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ISBN : 2130537812
Éditeur : Presses Universitaires de France (01/08/2003)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 34 notes)
Résumé :
La pensée et le mouvant : " Quoi de plus hardi, quoi de plus nouveau que de venir annoncer aux physiciens que l'inerte s'expliquera par le vivant, aux biologistes que la vie ne se comprendra que par la pensée, aux philosophes que les généralités ne sont pas philosophiques, aux maîtres que le tout doit s'enseigner avant les éléments, aux écoliers qu'il faut commencer par la perfection, à l'homme, plus que jamais livré à l'égoïsme et à la haine, que le mobile naturel ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
colimasson
  19 juillet 2015
La philosophie patauge et se heurte à une impasse. Henri Bergson pense en avoir découvert la raison. Depuis Platon, nous nous sommes trompés sur la conception du temps. Nous avons toujours confondu et traité le temps de la même façon que l'espace, en le morcelant et le réduisant en portions congrues, n'arrivant pas à penser à la durée autrement qu'à travers le concept de « mesure de la durée ». Une solution facile n'est pas forcément une solution juste. C'est une approximation et nous ne pouvons pas prétendre démasquer la vérité avec cela.

« Avec ces vues juxtaposées [du temps découpé en moments] on a un succédané pratique du temps et du mouvement qui se plie aux exigences du langage en attendant qu'il se prête à celles du calcul ; mais on n'a qu'une recomposition artificielle. le temps et le mouvement sont autre chose. »

Bergson propose alors d'établir l'intuition comme méthode philosophique. Il distingue son intuition de celle de Schelling ou de Schopenhauer –qui ont quant à eux voulu opposer l'intuition à l'intelligence et en faire le moteur d'une recherche de l'éternel- en disant que son intuition porte sur la durée intérieure. Il précise : « Elle saisit une succession qui n'est pas juxtaposition, une croissance par le dedans, le prolongement ininterrompu du passé dans un présent qui empiète sur l'avenir. C'est la vision directe de l'esprit par l'esprit. Plus rien d'interposé ; point de réfraction à travers le prisme dont une face est espace et dont l'autre est langage ». Mais qu'est-ce qui risquerait de s'interposer ? Sans doute le langage… par certains de ses aspects, Bergson n'est pas loin de rappeler Wittgenstein lorsqu'il dit que l'intuition est une donnée complémentaire de l'intelligence qui aide à saisir ce que cette dernière ne peut pas capturer autrement que par l'usage de la transposition spatiale ou de la traduction métaphorique –on pense alors à la distinction qui existe entre montrer et dire. Il n'y a pas d'exclusion entre ces deux principes et Bergson vise au contraire à rendre l'intuition légitime pour créer une synergie. Avant l'heure, Bergson semble nous parler de cette physique quantique qui distingue onde et corpuscule comme mouvement et substance, même s'il souhaite pour sa part établir une fusion.

Henri Bergson semble avant tout être un homme profondément déçu par les faibles moyens mis à la disposition de l'homme pour communiquer son expérience et la richesse de son contenu intérieur.
Il écrit : « J'ai beau me représenter le détail de ce qui va m'arriver : combien ma représentation est pauvre, abstraite, schématique, en comparaison de l'événement qui se produit ! La réalisation apporte avec elle un imprévisible rien qui change tout ». C'est ce qui fait ensuite que nous ne pouvons jamais être vraiment proches des autres hommes, croyant avoir tout communiqué alors que le plus important n'a toujours pas été dit.

Si nous voulons corriger nos erreurs, dans la philosophie et dans la vie, un grand nettoyage de nos concepts devra être effectué. Premier concept à réviser : celui du temps. On sait que Henri Bergson a énormément influencé Marcel Proust et la Recherche du temps perdu de ce dernier peut être lue comme l'expérience de la durée d'un temps intérieur. Henri Bergson nous invite également à nous débarrasser de l'habitude que nous avons de considérer que le temps avance et, plus encore, qu'il avance de la cause vers l'effet. Non seulement le temps n'avance pas (« Il y a des changements, mais il n'y a pas, sous le changement, de choses qui changent : le changement n'a pas besoin d'un support. Il y a des mouvements, mais il n'y a pas d'objet inerte, invariable, qui se meuve : le mouvement n'implique pas un mobile ») mais en plus, le passé est sans cesse redéfini par la réalisation du possible contenu dans l'avenir. Quant au présent, sa durée est « relative à l'étendue du champ que peut embrasser notre attention à la vie ».

