> Huy Duong Phan (Traducteur)

ISBN : 2253118737
Éditeur : Le Livre de Poche (2007)


Note moyenne : 3.97/5 (sur 177 notes) Ajouter à mes livres
Alors qu'elle rentre d'une journée en forêt, Miên, une jeune femme vietnamienne, se heurte à un attroupement : l'homme qu'elle avait épousé quatorze ans auparavant et qu'on croyait mort en héros est revenu. Entre-temps Miên s'est remariée avec un riche propriétaire terr... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par MachaLoubrun, le 23 mars 2012

    MachaLoubrun
    Duong Thu Huong signe un livre magnifique sur le climat de son pays, le Viêt-Nam une quinzaine d'années après la guerre.
    « Terre des oublis » est une plongée sensuelle dans les odeurs de cuisine, de peau, une description envoutante de paysages, de villes, du quotidien. On assiste à la préparation du riz gluant, on visite un bordel, un petit village de montagne, on dîne à la table de petits notables, on voyage complètement charmé tout en suivant intensément le drame amoureux qui se noue.
    Mien, veuve de guerre, s'est remariée avec Hoan. Elle vit heureuse avec lui et leur petit garçon. Mais Bon, son premier mari, n'est pas mort et il surgit de la jungle ! La pression est forte dans une société meurtrie par un conflit au cours duquel tant de familles ont perdus un fils. Alors Mien quitte son riche mari pour retrouver la vie commune avec Bôn dans un misérable logis. C'est l'éternelle histoire d'un gamin parti faire la guerre à peine marié. Il a sacralisé les rares moments magiques passés avec Mien qui lui ont permis de tenir le coup mais il n'a plus de recul face aux nombreuses années écoulées. Il s'obstine à vouloir retrouver l'intensité des jours heureux, en vain…
    Duong Thu Huong alterne les récits des trois personnages, remonte le fil de leurs trajectoires. Ils souffrent mais ploient sous le regard social dans une tension et une moiteur étouffante. Chacun à sa manière aime l'autre et souhaite plus que tout conserver sa dignité au détriment de son propre bonheur.
    Un roman inoubliable.
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    Critique de qualité ? (17 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par gilles3822, le 21 novembre 2010

    gilles3822
    Quelques jours après avoir terminé ce livre, je reste imprégné de l'odeur des rizières, du parfum de Mien et de l'odeur de mort de Bon.
    Ce magnifique roman comble un vide : l'évocation de la souffrance du peuple vietnamien après la guerre qui l'opposât aux américains. On nous a rebattu les oreilles avec les traumatismes du soldat américain de retour dans son pays, mauvaise conscience de tout un pays aux prises avec sa culpabilité.
    Ici, nous sommes au coeur du sujet, in situ, puisque c'est la-bas que cette guerre inutile s'est passée, guerre atroce où tout l'arsenal des horreurs a été déployé, avec des conséquences sur le devenir des êtres qui l'habitent, bien après la fin des hostilités. Victimes directes ou collatérales, les héros malgré eux de cette fresque nous font souffrir et rire avec eux avec une telle intensité que je me demande comment nous avons pu ignorer cet aspect d'un conflit hautement médiatisé.
    Nous ne baignons pas ici dans les miasmes d'un esprit de revanche littéraire. C'est la vie "après"qui nous est montré, plusieurs années plus tard. La vie a repris ses droits, le quotidien d'un village de paysans dans toute son apreté étale la difficulté matérielle de ces gens de peu. La richesse intérieure de chacun des personnages et la grande cohésion sociale permettent à chacun de surmonter les souvenirs du passé jusqu'au jour où celui-ci réapparaît.
    Je ne raconte pas l'histoire mais cette résurgence du passé crée le trouble dans le village.
    Le héros de guerre revient chercher son dû, sa femme.
    C'est un héros détruit, fantôme d'un passé mais que l'on doit respecter.
    Sa femme s'est remarié avec un homme, héros des temps nouveaux et batisseur d'avenirs, un enfant est né.
    Tout est dit.
    Le soldat devient l'incarnation d'un passé honni, un fantôme inutile. le respect qui lui est dû se mue en compassion glissant vers une pitié insupportable à tous.
    L'homme nouveau se sent coupable de sa réussite, de l'amour qu'il porte à sa femme et à son enfant. Il est torturé, fait un pas en arrière, laisse sa femme, puis revient et la récupère.
    Mais c'est elle le lien entre ce passé douloureux et un présent trop idéal pour durer. L'alliance improbable des deux sera son oeuvre, construite sur une souffrance intérieure intense, maîtrisée par un caractère d'une dureté implacable. Les hommes de sa vie y trouveront matière à réflexions. La beauté de ce personnage emporte l'adhésion tant elle apparaît fragile et forte à la fois, inaltérable dans le respect du soldat déchu et l'amour qu'elle porte au père de son enfant.
    L'atmosphère de senteurs est particulièrement présente dans cette région tropicale et les mots justes décrivent les rituels, tendres ou cruels, de ce pays attachant.
    A lire absolument.
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par BMR, le 06 août 2007

