.
Un roman paradoxalement lumineux qui m'a entrainée parmi cette horde d'aveugles anonymes, perdus et réduits aux mêmes conditions.
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gouelan
26 mars 2016
  • 5/ 5
Les hommes sont aveugles, mais ils ne le savent pas encore. Indifférents, malveillants, mais encore vivants. Tout à coup, une blancheur lumineuse emplit le champ de vision d'un homme, effaçant couleurs, formes, visages. Le voilà terrifié, seul et sans repères. La cécité blanche se propage parmi les hommes, faisant de ces nouveaux aveugles des pestiférés, que l'on va bien vite abandonner dans des camps.
C'est le chaos, l'horreur, l'indicible. Des scènes semblables à ce que l'humanité a déjà vécu, lorsque l'homme devient une bête sauvage, sauf que dans ce cas-là, la bête sauvage est aveugle.
Quelle est cette cécité blanche qui laisse l'homme errer à l'aveuglette et dévoile « en pleine clarté », sans qu'il puisse ne rien cacher, sa nature la plus odieuse, la plus honteuse?
Dans ce monde apocalyptique, nous suivons un groupe d'individus internés dans un hôpital de fous. Ils ne sont pas fous, ils sont aveugles, à part une femme qui leur servira de guide, son mari ophtalmologue n'étant plus d'aucun secours dans ce nouvel univers. Dans ce monde on oublie les apparences, on se rattache à un son de voix, à un geste de tendresse, à une écoute attentive. Dans ce camp, l'intimité n'existe pas, l'hygiène est impossible, la faim et la peur commandent.
Ce petit groupe réuni autour de la femme qui voit va se retrouver comme voguant sur un océan de cruauté, dont les vagues de violence tentent de les faire couler. La barque résiste aux assauts de la tempête. À demi morts mais encore à demi vivant, émergeant de l'aveuglante blancheur du monde, capables encore de voir malgré leur cécité. Comme s'ils s'étaient tournés à l'intérieur d'eux –mêmes, à la recherche des sentiments perdus, des mots qui manquent, cherchant une étincelle d'espoir pour « éteindre cette cécité ».
On peut être aveugle de bien des façons. Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
« C'est une vieille habitude de l'humanité que de passer à côté des morts sans les voir. »
Oui, nous voyons, pour la plupart, mais les apparences, les ombres, la peur, l'égoïsme nous aveuglent. Notre vue manque de sincérité, de vérité. Voir c'est autre chose, un peu comme le dit le Petit Prince.
L'aveuglement est un roman percutant, dérangeant, qui nous oblige à ouvrir les yeux sur la noirceur de l'humanité. J'ai beaucoup aimé l'écriture. Des phrases courtes, des dialogues sans tirets, guillemets, ou retours à la ligne. Comme pour nous mettre dans la peau d'un aveugle, qui ne sait pas qui a parlé, qui ne sait pas où diriger son regard.
Les personnages n'ont pas vraiment d'identité non plus, ils se confondent dans la masse, tous égaux, tous aveugles. L'apparence ne compte plus. L'homme médecin des yeux, qui ne sert plus à rien, la femme guide, qui aimerait parfois ne plus voir, le vieil homme, qui n'est pas si vieux, la femme aux lunettes teintées, qui dévoile sa sensibilité, le garçon devenu orphelin que la jeunesse sauve du désespoir.
« Chaque jour je verrai moins, même si je ne perds pas la vue je deviendrai plus aveugle chaque jour parce qu'il n'y a plus personne pour me voir. »
Ne pas fermer les yeux, éclairer le monde, effacer les ombres, pour que le monde ne devienne pas aveugle et sans espoir.
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bilodoh
28 mai 2015
  • 5/ 5
Difficile de ne pas se laisser aveugler par l'admiration pour ce roman qui présente un mélange de fiction sociale et de huis clos psychologique, dans un style d'écriture tout à fait particulier.

À première vue, c'est la mise en page qui saute aux yeux, une écriture qui semble faire une économie d'alinéas qui donne au texte une fausse apparence de densité alors qu'en fait, on y trouve une prose tout à fait accessible et de nombreux dialogues.

À l'aveuglette, on rencontre ensuite les personnages, des personnes qui n'ont pas de nom : ce sont la femme du médecin, la fille aux lunettes noires, le premier homme, etc. Comme si les protagonistes devaient garder une forme d'anonymat, des gens qui vivent dans le présent de l'histoire, mais que l'on ne connaît pas vraiment.

