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Critiques sur Le rire. Essai sur la signification du comique (14)
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Fabinou7
  13 mars 2019
«  Pourquoi rit-on d'un orateur qui éternue au moment le plus pathétique de son discours  ?  ». Qui a dit que la philosophie était chose sérieuse ? Ne jugeons pas (trop) le philosophe sur l'intérêt sociétal et la pertinence de ses questionnements métaphysiques...

Le style est judicieusement pédagogique et le lecteur peut ainsi naviguer à vue sur le cours des pensées de l'auteur, sans être parasité par un langage pompeux et des concepts sui generis qui peinent à faire oublier l'intellectuel égotique derrière le propos et finissent par faire boire la tasse au lecteur.
A grand renfort d'allusions théâtrales, Bergson tisse pour son lecteur une typologie du comique, s'attardant notamment sur la forme, le geste, le langage, le caractère et la situation pour conclure sur une définition plus large de l'art et son objet, dont découle une mise en relief de la comédie par comparaison avec la tragédie.

« Le rire châtie les moeurs ». Cette étude sur le rire, parfois décrit comme « le propre de l'homme » a le mérite de faire ressortir une fonction anthropologique fondamentale mais peu glorieuse du rire, un rire qui se prend au sérieux, que l'on craint comme la foudre, et qui a pour fonction de purger la société de tout ce qui ose, impétueusement ou inconsciemment, s'éloigner de la norme. Pour Bergson « plaisir de rire n'est pas un plaisir pur, je veux dire un plaisir exclusivement esthétique, absolument désintéressé. Il s'y mêle une arrière-pensée […] Il y entre l'intention inavouée d'humilier, et par là, il est vrai, de corriger, tout au moins extérieurement. »

« Nous rions toutes les fois qu'une personne nous donne l'impression d'une chose ». La norme sociale, le caractère humain c'est, pour Bergson, le mouvement, la perpétuelle agilité qui prévoit, qui bifurque, qui anticipe. Toute mécanisation rigidement plaquée sur du vivant fait le fonds de commerce des guignols, vaudevillistes, caricaturistes et autres tartufferies. L'auteur invite opportunément Molière en renfort, analysant « le caractère d'Alceste » comme « celui d'un parfait honnête homme. Mais il est insociable, et par là même comique. Un vice souple serait moins facile à ridiculiser qu'une vertu inflexible. C'est la raideur qui est suspecte à la société. »

« Est-ce bien loyal, ce que nous faisons là ? Car enfin, ces malheureux actionnaires, nous leur prenons l'argent dans la poche… — Et dans quoi voulez-vous donc que nous le prenions ? ». Aujourd'hui encore, avec le stand up,les canulars, le théâtre de l'absurde, les lapsus et l'autodérision c'est encore de cette raideur, de ces réflexes, de cet automatisme dont on rit, comme pour les expier collectivement.

La réflexion de Bergson s'achève sans avoir parcouru toutes les pièces de la maison du rire, non sans avoir pris le soin d'esquisser de nouveaux chemins à emprunter, à l'opposé de ce rire moqueur, notamment celui de la jovialité et de la détente qu'il procure, à l'image du Bouddha rieur. Ou bien encore celui du rêve, « il n'est pas rare qu'on observe dans le rêve un crescendo particulier, une bizarrerie qui s'accentue à mesure qu'on avance. Une première concession arrachée à la raison en entraîne une seconde, celle-ci une autre plus grave, et ainsi de suite jusqu'à l'absurdité finale. »

