Parce que j'ai raté l'adaptation passée il y a quelques semaines à la tv, je me suis décidée à lire ce roman qui m'attendait sur mes étagères.
Somerset Maugham nous offre une histoire d'amour non partagé, bien cruelle et pourtant non dénuée de délicatesse et de romantisme.
Comme souvent avec l'écrivain, ces portraits de femmes et surtout de la principale héroïne, ne sont guère flatteurs.
Kitty s'est enfin décidée à épouser Walter, un jeune médecin spécialisé en bactériologie, bien qu'il lui paraisse insignifiant. Mais sa fervente déclaration d'amour l'a tout de même touchée, et flattée, et puis sa soeur cadette est déjà avantageusement casée, tandis que la propre mère de Kitty ne cache pas son agacement et son impatience de voir sa fille aînée quitter enfin la maison familiale... Alors va pour Walter...
Autant la frivole Kitty méprise son mari, autant celui-ci l'adore. Voilà qui promet une vie de couple bien difficile...
Les jeunes mariés s'installent à Hong-kong, possession britannique, et fréquentent quelques salons.
Arrive ce qui devait fataltement survenir: Kitty a un amant, le bellâtre du coin, un haut fonctionnaire marié. Quand on s'ennuie ferme aux côtés d'un époux pâlot et inconsistant, quoi de mieux qu'une liaison torride et un peu de culpabilité.
Jusqu'ici la trame du roman est bien classique, c'est juste une histoire d'adultère. Et bien non ! C'est méconnaître l'écrivain qui a l'art de transformer une histoire d'amour, même non partagée, en fine analyse d'une époque et d'une société.
Walter découvre la liaison extra-conjugale de Kitty. Nous le connaisssions à travers le regard méprisant de celle-ci, Maugham le révèle tout autre et magnifique dans ses décisions.
Froidement, Walter prend soin de montrer à son épouse la véritable personnalité de son amant (un type bien mesquin qui n'en valait pas la peine) et pour achever la jeune femme, il l'emmène avec lui dans un province chinoise éloignée où sévit le choléra... Terrible punition pour l'épouse perfide et sans coeur : l'isolement et le spectre de la mort...
Dans cette partie du roman, bien distincte, comment ne pas éprouver de la pitié pour le mari incompris et dédaigné, toujours amoureux et qui choisit d'expier ce qu'il croit être sa faute en travaillant sans relâche auprès des malades. Et Kitty, que l'on prend plaisir à détester tant elle s'est montrée sotte et vaniteuse, entame son chemin de croix et gagne du même coup la sympathie du lecteur. Sa nouvelle humanité transparaît essentiellement à travers sa mission aux côtés des Soeurs du couvent français qui vient en aide aux blessés et aux orphelins.
Il y a tant de regrets et de tristesse entre ces deux êtres qui ne parviennent pas à s'apaiser ni à se comprendre et qui, dans leur immense solitude, finiront par trouver d'une façon toute différente, une issue à leur existence bancale. Elle sera amère pour l'un, plus douce enfin pour l'autre, comme une renaissance.
Si je devais résumter très brièvement, je dirai que c'est une rencontre choc entre un homme et une femme que tout sépare ou presque, entre deux cultures, dont l'une nourrit l'autre, et mine de rien, sous ses faux airs de roman d'amour,
La passe dangereuse est aussi un roman sur la remise en question de soi et le sens que l'on donne à sa vie.
Une autre belle découverte de
Somerset Maugham qui, décidément, ne cesse de me surprendre.
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