Dans cette oeuvre, Schmitt développe une réflexion sur l'art, plus précisément sur l'art contemporain, et la société à travers le personnage d'un homme au bord du suicide recueilli par un des artistes les plus reconnus (ou j'oserais dire bankable) du moment.
L'identité et l'humanité sont ici des notions malmenées, tordues dans tous les sens, non seulement celles du personnage principal qui va devoir y renoncer, mais aussi celles des personnages publics qui peuplent le roman (Zeus-Peter Lama, les frères Firelli, Rolanda, ...).
Si les personnages prennent ici si peu soin de leur identité et de leur humanité, c'est parce que l'auteur a voulu pousser au plus loin dans son oeuvre ce que l'art contemporain sous-entend depuis bien des années avec des artistes tels Joseph Beuys, Orlan,
Cindy Sherman, Oleg Kulik et j'en passe. Schmitt pose la question des limites de l'art: où peut-il et où doit-il s'arrêter?
On a bien remarquer qu'il pouvait reposuser toutes les limites qui oseraient se présenter à lui, mais lorsque l'oeuvre d'art réduit un homme à une sorte d'esclavage moderne, il a déjà été trop loin. Dans la mesure où, à ma connaissance, personne n'a encore jamais appartenu à quelqu'un d'autre sous pretexte d'avoir été transformé en oeuvre d'art, ce livre reste une sorte de "science-fiction réaliste". Mais quand Body Art et performance se rencontrent, on ne sait parfois plus que penser...
Outre sa dimension d'essai,
lorsque j'étais une oeuvre d'art est avant tout un roman où le lecteur est ramené à la réalité par l'apparition de deux personnages représentant à la fois les valeurs humaines perdues petit à petit depuis le début du récit et un art à présent plus traditionnel que l'on pourrait assimiler à l'Ecole de Barbizon.
Enfin, bien qu'assez effrayant dans le fond, ce roman est empli d'humour certes un peu noir mais efficace, et se lit très facilement tout en provoquant une réflexion assez conséquente.