> Marie-Claire Bancquart (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253009636
Éditeur : Le Livre de Poche (1979)


Note moyenne : 3.74/5 (sur 359 notes) Ajouter à mes livres
Boule de Suif, première nouvelle de cet ouvrage, "c'est l'effondrement de toutes les valeurs prônées, avant que le souci de conservation personnelle devienne le seul qui compte : manger les provisions de la prostituée et la jeter dans les bras de l'officier allemand". M... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par asphodele85, le 22 juin 2011

    asphodele85
    L'histoire commence sur un tableau de la campagne normande en plein hiver où grouillent des soldats en déroute et en guenilles, hagards, que la faim et la défaite annoncée, ainsi que l'invasion prussienne bien réelle poussent à errer sans but et sans chef. Fantassins, hussards, soldats de la Garde Mobile Nationale, ne se reconnaissent plus entre eux et en viennent parfois à se tirer dessus comme des lapins. Ce premier tableau est important dans la mesure où il situe à la fois l'action dans le temps mais il nous dit aussi ce que Maupassant en pense : « Car la même sensation reparaît chaque fois que l'ordre établi des choses est renversé, que la sécurité n'existe plus, que tout ce que protégeaient les lois des hommes ou celles de la nature, se trouve à la merci d'une brutalité inconsciente et féroce ».
    C'est dans ce contexte fébrile de la guerre de 1870 à Rouen, où l'occuppation prussienne a dépassé l'invasion, que trois couples, deux religieuses, un démocrate et une protistuée vont se précipiter dans la première diligence pour Dieppe, laissant derrière eux commerce, château, monastère ou rentes confortables. Dans la description détaillée, ciselée qu'il fait de ce microcosme représentatif de la société de l'époque (et que l'on pourrait aisément retranscrire aujourd'hui), il dit comment d'aucuns prennent de petits arrangements avec leur conscience pour mieux enfumer le chaland (le couple de commercants), entretenir un blason toujours nanti (le couple de nobles) ou préserver le vernis doré et hypocrite d'une politique (le couple de politiciens-propriétaires) : « Les six personnes formaient le fond de la voiture, le côté de la société rentée, sereine et forte, des honnêtes gens autorisés qui ont de la Religion et des Principes ». Viennent s'ajouter un personnage haut en couleurs, le « démoc », l'opposant au régime qui fait sa « résistance » personnelle pour se dédouanner un peu d'être un privilégié, les deux religieuses, confites dans leurs prières, les yeux baissés sur leur rosaire et dont une se révèlera aussi odieuse que les autres et bien sûr une femme, « une de celles appelées galantes, à l'embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de suif « .
    Du début du voyage en calèche, en passant par les trois jours où ils restent confinés à l'hôtel occupé par les Prussiens, et dont la condition de repartir est que Boule de suif accepte de coucher avec leur commandant (c'est dit comme ça dans le texte), jusqu'au départ de l'hôtel, Maupassant nous déploie toute la palette de sentiments et de réalisme qui colore ce périple.
    Boule de suif, méprisée et toisée au départ, retrouve un intérêt auprès des autres quand ils s'aperçoivent qu'ils n'ont pas prévu de provisions et que la calèche s'enlise dans la neige, les retardant dans leur voyage. Boule de suif va partager son panier de deux jours avec Tous et avec plaisir, elle sera leur (presque) égale dans la faim, tout au moins gagnera en respectabilité. Plus tard, à l'hôtel, quand le tavernier annonce la condition du départ, ce sont d'abord cris étouffés et offusqués des messieurs-dames, surtout des dames qui pensent que cela aurait pu tomber sur elles. Deux jours et deux nuits où la haine envers Boule de suif va gonfler, pleine des rancoeurs que l'on reproche aux prostituées avec en plus, la colère de voir qu'elle ne cède pas, les mettant en danger, alors qu'après tout c'est son métier ! » Et aujourd'hui qu'il s'agit de nous tirer d'embarras, elle fait sa mijaurée cette morveuse !