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ISBN : 2253155373
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 1031 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le fameux Smoking, no smoking d'Alain Resnais l'a illustré naguère au cinéma, la scientifique "théorie du chaos" déclinée par Lorenz le vérifie tous les jours auprès de l'enchaînement des événements naturels : ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Nanouxy, le 11 décembre 2011

    Nanouxy
    Vous avez tous entendu, un jour, parlé de « l'effet papillon », »La Théorie du chaos ». Mais si ! Vous savez... :  « le battement d'aile d'un papillon peut déclencher une tornade à l'autre bout du monde ». Les « si j'avais fait ça... », « si j'étais parti de chez moi 5 minutes plus tôt, j'aurais sûrement été percuté par le camion qui arrivait en face de moi », « si j'avais travaillé plus à l'école au lieu de rêvasser sur les bancs du fond de la classe, j'aurais eut plus de choix » (ou les « si ma tante en avait... » mais ça fait moins poétique et littéraire...)
    On l'a sûrement tous fait un jour, de se demander comment aurait été notre vie si tel ou tel événement s'était passé différemment, si nos choix avaient été différents.
    Voilà donc l'outil de travail de base d'Éric-Emmanuel Schmitt pour ce roman impressionnant et même...dérangeant, par moment.
    Le sujet: Adolph Hitler !
    L'auteur écrit deux histoires en parallèle.
    L'une parlant de l'Adolph Hitler que nous connaissons tous et qui est devenu le tortionnaire inhumain et meurtrier de million d'hommes et de femmes, dont la Shoah reste le fait le plus marquant.
    L'autre, l'histoire d'Adolphe H. reçu à l'examen d'entrée de l'école des Beaux-arts de Vienne qui ne rêve que d'une seule chose devenir un grand peintre célèbre !
    Ce qui est frappant dans le récit c'est que d'un chapitre à l'autre vous sentez Hitler s'enfoncer dans le « côté obscur ». Cet homme rongé par la haine, élevé par un père violent et autoritaire et une mère soumise et emportée par un cancer, dont il était très proche. Un homme à l'esprit faible et perturbé, noir qui s'est facilement laissé entrainer vers le bas et qui a fait de mauvaises rencontres et aux mauvais moments.
    De l'autre, un Adolph H. timide, introverti et non guéri de son complexe d'œdipe, qui va chercher à devenir meilleur en se faisant psychanalyser par... Freud...(passage que j'ai trouvé excellent et une très bonne idée de l'auteur). Lui fera, évidemment, de bonnes rencontres.
    Un Hitler découvrant la Haine, la misère, le mensonge, le dégoût. Un Adolph découvrant l'amour, le désir, le plaisir, la vie. Hitler remercie Dieu de lui avoir fait connaître la Guerre, Adolph H. remercie Dieu de lui avoir fait connaître l'amour.
    Un sentiment de montagnes russes en lisant ce roman. D'un chapitre à l'autre, on descend vers l'Enfer avec Hitler puis on remonte vers la lumière avec Adolph H.
    Je ne vais pas vous dire que je me suis attachée au personnage d'Hitler, comme je me suis attachée au personnage d'Adolph, mais le chemin qui l'a mené vers la déchéance m'est, du coup, plus clair et
    je pense qu'on a tous en nous cette faculté de choisir entre le bien et le mal, entre la facilité de se laisser aller ou le courage de se battre, même dans l'échec, pour devenir meilleur...ou pire.
    Un livre à lire...sans faute.
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    • Livres 4.00/5
    Par Ode, le 10 mars 2013