Bergson nous laisse le sentiment émancipateur de celui qui reprend le gouvernail avec l'intuition que le rire en apprend davantage sur le rieur que sur son objet.
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peloignon
  24 novembre 2012
Tout le monde aime rire!
Chacun l'admettra, y compris le philosophe Bergson qui, toutefois, ira ensuite se demander pourquoi.
Et moi, lecteur de philosophe, je me suis demandé pourquoi Bergson s'est ainsi interrogé à propos du rire.
Alors, dans un premier temps, voyons comment s'articule la réflexion de Bergson.
Il remarque, pour amorcer sa réflexion, que seul l'homme rit.
De plus, selon lui, le rire implique une certaine « insensibilité » envers son objet puisque l'on n'ose pas rire de ce qui nous inspire de la tristesse ou de la compassion. Il en déduit alors, de manière erronée à mon avis, que le rire implique l'indifférence envers son objet. Je crois qu'il va alors trop loin, car ce qui ne nous intéresse pas ne va pas capter notre attention, par définition. le rire implique donc un chatouillement de notre sensibilité par un objet auquel nous ne sommes évidemment pas insensible bien que ce dernier ne nous inspire ni pitié ni chagrin.
D'autre part, la thèse principale de ce livre, d'ailleurs très agréable à lire, consiste à montrer l'aspect sociétal du rire. Bergson montre de manière très convaincante que le rire est un bonheur qui veut être partagé et il sert également de moyen normatif très efficace envers l'asocial car personne n'aime faire rire de soi. le rire incite aussi à la connaissance de soi et de l'autre, car l'ignorance de soi et d'autrui entraîne nécessairement la personne qui en est victime dans des situations où elle sera ridicule pour son entourage.
Le rire nous entraîne donc à améliorer nos rapports sociaux et notre connaissance de soi, mais Bergson, en conclusion, nous fait également remarquer qu'il peut également provoquer l'adoption de comportements sociaux cruels, parfaitement contraires à la moralité et hostile envers l'exceptionnel.
Alors, maintenant que nous avons une idée de la réflexion de Bergson sur le rire, reste à voir pourquoi il s'est posé cette question.
À mon avis, le philosophe, sans être asocial, va souvent se montrer insatisfait des principes à partir desquels son environnement social fonctionne et aura souvent une certaine propension à se donner ce genre de principes personnels que je qualifierais de « supra-sociaux ». C'est, en effet, dans la solitude que l'existence authentique se choisit librement dans son être. Ce faisant, le philosophe entrera inévitablement, de temps à autre, en conflit avec les principes normatifs de sa société et devra donc en subir les effets d'un de ses moyens coercitifs les plus efficaces : le rire. Voilà sans aucun doute une excellente raison pour le philosophe de se questionner sur le rire, car la compréhension de sa fonction sociale permet d'en relativiser l'importance et, advenant le cas, de le subir de manière bien moins cruelle...voir, d'en rire en retour...
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denis76
  03 avril 2019
A partir des comédies de Molière et de Labiche, Henri Bergson analyse pourquoi les personnages Orgon, Géronte, Harpagon, Alceste, Argante... font rire les spectateurs.
Le rire... avec le grand Professeur Bergson : quel paradoxe, non ??
Oui, et d'ailleurs, pendant les deux tiers du livre, il est chiant, pontifiant, ... Premièrement, Petit a ), Petit b ).... Certes, je ne m'attendais pas des blagues de Coluche, ou des superbes mots du grand Devos, mais quand même... On fronce un peu les sourcils en prenant des notes, tellement ce petit bouquin rengorge de détails.
Cependant, quelle belle analyse !
.
Pourquoi certains personnages sont comiques ?
Parce que ces gens là sont dans leur monde ( comme moi, qui fait rire parfois, malgré moi, donc je fais attention à ne pas faire trop de boulettes ), ils poursuivent leur parcours rigidement, mécaniquement, sans la souplesse requise par le terrain, comme l'homme qui tombe parce qu'il ne fait pas attention. Ce texte est paru en 1900, mais après, on peut éclater de rire quand Donald continue à marcher au dessus du précipice avant de s'en rendre compte, effrayé, et chuter !
Il y a aussi le manque de souplesse intellectuelle :
"Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?"
Géronte est obsédé par son argent, et son idée fixe le poursuit, il ne s'intéresse plus à son interlocuteur, il ne réfléchit pas à une solution, il est comme dans un rêve, et la répétition de la phrase, son intonation, font rire.
Cependant, ... ahem !... malgré tout son savoir, je n'imagine pas Bergson être capable de faire rire ses étudiants... !
.
Et j'ai appris quelque chose de stupéfiant, et Bergson m'a convaincu :
Le rire est une correction.
Ah bon ?
Oui. La dernière partie du livre est très intéressante, et analyse le rieur.
D'ailleurs, je l'ai dit, je fais attention avec mes "boulettes" hors sujet, non contextualisées, ou trop cash :
je fais des boulettes, mais je me soigne !
Le rire n'est pas complaisant, le rire, paradoxalement, est sévère. Il montre à celui dont on se moque son décalage par rapport à ce qu'exige la société.
-- Dans un premier temps, le rieur est bonhomme, et compatit ;
-- mais après, allez, hop, ça suffit !
-- et enfin, NON ! c'est pas possible ! AH ! AH ! AH ! qu'il est ridicule, ah ! ah !
Dans la vie, le personnage moqué, s'il se sent humilié, vexé, se rendra compte, aura pris conscience de sa vanité, de son rêve ou de son décollage d'avec le bon sens. Sinon, tant pis, la correction n'aura pas fonctionné !
.
Je pense que Bergson qui évoque les rêves, et qui a fait ultérieurement des travaux sur la conscience, n'a pas contacté Freud, car ensemble, ils auraient peut-être pu bien avancer...
.
Enfin, un truc me chiffonne chez Bergson, c'est sa définition de l'Art.
Il dit que la comédie se situe à la frontière de la société, et de l'art ;
et aussi : l'Art est la Nature.
Or :
on considère le terme « art » par opposition à la nature « conçue comme puissance produisant sans réflexion » (cnrtl ).
Mais ceci est un autre débat : )
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Luniver
  12 février 2015
Le rire est le propre de l'homme, dit-on, au grand soulagement des autres animaux, toujours inquiets de voir un honnête citoyen se mettre tout à coup à pousser de grands cris stridents en étant agité de convulsions nerveuses. Mais pourquoi rit-on exactement, et quelle est la fonction du rire dans la société ?

