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Marilène Raïola (Traducteur)
ISBN : 2207261859
Éditeur : Denoël (26/08/2010)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 39 notes)
Résumé :
Le jeune Nicolaï naît dans une petite ville de Transnistrie où ont été déportés les derniers représentants des communautés sibériennes, opposants farouches au régime stalinien. Les Urkas, microsociété extrêmement violente et hiérarchisée, fonctionnent selon un code d'honneur très scrupuleux, auquel les enfants sont initiés dès leur plus jeune âge. Nicolaï se voit offrir son premier couteau à six ans, comme un rite de passage. A treize ans, il est déjà condamné pour ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
chocobogirl
  28 septembre 2011
Urkas ! est une autobiographie, sous forme de roman. Son auteur explique qu'il s'appuie beaucoup sur les propos de son grand-père et donc qu'il a une part de conte et de réinterprétation des faits.
Nicolaï raconte sa jeunesse sibérienne en Transnitrie. Qu'est-ce que la Transnitrie me direz-vous ? Non, ce n'est pas un pays imaginaire. Il s'agit d'un petit état indépendant et non reconnu, coincé entre la Moldavie et l'Ukraine. Il s'avère que de nombreux sibériens ont été déportés contre leur gré dans cette partie du monde. On ignore presque tout de ces exils en masse : La Russie a détruit les archives et seules la mémoire des anciens rappellent ce fait.
Nicolaï grandit donc dans cette communauté sibérienne où les tous les membres vivent entre eux. C'est un univers très fermé où la violence est omniprésente.
Mais une violence contre-balancée par un code d'honneur très rigoureux qui valorise l'entraide et l'humilité.
Les sibériens se considèrent comme des bandits, vivant de menus larcins : vols, trafics qui parfois amènent aussi le meurtre. Ils font preuve d'une haine viscérale envers les policiers. Les hommes ne sont d'ailleurs pas autorisés à leur parler directement et doivent passer par l'intermédiaire d'une femme. Si le meurtre n'est pas une fin en soi (on se bagarre plus qu'on ne tue), il peut devenir une sanction pour une traitrise, pour une question d'honneur, etc... Par exemple, le viol d'une jeune-fille peut devenir une véritable vendetta contre le coupable.
Les règles sibériennes font appel à une codification très développée dans tous types de rapports : salutations, demande d'aide, accueil au domicile, visites à d'autres communautés criminelles,... Alors que l'homosexualité est totalement réprimé, ils ont un profond respect pour les handicapés qu'ils protègent de l'agressivité des autres et sont très religieux. Une religion qui fait se cotoyer Dieu et d'autres croyances plus folkloriques. L'humilité est toujours de mise et la modernité venue des Etats-Unis proscrite. L'idée de liberté est complètement sacré.

Vous l'aurez compris donc, les sibériens ne sont pas des tendres et l'éducation de leurs enfants en est aussi le reflet. Les enfants cotoient dès leur plus jeune âge les armes auquels les sibériens vouent un véritable culte. La possession de sa première pique (couteau) est un véritable évènement dans la vie d'un garçon qui se voit intégré à la communauté criminelle. Les enfants apprennent à grandir avec la mort pour ne pas la craindre. Leur éducation se fait auprès des vieux criminels et à 12 ans, on leur demande de choisir leur future voie.
L'auteur est le parfait symbole de ces traditions : Il obtient sa première pique à 6 ans, connait les centres de redressement pour mineurs avant de découvrir la prison à 13 ans. Mais le métier que se choisit Nicolaï est celui de tatoueur, fasciné par les symboles complexes tatoués sur ses aînés.
Si Urkas ! est autobiographique, il se lit néanmoins comme un roman. A travers la jeunesse de l'auteur, on découvre toute une société secrète dont les règles sont très clairement définis. Qui les enfreint s'expose à des représailles. Une communauté très ambivalente qui oscille entre la violence la plus extrême et un certain honneur dans leurs règles de vie qui démontre aussi une certaine bonté chez ces hommes.
