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ISBN : 2253155373
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 1595 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le fameux Smoking, no smoking d'Alain Resnais l'a illustré naguère au cinéma, la scientifique "théorie du chaos" déclinée par Lorenz le vérifie tous les jours auprès de l'enchaînement des événements naturels : ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 11 juin 2013

    lecassin
    Et si Adolphe Hitler, le 08 octobre 1908, avait été reçu au concours d'entrée à l'Ecole des Beaux-Arts de Vienne, au lieu de s'y voir lamentablement recalé ? La face du monde en eut peut-être été changée ; et plus particulièrement entre 1933 et 1945. C'est du moins le thème de réflexion que nous propose Eric-Emmanuel Schmitt dans « La part de l'autre ».
    Publié en 2001, voilà un roman bien étrange dans la mesure où l'auteur nous fait vivre en parallèle une biographie romancée d'Adolph Hitler et celle non moins romancée et U-Chronique d'Adolph H., son double imaginaire.
    Que se serait-il passé si, au lieu d'être humilié, le sulfureux chef du Parti National-Socialiste – plus tard, nazi – s'était vu encensé ? Sa vie aurait sans doute été bien différente… Celle de nos parents et la nôtre également, je suppose… A moins que l'Histoire ne se charge de créer ex-nihilo, les monstres dont elle a besoin ; chacun d'entre nous ne cache-t-il pas au mieux une part d'ombre qui n'attend que l'occasion pour se révéler ?

    « La part de l'autre » parle de chacun d'entre nous et nous ébranle dans nos certitudes : l'homme est un être dual.
    Il faut tout l'art d'Eric-Emmanuel Schmitt pour ne pas tomber dans le conflit un peu simpliste du bon et du méchant : nul n'est parfaitement bon ou mauvais et chacun porte en lui La part de l'autre
    Comme souvent chez Eric-Emmanuel Schmitt : dérangeant, fascinant… original !
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    • Livres 4.00/5
    Par Ode, le 10 mars 2013

    Ode
    J'ai lu autrefois un ouvrage de science-fiction où coexistaient en parallèle autant de réalités que de choix possibles pour un individu. "La Part de l'autre" est un peu bâtie sur ce principe, imaginant ce qui se serait passé si Adolf Hitler n'avait pas été recalé au concours d'entrée de l'Académie des beaux-arts de Vienne en 1908.
    Le récit débute le jour fatidique de l'annonce des résultats et superpose les deux possibles. Hitler, recalé, ressent son échec comme une humiliation et cherche à se venger de ses semblables car il n'ont pas reconnu son génie. Tandis qu'Adolf H., admis, se coule dans le monde artistique, s'ouvrant aux autres et à l'amour.
    Par petites touches, Eric-Emmanuel Schmitt évoque ce qu'aurait pu être le destin politique et économique de l'Allemagne sans dictateur – et sans deuxième guerre mondiale – mais ce n'est pas la partie la plus convaincante du livre. En effet, il me semble naïf de croire que sans Hitler, le nazisme n'aurait pas existé. Hitler n'était pas seul dans son délire belliqueux et meurtrier, mais entouré de cerveaux autant, sinon plus malades que le sien : Göring, Hess, Goebbels, Himmler... le mal a d'infinies ressources pour perpétrer son œuvre infâme.
    L'intérêt du livre est ailleurs : à l'intérieur, dans l'humain. L'introspection d'Hitler et de son double l'emporte largement sur la fiction politique. Et ceux qui s'attendent à un portrait manichéen avec l'ultra-méchant d'un côté et le gentil artiste de l'autre seront surpris...
    « En montrant qu'Hitler aurait pu devenir un autre qu'il ne fut, je ferai sentir à chaque lecteur qu'il pourrait devenir Hitler » explique l'auteur dans son journal. Si bien qu'au début, le vrai Hitler semble plus à plaindre que le faux. le déclencheur de sa "vocation" – portée par l'opéra "Rienzi" de Wagner – est la défaite de l'Allemagne en 1918. Contrairement à Adolf H. et aux autres jeunes gens, cette guerre meurtrière, en offrant un métier au vagabond Hitler, est sa bouée de sauvetage. La défaite lui intime de trouver un coupable : ce sera la début de son antisémitisme. La haine galvanise ses propos : ce sera le début de son éloquence. Adolf H. et Hitler sont névrosés en raison d'un père violent et d'une mère morte trop jeune. L'un sera guéri par la psychanalyse (« l'oreille qui écoute ») et s'en sortira, l'autre sera traité par l'hypnose (« la bouche qui ordonne ») et on ne peut pas en dire autant...
    Éric-Emmanuel Schmitt manie la langue française avec virtuosité ; sa description de la guerre des tranchées est terriblement réaliste. L'humour est là aussi, salutaire sur un tel sujet. Hitler et Adolf H. sont parfois d'un ridicule qui tourne à la farce et cette humiliation littéraire a la saveur d'une vengeance. le passage d'Adolf H. sur le divan de Freud est irrésistible. Comme le portrait d'Hitler en puceau irrécupérable : c'est osé, mais cela se tient.
    Après nous avoir donné sa version du bien dans "L'Évangile selon Pilate", Éric-Emmanuel Schmitt nous livre ici sa version du mal et sa clairvoyance est édifiante. « le mal est un mystère plus profond que le bien car, dans le bien, il y a une lumière, un dynamisme, une affirmation de la vie. Comment peut-on choisir l'obscur ? »
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    • Livres 5.00/5
    Par Heureuse, le 13 février 2013