Cette proposition de réfection de la vieille philosophie est séduisante en ce qu'elle a su capter la raison majeure pour laquelle le domaine intellectuel nous déçoit si souvent. La vérité est proche, on attend la révélation ultime, mais elle ne vient pas. La vérité ultime semble séparée de nous à cause du concept, à cause du système, à cause de la philosophie même. Que propose Henri Bergson ? Son intuition, et un paradoxe : celui d'exprimer l'intuition par le langage. Comprenne qui pourra : « À celui qui ne serait pas capable de se donner à lui-même l'intuition de la durée constitutive de son être, rien ne la donnerait jamais, pas plus les concepts que les images. L'unique objet du philosophe doit être ici de provoquer un certain travail que tendent à entraver, chez la plupart des hommes, les habitudes d'esprit plus utiles à la vie ». L'intuition sera numineuse ou ne sera pas. Ceci étant dit, la nouvelle philosophie ne peut se définir que de façon négative : elle ne sera pas conceptuelle, pas dogmatique, pas systématique et produira un bouleversement du paysage intellectuel : « À la multiplicité des systèmes qui luttent entre eux, armés de concepts différents, succéderait l'unité d'une doctrine capable de réconcilier tous les penseurs dans une même perception, – perception qui irait d'ailleurs s'élargissant, grâce à l'effort combiné des philosophes dans une direction commune ». Transposons cette idée au politique et à la psychologie : on se fera une idée des premiers effets concrets que pourrait avoir cette philosophie qui, contrairement aux autres, ne se satisfait plus seulement du monde éthéré des concepts.
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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lecteur84
  07 avril 2014
Livre assez difficile d'accès tout de même...Une réflexion entre le temps et la réalité des choses, des actions, à travers le temps, il part du principe qu'il y a donc une représentation distincte et juxtaposée liée au mouvement dans son action et du changement qui serait la conséquence de ce mouvement...Lecture je le redis difficile...
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Laura94
  22 mai 2013
Ce recueil de conférence de Bergson est loin d'être facilement accessible. Moi-même, étant loin d'être érudit sur le sujet, ai eu énormément de mal à saisir la totalité de sa pensée. Ce qui me plait dans cette oeuvre n'est pas tant son contenu que sa portée. Bien que ne faisant en aucun cas référence la métaphysique, cette pensée en est profondément marquée: redonner ses droits à une métaphysique perdant continuellement sa grandeur depuis Kant. La métaphysique s'inscrit dans un "mouvement", une histoire. Si, selon Bergson, les scientifiques s'intéressent au temps subjectif (donc au temps concret représenté par les heures, minutes, etc...) le métaphysicien doit lui s'intéresser au temps subjectif, au temps réel et vécu. Il aura ainsi accès à cette "intuition bergsoniene", impliquant cet effort de se détacher du découpage de la durée, et permettant d'avoir une connaissance absolue des choses.
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ValentineF
  26 août 2013
On m'a obligé à le lire durant ma scolarité, je crois que c'est la lecture la plus éprouvante que je n'ai jamais eu.
Il me fallait relire les paragraphes plusieurs fois pour réussir à intégrer les informations.
C'est tordu, complexe, verbeux, dense.
Un très mauvais souvenir de lecture, même si les notions psychologiques sont très pertinentes et même instructives.
Mais il faut s'accrocher à son pot de café (Voir se faire une intraveineuse de caféïne).
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Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   24 avril 2016
