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EAN : 9782070444199
352 pages
Éditeur : Gallimard (07/06/2012)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Avec Padre Padrone, Gavino Ledda nous raconte son histoire, celle d'un enfant retiré de l'école pour devenir berger. Il lui faut apprendre à reconnaître les arbres et les collines, les betes et les climats. Il lui faut accepter la loi d'un père violent, propriétaire de la terre et des hommes.
Viendront plus tard le temps de la révolte, la lutte de l'adolescent pour le droit d'apprendre et les efforts prodigieux qui le conduiront au professorat. Padre Padrone ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Adriatik
  30 octobre 2018
Vive les challenges !
C'est grâce à eux que je suis souvent tombée sur de vraies pépites. Padre Padrone en fait partie sans aucun doute.
Ce roman autobiographique est l'histoire d'un apprentissage obstiné et contradictoire. C'est une réflexion profonde sur la relation père-fils et un regard réaliste sur le malheur des pauvres dans la Sardaigne d'après-guerre.
Il lui faudra des années à Gavino Ledda pour se rebeller contre un père qui connaît comme seuls moyens d'éducation, la rudesse et le travail acharné. Berger illettré jusqu' à l'âge de 20 ans, il sortira de sa condition, grâce à sa propre volonté.
Quelle vie ! Et quel talent pour la raconter !
J'ai beaucoup aimé la construction du récit, qui intègre des mots sardes et des chansons populaires.
J'ai lu ce livre lentement en m'arrêtant souvent, pour savourer toute la beauté de l'écriture et la profondeur des paroles.
Inoghe mi vaghe die
Cantende a Palma dorada
Tue in su lettu coscada
E deo frittu che nie…
« Et voilà bientôt le jour
Chantons Palma la dorée
Toi, couchée dans ton lit,
Et moi dans le froid de la neige »…
Si on se concentre bien sur les mots de cette chanson, on ne peut s'empêcher de penser à la vie de Gavino, qui était celle de tous les bergers sardes de l'époque.
Gavino Ledda n'utilise jamais un mot par hasard. le langage de la nature et des animaux est tellement enraciné en lui, qu'il devient sa marque de fabrique le temps d'un roman.
Il ‘bêle' son chagrin lorsque son père l'arrache à l'école à l'âge de 6 ans, ou il laisse la nature s'exprimer lorsque la solitude des pâturages lui pèse de trop : ‘tout le feuillage hurlait comme un loup affamé. Dans la solitude, la parole de la nature en colère dominait tout'…
Et quand le plaisir de la découverte de la musique prend le relais, voilà ce que cela donne :
‘Non, la nature, à présent, je la laissais parler comme elle voulait et je ne répondais point à ses discours…Dans ma passion, je devenais insensible au gel, pareil à une bûche brûlante qui craquait et étincelait même sous l'eau. (…) Après trois mois de solfège clandestin, le bois de ma passion se transforma en un joli tas de braise, où on aurait pu mettre à cuire le plus savoureux des rôtis musicaux'…
Un récit dur et optimiste, une prose superbe. Tout simplement inoubliable!
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miriam
  17 septembre 2014
A six ans tout juste, le père de Gavino retire l'enfant de l'école pour en faire un berger, l'emmène dans la montagne au dessus de Siligo, dans le Logudoro – province de Sassari . Il apprendra dans la solitude - glacée en hiver – à garder le troupeau avec la seule compagnie du chien Rusigabedra, de l'âne Pacifico du bruissement des frondaisons des grands chênes-liège ou du torrent. Intimité avec la nature sauvage.
Quelques histoires de bandits sardes.
« Pédagogie » féroce du père : les coups de ceinture ou de branchages au moindre écart. Plus tard, il apprendra à traire et ira même livrer lait et fromage au village.
Apprentissage du métier de berger, mais aussi d'agriculteur. Piocher la vigne d'abord . Dès que l'enfant est assez grand on lui confie une paire de boeufs pour labourer et il devra louer ses bras aux autres métayers.