    Heureuse
    Un coup de coeur pour ce roman magistral.
    On suit le parcours de ces deux hommes Adolf H. et Hitler avec curiosité. EE Schmitt nous fait suivre sa pensée, son questionnement. On cherche le moment où tout va basculer, les indices qui prouveraient que lui, l'autre (surtout pas moi) était destiné au Mal. Que c'était écrit, inéluctable. Qu'il est tellement différent de nous.
    Et puis on découvre un jeune homme dont on pourrait avoir pitié, qu'on pourrait avoir envie d'aider. On se dit que cette fois-ci l'histoire ne sera pas la même. Mais cette fois-ci encore l'histoire a suivi son cours et Hitler est devenu Hitler, l'homme qui a causé tant de souffrances.
    Par ses choix EE Schmitt se révèle énormément. La mort de son chien adoré, l'hypnotisme ... j'ai eu l'impression qu'il fallait un déclencheur, qu'Hitler ne pouvait pas être naturellement mauvais.
    Il le confirme d'ailleurs dans le journal en postface. M. Schmitt est un humaniste qui pense (si j'ai bien compris) qu'on ne nait pas mauvais, mais qu'on le devient.

    Mais qu'est-ce que ça implique? ça implique que, quel que soit notre passé, notre enfance, nos meurtrissures, notre destin n'est pas une fatalité. Nos zones d'ombre il faut les découvrir, les regarder droit dans les yeux, les accepter pour mieux lutter contre elles.
    Je crois que c'est ce qu'il a fait en écrivant ce roman. IL a regardé celui qui, pour lui, ressemblait le mal, s'est mis dans sa peau, a essayé de le comprendre pour mieux saisir dans quelle mesure il était en lui.

    Un roman troublant, essentiel, intelligent ... , un roman d'Eric-Emmanuel Schmitt...
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    • Livres 1.00/5
    Par colimasson, le 11 mai 2013

    colimasson
    « L'écriture vire à l'hallucination.
    Hier, en marchant sur les trottoirs avec mes neveux, j'ai entendu un sifflement et j'ai crié :
    - Couchez-vous !
    Ils m'ont regardé, interloqués. Un vélo passait.
    J'avais cru reconnaître un shrapnell. »

    Ah ! quel humour ! et quel don prodigieux de l'exagération ! Ainsi EES revient-il sur le parcours de l'écriture de La Part de l'autre dans son Journal du livre –journal qu'il n'a bien sûr pas écrit pour lui-même mais à seule fin d'être inclus en conclusion de La Part de l'autre, comme témoignage de la souffrance qu'un auteur s'est infligé pour satisfaire son lectorat trop souvent ingrat. En vérité, ce témoignage vient trop tard. Pour donner le ton exact du livre, il aurait dû être placé en introduction et aurait peut-être dissuadé bien des lecteurs qui n'ont que faire des romans à la gloire de leur auteur.

    Exagération, nous disions donc, mais aussi égocentrisme : ESS semble avant tout avoir voulu parler d'Hitler pour faire parler de lui. Avec un temps de retard, il s'imaginait sans doute qu'il suffisait d'évoquer ce nom pour faire trembler la foule, provoquer son enthousiasme ou sa répulsion extrêmes, et s'emparer de la place convoitée de l'écrivain controversé. Mais n'est pas Céline (entre autres et par exemple) qui veut.