    BMR
    Dernier roman de la vietnamienne Duong Thu Huong : Terre des oublis, qui avait été repéré dans la sélection "étranger" du prix Femina (voir aussi Wikipédia).
    Ce gros pavé (qui se lit facilement, l'écriture sait rester simple) nous a emporté loin là-bas grâce à la puissance de ses évocations : bruits, odeurs, couleurs, saveurs, ... on découvre tous les détails pittoresques de la vie quotidienne des villages de ce Viêt Nam de l'immédiat après-guerre.
    Comme dans la plupart des romans asiatiques on y parle beaucoup de nourritures et porté par toutes ces images savoureuses, on dévore le bouquin comme un polar.
    L'histoire est celle d'amours tragiques (vers la fin du livre, les réunions du village formeront même une sorte de choeur antique) : un soldat rentre au bercail longtemps après avoir été donné pour mort. Sa femme (mais ils ne restèrent mariés que quelques mois juste avant la mobilisation) a depuis refait sa vie et file le parfait amour avec un autre homme.
    La morale (qui est aussi sa morale) lui commandera de retourner vivre avec ce premier mari qu'elle avait oublié.
    Les destinées de ces trois personnages (que l'on découvre tour à tour, dans toute leur complexité, grâce à d'amples flashbacks) basculent alors dans un enfer impossible dont on a hâte de découvrir l'issue, car comme le répète plusieurs fois le sergent : "dans la guerre, c'est le plus endurant, le plus obstiné qui gagne, dans la vie il en va de même car la vie est un combat." ...
    Enfin, je ne peux résister à l'envie de citer l'un des nombreux proverbes qui émaillent le récit (à prendre au second degré, mesdames) : Ah ces femmes ! Incapables de pisser plus haut que l'herbe, de penser plus loin que leurs cheveux (mais chacun sait que les vietnamiennes ont les cheveux très longs).
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par de, le 14 octobre 2011

    de
    La romancière, militante au Vietnam, vit aujourd'hui en résidence surveillée à Hanoï.
    Miên fut mariée à Bôn communiste, héros et martyr disparu à la guerre. Elle s'est remariée à un riche propriétaire et habile commerçant Hoan, elle l'aime et ils ont un enfant.
    Le soldat revient après des années d'absence. Que faire lorsque l'on a deux maris, l'un héros communiste de la guerre, l'autre nanti dans cet Hameau de la Montagne ?
    La pression de la communauté, une tradition de devoir, Miên se résout à aller vivre avec son premier mari. A vous de suivre, les vies des personnages, leurs détours dans le passé, leurs angoisses au présent, dont une description somptueuse et terrible de l'errance du soldat portant son sergent mort dans la jungle.
    Les principes moraux de cette société, qui n'a de socialiste qu'une odeur évanescente, se traduisent par les violences quotidiennes en partie liées à la pauvreté et à l'oppression. Tous les personnages en sont, à des degrés divers, les victimes : Bôn, incapable de travailler, de gagner les ressources de son foyer, incapable de bander ; Miên qui subit la violence de la tradition et cet homme qu'elle n'aime plus et qui cherche à maitriser, à posséder son corps de femme et lui faire un enfant ; Hoan qui malgré sa vie matériellement riche, ne peut se faire raison de son amour déchiré.
    Comment vivre, survivre dans les souvenirs, les aspirations, les rêves et les contraintes ?.
    L'auteure manie aussi bien l'humour (les recherches magiques pour bander) que la peinture sans caricature ni jugement moral des situations et des sentiments. Une écriture dense et colorée pour des évolutions lentes, des découplages de vie, des aménagements bancals et peu satisfaisants et un acte de révolte, un avortement comme porte ouverte à la libération et à l'amour.
    Le livre n'est bien sûr pas réductible à la trame présentée. Un grand roman, des phrases et des mots qui feront sens et rêveries pour la lectrice ou le lecteur.
    Un portrait de femme, une révolte féministe pour dénouer la violence quotidienne d'un passé et d'un présent qui ne passent pas.
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 03 juillet 2009