    Ode
    J'ai lu autrefois un ouvrage de science-fiction où coexistaient en parallèle autant de réalités que de choix possibles pour un individu. "La Part de l'autre" est un peu bâtie sur ce principe, imaginant ce qui se serait passé si Adolf Hitler n'avait pas été recalé au concours d'entrée de l'Académie des beaux-arts de Vienne en 1908.
    Le récit débute le jour fatidique de l'annonce des résultats et superpose les deux possibles. Hitler, recalé, ressent son échec comme une humiliation et cherche à se venger de ses semblables car il n'ont pas reconnu son génie. Tandis qu'Adolf H., admis, se coule dans le monde artistique, s'ouvrant aux autres et à l'amour.
    Par petites touches, Eric-Emmanuel Schmitt évoque ce qu'aurait pu être le destin politique et économique de l'Allemagne sans dictateur – et sans deuxième guerre mondiale – mais ce n'est pas la partie la plus convaincante du livre. En effet, il me semble naïf de croire que sans Hitler, le nazisme n'aurait pas existé. Hitler n'était pas seul dans son délire belliqueux et meurtrier, mais entouré de cerveaux autant, sinon plus malades que le sien : Göring, Hess, Goebbels, Himmler... le mal a d'infinies ressources pour perpétrer son œuvre infâme.
    L'intérêt du livre est ailleurs : à l'intérieur, dans l'humain. L'introspection d'Hitler et de son double l'emporte largement sur la fiction politique. Et ceux qui s'attendent à un portrait manichéen avec l'ultra-méchant d'un côté et le gentil artiste de l'autre seront surpris...
    « En montrant qu'Hitler aurait pu devenir un autre qu'il ne fut, je ferai sentir à chaque lecteur qu'il pourrait devenir Hitler » explique l'auteur dans son journal. Si bien qu'au début, le vrai Hitler semble plus à plaindre que le faux. le déclencheur de sa "vocation" – portée par l'opéra "Rienzi" de Wagner – est la défaite de l'Allemagne en 1918. Contrairement à Adolf H. et aux autres jeunes gens, cette guerre meurtrière, en offrant un métier au vagabond Hitler, est sa bouée de sauvetage. La défaite lui intime de trouver un coupable : ce sera la début de son antisémitisme. La haine galvanise ses propos : ce sera le début de son éloquence. Adolf H. et Hitler sont névrosés en raison d'un père violent et d'une mère morte trop jeune. L'un sera guéri par la psychanalyse (« l'oreille qui écoute ») et s'en sortira, l'autre sera traité par l'hypnose (« la bouche qui ordonne ») et on ne peut pas en dire autant...
    Éric-Emmanuel Schmitt manie la langue française avec virtuosité ; sa description de la guerre des tranchées est terriblement réaliste. L'humour est là aussi, salutaire sur un tel sujet. Hitler et Adolf H. sont parfois d'un ridicule qui tourne à la farce et cette humiliation littéraire a la saveur d'une vengeance. le passage d'Adolf H. sur le divan de Freud est irrésistible. Comme le portrait d'Hitler en puceau irrécupérable : c'est osé, mais cela se tient.
    Après nous avoir donné sa version du bien dans "L'Évangile selon Pilate", Éric-Emmanuel Schmitt nous livre ici sa version du mal et sa clairvoyance est édifiante. « le mal est un mystère plus profond que le bien car, dans le bien, il y a une lumière, un dynamisme, une affirmation de la vie. Comment peut-on choisir l'obscur ? »
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    • Livres 5.00/5
    Par cicou45, le 25 décembre 2011

    cicou45
    Cela faisait déjà un petit moment que j'avais ce livre sous le coude et j'attendais à chaque fois le bon moment pour le lire mais je ne sais pas si il y a réellement un moment approprié car je savais déjà plus oyu moins à quoi m'attendre et je pense que c'est cela que je redoutais. En effet, Eric-Emmanuel Schmitt retranscrit ici une superbe uchronie de l'histoire mondiale.
    A travers l'histoire de deux hommes qui ne sont en réalité qu'un, Adolf H. et Hitler, l'un étant la part d'umanité qui se trouve en chacun de nous et l'autre, au contraire, son pire ennemi, à savoir un monstre démuni de sentiments et capable des pires choses qui soient sur cette terre.
    Adolf H. est un jeune homme très humain qui a réussi son concours d'entrée à l'école des Beaux-Arts, qui s'épanouit au fur et à mesures autant dans ses relations amicales qu'amoureuses et, plus que tout, apprend l'amour altruiste, en prenant du plaisir à donner du plaisir aux autres. Cet homme va d'ailleurs en payer les frais puisqu'en ayant appris à aimer plus qu'à être aimé, il va également découvrir ce qu'est la souffrance, et notamment la souffrane de perdre un être proche.
    En parallèle de cette histoire, le lecteur découvre celui qu'il croyait connaître au travers des abominables actes qu'il a commis lors de son arrivée à la tête du parti naziste en Allemagne mais il se rend également compte qu'il ignorait une grande partie de sa vie avant qu'il ne devienne cet homme-là. En tous cas, ce fut valable pour moi et je crois que c'est un peu pour cela que je remettais sans cesse à plus tard la lecture de ce livre car l'auteur nous démontre qu'il existe un Hitler enfoui au plus profond de nous, qui est la part la plus obscure de nous-mêmes et que, même si c'est un être que l'on exècre, il est suscepible de remonter à la surface.