Par les yeux de l'auteur, on observe le déroulement de l'action, l'épidémie de cécité qui touche la population, les amours, les meurtres, des situations qui explorent divers aspects de la condition humaine.

On apprécie l'humour voire même la dérision dans le commentaire social, la lumière qui nous fait voir aussi jusqu'à quel point notre monde compte sur nos yeux : que deviendraient tous ces livres et toutes ces oeuvres d'art sans des yeux pour les lire et les contempler ?
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Citations & extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B07 mars 2016
À partir de ce moment-là, à l'exception de quelques commentaires isolés, inévitables, le récit du vieillard cessera d'être écouté attentivement et sera remplacé par une réorganisation de son discours en fonction du vocabulaire utilisé, dans le but d'évaluer l'information reçue. La raison de ce changement imprévu d'attitude est à chercher dans l'emploi du verbe maîtriser, passablement recherché, par le narrateur, qui faillit presque le disqualifier de sa fonction de narrateur complémentaire, important, certes, car sans lui nous n'aurions aucun moyen de savoir ce qui s'est passé dans le monde extérieur, de sa fonction de narrateur complémentaire, disions-nous, de ces événements extraordinaires, alors que chacun sait que la description d'un fait, quel qu'il soit, a tout à gagner de l'utilisation de termes rigoureux et appropriés. […] Un commentateur de télévision trouva la métaphore appropriée et compara l'épidémie, ou quel que soit le nom du phénomène, à une flèche lancée très haut dans les airs qui, ayant atteint l'apogée de son ascension, s'arrête un moment comme en suspens et commence aussitôt après l'inéluctable descente que la gravité s'efforcera d'accélérer avec le consentement de Dieu jusqu'à la disparition du terrible cauchemar qui nous tourmente, et avec cette invocation le commentateur revenait à la trivialité des échanges humains et à l'épidémie proprement dite. Une demi-douzaine de mots de ce genre était constamment utilisée par les grands moyens d'information qui finissaient toujours par former le vœu pieux que les infortunés aveugles retrouvent promptement leur vue perdue, et en attendant ils leur promettaient la solidarité de l'ensemble du corps social organisé, tant officiel que privé. […] Malheureusement, l'inanité de pareils vœux ne tarda pas à être démontrée, les espoirs du gouvernement et les prédictions de la communauté scientifique s'en allèrent tout bonnement en eau de boudin. […] L'effet conjugué de l'inutilité manifeste des débats et de certains cas de cécité subite en plein milieu des séances où l'orateur s'écriait, Je suis aveugle, je suis aveugle, mena les journaux, la radio et la télévision à cesser presque entièrement de rendre compte de ces initiatives, à l'exception du comportement discret et à tous égards louable de certains organes d'information qui, faisant leurs choux gras du sensationnalisme sous toutes ses formes, des heurs et des malheurs d'autrui, n'étaient pas prêts à manquer la moindre occasion de raconter en direct, avec tout le tragique exigé par la situation, la cécité subite, par exemple, d'un professeur d'ophtalmologie.
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Nastasia-BNastasia-B09 février 2016
Le mal dont souffrait la jeune fille aux lunettes teintées n'était pas grave, elle avait juste une conjonctivite des plus simples que le topique en doses légères prescrit par le médecin guérirait en quelques jours. Et vous le savez sûrement déjà, pendant ce temps-là, n'ôtez vos lunettes que pour dormir, lui avait-il dit. La plaisanterie était loin d'être nouvelle, on peut même supposer que les ophtalmologues se la transmettaient de génération en génération, mais l'effet se répétait à chaque fois, le médecin souriait en la disant, le patient souriait en l'entendant, et en l'occurrence cela valait la peine car la jeune fille avait de jolies dents et savait les montrer. Par misanthropie naturelle ou pour avoir connu trop de déceptions dans la vie, un sceptique ordinaire qui eût connu les détails de la vie de cette femme eût insinué que la beauté du sourire n'était que rouerie professionnelle. […] En simplifiant donc, l'on pourrait inclure cette femme dans la catégorie des prostituées, mais la complexité de la trame des relations sociales, tant diurnes que nocturnes, tant verticales qu'horizontales, de l'époque ici décrite invite à mettre un frein à la tendance aux jugements péremptoires et définitifs, défaut dont nous ne parviendrons peut-être jamais à nous débarrasser en raison de notre suffisance excessive. […] Sans doute cette femme va-t-elle au lit contre de l'argent, ce qui permettrait vraisemblablement de la classer sans autre considération dans la catégorie des prostituées de fait, mais comme il est avéré qu'elle ne le fait que quand elle le veut et avec qui elle le veut, il est probable que cette différence de droit doive déterminer à titre de précaution son exclusion de la corporation. […] Si l'on ne veut pas la réduire à une définition primaire, ce qu'il faudra finalement dire d'elle, sur le plan général, c'est qu'elle vit comme bon lui semble et qu'en plus elle en tire tout le plaisir qu'elle peut.