… Moi je trouve qu'il se conduit très bien cet officier « . Mais Boule de suif est patriote, elle a déjà sauté à la gorge d' un Prussien (suscitant leur admiration au début du voyage) et ne veut pas se donner à l'ennemi. Elle finira par se rendre sous les oreilles attentives et comblées des couples restés en bas du couloir de l'auberge et qui apprécient sa reddition… Seront-ils reconnaissants envers elle de son sacrifice ? Que nenni, ils ne la mépriseront que plus, la renvoyant au cul de basse fosse dont elle vient, ignorant ses larmes et sa faim lorsqu'ils repartent avec un panier, eux, panier qu'ils ne penseront même pas à partager avec elle. Une putain s'est couchée pour la France alors qu'ils se couchaient devant l'ennemi, l'avarice des sentiments et la mesquinerie incrustée dans leurs âmes pleines de Principes et de Religion. le « démoc », avec sa barbe rousse hirsute et ses longs cheveux gras, commencera à siffler la Marseillaise (qui n'était pas encore l'hymne national, mais subversive), essayant de les faire sursauter mais ils feront semblant de ne pas entendre, occupés à se gaver ni de voir les larmes qui roulent, piétinées sous les sabots des chevaux, sur le visage humilié de Boule de suif… Comme si le courage, malgré sa dimension ici, ne pouvait jamais dépasser le statut social des plus humbles.
    Quelques petites phrases bien senties : » Car la haine de l'Etranger arme toujours quelques Intrépides prêts à mourir pour une Idée « ./ « Quand il y a des gens qui font tant de découvertes pour être utiles, faut-il que d'autres se donnent tant de mal pour être nuisibles ! ». /« Cornudet (le démocrate), indigné de l'entente cordiale établie entre les vainqueurs et les vaincus, se retira, (…). Loiseau eut un mot pour rire » Ils repeuplent'. Monsieur Carré-Lamadon eut un mot grave : « Ils réparent ». «
    SUR LA NOUVELLE ET MAUPASSANT :
    La préface de Nicolas Millet est très intéressante : elle nous apprend que cette nouvelle paraît en 1880 pour la première fois alors qu'il a à peine 30 ans, avec le choix délibéré de l'auteur de la faire paraître dans le recueil Des Soirées de Médan, afin de revendiquer implicitement son appartenance au mouvement naturaliste. « Méthode littéraire qui cherche à introduire dans l'art, la méthode des sciences expérimentales. En suivant la métode du scientifique l'écrivain se fait à la fois observateur et expérimentateur ». Un recueil collectif où il apparaît à côté de Zola et Huysmans. La nouvelle tirera des éloges dithyrambiques à Flaubert dont il est le disciple : » Il me tarde de vous dire que je considère Boule de suif comme un chef-d'oeuvre ! Oui, jeune homme ! Ni plus ni moins, cela est d'un maître (…) Ce petit conte restera, soyez-en sûr ! Quelles belles binettes que celles de vos bourgeois ! Pas un n'est raté ! », etc, etc. « Un mois plus tard, le 8 mai 1880, Gustave Flaubert, né à Rouen, mourut. »
    Alors oui, Boule de suif est restée et je la trouve particulièrement actuelle, comme le souligne également Nicolas Millet, le commerce fait avec le corps des femmes se poursuit, les guerres ne sont pas finies de par le monde et peuvent entraîner des dérives semblables à tout moment. Et avec lui j'ajouterai : « Maupassant est donc à lire de toute urgence, à l'âge où le désir de changer le monde ne peut être accompli qu'après l'avoir appréhendé. (…) Or la littérature en général et la prose De Maupassant en particulier en constituent sans doute le meilleur moyen. »