« la compétition dans le travail servait de fondement moral, elle permettait d'accéder au prestige social » et à la richesse. »
La famille Ledda, quittant le village pour vivre à la bergerie, vit dans une certaine sauvagerie, loin des écoles, des distractions et de la société des hommes. Mais avec le travail acharné du père, la richesse n'est pas loin : ils défrichent les chênes, bonifient les champs et la vigne. La fierté du père est l'oliveraie crée de rien, avec des pousses sauvages, dans une clairière. Les oliviers sont plus « les enfants chéris » du père que ses enfants humains.

« Ce combat effréné pour accroître notre bien, dans une rivalité acharnée avec les autres, n'était qu'un mouvement incontrôlé de notre inconscient, dans la quête rapace de « ce qui est à moi » opposé à ce qui est à toi » terrain obligé du devenir social »
Analyse Gavino Ledda
« chacun de nous était un arbre engagé dans ce combaat impitoyable et cruel en pleine nature : tous les bergers, une chênaie, plongeant à l'envi leurs racines dans le sol et élevant leurs frondaisons en cherchant à avoir le dessus »
Monde d'une cruauté et d'une violence terrible. Renards qui mangent les agneaux, agneaux que les bergers, les valets mal nourris se volent entre eux. Combat avec les éléments : le gel décima en 1956 l'oliveraie réduisant à néant les efforts du père, les sauterelles que l'on combat avec des moyens dérisoires….
Arrivé à l'âge adulte, Gavino, comme tous les jeunes du village, songe à émigrer. Retenu par son père il va s'engager. C'est à l'armée sur le continent que le jeune solitaire, illettré, ne parlant que le Sarde va découvrir la solidarité de tous ceux qui l'aideront à apprendre l'Italien, puis le métier de radio-monteur, puis à faire des études.
Gavino trouve sa voie, il étudiera. Malgré l'opposition du père, malgré les privations.
Et il deviendra écrivain et professeur.
Un chef d'oeuvre!
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fanfanouche24
  18 septembre 2014
Un très, très lointain souvenir époustouflant de lecture, telle que je m'étais précipitée pour voir l'adaptation cinématographique des frères Taviani, qui m'avait, de façon très différente, tout autant emportée.
En lisant la très convaincante critique de Miriam (17 septembre 2014), j'ai de grandes envies de "relecture"...de ce superbe texte....
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Itenarasa
  26 octobre 2012
Dessine-moi une brebis
A Siligo, Gavino Ledda 6 ans fait son entrée à l'école, il est heureux, il progresse vite. Mais alors qu'il s'épanouit dans cet environnement auprès de ses camarades, son père Abramo Ledda, homme rustre, paysan et berger vient l'arracher de ce milieu sans se soucier de l'avis de la maîtresse. Il veut faire de son fils un pâtre, un berger. Peu importe l'âge de l'enfant, ses propres désirs, Gavino est l'aîné de ses enfants et il a besoin de ses bras. le garçon est ainsi arraché à sa mère, ses frères et soeurs, à ses amis et plonger dans l'isolement au coeur de la Barbagia sauvage. le rythme de travail auquel son père le soumet ferait pâlir aujourd'hui les organisations de lutte contre le travail des enfants. Ainsi, sous le joug de ce père tortionnaire, Gavino va grandir entravée dans toutes ses libertés auprès de cet homme obnubilé par ses bêtes, ses oliviers, sa terre, la richesse qu'elle porte en elle et qui pourrait le sortir lui et sa famille de la misère. Qu'importe pour lui d'y sacrifier ses enfants.
Après S'accabadora, Padre Padrone nous ramène en Sardaigne sur cette sol aride, porteur de tous les espoirs dont celui de se sortir d'une misère qui prend à la gorge ces familles sardes accablées par une vie de labeur et abusées par quelques propriétaires terriens. Gavino Ledda nous raconte son histoire, l'histoire d'un enfant esclave. Esclave de son père. Padre padrone, "père patron", le titre résume presque tout. Il n'y a pas de place pour vivre l'enfance auprès de cet homme tyrannique, maître plus que père qui ne supporte en aucune façon que son autorité soit remise en question.