    LiliGalipette
    Roman de Duong Thu Huong.
    Miên est une femme chanceuse: son mari Hoan est un riche planteur de la région du Hameau de la Montagne, leur fils Hahn est un beau petit garçon. Leur vie bascule le jour où le premier mari de Miên revient au village. Disparu depuis 14 ans, déclaré mort après la guerre qui a opposé le pays à la France puis aux Etats-Unis, Bôn a traversé le pays, s'est perdu et porte en lui les marques d'une souffrance humaine incompréhensible. Bôn veut retrouver la femme pour laquelle il a tenu toutes ses années, il veut la vie de couple et la famille dont la guerre l'a privé. Pour satisfaire à l'honneur et aux codes traditionnels, Miên sacrifie son bonheur, son fils et son amour pour Hoan pour revenir auprès de l'homme qu'elle n'aime plus. Durant des mois, elle endure la misère et l'humiliation. Bôn est trop faible pour défricher une terre, pour tenir un métier. Seule, elle subvient aux besoins du couple grâce à l'argent que Hoan a mis à sa disposition. Bôn le sait, il ne peut pas lutter contre cet homme fort auquel son épouse ne cesse de penser. La seule issue pour lui est d'avoir un enfant de Miên, un enfant pour cimenter leur couple.
    Une superbe peinture humaine! L'histoire de chacun des trois personnages est peu à peu dévoilée. On découvre les blessures secrètes qui ont construit chaque destinée. Au travers de ces existences particulières, c'est le Viet Nam qui est mis à l'honneur. Tout un monde de senteurs et de saveurs s'expose au fil des pages. Les paysages se découpent sous la plume de l'auteur.. A découvrir sans aucun doute!
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 26 mars 2011

    [Incipit.]