L'auteur adopte un ton assez détaché pour décrire cette société et devant la violence des faits. Cela pourra peut-être en hérisser certains. On plongera par exemple dans le quotidien de prisons totalement effroyables où les viols et humiliations sont quotidiennes entre les adolescents, où les gardiens utilisent les enfants pour tourner des films pornos, où on prend une douche par mois (âmes sensibles s'abstenir). Mais la distance ou la froideur que l'auteur donne à son texte donne ici une vérité nue, sans rien cacher, sans enjoliver. Sans misérabilisme non plus. Et finalement, c'est presque à un texte documentaire que nous assistons tant les informations sont riches et presque sans parti-pris. L'auteur donne à voir sa communauté, ses proches tels qu'ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts.
Mais loin d'être un récit linéaire de ses premières années, Nicolai donne du rythme à son récit en intégrant de nombreuses anecdotes qui permettent d'enrichir un peu plus l'idée que l'on peut avoir de cette communauté ou de son éducation. On reprochera peut-être à certaines d'être un peu longue mais au final l'auteur réussit toujours à retomber sur ses pattes et à recadrer le récit.
On peut citer par exemple tout un chapitre qui aborde le sujet du tatouage sibérien : une partie qui m'a véritablement passionnée ! Tout aussi codifié que les règles de vie, il répond à des normes bien précises mais secrètes. Nicolaï apprend à "lire" sur le corps de chaque criminel la vie qu'ils ont menés. Les tatoueurs sibériens ne sont pas considérés comme des criminels, ils ne tuent pas. Pourtant en URSS, c'est un crime passible de prison.
Bref, ce n'est pas un récit ni une enfance légère que vous découvrirez ici. Les bagarres vont se succéder et il faut lutter constamment pour sa survie. Pourtant, malgré la violence, on se prend à éprouver de l'affection pour ces personnages hors-normes. Si l'auteur décrit sans concessions sa communauté, on décèle un véritable amour pour celle qui l'a vu grandir en son sein. Car au delà de sa propre histoire, Urkas est surtout un récit témoignage d'une communauté qui n'existe plus. L'auteur le reconnait lui-même. Les règles ne sont plus respectés, les vieux ont disparus et les traditions séculaires avec eux. Les plus jeunes se sont laissés influencés par l'argent et le pouvoir.
Nicolaï Lilin a quitté la Transnitrie en 2003 pour l'Italie qu'il considère comme sa patrie désormais. Il continue d'y exercer le métier de tatoueur et devrait nous offrir la suite de son parcours dans d'autres romans à venir.
Urkas s'est révélé un texte entre roman et autobiographie, un texte qui a su complètement m'embarquer dans cette société traditionnelle. Je me suis créé un véritable film dans ma tête en le lisant.
Après une dizaine de jours, ma lecture garde une empreinte si forte sur moi que je peux donc affirmer que j'ai eu un coup de coeur pour ce livre !
Un ouvrage que je recommande aux amateurs de cultures différentes qui n'auront pas peur de se salir un peu les yeux !
Lien : http://legrenierdechoco.over..
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KettuWater-fox
  14 mai 2014
D'habitude, je lis des romans, des histoires folles, inventées, des contes magiques ou sombres mais cette fois ci il s'agit d'une autobiographie.
Je n'en lis pas d'habitude. Je me dis que la vie des gens je m'en tape un peu mais là c'était différent.
Déjà, ça se lit comme un roman.
C'est extrêmement bien écrit et raconté. le récit est fluide, on en dévore les pages une à une sans s'en rendre compte.
L'histoire est vraiment prenante. Avouons qu'une vie comme celle de monsieur Lilin, c'est pas la fabuleuse vie de Michel Dupont, chanteur dans les bals musette de Trifouilli les oies. On a peine à croire à la réalité des événements qu'il nous raconte tant ils sont inconcevables pour une personne lambda.
Ceci dit, que ce soit vrai ou non, je m'en fous comme de mon boulot ( n'est-ce pas? ).
