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Anne Weber (Traducteur)
ISBN : 2267021161
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (14/10/2010)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 4 notes)
Résumé :

Le marché du travail est impitoyable, a fortiori pour les philosophes. Gerhard Warlich, qui a soutenu une thèse sur Heidegger, travaille pour une laverie industrielle. Il mène une vie plutôt tranquille avec sa compagne Traudel, jusqu'au jour où celle-ci lui fait part de son désir d'enfant. Les événements s'emballent soudain, bouleversant l'équilibre précaire sur lequel reposaient tant le couple que la vie ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Lmargantin
  17 janvier 2018
Né en 1943, Wilhelm Genazino est un écrivain reconnu en Allemagne (il a notamment obtenu le prestigieux prix Georg Büchner en 2004). A travers l'évocation de personnages solitaires, il aime donner au lecteur une vision à la fois exacte et désenchantée du monde actuel.
Le narrateur et personnage principal de ce récit s'appelle Gerhard Warlich. Il a une quarantaine d'années et il est directeur d'exploitation dans une laverie industrielle. Mais son parcours est singulier. Comme beaucoup d'Allemands, il est surqualifié, c'est-à-dire qu'il a suivi un cursus universitaire long, sans que celui-ci soit récompensé par un statut social à la hauteur du diplôme obtenu. Warlich a étudié la philosophie, discipline qui ne conduit pas à un métier (on ne l'enseigne pas dans le secondaire en Allemagne). Il s'est donc rabattu sur un emploi de chauffeur livreur, qu'il exécute avec un sentiment d'ennui et d'aliénation (sentiment transmis à chaque ligne au lecteur), tandis qu'il donne à son patron une impression de sérieux et d'abnégation.
Conduit par la voix d'un homme semble-t-il revenu de tout, le récit est constitué d'observations sur des actes quotidiens généralement suivies de réflexions qui sont bien celles d'un philosophe (il a écrit une thèse sur Heidegger) reconverti dans ce qu'on pourrait appeler une phénoménologie de la banalité, par exemple : « La folie de personnes isolées a quelque chose de vivifiant et de merveilleux » ; « l'étrange zèle que les gens mettent à se débarrasser de leurs vêtements défectueux correspond selon moi de manière évidente à leur déni de ces processus auxquels les vêtements en décomposition voudraient justement renvoyer ».
C'est ainsi que, d'observation en observation, l'homme malheureux déroule une série de jugements minuscules à tonalité philosophique sur son environnement. A quoi lui servent-ils ? A se protéger, lui, l'intellectuel, devant l'absurdité d'un monde trivial où un patron l'envoie espionner deux employés ? Certainement, mais aussi à se sortir de situations qui mettraient en péril sa solitude et son activité d'observation. Face au désir de sa compagne d'avoir un enfant, la capacité réflexive de Warlich lui permet de repousser plus ou moins adroitement les assauts de Traudel qui tente de lui imposer un bonheur stéréotypé auquel il ne croit pas. Pour lui, la famille – déjà celle fondée par ses parents à laquelle il réfléchit en assistant à une pièce de théâtre médiocre – est le symbole d'une vie de souffrance qui commence dès la rencontre de l'autre (« La souffrance des hommes commence à partit du moment où ils aiment une femme »). Warlich souffre donc du réel dans lequel il est plongé, il parle même de l'« effroi » qu'il ressent face à la réalité qui l'entoure, comparé à une pièce de théâtre dont il ne serait que le protagoniste. Dans un entretien, Genazino parle de l'absurde dans lequel nos vies sont désormais plongées au quotidien : les vendeurs dans les supermarchés portant un tee-shirt sur lequel on peut lire « Nous aimons les produits alimentaires », voilà le symbole – parmi des milliers d'autres – d'un monde où la publicité a imposé son règne, jusque dans les choix de vie des individus.
Warlich est cependant animé par un « désir de changement », qui ne correspond évidemment en rien au destin qui l'attend. Ce désir s'exprime dans un projet : celui de fonder une « école de l'apaisement ». Il raconte ainsi sa rencontre avec un employé de la mairie qui le soutient, mais cette scène et d'autres scènes qui suivent évoquent surtout la fuite en avant d'un esprit se disant pris par un « ensauvagement mélancolique », abattu par l'absurdité généralisée de la vie dans la société contemporaine. Refusant son destin de père de famille et ce qu'il appelle des « abus sur sa personne » (également de la part de son employeur qui finit par le licencier), Warlich poursuit un rêve et sent « s'approcher un sentiment de folie » qui, de manière paradoxale, le rapprochera du bonheur, celui-ci passant par un écart total. Très bien servi en français par l'écrivain Anne Weber, Wilhelm Genazino sème admirablement le trouble dans l'esprit du lecteur, aux prises tout au long de ce récit avec le destin d'un homme qu'il parvient à nous rendre proche.
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Cath36
  24 janvier 2011
C'est l'histoire assez déjantée d'un philosophe spécialiste de Heidegger qui travaille pour une laverie industrielle et qui porte avec humour un regard désabusé sur la vie et sur lui-même, faux naïf qui égratigne au passage les bienfaits de la psychanalyse et les poncifs du quotidien. Surprise au début par le style très personnel de ce roman, j'avoue avoir d'abord souri puis beaucoup ri par la suite,avant d'être profondément émue par les difficultés du héros à vivre. Vision implacable des accommodements que nous faisons avec nous-mêmes pour pouvoir vivre, ce livre nous invite à prendre la vie avec humour et...philosophie afin d'éviter le désespoir..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Cath36Cath36   24 janvier 2011
Mais vous avez fait une thèse, s'exclama-t-il, et, pendant un moment, il refusa de m'embaucher parce qu'il me trouvait irrémédiablement surqualifié. Bien sûr que je suis surqualifié, dis-je, mais je ne suis pas incapable pour autant.....Je fis bientôt quelques propositions de rationalisation efficaces, si bien que le propriétaire de la laverie dut constater avec surprise qu'un homme ayant rédigé une thèse sur Heidegger pouvait être utile à son entreprise.
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Cath36Cath36   24 janvier 2011
Autrefois j'avais peur quand j'entendais les hurlements des supporters de foot dans les gares et les passages souterrains.Aujourd'hui je sais qu'il s'agit des cris de prisonniers qui veulent entendre l'écho de leur captivité.
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Cath36Cath36   24 janvier 2011
Ce que je trouve particulièrement désagréable, c'est de me réveiller le matin avec une érection. Comme ces érections se passent certes sur moi et avec moi, mais de façon involontaire, sans même que je le sache ni que j'y participe, je les appelle mes"érections-sans-moi."
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Cath36Cath36   24 janvier 2011
Peu après, la singularité de la vie m'impose un mutisme intérieur. Je n'entends plus alors que les lamentations de mon âme désemparée. Elle aimerait vivre quelque chose qui convienne à sa délicatesse, sans abonnement obligatoire à la réalité
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