    « Grande résistance de mon entourage à mon projet. Seul Bruno M. comprend et m'encourage. Les autres, Nathalie B. en tête, m'incitent à renoncer.
    - Tu ne peux pas associer ton nom à Hitler !
    - Mais parler d'Hitler ne consiste pas à devenir hitlérien.
    - Moi je sais que tu n'es pas nazi, mais les autres, les lecteurs pressés, les journalistes… »

    ESS, trop innocent pour parler de Hitler ? Véritablement convaincu de l'indigence du thème de La Part de l'autre ? Sans doute pas assez innocent en tout cas pour ne pas sentir qu'il y a là de quoi pavaner et se faire passer pour un écrivain à la fois provocateur, martyr et polémique. C'est sans aucune honte qu'il croit bon d'inclure dans son Journal cette remarque faite par un de ses amis (forcément) :

    « - Comment parviens-tu à raconter l'existence d'un raté, toi qui as toujours tout réussi ? me demande Bruno M. »

    Un raté, Hitler ? Plutôt un vainqueur, même si ses exploits sont amoraux. Un vainqueur, EES ? En tout cas pas en ce qui concerne La Part de l'autre. L'idée était pourtant prometteuse. Que serait devenu Hitler –et donc le monde- si celui-ci n'avait pas échoué son examen d'admission aux Beaux-Arts ? Cette question, beaucoup se la sont déjà posée. Pour rendre cet exercice plus évocateur, EES ne se contente pas seulement de développer cette hypothèse ; il la fait évoluer parallèlement au « véritable » destin que connut Hitler. Pourquoi ces guillemets ? Parce que même si EES respecte les principaux marqueurs historiques de l'existence du dictateur, il s'autorise beaucoup de spéculation en lui attribuant des angoisses, des névroses et des sentiments qui le transforment moins en homme qu'en stéréotype ambulant –complexe d'Œdipe et de castration en tête.

    Si EES semble persuadé de son talent et de son intelligence, aucune de ses remarques ne nous le prouvent. Espère-t-il se montrer fulgurant lorsqu'il écrit par exemple que Hitler n'est pas le seul coupable dans le génocide juif, mais qu'il faut aussi prendre en compte tous ceux qui l'ont aidé et qui ont cru en lui ? ou prend-il seulement son lecteur pour un ignare capable de rivaliser avec son portrait d'Hitler ? Afin de nous montrer que le personnage n'est pas un monstre total et sans vergogne, mais plutôt un triste sire qui ne joue pas assez à touche-pipi, EES abuse de la caricature et utilise des procédés grossiers qui, en tentant de détruire tout manichéisme réducteur, finissent par devenir également simplistes. Et cela commence dès l'enfance. Avant son échec aux Beaux-Arts, Hitler nous est présenté comme un gentil garçon de bonne famille. Absolument pas raciste, pas même antisémite, il passe du bon temps avec ses collègues et voisins étrangers, et pour que l'ouverture d'esprit de Hitler soit suffisamment flagrante, EES nous brosse des portraits qui réduisent l'individu à des clichés nationaux :

    « Sans bien discerner pourquoi, il appréciait Guido. L'éternelle joie de l'Italien, son sourire désarmant, ses paupières rieuses, sa poitrine velue qu'il montrant sans gêne aucune, la force virile qui éclatait en lui… »

    L'uchronie se met véritablement en place lorsque, dans un des deux univers possibles, Hitler apprend son échec à l'entrée des Beaux-Arts. Commence alors le cheminement que l'on connaît. EES se fait plaisir et introduit dans l'existence du personnage tous les détails graveleux qu'il est possible d'imaginer : complexe de castration, terreur des femmes, vie sexuelle inexistante, arrivisme, égoïsme, inceste limite pédophile… A l'opposé de cette existence qui connaît toutes les déchéances possibles, EES imagine le parcours d'un Hitler qui aurait été admis aux Beaux-Arts. Son énergie aurait alors été dirigée dans la réalisation de son œuvre. Hitler aurait rencontré des gens avec qui il aurait pu élaborer des relations satisfaisantes, et tout s'enchaîne : copains, petite amie, vie sexuelle, travaux réussis, emploi stable, reconnaissance du milieu, famille… Avec EES, la vie se joue à pile ou face : pile, on gagne le jackpot social, professionnel et sexuel ; face, on sombre dans le milieu de la vermine, déshérité et rejeté de tous.