J'ai apprécié ce bouquin d'un bout à l'autre. Comme pour un roman, je me suis attachée aux personnages qui ont tous une personnalité particulière.
Cependant j'avertis quand même, ça reste un livre assez violent. Certains passages sont très durs: de nombreux meurtres barbares, des viols, de la pédophilie... C'est vraiment pas une histoire sympathique qui fait rêver mais pour autant cette violence on arrive à la garder assez loin de soit. On ne la subit pas à la lecture.
Peut être est-ce dû au fossé culturel qui sépare le personnage principal et moi ou bien une habileté d'écriture, mais toujours est-il que je ne suis pas sentie "agressée" par ces passages horribles. Pour autant on en mesure toute la gravité, même tranquillement assis sur le strapontin d'un transilien en retard.
J'ai adoré "voir" grandir le petit Kolyma et le passage sur son apprentissage du tatouage sibérien. Pour moi ils font partie des passages les plus intéressants du livre.
Seul point négatif: la fin qui me laisse sur ma faim.
Je suis une éternelle emmerdeuse insatisfaite et j'exige de connaître la suite!
Du coup je vais me procurer sous peu Sniper, vie d'un soldat en Tchétchénie, qui semble être la suite de Urkas!.
Pour conclure: un excellent livre à lire comme un roman. A ne pas mettre entre des mains trop sensibles malgré la qualité d'écriture qui sait nous préserver. Nous avons ici une petite pépite qui ravira bien des amateurs de grandes histoires.
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Iskander
  30 octobre 2011
La Russie est un ensemble complexe de peuples, peuplades, communautés qui pouvaient sembler avoir été laminé par soixante dix ans de communautarisme forcené. Ce livre nous ouvre une porte sur une communauté de voleurs fiers et violents. Ils suivent un code de l'honneur particulier et possèdent des rites étranges et magiques.
La relation du héros avec son couteau est sur ce plan superbe. Découvrant le métier de tatoueur, il devient un homme à part dans sa communauté, un homme qui peut lire la vie de ses congénères sur leur peau. le lecteur suit avec passion la croissance de Nicolaï, sa fascination pour la son peuple, sa haine des "étrangers", ce besoin de conserver son honneur de voleurs, les changements liés à l'effondrement du Pacte de Varsovie.
Comme Limonov ou Vlassov, Urkas permet de mieux appréhender ce qu'est devenu la Russ actuelle.
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Fx1
  22 juin 2014
L'anti Scarface par excellence . Ce livre est l'un des rares à donner le frisson , y compris aux lecteurs les plus blasés . Ici c'est une plongée sans retour au sein de l'une des plus violentes mafias que l'auteur propose . Et force est de constater que cette histoire vraie est choquante , trés violente , d'un réalisme impitoyable.... Quelle claque , quel choc . Un des livres parmi les plus puissants et déstabilisantsde ces 10 derniéres années .
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Thyuig
  08 janvier 2011
Fascinant et énervant. D'un côté, cette mafia sibérienne, ses codes, sa morale passionnante, tout concourt à faire d'Urkas un roman essentiel. Mais l'intérêt s'émousse à mesure que l'on se demande d'abord où tout cet étalage mène l'auteur et enfin si quand même, il n'y avait pas mieux à faire avec de telles quantité et qualité de matières premières. Nicolaï Lilin aurait grandi parmi les urkas sibérien, se serait amendé et vivrait désormais un paisible vie de tatoueur averti en Italie. Si j'aime croire à la fable, je n'en oublie pas moins qu'il s'agit d'une fable. Bonne lecture.