"Contrevenir aux lois de mon père, c'était comme nier l'ordre naturel et immuable des choses."
Gavino se pliera aux exigences du pater, pour un temps... Ce qu'il apprendra, il l'apprendra à la rude, sous la pluie, sous la neige, jour et nuit, avec la fièvre au corps, à la limite de la mort. Entre amour et haine de cette terre mais avec la rage aussi de se sortir de cette condition.
Et l'échappatoire, la révolte contre l'autorité viendra d'abord par la musique. Gavino avec l'aide de son oncle (tous deux ligués contre Abramo Ledda), démontrera ainsi, en apprenant à jouer d'un accordéon en un temps record, des capacités d'apprentissage hors normes. Première étape vers la liberté, premier pas vers la différence entre lui et les siens. Puis viendra le temps où porté par l'exemple de ceux qui s'expatrient, Gavino rêvera de fuir sa condition à l'étranger.
"Quand telle est sa condition, on se regarde et on quasiment peur de soi-même. On a honte de son état : le fait d'être nu et que ses racines ne tiennent pas à un sol inspire quelque répugnance, et on voudrait plonger sous terre, mais on n'y parvient point, pas plus que ces plantes infortunées. L'unique chance que l'on ait par rapport à elles, c'est les jambes : la fuite. Émigrer, se noyer dans le réseau noir des mines, voilà qui prend aspect de liberté : dans la désolation où l'on macère, l'émigration semble être la seule arme que l'on puisse retourner contre son milieu et grâce à laquelle on parvienne à cacher ses racines ; l'unique serpe qui permette de se frayer un chemin dans la forêt impénétrable, au moment où l'on est traqué par un incendie effrayant qui va nous brûler et nous réduire en cendres."
C'est finalement l'armée qui lui mettra le pied à l'étrier et lui offrira les meilleures opportunités pour accomplir son destin, un destin non plus tout tracé de berger mais d'homme libre et érudit. Autodidacte, Gavino se fera tout seul, certes avec quelques aides opportunes mais surtout par la force de sa volonté. En n'affrontant plus seulement son père mais un village tout entier loin de vouloir lui reconnaître une autonomie et un avenir autre que celui du travail de la terre.
Les anecdotes prêtent parfois à rire, parfois tristement à sourire. Certains qui ne comprendraient pas quelles pouvaient être les conditions de vie de ces enfants, jeunes hommes, pourraient s'offusquer de certains passages où il est question de relations avec des bêtes. Gavino Ledda nous donne à voir tout de cette misère humaine faite d'isolement et de solitude propre à la condition des bergers. Il ne nous donne pas à voir des portraits polissés, ce qu'il nous montre ce n'est rien moins que ce qu'il a vécu, connu. Des hommes esseulés avec des envies à assouvir, devenus plus animaux eux-mêmes que leurs propres bêtes et ayant pour seule distraction et plaisir la masturbation à la va-vite dans un buisson ou derrière un arbre entre deux corvées.
Roman d'apprentissage, roman autobiographique, roman quasi sociologique : Padre Padrone nous montre certes la misère humaine et la dure loi de la terre mais il nous délivre aussi un vrai message d'espoir. Pour nous dire que nul ne doit vivre dans la fatalité de sa condition et, que si parfois l'on baisse la tête et l'on courbe le dos, c'est pour mieux se redresser ensuite, pour peu qu'on en ait la volonté.
A savoir Padre Padrone a été adapté au cinéma en 1977 et a récolté La Palme d'Or du Festival de Cannes la même année.