    Lien : http://leslecturesdasphodele.wordpress.com
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    • Livres 3.00/5
    Par sultanne, le 12 février 2012

    sultanne
    Grand observateur de ses contemporains, De Maupassant était également un excellent narrateur. Dans un style propre au XIXème siècle français, empreint à la fois de méticulosité et de réalisme, il nous propose, au fil de ses nouvelles toutes plus délicieuses les unes que les autres, de faire connaissance avec la société qui fut alors la sienne.
    Un fait bien appréciable, il place ses nouvelles en province, permettant ainsi à son lecteur de ne pas se focaliser sur la capitale. Les descriptions sont superbes, De Maupassant n'ayant pas son pareil pour nous plonger dans des atmosphères particulières.
    La femme est, plus particulièrement observée ; être à la fois désirable et détestable, changeante et mystérieuse, elle offre ici de bien beaux tableaux, encore très actuels aujourd'hui. Et si Maupassant semble ne pas avoir pris une ride, le doit-il à son seul talent ou au caractère atemporel de ses personnages ?
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    • Livres 3.00/5
    Par carre, le 16 février 2012

    carre
    Boule de Suif est le nom d'une prostituée qui se retrouve embarquée dans une diligence fuyant l'arrivée des Prussiens à Rouen, en compagnie de bourgeois, étriqués, vils et lâches.Et intéréssés car Boule de Suif est la seule à avoir prévu des provisions. Ce recueil de nouvelles montre le talent De Maupassant à décrire les petits bassesses humaines. Et le tableau n'est guère flatteur pour ces nantis qui iront jusqu'àu plus odieux des comportements. Mais l'on sait que la lacheté et l'hyprocisie sont malheureusement intemporelles.
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    • Livres 5.00/5
    Par Sharon, le 23 avril 2012

    Sharon
    Cette nouvelle est sans doute l'une des plus connues De Maupassant. Réaliste ? Oui. Nous sommes dans la Normandie de 1870, avec ses notables si propres sur eux et si lâches. En contrepoint, une armée de fantôche qui ne combat pas. Et si Boule-de-suif, brave fille, était la seule et véritable patriote de ce récit ? Poser la question est déjà y répondre.
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    • Livres 5.00/5
    Par olivberne, le 28 mars 2012

    olivberne
    Histoire ignoble, sentiments infects, personnages dégoutants d'égoïsme et de contentement! La nouvelle a beaucoup plu aux amis de Zola et Flaubert et elle a permis à Maupassant de devenir célèbre. Il n'y a que Boule de suif qui sorte grandie de cette histoire et on a envie de pleurer avec elle, mais on en vient à se demander: qu'aurais-je fait en pareil cas? Maupassant peint les bourgeois et les sentiments humains de manière abjecte mais malheureusement réaliste...
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Critiques presse (1)


  • Lecturejeune , le 17 février 2012
    Lecture Jeune, n°130 - juin 2009 - 1870, les Prussiens envahissent la ville de Rouen. Un groupe de dix personnes grimpe dans une diligence en partance pour Dieppe. Plusieurs classes sociales se côtoient au cours de cette cavalcade : commerçants, grands bourgeois, religieuses, etc. Mais une prostituée, nommée Boule de suif, se distingue des autres personnages. Les voyageurs sont partis précipitamment, nul n'a pris de quoi se nourrir, exceptée Boule de suif, prévoyante, qui déjeune dans son coin. Mais sous le regard concupiscent des autres voyageurs, elle finit par partager avec générosité son repas. La nuit venue, ils font halte dans une auberge malheureusement occupée par des Prussiens. Le lendemain, un des officiers ennemis ne les laissera repartir que s'il peut profiter des charmes de Boule de suif. Li-An revisite Maupassant et propose une superbe description des travers humains : individualisme, hypocrisie, mensonge... Son travail sert parfaitement le texte classique et permet d'aborder un grand auteur de manière ludique. Un humour très corrosif mis en valeur par le dessin coloré et les cases travaillées dans de multiples formats. Une adaptation réussie et un « one shot » qui vient enrichir la collection « Ex-libris ». Agnès Donon

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Citations et extraits

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  • Par Sharon, le 08 décembre 2010