    Une pluie étrange s'abat sur la terre en plein mois de juin.
    D'un seul élan, l'eau se déverse à torrents du ciel, la vapeur s'élève des rochers grillés par le soleil. L'eau glacée et la vapeur se mêlent en un brouillard poussiéreux, aveuglant. Une odeur acre, sauvage, se répand dans l'air, imprégné de la senteur des résines séchées, du parfum des fleurs fanées, des relents de salive que les oiseaux crachent dans leurs appels éperdus à l'amour tout au long de l'été et de la fragrance des herbes violacées qui couvrent les cimes escarpées des montagnes. Tout se dilue dans les trombes d'eau.
    Brusquement, la pluie s'arrête, le vent tombe. L'eau dévale les ravins, la végétation gorgée d'humidité recommence à cuire dans la chaleur. Un soleil conquérant surgit de derrière les nuages dans le bleu intense du ciel. Comme après une longue séparation, le désir de la terre et de la forêt s'enflamme aveuglément, brûle de jalousie tous les êtres pris de frénésie amoureuse. Effrayés par le soleil, les papillons se terrent dans les anfractuosités. Les malheureuses abeilles cessent de rechercher le pollen.
    Dans le silence étouffant, seules les fleurs de bananiers éclatent, flamboient comme si leur éclat pourpre voulait échapper à la moiteur étouffante, s'évaporer dans l'air, s'envoler vers les nuages.
    Mien s'est réfugiée dans une grotte en compagnie des femmes du Hameau de la Montagne *. Elle se sent fiévreuse, se touche le front, le trouve glacé. Son coeur bat la chamade. Furtivement, elle pense, angoissée, à son fils.
    Serait-il tombé dans la jarre d'eau ? Aurait-il reçu une tige effilée dans l'œil ? Non, non... Tante Huyên est très méticuleuse, elle surveille chaque pas que fait l'enfant. La figure du petit est trop rayonnante, il ne peut rien lui arriver de mal. Mon fils a un visage radieux de bonté, les démons comme les génies le protégeront.
    Elle n'a plus peur pour son fils. Elle continue néanmoins d'être fébrile, angoissée. Quel malheur l'attend au bout du chemin ?
    «Assez, rentrons. C'est un jour sans.»
    Mien interrompt le silence.
    Personne ne répond. Les femmes restent debout, serrées les unes contre les autres, regardant le ciel. Elles viennent d'effectuer la première sortie en forêt de l'année pour récolter le miel. Dès l'aube, la malchance les a frappées. À peine sur la montagne, l'une d'elles s'est tordu la cheville en tombant. Elles ont dû la soutenir jusqu'au poste de garde. Elles avaient franchi deux montagnes quand la pluie s'est abattue sur elles. Maintenant, le sol exhale la fièvre. La chaleur jaillit des ruisseaux, des sentiers jonchés de feuilles pourries. La chaleur s'évapore des feuilles et des fleurs écrasées, arrachées par la pluie, plaquées au pied des arbres. Tout empeste.
    «Rentrons», presse Mien.
    Une jeune fille pointe le doigt vers l'ouverture de la grotte :
    «Tu veux que les serpents nous attaquent ? Ouvre grand tes yeux et regarde !»
    Mien reste silencieuse. Elle n'a pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir qu'en cet instant les serpents rampent à travers les sentiers, s'élancent dans les arbres, se suspendent aux branches, prêts à attaquer leurs proies. Des lézards claquent la langue sur le plafond de la grotte. Mien sursaute, lève la tête. Une femelle serpent attendant la ponte, étouffée par la chaleur ambiante, pourrait bien se jeter sur elles et les piquer au front. Une femme corpulente bat les fourrés devant la grotte, se retourne et dit :
    «Prenez chacune un bâton, au cas où les serpents nous chargeraient en bande.»
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  • Par clarinette, le 15 janvier 2009

    La jalousie et la rancoeur, comme un instinct imprègnent en permanence l'esprit des paysans. La médiocrité et la bassesse recèlent une force supérieure à celle des gens d'honneur car elle ne connaissent ni loi ni règle, ne dédaignent aucun mensonge, aucune fourberie. De tout temps, quiconque vit dans les villages et les communes doit obéir sans discuter à la volonté silencieuse des masses s'il ne veut pas être isolé, attaqué de tout les côtés. "Les décrets royaux cèdent le pas aux coutumes du village." Les femmes qui s'opposaient aux masses ont toujours dû quitter le village pour vivre d'expédients ou se prostituer dans les villes. Même après être parties, quand elles reviennent, elles subissent des pressions impitoyables que le temps n'adoucit jamais. La loi formellement inscrite dans les textes n'a aucune valeur, aucune force face à cette loi invisible, jamais promulguée.
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  • Par BMR, le 06 août 2007

    [...] On dit que les femmes des régions de pêche sont particulièrement sensuelles parce qu'elles mangent plus de poisson que de riz.
    [...] En temps de guerre, le mariage ressemblait à l'accomplissement d'un devoir ou à un cadeau que les villageois offraient aux jeunes gens avant leur départ à la guerre.
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  • Par BMR, le 06 août 2007

    [...] Sa femme devient plus tendre que jamais, non pas de la tendresse d'une femme paisiblement installée dans son bonheur, mais de la tendresse désespérée, démente de celle qui sera bientôt chassée du paradis et qui le sait.
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  • Par BMR, le 06 août 2007

    [...] Quand on quitte la vie ce sont les membres qui refroidissent d'abord. Après viennent le ventre, la poitrine et la tête. Chez les hommes aimants, le coeur refroidit en dernier. Chez les hommes intelligents, la tête conserve les dernières chaleurs.
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