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Citations & extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
NadinePestourieNadinePestourie   25 novembre 2010
Chez les Urkas sibériens, le tatouage est un processus qui se poursuit tout au long de la vie d'un criminel. Vers l'âge de douze ans, on commence à vous tatouer certains signes sur une partie du corps, mais ce n'est qu'après avoir traversé différentes épreuves et périodes de votre vie que ces expériences peuvent être racontées par des tatouages chiffrés et cachés dans un dessin qui, avec le temps, devient toujours plus complexe. C'est pour cette raison que, dans la communauté criminelle sibérienne, il n'existe aucun jeune qui ait de grands tatouages achevés, comme c'est le cas dans d'autres communautés. En Sibérie, le dos et la poitrine sont tatoués en dernier, quand le criminel a atteint l'âge de quarante-cinq ans, et le motif principal a l'aspect d'une spirale qui, en partant des extrémités, autrement dit des mains et des pieds, se prolonge jusqu'au milieu du corps.
Pour lire des corps ornés de motifs si complexes, il faut avoir beaucoup d'expérience et connaître parfaitement la tradition du tatouage. Voilà pourquoi la figure du tatoueur occupe une place si importante : le tatoueur est une sorte de prêtre qui est autorisé par tous les autres membres de la communauté à opérer en leur nom.
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NadinePestourieNadinePestourie   25 novembre 2010
Nous, les enfants de Nijni Dnestr, nous observions à la lettre les lois criminelles sibériennes ; élevés dans la foi orthodoxe, nous éprouvions un puissant sentiment religieux à forte influence païenne, et quand les autres habitants de la ville parlaient de nous, de nos manières, ils déclaraient que nous étions les purs produits de "l'éducation sibérienne". Nous ne disions pas de gros mots, nous n'offensions jamais le nom de Dieu, nous parlions toujours avec respect de notre mère, des personnes âgées, d'une femme enceinte, d'un enfant, d'un orphelin ou d'un handicapé. On était très encadrés ; de toute façon, contrairement aux jeunes des autres quartiers, on n'avait pas besoin de dire des gros mots pour avoir l'impression d'être des adultes : on était traités comme des membres à part entière de la communauté criminelle ; on formait une vraie bande, composée de mineurs, et structurée sur le modèle hiérarchique du crime organisé, avec les responsabilités que les adultes nous confiaient.
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NadinePestourieNadinePestourie   25 novembre 2010
Je les ai trouvés assis à table. La Corde s'est levé et est venu vers moi en me regardant dans les yeux.
"Alors, tu es le célèbre "écrivain" ?"
Dans le jargon du Milieu, l'écrivain, c'est celui qui sait bien jouer du couteau. Et l'écriture, c'est un coup de couteau.
Comme je ne savais pas quoi dire ni si j'avais le droit de lui répondre, j'ai regardé la Poutre. Il a hoché la tête en signe d'encouragement.
"J'écris quand il faut écrire, quand la main m'inspire."
La Corde a esquissé un large sourire.
"Tu es un Pied-nu dégourdi."
Il m'avait appelé Pied-nu, c'était bon signe. Les choses étaient en train de tourner en ma faveur.
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chocobogirlchocobogirl   28 septembre 2011
Et tu sais pourquoi Dieu nous as donné une vie plus longue qu'aux animaux ?
- Non, je n'y ai jamais pensé...
- Parce que les animaux vivent en suivant leurs instincts et ne font pas d'erreurs. L'homme vit en suivant sa raison, il consacre donc une partie de sa vie à faire des erreurs, une autre à les comprendre, et une troisième à tenter de vivre sans se tromper.
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NadinePestourieNadinePestourie   25 novembre 2010
Pour l'achat de cinq plantes, Bossia nous faisait une petite ristourne ou nous offrait des petits sacs remplis de vieilles graines, tellement sèches qu'elles ne servaient plus à rien. Mais on les prenait quand même, parce qu'en chemin, on passait devant le commissariat. Si on apercevait les voitures des policiers garées devant la grille, on jetait les graines dans leurs réservoirs d'essence : les graines étaient si légères qu'elles ne tombaient pas immédiatement au fond, et si petites qu'elles parvenaient à passer à travers le filtre de la pompe à essence, ainsi, quand elles atteignaient le carburateur, le moteur s'arrêtait. Bref, nous faisions un excellent usage de ce qui, normalement, était destiné à finir à la poubelle.
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