Pour Bergson, le rire est provoqué par « du mécanique plaqué sur du vivant ». L'être humain est censé être caractérisé par une certaine souplesse, tant physique qu'intellectuel. Qu'il puisse trébucher et tomber est donc contraire à sa nature, et tient plutôt de l'automate, incapable d'appréhender un obstacle inattendu et de s'écarter des ordres donnés. le comique de répétition, les quiproquos, plaquer les codes d'une corporation sur une situation étrangère, sont au final des variations de cette règle.

Enfin, le rire sert également d'arme sociale, ce qui le rend tout à coup nettement moins sympathique. Vous voulez éviter l'expérience humiliante d'être la cible des rires et des moqueries ? Vous avez plutôt intérêt à vous débarrasser de certaines habitudes que le reste du groupe ne tient pas à voir se propager.

L'essai de Bergson se limite à un seul type de rire, celui de la comédie. Son travail est simple à lire et à comprendre, et illustré par de nombreux exemples tirés de la littérature classique, dont par exemple Molière ou Don Quichotte. Son propos est aussi interpellant, puisque selon lui le rire va de pair avec une certaine forme de cruauté envers celui qui en est la cible. Et même si cette dernière est imaginaire, il a de quoi se poser quelques questions…
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Palmyre
  20 juin 2014
Cet ouvrage est paru en 1900, Bergson y analyse le fonctionnement du rire.
Selon l'auteur, le procédé comique reposerait sur trois procédés: la répétition d'une même scène, l'inversion des rôles et le quiproquo. le rire serait également déclencher par la dimension caricaturale de certaines situations. le rire a donc une fonction sociale, certains effets comiques ne sont pas transposables dans d'autres sociétés de par les différences de style linguistique ou les idées. Par exemple, le film "Bienvenue chez les ch'tis" a séduit bons nombres de personnes mais ce film reste parfois difficilement compréhensible, et donc humoristique à une personne étrangère à nos moeurs.
Voilà pour l'essentiel, je ne souhaite pas faire ici un exposé magistral de l'oeuvre, ce n'était pas mon but initial en lisant ce livre. Et bien qu'il soit philosophique cela reste une lecture abordable. D'autre part, l'auteur a choisi d'y insérer des exemples de certaines scènes de pièces de théâtre connues, comme "L'Avare" de Molière. Cela nous permet de mieux visualiser certains propos.