Les difficultés et contradictions de tout genre auxquelles ont abouti les théories de la personnalité viennent de ce qu'on s'est représenté, d'une part, une série d'états psychologiques distincts, chacun invariable, qui produiraient les variations du moi par leur succession même, et d'autre part un moi, non moins invariable, qui leur servirait de support. Comment cette unité et cette multiplicité pourraient-elles se rejoindre ? comment, ne durant ni l'une ni l'autre – la première parce que le changement est quelque chose qui s'y surajoute, la seconde parce qui elle est faite d'éléments qui ne changent pas – pourraient-elles constituer un moi qui dure ? Mais la vérité est qu'il n'y a ni un substratum rigide immuable ni des états distincts qui y passent comme des acteurs sur une scène. Il y a simplement la mélodie continue de notre vie intérieure, – mélodie qui se poursuit et se poursuivra, indivisible, du commencement à la fin de notre existence consciente. Notre personnalité est cela même.
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colimassoncolimasson   22 mars 2016
Tout l'objet de la Critique de la Raison pure est en effet d'expliquer comment un ordre défini vient se surajouter à des matériaux supposés incohérents. Et l'on sait de quel prix elle nous fait payer cette explication : l'esprit humain imposerait sa forme à une « diversité sensible » venue on ne sait d'où ; l'ordre que nous trouvons dans les choses serait celui que nous y mettons nous-mêmes. De sorte que la science serait légitime, mais relative à notre faculté de connaître, et la métaphysique impossible, puisqu'il n'y aurait pas de connaissance en dehors de la science. L'esprit humain est ainsi relégué dans un coin, comme un écolier en pénitence : défense de retourner la tête pour voir la réalité telle qu'elle est. – Rien de plus naturel, si l'on n'a pas remarqué que l'idée de désordre absolu est contradictoire ou plutôt inexistante, simple mot par lequel on désigne une oscillation de l'esprit entre deux ordres différents : dès lors il est absurde de supposer que le désordre précède logiquement ou chronologiquement l'ordre. Le mérite du kantisme a été de développer dans toutes ses conséquences, et de présenter sous sa forme la plus systématique, une illusion naturelle. Mais il l'a conservée : c'est même sur elle qu’il repose.
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colimassoncolimasson   30 avril 2016
Il suit de là qu'un absolu ne saurait être donné que dans une intuition, tandis que tout le reste relève de l'analyse. Nous appelons ici intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique et par conséquent d'inexprimable. Au contraire, l'analyse est l'opération qui ramène l'objet à des éléments déjà connus, c'est-à- dire communs à cet objet et à d'autres. Analyser consiste donc à exprimer une chose en fonction de ce qui n'est pas elle.
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colimassoncolimasson   19 juillet 2015
Jamais la mesure du temps ne porte sur la durée en tant que durée ; on compte seulement un certain nombre d'extrémités d'intervalles ou de moments, c'est-à-dire, en somme, des arrêts virtuels du temps.
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MaloneMalone   04 juillet 2015
Ecoutez discuter ensemble deux philosophes dont l'un tient pour le déterminisme et l'autre pour la liberté : c'est toujours le déterministe qui paraît avoir raison. Il peut être novice, et son adversaire expérimenté. Il peut plaider nonchalamment sa cause, tandis que l'autre sue sang et eau pour la sienne. On dira toujours de lui qu'il est simple, qu'il est clair, qu'il est vrai. Il l'est aisément et naturellement, n'ayant qu'à ramasser des pensées toutes prêtes et des phrases déjà faites : science, langage, sens commun, l'intelligence entière est à son service. La critique d'une philosophie intuitive est si facile, et elle est si sûre d'être bien accueillie, qu'elle tentera toujours le débutant. Plus tard pourra venir le regret, - à moins pourtant qu'il n'y ait incompréhension native et, par dépit, ressentiment personnel à l'égard de tout ce qui n'est pas réductible à la lettre, de tout ce qui est proprement esprit. Cela arrive, car la philosophie, elle aussi, a ses scribes et ses pharisiens.
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Vidéo de Henri Bergson
Henri BERGSON - De l’intensité des états psychologiques
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