En aparté : J'ai en mémoire, ces paysans sardes montés sur leurs ânes croisés au bord des routes. Hommes bourrus aux traits durs, fatigués avant l'heure mais qui portaient dans leur regard cet attachement particulier à leur terre sarde et orgueilleux malgré tout de leur travail. Je les ai vu ces hommes rentrés fourbus de leur journée de travail et moi, je me souviens de mon orgueil d'enfant lorsque lors des promenades familiales "zietta" nous disait "tout ce que tu vois-là et à perte d'horizon vous appartient". Je ne savais pas encore que d'autres hommes travaillaient à l'enrichissement de notre terre. Mes grands parents étaient eux des propriétaires terriens. Alors oui, j'ai eu "conscience" très tôt que mon père avait appartenu à une famille privilégiée, enviée et respectée. Ce qui ne m'empêchais pas de les craindre ces bergers et dans ma crainte il y avait aussi une forme de respect.
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Unhomosapiens
  02 août 2018
Une de ces magnifiques histoires de résilience comme il en existe parfois. Un berger sarde, contre l'avis de son père, qui en a besoin pour garder le troupeau, va peu à peu reprendre les études à force de courage et de passion, et grâce au service militaire, deviendra enseignant.
Lu en VO, après avoir vu le magnifique film des frères Taviani, c'est une intrigue que l'on oublie pas.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
AdriatikAdriatik   03 novembre 2018
Le mulet avançait vite sur la route poudreuse et caillouteuse, et les sabots évitaient les pierres, s’éloignant rapidement de Siligo : il me transportait comme il avait souvent transporté les provisions pour le chien, la nourriture pour les porcs, la semence que mon père jetait continuellement sur les jachères. Et j’étais moi-même une semence, j’avais à naître et à germer tout seul dans notre terre, à suivre les lois du royaume végétal sur les friches de la solitude ainsi que tous les petits bergers de la Sardaigne.
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AdriatikAdriatik   07 novembre 2018
Avec une volonté rude, animale mais inexorable, mes doigts calleux et tordus par la bêche avaient pour la première fois l’occasion d’exprimer aux chênes séculaires la sensibilité de générations et générations jamais initiés à la musique. A travers mes doigts, l’homme des cavernes, encore intact en moi, mais sensible dans toute son humanité, s’apprivoisait grâce à la musique : il commençait à creuser en lui et à découvrir par - delà ses campagnes, que le monde ne finissait pas au bout de notre horizon...
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AdriatikAdriatik   04 novembre 2018
Notre famille se retrouvait dans la condition d’un essaim d’abeilles dont la ruche s’est éboulée, d’une nichée d’oiselets encore déplumés que renverse une bombe. Nos traditions nous montraient le chemin de la rescousse, le long passé des bergers nous enseignait la résignation et le retour aux tristes réalités : recommencer l’ouvrage.
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AdriatikAdriatik   10 novembre 2018
La cuisson achevée, j’assistai à une scène cruelle, désespérée. Le doyen des domestiques ôte la casserole du feu et la pose dans un coin de la cabane : les autres se groupent en rond autour du récipient, qui dégageait une véritable colonne de fumée, on aurait dit un tronc d’arbre s’élevant sous le toit. Ils s’y placent du mieux qu’ils peuvent, attendant que la ratatouille refroidisse et qu’ils puissent attaquer et dévorer ce plat chaud dont ils bénéficiaient rarement.
Puis, tout le monde de se ruer sur les cuillers entreposées dans une fente du mur sec de la cabane : malheureusement il s’avéra qu’il n’ y avait pas autant que de bouches ; l’un des valets ne retrouva pas la sienne.
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AdriatikAdriatik   03 novembre 2018
Notre famille s’était agrandie. Et, d’après la morale courante, mon père avait déjà accompli son devoir social. De même que les bêtes, les bergers doivent former physiquement leur descendance : veiller uniquement à leur entretien et nullement à leurs conquêtes intérieures. Dans un sens c’est juste. A la campagne, seuls l’instinct et la force ont une utilité : des muscles, que ses pères éduquaient avec rigueur pour les adapter à la nature qu’ils auraient à dompter.
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