Challenge Nobel 2013/2014
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Fx1
  18 juillet 2014
Il est important de définir le pourquoi du rire . A notre époque le rire est trés souvent mis en avant comme thérapie . Cet ouvrage propose de comprendre pourquoi le rire est si important dans la vie . L'on ne ris pas pour rien , il y a toujours une raison qui enclenche cette réaction . Pas toujours celle à laquelle on pense . Certes cet ouvrage est "relativement simple " , les amateurs de pavés qu'eux seuls on l'impression de comprendre vont prendre cette réflexion de trés haut . A tort , car cet ouvrage est remarquablement construit et d'une intelligence certaine .
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barjabulette
  11 février 2011
Soyons clair, l'idée n'est pas de critiquer le point de vue du philosophe. L'objectif est de critiquer l'ouvrage.... c'est un bouquin de philo, c'est pas le genre roman quoi ! la philo c'est pas évident. L'avantage de Bergson c'est qu'il est relativement accessible, ce qui n'est pas le cas de Kant par exemple, le livre n'est pas trop indigeste, c'est le genre d'ouvrage qui peut réconcilier avec la philo.
Ce que j'ai aimé surtout dans ce bouquin c'est le fait que Bergson étaye sa théorie d'exemple clairs et il y a un chapitre "lectures" tout à fait instructif qui permet de resituer l'ouvrage dans le contexte.
Un livre en appellant d'autres, il m'a permit de découvrir le théatre de Labiche.
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Chri
  02 novembre 2016
« du mécanique plaqué sur du vivant ». La comédie ne serait pas un art si ce principe primitif énoncé par Bergson n'était qu'une recette.
Pourtant, quand on voit la tête de Louis de Funes dans l'Avare (ou dans ses autres comédies) on voit immédiatement la raideur du personnage et ça suffit presque à faire rire.
Lorsque mes enfants de 9 et 11 ans ont ri à gorge déployée en regardant cette comédie (la version filmée), c'était presque étonnant. En tous les cas la belle langue de Molière faisait bien partie du cocktail.
J'ai lu le « Rire » en pensant à cette expérience. de quoi rit-on ? Pourquoi rit-on ?
En analysant les différentes formes du comique, Bergson teste aussi sa philosophie du vivant. Et comme tout ce qui est vivant, Bergson sait que le rire ne s'enferme pas dans une définition. C'est tout l'intérêt de sa philosophie. La pensée est mouvante, inductive, déductive, vivante entre l'incertitude et les triomphes éphémères. La langue est fluide, claire et concise tout en avoisinant la poésie.
L'art vise à faire lâcher prise et Molière réussi son coup lorsque le public se met à rire. Mais là on ne rit plus seulement de la raideur du personnage mais de son vice, l'avarice, et peut-être même de la vanité, mère de tous les vices.
C'est que le personnage de la pièce a lui aussi perdu une certaine attention à la vie en se comportant de la sorte. Et le rire ici, donc l'art, a une fonction de correction sociale. « On pourrait dire que le remède spécifique de la vanité est le rire, et que le défaut essentiellement risible est la vanité ».
Le « Rire » ouvre donc une réflexion sociologique qui ne demande qu'à être développée. Il ne faudrait donc sans doute pas trop prêter attention au pessimisme qui envahit Bergson à la fin de son essai : « le rire n'aurait rien de très bienveillant. Il rendrait plutôt le mal pour le mal ».
Il ne lui suffirait pourtant que prolonger sa propre citation de la poésie de Sully-Prudhomme (à propos de Spinoza) en dévoilant un vers de plus sur le bien et le mal :
"Ce sage démontrait avec simplicité
Que le bien et le mal sont d'antiques sornettes
Et les libres mortels d'humbles marionnettes
Dont le fil est aux mains de la nécessité".

