On l'apprend ici et là , ce titre est tiré d'une phrase de
Guy Debord:
À la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d'une sombre mélancolie,
qu'ont exprimée tant de mots railleurs et tristes,
Dans le café de la jeunesse perdue.
Dans le Paris – quartier latin des années 60, Café du Condé, un café à la patronne maternelle que l'on imagine volontiers derrière son comptoir à essuyer les verres et couver du regard ses jeunes habitués.
Point de rencontre très bohème, carrefour des cultures et des milieux : des étudiants brillants, des flambeurs, des oisifs, des hommes sombres au passé trouble, des rêveurs attablés à leur ile.
Point de convergence entre les destinées, vers un seul et unique drame.
Quatre narrations centrées vers une seule personne. Jacqueline – surnommée Louki par les habitués.
Une jeune femme gracile et mystérieuse, mélancolique, fuyante et fugueuse, qui passe son temps au café et glisse ici comme sur un rêve – elle finira défenestrée. On apprendra au fil du livre qu'elle était malheureuse, confinée dans une vie terne, mariée à un homme triste et banal, cherchant à échapper aux réminiscences d'un passé blessé.
C'est un récit très aérien, à la fois réaliste et poétique, une esthétique fascinante de l'éphémère, du passage, du provisoire.
Et puisqu'ici bas rien ne dure ….
Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.
(
Rimbaud cité par
Modiano – cet ange bizarre - ici )
Nous ne sommes pas ici dans la nostalgie, mais dans le gaspillage, la générosité, l'immodéré. Ici ce n'est pas tant quand la jeunesse se détruit, mais « se dilapide par un élan de générosité, un manque d'économie, de calcul. »
La part de l'ange bizarre
« Quand j'étais enfant, livré à moi-même, il y avait une fille dans l'immeuble, un peu américaine, qui faisait les Beaux-Arts. Elle devait m'emmener à l'école mais elle me faisait des mots d'excuses et me traînait dans des endroits bizarres, un hôtel rue Gît-le-Coeur et un café, rue du Four, où il y avait des gens de son âge. Des types qui n'avaient rien à voir avec ceux du Flore ou des Deux-Magots. Beaucoup plus marginaux, des desperados. Je me rappelle des choses de l'époque de la jeunesse de cette fille qui avait 20 ans dans les années 50 et ça se superpose avec ma propre jeunesse et avec la jeunesse d'aujourd'hui, dans une sorte d'intemporalité. Ça peut paraître absurde, mais quand j'observe la jeunesse de maintenant je trouve des ressemblances avec des gens des années 50. Je reconnais dans la rue des silhouettes qui m'ont frappé quand j'avais 8 ans. Les époques ne se ressemblent pas, mais la jeunesse a toujours les mêmes gestes... »
Sur le « Fixeur d'ombres »:
En pensant à ce personnage, je pensais un peu à moi. Jeune, je songeais à tous ces gens qu'on croise dans des lieux de passage, des gares ou des cafés, et je me disais trouvais dommage de ne pas pouvoir les répertorier, pour garder une trace de leur passage. C'est pour ça aussi que j'ai toujours été fasciné par les annuaires, par exemple : les gens y figurent et puis, l'année d'après, ils disparaissent. La seule trace qui reste d'eux, finalement, c'est cet annuaire.
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Sur le wiki
Sur le réseau modiani
Interlude lexical :
Mot récurrent qu'inspire visiblement le café de la jeunesse perdue et dont je m'interdirai par conséquent l'emploi : interlope
« labyrinthe d'un monde interlope d'identités incertaines » selon M. Raspiengeas ici
« Monde interlope » Selon Clabeaut sur Culturofil
« Quartiers interlopes » selon modiano dans son interview pour le nouvel obs ici
NDLR: le message est truffé de liens, auxquels vous pouvez accéder sur le lab.
Lien : http://lelabo.blogspot.com/2009/10/patrick-modiano-dans-le-cafe-de-l..