    Un roman bsoulument envoûtant et captivant, tantôt effrayant, tantôt attendrissant. L'écriture d'Eric-Emmanuel Schmitt fait parfois peur tellement elle réveille en nous des émotions fortes, soit en nous indignnant, soit en nous démontrant que nous avons rarement raison et que l'erreur peut parfois être dangereuse autant qu'elle peut être instructive. Un roman, certes, mais aussi une magnifique leçon d'histoire, de morale et de philosophie. Une merveille. A lire sans faute !
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    • Livres 1.00/5
    Par colimasson, le 11 mai 2013

    colimasson
    « L'écriture vire à l'hallucination.
    Hier, en marchant sur les trottoirs avec mes neveux, j'ai entendu un sifflement et j'ai crié :
    - Couchez-vous !
    Ils m'ont regardé, interloqués. Un vélo passait.
    J'avais cru reconnaître un shrapnell. »

    Ah ! quel humour ! et quel don prodigieux de l'exagération ! Ainsi EES revient-il sur le parcours de l'écriture de La Part de l'autre dans son Journal du livre –journal qu'il n'a bien sûr pas écrit pour lui-même mais à seule fin d'être inclus en conclusion de La Part de l'autre, comme témoignage de la souffrance qu'un auteur s'est infligé pour satisfaire son lectorat trop souvent ingrat. En vérité, ce témoignage vient trop tard. Pour donner le ton exact du livre, il aurait dû être placé en introduction et aurait peut-être dissuadé bien des lecteurs qui n'ont que faire des romans à la gloire de leur auteur.

    Exagération, nous disions donc, mais aussi égocentrisme : ESS semble avant tout avoir voulu parler d'Hitler pour faire parler de lui. Avec un temps de retard, il s'imaginait sans doute qu'il suffisait d'évoquer ce nom pour faire trembler la foule, provoquer son enthousiasme ou sa répulsion extrêmes, et s'emparer de la place convoitée de l'écrivain controversé. Mais n'est pas Céline (entre autres et par exemple) qui veut.

    « Grande résistance de mon entourage à mon projet. Seul Bruno M. comprend et m'encourage. Les autres, Nathalie B. en tête, m'incitent à renoncer.
    - Tu ne peux pas associer ton nom à Hitler !
    - Mais parler d'Hitler ne consiste pas à devenir hitlérien.
    - Moi je sais que tu n'es pas nazi, mais les autres, les lecteurs pressés, les journalistes… »

    ESS, trop innocent pour parler de Hitler ? Véritablement convaincu de l'indigence du thème de La Part de l'autre ? Sans doute pas assez innocent en tout cas pour ne pas sentir qu'il y a là de quoi pavaner et se faire passer pour un écrivain à la fois provocateur, martyr et polémique. C'est sans aucune honte qu'il croit bon d'inclure dans son Journal cette remarque faite par un de ses amis (forcément) :

    « - Comment parviens-tu à raconter l'existence d'un raté, toi qui as toujours tout réussi ? me demande Bruno M. »

    Un raté, Hitler ? Plutôt un vainqueur, même si ses exploits sont amoraux. Un vainqueur, EES ? En tout cas pas en ce qui concerne La Part de l'autre. L'idée était pourtant prometteuse. Que serait devenu Hitler –et donc le monde- si celui-ci n'avait pas échoué son examen d'admission aux Beaux-Arts ? Cette question, beaucoup se la sont déjà posée. Pour rendre cet exercice plus évocateur, EES ne se contente pas seulement de développer cette hypothèse ; il la fait évoluer parallèlement au « véritable » destin que connut Hitler. Pourquoi ces guillemets ? Parce que même si EES respecte les principaux marqueurs historiques de l'existence du dictateur, il s'autorise beaucoup de spéculation en lui attribuant des angoisses, des névroses et des sentiments qui le transforment moins en homme qu'en stéréotype ambulant –complexe d'Œdipe et de castration en tête.