    La Part de l'autre, outre ses simplifications grossières, commence véritablement à devenir agaçant lorsqu'on comprend que Hitler n'est qu'un prétexte habilement utilisé par EES pour parler de lui –ou de ce qu'il croit être. Son discours à l'égard des deux personnages n'est pas neutre. Hitler l'homme politique a beau avoir réussi à dominer le monde et à le façonner durablement pour des décennies au moins, EES ne peut s'empêcher de le ridiculiser et de le mépriser en exacerbant son inaptitude à la vie sociale. En revanche, Hitler l'artiste est précipité sous une avalanche d'éloges derrière lesquelles se dessine la figure plus générale du créateur –celui qui transcende ses pulsions et instincts néfastes pour les transformer en œuvres. le contexte historique est à peine évoqué. Quant au monde tel qu'il l'aurait été si Hitler n'avait jamais été au pouvoir, il n'est même pas évoqué. L'histoire se termine sur un air d'inachevé. On croyait lire une uchronie mais La Part de l'autre n'est qu'un condensé de la Psychanalyse pour les nuls –à moins qu'il ne soit un manuel de libération sexuelle post-soixante-huitarde dont le credo adressé à Hitler aurait été : « Vide-toi un coup et ça ira mieux ». le Journal de La Part de l'autre apparaît alors à point voulu. En retraçant sa vie lors de l'écriture de son roman, de nombreuses similitudes se dessinent entre la personnalité d'EES et de Hitler l'artiste. Serait-ce une manière d'insinuer que si l'écrivain n'avait pas réussi à se faire connaître en tant que tel et aurait échoué à vendre ses petits romans, il aurait fini par devenir aussi décrépi que Hitler le dictateur, et aurait risqué de faire connaître au monde entier la virtuosité d'une vengeance sanglante ? EES, futur criminel de guerre ? Voilà qui ferait l'objet d'une uchronie tout aussi sympathique et inutile que cette Part de l'autre !


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-la-part-de-l-autre-2001-d-er..
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    • Livres 5.00/5
    Par cicou45, le 25 décembre 2011

    cicou45
    Cela faisait déjà un petit moment que j'avais ce livre sous le coude et j'attendais à chaque fois le bon moment pour le lire mais je ne sais pas si il y a réellement un moment approprié car je savais déjà plus oyu moins à quoi m'attendre et je pense que c'est cela que je redoutais. En effet, Eric-Emmanuel Schmitt retranscrit ici une superbe uchronie de l'histoire mondiale.
    A travers l'histoire de deux hommes qui ne sont en réalité qu'un, Adolf H. et Hitler, l'un étant la part d'umanité qui se trouve en chacun de nous et l'autre, au contraire, son pire ennemi, à savoir un monstre démuni de sentiments et capable des pires choses qui soient sur cette terre.
    Adolf H. est un jeune homme très humain qui a réussi son concours d'entrée à l'école des Beaux-Arts, qui s'épanouit au fur et à mesures autant dans ses relations amicales qu'amoureuses et, plus que tout, apprend l'amour altruiste, en prenant du plaisir à donner du plaisir aux autres. Cet homme va d'ailleurs en payer les frais puisqu'en ayant appris à aimer plus qu'à être aimé, il va également découvrir ce qu'est la souffrance, et notamment la souffrane de perdre un être proche.
    En parallèle de cette histoire, le lecteur découvre celui qu'il croyait connaître au travers des abominables actes qu'il a commis lors de son arrivée à la tête du parti naziste en Allemagne mais il se rend également compte qu'il ignorait une grande partie de sa vie avant qu'il ne devienne cet homme-là. En tous cas, ce fut valable pour moi et je crois que c'est un peu pour cela que je remettais sans cesse à plus tard la lecture de ce livre car l'auteur nous démontre qu'il existe un Hitler enfoui au plus profond de nous, qui est la part la plus obscure de nous-mêmes et que, même si c'est un être que l'on exècre, il est suscepible de remonter à la surface.

    Un roman bsoulument envoûtant et captivant, tantôt effrayant, tantôt attendrissant. L'écriture d'Eric-Emmanuel Schmitt fait parfois peur tellement elle réveille en nous des émotions fortes, soit en nous indignnant, soit en nous démontrant que nous avons rarement raison et que l'erreur peut parfois être dangereuse autant qu'elle peut être instructive. Un roman, certes, mais aussi une magnifique leçon d'histoire, de morale et de philosophie. Une merveille. A lire sans faute !
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Citations et extraits

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  • Par mimienco, le 26 juin 2009

    Quelques citations importantes à mon sens et qui résument bien mieux mon propos, tirées du journal de l'auteur dans lequel il explique sa démarche et les difficultés auxquelles il a été confronté:

    " L'erreur que l'on commet avec Hitler vient de ce qu'on le prend pour un individu exceptionnel, un monstre hors norme, un barbare sans équivalent. Or c'est un être banal. Banal comme le mal. Banal comme toi et moi. Ce pourrait être toi, ce pourrait être moi. Qui sait d'ailleurs si, demain, ce ne sera pas toi ou moi? Qui peut se croire définitivement à l'abri? A l'abri d'un raisonnement faux, du simplisme, de l'entêtement ou du mal infligé au nom de ce qu'on croit le bien? [...] Tel est le piège définitif des bonnes intentions. Bien sûr, Hitler s'est conduit comme un salaud et a autorisé des millions de gens à se comporter en salauds, bien sûr, il demeure un criminel impardonnable, bien sûr je le hais, je le vomis, je l'exècre, mais je ne peux pas l'expulser de l'humanité. Si c'est un homme, c'est mon prochain, pas mon lointain. "p477 - 478

    "Hitler est à la fois à l'extérieur et à l'intérieur de moi. A l'extérieur dans un passé accompli, dont il ne reste que des cendres et des témoignages. A l'intérieur, car c'est un homme, un de mes possibles, et je dois pouvoir l'appréhender."p479

    " Réduire Hitler à sa scélératesse, c'est réduire un homme à l'une de ses dimensions. C'est lui faire le procès qu'il fit lui même aux Juifs. Noircir l'autre pour se blanchir: la pensée même d'Hitler. Et la pensée des gens qui parlent d'Hitler. Blanchir l'humanité en en excluant Hitler. Comme si l'humanité n'était pas spécifiquement humaine. "p500

    " Décidément, plus j'avance, plus je découvre que tous les discours sont mus par cette même invisible idée: Hitler est l'autre.
    Mon livre sera un piège tendu à cette idée. En montrant qu'Hitler aurait pu devenir autre qu'il ne fut, je ferai sentir à chaque lecteur qu'il pourrait devenir Hitler." p482

    "Après l'expérience de ce livre,
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  • Par Ode, le 11 mars 2013

    Je ne supporte plus Hitler.
    Non seulement je le hais, comme avant, pour sa politique criminelle, pour ce qu'il est devenu, un barbare messianique persuadé d'avoir toujours raison, mais désormais je le hais aussi pour la vie qu'il m'impose depuis des mois.

    J'ai hâte de le faire mourir.

    Je dédierai ce livre au premier homme qui a voulu l'abattre, Georg Elser, cet Allemand simple et sans prétention qui avait compris avant tout le monde que le Führer emmenait le monde à sa perte.
    Oui, je dédierai mon livre à ce « terroriste ».

    Savoureux paradoxe : je rédige quatre cents pages pour faire revivre un homme et je dédie le livre à son assassin.

    (Extrait du Journal de « La part de l'autre »)
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  • Par Ode, le 18 mars 2013

    Toutes ces bâtisses réquisitionnées et transformées en centres de soins, toutes ces sœurs arrachées à la contemplation pour devenir infirmières révélaient que la guerre était la plus grande artiste de ce temps. Première cause de mortalité, elle inventait des raffinements pour ceux qu'elle ne tuait pas. Elle sculptait comme un génie baroque, enlevant une jambe à celui-ci, deux à celui-là, un bras, un coude, variant la taille des moignons, déchirant les visages, ennemie de la symétrie, rendant une peau rouge, violacée, brûlée, en pâlissant une autre par l'hémorragie interne, en verdissant une troisième par la gangrène, ayant horreur du lisse, préférant l'écorché, le recousu, les croûtes, les cicatrices, les plaies purulentes qui ne se referment pas, grande faiseuse d'esquisses, de brouillons, capable de jeter en une seconde dans le trépas un travail pourtant bien avancé, fantasque, insoucieuse, injuste, insatiable, sans limites d'imagination ou d'énergie.
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  • Par jostein, le 26 mai 2010

    Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n'a de pouvoir sur les circonstances mais chacun en a sur ses choix.

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  • Par Ode, le 10 mars 2013

    Bombes. Balles. Obus. Nuit déchirée d'éclats.
    Hitler aimait la guerre parce qu'elle l'avait soulagé de tous ses problèmes. Elle lui donnait à manger, à boire, à fumer, à dormir, à penser, à croire, à aimer, à détester. Elle avait pénétré tout son être, corps et âme. Elle l'avait déchargé de lui-même, de ses insuffisances, de ses doutes. Elle lui avait procuré une raison de vivre, et même une raison de mourir. Hitler adorait donc la guerre. Elle était devenue sa religion.
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Éric-Emmanuel Schmitt - "Le poison d'amour" et "Le carnaval des animaux" aux éditions Albin Michel.








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