«D'emblée, nous avons rêvé de devenir des Socrate de la lutte armée : inévitablement mais glorieusement défaits. Et, dès lors, invincibles dans la défaite.» Palerme, 1978. Ils n'ont que onze ans, mais déjà leur passion est l'idéologie, leur modèle les Brigades rouges. ... > voir plus
Voici un livre qui m' a laissée à la fois admirative et perplexe. Quatre jeunes ados (onze ans), livrés à eux-mêmes, essaient de se réapproprier les techniques des brigades rouges. Jeu, initiation, l'aventure les emmènera au bout de leur logique et l'amour du héros pour une jeune créole ne le sauvera pas. Seule peut-être l'écriture le pourrait (" j'oeuvrais quant à moi de façon à pouvoir exiger à présent le statut de prisonnier mythopoïétique...Le plaisir d'exister dans les phrases.") L'auteur s'efforce de démonter les mécanismes qui peuvent conduire des jeunes au terrorisme et son propos est passionnant. Mais il le fait au moyen d'un langage poétique qui se veut sans affect, très cru et quelquefois à la limite du sordide. du coup la réalité de ce qui est dit reste comme feutrée, en dépit d'images qui font mouche, et le mélange mal équilibré d'images et d'éléments descriptifs étouffe la narration et rend irréel ce qui se passe. de plus il fait tenir des propos d'adulte à un gamin (très mature certes, mais tout de même). On a parfois l'impression d'une brillante démonstration où l'action ne survient que pour rendre plus concrète une théorie un peu trop didactique en dépit d'une langue qui la transcende. Tout cela finit par lasser et nuire à l'ensemble. Dommage... Défaut de premier roman ? je lirai volontiers le suivant car j'ai beaucoup aimé l'écriture de Giorgio Vasta. Ames sensibles s'abstenir...
Girogio Vasta transpose la lutte politique des Brigades Rouges et la violence de leurs actions à hauteur d'enfant. Il n'est pas question pour ces jeunes protagonistes de se lancer dans un lutte sans y trouver un fondement idéologique, reprenant à leur compte les arguments des adultes. Faire exploser des bombes, enlever des personnes, les torturer trouvent une justification morale et nécessaire. Leur militantisme et leurs actions sont un véritable pouvoir créateur. Cela donne un roman d'autant plus cruel que ce sont évidemment des enfants. C'est là que le talent littéraire opère : réussir à montrer de manière extrêmement intelligente les mécanismes et le processus par lequel ces enfants vont entrer. De manière paradoxale, la conscience de leur engagement et leur aveuglement déconcertant les emmènent dans un engrenage d'une rare violence. Des dégâts irréparables dans la tête d'enfants à l'âge de l'apprentissage de la vie. Une histoire violente sans concession, une beauté littéraire.
Un bijou.. Une véritable découverte. "du petit lait" à la lecture, on sourit, on pleure, on crie, on hurle, on essaie de comprendre la construction d'un enfant de 11 ans en Sicile, à Palerme, en 1978. "J'avais envie d'être coupable, il explique. C'est un mot qui me plaît. Coupable. Même si je n'ai jamais le courage de l'être. J'envie à Scarmiglia sa capacité à être coupable. Parce qu'il s'agit bien de cela, d'une capacité : tout le monde ne peut pas être coupable, c'est un destin et c'est une mission". Dommage que la presse n'ait pas donné un écho plus audacieux à ce livre.
Moyen. Les trois quarts du livre n'apportent rien, ensuite ça s'emballe pour terminer sur un final insipide.
L'écriture cherche des qualificatifs inattendus, des tournures originales mais la plupart du temps cela tombe à plat.
Dommage, j'étais enthousiaste pourtant.
Sur cette photo nous sommes tous ironiques. Et moi, l'ironie me blesse. Pire : je la hais. Pas seulement moi, Scarmiglia et Bocca aussi. Parce qu'il y en a de plus en plus, de l'ironie, il y en a trop, le nouvelle ironie italienne qui brille sur toutes les faces, dans toutes les phrases, qui lutte chaque jour contre l'idéologie, qui lui dévore la tête, et en l'espace de quelques années, il n'en restera plus rien, de l'idéologie, l'ironie sera notre seule ressource et notre défaite, notre camisole de force, dans notre désenchantement nous adopterons tous un ton ironico-cynique, nous serons capables de deviner la succession des répliques, le bon rythme, de désamorcer d'un coup l'allusion et de la laisser s'estomper doucement. Toujours présents et absents, parfaitement pointus et corrompus : résignés.
Nous sommes inquiétants et nous en sommes fiers. C'était l'expérience que nous recherchions. Car ils sont inquiétants et dangereux, les adolescents sans cheveux, dont les os du crâne sont exposés à tous les regards,les commissures entre les plaques qu'on peut parcourir du doigt, un périmètre après l'autre. j'étais antipathique et à présent je suis inquiétant. J'étais hostile et je suis inquiétant. Inquiétant mais pas inquiet, inquiétant et calme. Les gens me croisent, ils m'observent et ils ignorent qu'en même temps que moi ils ont vu mon nimbe, mon auréole de lumière, d'élu. Ils l'ignorent. Mais les gens ignorent tout.
Je sens qu'il a raison, que l'Italie est vraiment tiède, complètement incapable d'assumer la responsabilité du tragique. Le tragique, elle sait seulement le générer, mais ensuite elle le transforme en farce. Alors tant mieux que vienne la contagion, je songe. L'épidémie. Un autre dieu des infections qui impose une forme aux choses, qui les déforme, les choses, qui les déforme et les mélanges entre elles. Si ce n'est pas le tétanos, les poux feront l'affaire, et après les poux, à travers eux, viendra la lutte.
La maîtresse m'a posé une main au niveau du coeur, m'a désamorcé et a dit : Toi, tu es mythopoïétique. Je suis retourné m'asseoir, en éprouvant encore le plaisir et l'embarras de ses doigts maigres sur mes côtes. Pendant qu'un camarade prenait ma place sur l'estrade et commençait à s'embrouiller, j'ai demandé à voix basse-à Chiri, à d'Avenia. Personne ne savait. Puis à la maison j'ai cherché. Mythopoïétique. Qui fabrique des mots. Et j'en ai été ravi. Reconnaissant et ému. Reconnu.
Quel âge avons-nous à présent, je me demande en observant la petite tache claire qui brille sur le dos de sa main, et où sommes-nous ? Qu'est devenu le temps profond que j'avais imaginé, le temps souple, liquide, le temps matériel qui m'aurait désaltéré ? Pourquoi y a-t-il en lieu et place les mots, des milliers de phrases, ce massacre méthodique d'insectes ? Pourquoi le langage luit-il encore, alors que je voudrais seulement pénétrer le silence, ton silence, et pleurer, cesser d'en éprouver uniquement le besoin et pleurer ?