Lien : http://classiques.uqac.ca/cl..
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Enroute
  03 février 2019
Le rire, c'est, écrit à de nombreuses reprises Bergson, "du mécanique plaqué sur du vivant". Ce qui ruine l'humanité de l'individu, sa liberté, son autonomie, son indépendance, sa prétention à exister par soi-même, tout cela fait rire. Par exemple voir quelqu'un trébucher dans la rue, percevoir un tic de langage ou un geste récurrent, un trait de caractère, entendre révéler le mécanisme de la langue par des jeux de mots, etc. Le rire est aussi, ainsi, humiliation.
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mercutio
  08 décembre 2014
Je ne doute pas que s'il n'eut été philosophe Bergson eut été un mathématicien ou un physicien de haute volée. Si sa formation ne l'avait déjà laissé entrevoir (il obtint le premier prix du concours général de mathématiques en 1877), la composition du "Rire" en serait une claire illustration. Sa méthode de synthèse de l'élément comique par analogie, extrapolation, généralisation, théorèmes et lemmes successifs apporte une rigueur bienvenue et rend l'exposé de sa thèse très agréable à lire, et finalement plutôt convaincante. La démarche, didactique, est de type bottom-up: du particulier au général, du simple au complexe, du facilement appréhendable au conceptuel, du physique au spirituel.

Le but de Bergson est de cerner, au-delà des causes, la raison d'être des effets comiques. Il ne s'agit donc pas avant tout d'une étude descriptive, que beaucoup d'autres ont mené avant lui, mais d'une thèse originale dont il lui revient de démontrer la pertinence et de vérifier, a minima sur quelques cas d'écoles, qu'elle permet de rendre correctement compte de la réalité constatée.
On reste bien entendu dans la sphère des sciences humaines où les démonstrations laissent leur part à une dose de conviction personnelle. En outre, la sociologie n'avait pas encore, à cette époque, adopté l'outil statistique qui concourt à confirmer plus objectivement les intuitions individuelles.

S'il le sujet est autoporteur et attractif en soi, il faut considérer qu'il s'intègre de façon cohérente dans la pensée philosophique de Bergson, notamment dans ses rapports avec la théorie de l'évolution et le travail de la nature sur l'homme, créature intelligente, par le biais de la société.
Précisons par ailleurs que l'édition aux PUF sous la direction de Frédéric Worms offre un matériel documentaire complémentaire très consistant permettant à chacun d'approfondir l'oeuvre dans son contexte philosophique et bibliographique.

Le concept central du rire, développé par Bergson peut se résumer ainsi :
"Toute raideur du caractère, de l'esprit et même du corps sera donc suspecte à la société, parce qu'elle est le signe possible d'une activité qui s'isole, qui tend à s'écarter du centre commun autour duquel la société gravite, d'une excentricité enfin. ….C'est donc par un simple geste qu'elle y répondra. le rire doit être quelque chose de ce genre, une espèce de geste social."

Bergson le décline au long de trois chapitres .
Le chapitre 1, "Du comique en général, le comique des formes et le comique des mouvements" s'intéresse au niveau physique:
"Est comique tout incident qui appelle notre attention sur le physique d'une personne alors que le moral est en cause."
Le chapitre 2, "Le comique de situation et le comique de mots", passe au niveau intellectuel, celui de l'esprit:
"Est comique tout arrangement d'actes et d'événements qui nous donne, insérées l'une dans l'autre, l'illusion de la vie et la sensation nette d'un agencement mécanique".
C'est au chapitre 3, à mon sens, le plus intéressant, mais aussi le plus spéculatif donc discutable, "Le comique de caractère" que Bergson aborde le domaine de la "haute comédie" (par opposition au vaudeville), formalise des critères rigoureux et convaincants la distinguant de la tragédie, examine les rapports de la comédie avec l'art et du comique avec le rêve:
"Où la personne d'autrui cesse de nous émouvoir, là seulement peut commencer la comédie. Et elle commence avec ce qu'on pourrait appeler le raidissement contre la vie sociale. Est comique le personnage qui suit automatiquement son chemin sans se soucier de prendre contact avec les autres. le rire est là pour corriger sa distraction et pour le tirer de son rêve."

Finalement, un brillant exercice intellectuel qui est aussi un excellent levier pour ouvrir à la réflexion quelques portes, sur des questions très actuelles telles que : Peut-on rire de tout? Pourquoi? N'y a-t-il pas mieux à faire d'un point de vue sociétal?.....
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