ISBN : 2234054613
Éditeur : Stock (2002)


Note moyenne : 4.25/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
Dans la première partie de Mort à crédit, Louis-Ferdinand Céline retraçait son enfance, entre une mère résignée et courageuse et un père raté, veule, humilié dans son travail et par ses voisins. C'est un peu sur le ... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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  • Par MIOP, le 09 février 2012

    MIOP
    Je viens de refermer le livre, il est terrible. Dans tous les sens du mot. Grosso modo, c'est l'histoire d'un type qui méprise ses parents, du moins leur vie étroite, ordinaire et soumise de petits soldats pathétiques de la "classe moyenne", qui tente de s'en échapper en prenant le chemin opposé (il faut devenir artiste !) et 20 ans plus tard s'en prend à son tour plein la poire face à sa fille, qui le... méprise. Bref, je ne suis pas très costaud pour les résumés, mais croyez-moi, c'est un roman du tonnerre de Brest. (Je vous jure.)
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Citations et extraits

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  • Par ophrys, le 17 janvier 2011

    (…) il est sans doute impossible d’envisager son père comme un être humain. Ceux qui s’y risquent, ils s’y perdent. La seule manière de construire son identité est d’occulter la dimension, la profondeur humaine du père – pour n’y voir à la place qu’un paramètre d’autorité, une loi à respecter ou à détruire. Comprendre que ton père n’est pas seulement un rouage fixe et immuable auquel son seul statut légal donne sens, mais qu’il est un être humain au même titre que toi, qu’il possède une vie intérieure dont la nature et les exigences sont comparables aux tiennes, c’est accepter l’expérience des gouffres, ne plus s’appréhender soi-même comme un absolu mais comme une donnée relative. Par exemple, c’est affronter l’idée que ton père n’aime plus sa femme et que c’est légitime. (…) C’est affronter l’idée qu’il puisse se dire que s’il n’avait pas eu d’enfant il n’aurait pas gâché sa vie. Envisager ton père comme un homme libre dont la vie a la même valeur que la tienne, c’est accepter l’idée qu’il puisse te sacrifier à son bonheur. Ces confrontations, la plupart des enfants n’y résisteraient pas. De la même manière qu’instinctivement on ne regarde pas fixement le soleil, on ne regarde pas à l’intérieur de ses parents.
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  • Par ophrys, le 17 janvier 2011

    En ces temps de libéralisme effréné où le partage de la population ne relève plus d’un déterminisme ancestral (les seigneurs et les serfs), mais d’une lutte acharnée qui peut faire de n’importe qui un nanti (et tous les coups sont bons), d’un combat à la vie à la mort qui plonge les perdants dans la misère et hisse les vainqueurs au plus haut niveau (quitte à les faire redescendre brutalement), toute médiocre qu’elle semble être, cette angoisse tristement prosaïque de ma mère (comparée à la Grande Angoisse Noble de la Mort) est peut-être en réalité la seule métaphysique qui vaille : celle de l’homme pour qui tout se joue ici et maintenant, sans autre salut possible que celui de la réussite matérielle. Je vois mal comment cette société, comment les principes qui la constituent, pourraient donner naissance à autre chose qu’à cette angoisse hégémonique du décès social – et comment celui-ci pourrait ne pas être pire que la mort. Le seul horizon désirable, c’est celui avec lequel se consolent les étudiants, lorsqu’ils planchent sur une épreuve d’examen difficile.
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  • Par ophrys, le 17 janvier 2011

    J’écoutais les albums du Velvet allongé sur mon lit. Je regardais couler la Seine, assis sur un quai. Je guettais, ému, l’ouverture des bourgeons. J’exaltais les souffrances, les extases de mon moi. Je ne lisais aucun journal, aucun essai, mais uniquement des romans et des recueils de poésie. De la même manière que mes parents n’accordaient d’importance qu’à leurs intérêts matériels, concevant cette attitude comme un contre-pied subversif à leurs valeurs, je ne m’intéressais qu’à ma vie intérieure et à mes sensations. L’actualité me semblait d’un prosaïsme indique. Les splendeurs de l’automne me paraissaient plus essentielles que le conflit israélo-palestinien. J’ai compris assez tard que c’était l’envers exact de la même approche du réel, réductrice et centrée sur soi : j’étais narcissique comme mes parents étaient matérialistes.
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  • Par ophrys, le 17 janvier 2011

    La célébrité des autres est insupportable. Il faudra être célèbre soi-même ou crever. En ce début du XXIe siècle, le credo n’est déjà plus la liberté, cette vieille rengaine qui a vécu, car personne n’y croit plus, mais la célébrité, car, puisqu’il n’est pas possible d’être libre, c’est un fait acquis par tous, autant être célèbre, célèbre et prisonnier – Loft Story en est l’illustration la plus probante.
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  • Par ophrys, le 17 janvier 2011

    Et cela d’autant plus facilement que mes parents ne se sentaient concernés par rien d’autre que leurs intérêts personnels. Ils vivaient en dehors de l’Histoire. C’est fascinant. À la maison, je n’ai jamais entendu parler de la Révolution Française, de la Révolution d’Octobre, de la Commune, de la Guerre d’Espagne, du franquisme, de Salazar, de la Shoah, de la création de l’Etat d’Israël, du stalinisme, du maoïsme, des Brigades Rouges, etc. L’Histoire tout court, l’histoire de la pensée, l’histoire de l’humanité, l’histoire collective du peuple français les indifférait. La politique ne les intéressait que dans la mesure où l’élection et le maintien au pouvoir de Giscard leur garantissait la prospérité qu’ils convoitaient.
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