"
Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii.Ta."
Humbert Humbert est attiré par les jeunes filles de 9 à 13 ans, qu'il surnomme des nymphettes. Dolores Haze, fillette de 12 ans, possède les charmes nécessaires pour plaire au personnage principal narrateur de ce roman découpé en deux parties. Il se définit lui-même comme un pédophile, un pervers, un maniaque ... Dolores est plus qu'une enfant à ses yeux, elle est Lo, Lola ou
Lolita. le regard du narrateur transfigure la réalité et cette enfant est à la fois sa quête et sa proie, son objet de désir et son enfant. Pour séduire la fille, commençons par séduire la mère ! Quand ce sera chose faite,
Lolita sera sous l'emprise de cet homme qui pourra assouvir ses besoins quand son corps le demandera.
Le roman est sulfureux par son sujet :
Lolita est à la fois objet sexuel et aimée du personnage principal. HH est embarrassant par ses confidences, par l'évocation claire de ses désirs, mais il ne tombe jamais dans la vulgarité, et son autodérision permet de prendre de la distance avec ce personnage. Tout est vu à travers son regard, donc la réalité est faussée, même si on le sent très sincère et objectif sur lui-même. Il n'hésite pas à se condamner parfois. le lecteur est plongé violemment dans l'esprit d'un pédophile, ce qui implique forcément certains détails.
Lolita, quant à elle, est une enfant de 12 ans, que l'on verra grandir dans le roman. Elle est précoce pour son âge, plutôt délurée et provoque le premier rapport sexuel avec la narrateur sur un air de bravade, comme si elle voulait montrer par fierté qu'elle en sait plus, comme un enfant orgueilleux qui veut se mettre en avant par ses connaissances ou son savoir-faire. A mes yeux, c'est une pauvre gamine livrée à elle-même car ses parents sont absents. Après l'acte charnel initial, elle ne semble pas désirer le narrateur, aucune allusion à son plaisir, elle injurie HH, souffle face à ses appels, semble plus objet qu'actrice... Mais ce n'est pas un ange pour autant. Elle sait qu'elle plaît à Humbert Humbert, mais n'en est pas pour autant machiavélique. Elle n'a aucun repère, cède aux appels sexuels du narrateur contre sa volonté, sous la menace souvent ou grâce à un chantage savamment orchestré. Elle n'est pas tant séductrice, mais plutôt séduisante, malgré elle en partie. Une chose est certaine: le narrateur est sous son emprise et ne peut s'en défaire.
Ce roman ne laisse pas insensible, peut choquer par son sujet et séduire par l'écriture de
Nabokov. Un souffle habite ce roman au parfum de scandale. A cause du récit à la première personne du singulier, on doute souvent sur les personnages, leurs actions et leurs réelles motivations.
Nabokov refuse tout manichéisme et nous fait visiter les Etats-Unis au rythme endiablé de cette histoire d'amour. L'amour de HH pour
Lolita est monstrueux, car hors-norme et intolérable, même si les multiples renvois littéraires tendent à excuser ou à normaliser cette relation.
Un roman d'une rare intensité qui unit deux êtres en marge.