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Nastasia-BNastasia-B19 avril 2016
Ils traversent une place où des groupes d'aveugles s'amusaient à écouter les discours d'autres aveugles, à première vue aucun ne semblait aveugle, ceux qui parlaient tournaient la tête avec véhémence vers ceux qui écoutaient, ceux qui écoutaient tournaient la tête avec attention vers ceux qui parlaient. L'on proclamait les principes fondamentaux des grands systèmes organisés, la propriété privée, le libre-échange, le marché, la Bourse, la taxation fiscale, les intérêts, l'appropriation, la désappropriation, la production, la distribution, la consommation, l'approvisionnement et le désapprovisionnement, la richesse et la pauvreté, la communication, la répression et la délinquance, les loteries, les édifices carcéraux, le code pénal, le code civil, le code de la route, le dictionnaire, l'annuaire téléphonique, les réseaux de prostitution, les usines de matériel de guerre, les forces armées, les cimetières, la police, la contrebande, les drogues, les trafics illicites autorisés, la recherche pharmaceutique, le jeu, le prix des cures et des enterrements, la justice, l'emprunt, les partis politiques, les élections, les parlements, les gouvernements, la pensée convexe, la pensée concave, plane, verticale, inclinée, concentrée, dispersée, fuyante, l'ablation des cordes vocales, la mort de la parole. Ici on parle d'organisation, dit la femme du médecin à son mari, J'ai remarqué, répondit-il, et il se tut.
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Nastasia-BNastasia-B18 avril 2016
Je crains que tu ne sois comme le témoin qui cherche le tribunal où il a été convoqué par il ne sait qui et où il devra déclarer il ne sait quoi, dit le médecin, Le temps s'achève, la pourriture s'étend, les maladies trouvent les portes ouvertes, l'eau s'épuise, la nourriture est devenue du poison, voilà quelle serait ma première déclaration, dit la femme du médecin, Et la deuxième, demanda la jeune fille aux lunettes teintées, Ouvrons les yeux, Nous ne le pouvons pas, nous sommes aveugles, dit le médecin, C'est une bien grande vérité que de dire qu'il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, Mais moi je veux voir, dit la fille aux lunettes teintées, Ce n'est pas pour cela que tu verras, la seule différence pour toi serait de cesser d'être la pire aveugle.
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Nastasia-BNastasia-B19 février 2016
Tenant son ventre à deux mains, soutenu par la femme du médecin, le garçonnet louchon descendit l'escalier dans les affres, il avait réussi à se retenir jusqu'ici, le pauvre, ne lui en demandons pas plus, sur les dernières marches son sphincter avait renoncé à résister à la pression interne, vous pouvez imaginer avec quelles conséquences. Pendant ce temps, les cinq autres descendaient comme ils pouvaient l'escalier de secours, mot particulièrement approprié, et s'il leur restait encore quelque pudeur datant du temps où ils avaient vécu en quarantaine le moment était venu de la perdre. Éparpillés dans le potager, gémissant sous l'effort, souffrant d'un reste de vergogne inutile, ils firent ce qu'ils avaient à faire, de même que la femme du médecin, mais celle-ci pleurait en les regardant, elle pleurait pour eux tous qui ne peuvent même plus le faire, semble-t-il, son propre mari, le premier aveugle et sa femme, la jeune fille aux lunettes teintées, le vieillard au bandeau noir, ce garçonnet, elle les voyait accroupis dans l'herbe entre les tiges noueuses des choux avec les poules aux aguets, le chien des larmes était lui aussi descendu, cela en faisait encore un. Ils se torchèrent tant bien que mal, plutôt mal que bien, avec une poignée d'herbe, des fragments de brique, avec ce que le bras réussissait à attraper, le remède fut parfois pire que le mal.
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