    Si EES semble persuadé de son talent et de son intelligence, aucune de ses remarques ne nous le prouvent. Espère-t-il se montrer fulgurant lorsqu'il écrit par exemple que Hitler n'est pas le seul coupable dans le génocide juif, mais qu'il faut aussi prendre en compte tous ceux qui l'ont aidé et qui ont cru en lui ? ou prend-il seulement son lecteur pour un ignare capable de rivaliser avec son portrait d'Hitler ? Afin de nous montrer que le personnage n'est pas un monstre total et sans vergogne, mais plutôt un triste sire qui ne joue pas assez à touche-pipi, EES abuse de la caricature et utilise des procédés grossiers qui, en tentant de détruire tout manichéisme réducteur, finissent par devenir également simplistes. Et cela commence dès l'enfance. Avant son échec aux Beaux-Arts, Hitler nous est présenté comme un gentil garçon de bonne famille. Absolument pas raciste, pas même antisémite, il passe du bon temps avec ses collègues et voisins étrangers, et pour que l'ouverture d'esprit de Hitler soit suffisamment flagrante, EES nous brosse des portraits qui réduisent l'individu à des clichés nationaux :

    « Sans bien discerner pourquoi, il appréciait Guido. L'éternelle joie de l'Italien, son sourire désarmant, ses paupières rieuses, sa poitrine velue qu'il montrant sans gêne aucune, la force virile qui éclatait en lui… »

    L'uchronie se met véritablement en place lorsque, dans un des deux univers possibles, Hitler apprend son échec à l'entrée des Beaux-Arts. Commence alors le cheminement que l'on connaît. EES se fait plaisir et introduit dans l'existence du personnage tous les détails graveleux qu'il est possible d'imaginer : complexe de castration, terreur des femmes, vie sexuelle inexistante, arrivisme, égoïsme, inceste limite pédophile… A l'opposé de cette existence qui connaît toutes les déchéances possibles, EES imagine le parcours d'un Hitler qui aurait été admis aux Beaux-Arts. Son énergie aurait alors été dirigée dans la réalisation de son œuvre. Hitler aurait rencontré des gens avec qui il aurait pu élaborer des relations satisfaisantes, et tout s'enchaîne : copains, petite amie, vie sexuelle, travaux réussis, emploi stable, reconnaissance du milieu, famille… Avec EES, la vie se joue à pile ou face : pile, on gagne le jackpot social, professionnel et sexuel ; face, on sombre dans le milieu de la vermine, déshérité et rejeté de tous.

    La Part de l'autre, outre ses simplifications grossières, commence véritablement à devenir agaçant lorsqu'on comprend que Hitler n'est qu'un prétexte habilement utilisé par EES pour parler de lui –ou de ce qu'il croit être. Son discours à l'égard des deux personnages n'est pas neutre. Hitler l'homme politique a beau avoir réussi à dominer le monde et à le façonner durablement pour des décennies au moins, EES ne peut s'empêcher de le ridiculiser et de le mépriser en exacerbant son inaptitude à la vie sociale. En revanche, Hitler l'artiste est précipité sous une avalanche d'éloges derrière lesquelles se dessine la figure plus générale du créateur –celui qui transcende ses pulsions et instincts néfastes pour les transformer en œuvres. le contexte historique est à peine évoqué. Quant au monde tel qu'il l'aurait été si Hitler n'avait jamais été au pouvoir, il n'est même pas évoqué. L'histoire se termine sur un air d'inachevé. On croyait lire une uchronie mais La Part de l'autre n'est qu'un condensé de la Psychanalyse pour les nuls –à moins qu'il ne soit un manuel de libération sexuelle post-soixante-huitarde dont le credo adressé à Hitler aurait été : « Vide-toi un coup et ça ira mieux ». le Journal de La Part de l'autre apparaît alors à point voulu. En retraçant sa vie lors de l'écriture de son roman, de nombreuses similitudes se dessinent entre la personnalité d'EES et de Hitler l'artiste. Serait-ce une manière d'insinuer que si l'écrivain n'avait pas réussi à se faire connaître en tant que tel et aurait échoué à vendre ses petits romans, il aurait fini par devenir aussi décrépi que Hitler le dictateur, et aurait risqué de faire connaître au monde entier la virtuosité d'une vengeance sanglante ? EES, futur criminel de guerre ? Voilà qui ferait l'objet d'une uchronie tout aussi sympathique et inutile que cette Part de l'autre !


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-la-part-de-l-autre-2001-d-er..
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    • Livres 5.00/5
    Par Heureuse, le 13 février 2013

    Heureuse
    Un coup de coeur pour ce roman magistral.
    On suit le parcours de ces deux hommes Adolf H. et Hitler avec curiosité. EE Schmitt nous fait suivre sa pensée, son questionnement. On cherche le moment où tout va basculer, les indices qui prouveraient que lui, l'autre (surtout pas moi) était destiné au Mal. Que c'était écrit, inéluctable. Qu'il est tellement différent de nous.
    Et puis on découvre un jeune homme dont on pourrait avoir pitié, qu'on pourrait avoir envie d'aider. On se dit que cette fois-ci l'histoire ne sera pas la même. Mais cette fois-ci encore l'histoire a suivi son cours et Hitler est devenu Hitler, l'homme qui a causé tant de souffrances.
    Par ses choix EE Schmitt se révèle énormément. La mort de son chien adoré, l'hypnotisme ... j'ai eu l'impression qu'il fallait un déclencheur, qu'Hitler ne pouvait pas être naturellement mauvais.
    Il le confirme d'ailleurs dans le journal en postface. M. Schmitt est un humaniste qui pense (si j'ai bien compris) qu'on ne nait pas mauvais, mais qu'on le devient.