    Alors Cornudet, qui digérait ses oeufs, étendit ses longues jambes sous la banquette d'en face, se renversa, croisa ses bras, sourit comme un homme qui vient de trouver une bonne farce, et se mit à siffloter la Marseillaise .
    Toutes les figures se rembrunirent. Le chant populaire, assurément, ne plaisait point à ses voisins. Ils devinrent nerveux, agacés, et avaient l'air prêts à hurler comme des chiens qui entendent un orgue de barbarie.
    Il s'en aperçut, ne s'arrêta plus. Parfois même il fredonnait les paroles:
    Amour sacré de la patrie,
    Conduis, soutiens, nos bras vengeurs,
    Liberté, liberté chérie,
    Combats avec tes défenseurs!
    On fuyait plus vite, la neige étant plus dure; et jusqu'à Dieppe, pendant les longues heures mornes du voyage, à travers les cahots du chemin, par la nuit tombante, puis dans l'obscurité profonde de la voiture, il continua, avec une obstination féroce, son sifflement vengeur et monotone, contraignant les esprits las et exaspérés à suivre le chant d'un bout à l'autre, à se rappeler chaque parole qu'ils appliquaient sur chaque mesure.
    Et Boule de suif pleurait toujours; et parfois un sanglot, qu'elle n'avait pu retenir, passait, entre deux couplets, dans les ténèbres.
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  • Par kathel, le 01 décembre 2010

    La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre par son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses, avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait plaisir à voir. Sa figure était une pomme rouge, un bouton de pivoine prêt à fleurir; et là-dedans s'ouvraient, en haut, deux yeux noirs magnifiques, ombragés de grands cils épais qui mettaient une ombre dedans; en bas, une bouche charmante, étroite, humide pour le baiser, meublée de quenottes luisantes et microscopiques.
    Elle était de plus, disait-on, pleine de qualités inappréciables.
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  • Par kathy, le 22 avril 2011

    J'aimais ce pays infiniment. Il est des coins du monde délicieux qui ont pour les yeux un charme sensuel. On les aime d'un amour physique. Nous gardons, nous autres que séduit la terre, des souvenirs tendres pour certaines sources, certains bois, certains étangs, certaines collines, vus souvent et qui nous ont attendris à la façon d'événements heureux. Quelquefois même la pensée retourne vers un coin de forêt, ou un bout de berge, ou un verger poudré de fleurs, aperçus une seule fois, par un jour gai, et restés en notre coeur comme ces images de femmes rencontrées dans la rue, un matin de printemps, avec une toilette claire et transparente, et qui nous laissent dans l'âme et dans la chair un désir inapaisé, inoubliable, la sensation du bonheur condoyé.
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  • Par rosy, le 28 mars 2011

    Lorsque le court repas fut fini, j'allai m'asseoir devant la porte, le cœur serré par la mélancolie du morne paysage, étreint par cette détresse qui prend parfois les voyageurs en certains soirs tristes, en certains lieux désolés.

    Il semble que tout soit près de finir, l'existence et l'univers.

    On perçoit brusquement l'affreuse misère de la vie, l'isolement de tous, le néant de tout, et la noire solitude du cœur qui se berce et se trompe lui-même par des rêves jusqu'à la mort.
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  • Par diborde, le 05 juillet 2011

    Les femmes se serrèrent, le ton de la voix fut baissé, et la discussion devint générale, chacun donnant son avis. C'était fort convenable du reste. Ces dames surtout trouvaient des délicatesses de tournures, des subtilités d'expression charmantes, pour dire les choses les plus scabreuses. Un étranger n'aurait rien compris tant les précautions du langage étaient observées. Mais la légère tranche de pudeur dont est bardée toute femme du monde ne recouvrant que la surface, elles s'épanouissaient dans cette aventure polissonne, s'amusaient follement au fond, se sentant dans leur élément, tripotant de l'amour avec la sensualité d'un cuisinier gourmand qui prépare le souper d'un autre.
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Bande annonce du roman de Guy de Maupassant signée Declan Donnellan et Nick Ormerod avec Robert -Twilight- Pattinson,Uma Thurman, Kristin Scott Thomas et Christina Ricci dans les rôles titres.








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