    Mais qu'est-ce que ça implique? ça implique que, quel que soit notre passé, notre enfance, nos meurtrissures, notre destin n'est pas une fatalité. Nos zones d'ombre il faut les découvrir, les regarder droit dans les yeux, les accepter pour mieux lutter contre elles.
    Je crois que c'est ce qu'il a fait en écrivant ce roman. IL a regardé celui qui, pour lui, ressemblait le mal, s'est mis dans sa peau, a essayé de le comprendre pour mieux saisir dans quelle mesure il était en lui.

    Un roman troublant, essentiel, intelligent ... , un roman d'Eric-Emmanuel Schmitt...
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 23 mai 2013

    - […] C’est par l’oreille que tu détecteras les dangers. Comme tous les nouveaux tu vas te crisper sur les sons les plus volumineux, ceux des grandes caisses à charbon. Tu auras tort. C’est de l’orgue. C’est du cérémonial. C’est de la pompe. Ça fait de l’effet mais ça tombe toujours trop loin. Ton oreille doit surveiller les sifflements, tout ce qui miaule, qui chuinte ou qui gazouille ; ce sont les fusants par les percutants que tu peux éviter, toutes les billes qui bondissent hors du shrapnell, la grenaille d’après l’explosion, les éclats qui fendent l’air avant de te fendre la carotide. Donc, tu m’entends, Adolf : ni les orgues ni les timbales, mais la harpe et le piccolo… Est-ce clair ?
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  • Par colimasson, le 21 mai 2013

    Hitler aimait se rêver plutôt qu’être ; rêver qu’il faisait, plutôt que faire. Assis sur un chariot métallique, il déroulait sous son crâne la légende de sa vie bruissante de mille éloges, mille compliments enivrants, beaucoup d’honneurs et une réputation universelle.

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  • Par colimasson, le 19 mai 2013

    Quel charme captieux et délétère l’avait conduit, lui, un artiste, un peintre, un marginal, à rejoindre presque les berges ordinaires de la vie, à s’épuiser dans un travail idiot, à manger et dormir pour reconstituer sottement sa force de travail, à boire des bières, à tenir des conversations vides dans des cafés pleins, à s’approcher des quartiers chauds pour se prouver, peut-être, un soir, qu’il était bien vulgairement un homme ? Hitler avait failli se dissoudre dans l’existence banale, comme un sucre fond dans l’eau.
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  • Par colimasson, le 15 mai 2013

    Sa plus grande douleur vient de ce qu’il ne sait plus quoi penser de lui-même. Jusqu’ici il n’avait jamais douté de lui. Des oppositions, des scènes, il en avait connu. Des insultes, des remarques acerbes, il en avait reçu. Mais rien n’avait jamais ébranlé sa confiance. Il s’estimait un être singulier, exceptionnel, au-dessus du lot, plus riche d’avenir et de gloire que n’importe quel autre et il s’était contenté de plaindre ceux qui ne s’en rendaient pas encore compte.
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  • Par colimasson, le 17 mai 2013

    Sans bien discerner pourquoi, il appréciait Guido. L’éternelle joie de l’Italien, son sourire désarmant, ses paupières rieuses, sa poitrine velue qu’il montrant sans gêne aucune, la force virile qui éclatait en lui…

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Les deux messieurs de Bruxelles - Eric Emmanuel Schmitt
« En amour, on croit être deux alors qu'on est trois. » Dans la lignée de Concerto à la mémoire d'un ange, La rêveuse d'Ostende et Odette Toulemonde, les nouvelles très romanesques d'Eric Emmanuel Schmitt parlent de l'amour sous toutes ses formes : conjugal, clandestin, paternel, filial, mais aussi amour de l'art ou amour de l'humanité. À travers un suspens subtil et ensorcelant, elles dépassent à chaque fois les apparences pour déjouer l'attendrissante complexité du coeur humain.








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