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sur 480 notes
Patrick Modiano cite souvent cette phrase de René Char «Vivre, c'est achever un souvenir.». Jean dans « L'herbe des nuits », incarne parfaitement cette quête.
Il est écrivain et il arpente les rues de Paris qu'il fréquentait, jeune étudiant effacé, en compagnie de Dannie dans les années 60. Tout a tellement changé depuis, les façades, les cafés... Des silhouettes aux contours mal définis défilent devant ses yeux comme un film amateur que lui seul pourrait voir par-dessus les maisons et les jardins. Tout est flou et en même temps des détails lui reviennent peut-être plus révélateurs que les faits eux-mêmes. Comme toujours chez Patrick Modiano la cartographie des souvenirs se superpose à celles des sentiments et des rues de Paris.
« Il n'y a jamais eu pour moi ni présent ni passé. Tout se confond, comme dans cette chambre vide où brille une lampe, toutes les nuits. »
Alors Jean se penche sur les notes prises dans son carnet noir durant cette période. Qui était Dannie ? S'appelait-elle vraiment ainsi ? On retrouve dans ce roman, la quête d'identité chère à l'auteur…
« Qu'est-ce que tu dirais si j'avais tué quelqu'un ? » demande un jour la jeune femme qui vit dans des hôtels et fréquente des personnes aux activités assez troubles. Jean retrouve par hasard le commissaire Langlais qui l'avait interrogé à l'époque des faits…. Il n'avait rien oublié lui non plus.
Mais pour Jean « la seule chose qui comptait, c'était que nous marchions le long des quais sans demander l'autorisation de personne et sans rien laisser derrière nous. Et nous pouvions même traverser la Seine et nous perdre dans d'autres quartiers, et même quitter Paris pour d'autres villes et une autre vie ».

Patrick Modiano est au sommet de son talent, « L'herbe des nuits » est un livre magnifique jusqu'à la dernière phrase, boulversante. Il suffit de se laisser porter par la sublime petite musique Modiano...
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Un écrivain parisien, la soixantaine, déambule dans Paris à la recherche de son passé, et plus particulièrement à la recherche d'une période de trois mois de sa vie dans les années soixante, durant lesquelles il fréquenta une certaine Dannie et d'autres personnes plutôt louches qui entouraient la jeune femme. Ces gens, qui ont complètement disparu de sa vie du jour au lendemain, Dannie y compris, sont un mystère pour lui ; ils l'étaient à l'époque, le restent, et le resteront. L'écrivain cherche à attraper quelques bribes de passé, à faire des allers et retours entre le présent et la passé, à s'évertuer à recomposer un bref moment de sa vie, sans succès. Mais qui peut donc être l'auteur de ce livre, qui ne nous a jamais, ô grand jamais, habitués à ce genre de littérature ??? Qui, je vous le demande ???


Bon, trêve de plaisanterie. Un Modiano de plus à mon actif, avec une nouveauté (si, si, nouveauté il y a, j'en suis convaincue ) : l'expression "brèche dans le temps", qui revient sans cesse. Non pas que le concept soit nouveau pour Modiano, mais je ne l'avais encore jamais lue sous sa plume. J'estime donc qu'il s'agit là d'une façon pour Modiano d'évoluer, que dis-je, plutôt de s'adonner, en fait, à des fantaisies que l'on pourrait presque juger outrageusement indécentes à force de nouveauté.


Il va maintenant me falloir trouver l'art et la manière pour parler de chaque livre de Modiano avec, à chaque fois, une légère - très légère - variation, afin que j'arrive à égaler l'auteur de fiction, mais dans le domaine de la chronique littéraire. Je cherche encore mon style, j'essaie, je tâtonne... Bah, il me reste encore pas mal de matière pour m'améliorer ! Ensuite, je m'attaquerai à égaler Proust.


Ah, vous vouliez que je vous parle plus précisément de L'Herbe des nuits ? Ne soyez pas si triviaux ! C'est du Modiano, quoi. Jacqueline s'appelle ici Dannie, et voilà. Que dire de plus, franchement ? Un conseil ? Si vous n'avez jamais lu Modiano, commencez par des romans qu'il a écrits plus jeune (L'Herbe des nuits date de 2012), ça vous évitera de trop vous emballer pour celui-ci derechef. Il sera toujours temps par la suite de devenir un indécrottable Modianophile. Ou pas.
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Ce roman est une aquarelle, qui se dessine à petites touches, rectifiées au fur et à mesure qu'avance le récit. L'auteur fait ainsi naître peu à peu au fil des lignes une histoire dont la cohérence se manifeste graduellement, à partir des bribes de souvenirs, confrontés à la réalité actuelle. L'intrigue naît d'un petit carnet, noirci de données éclectiques, des noms, des adresses, quelques menus faits, auxquels la mémoire tente de restituer un contexte et une authenticité. Les personnages se construisent ainsi peu à peu, mouvants, et ballotés au gré des réminiscences, inquiétants, car complexes et nimbés d'un voile d'oubli et du manque de clairvoyance du narrateur qui les a cotoyés

Les temps se mêlent, entre un passé des années 60 et un aujourd'hui qui se découvre à l'aune des réflexions introspectives.

Sous une apparente désinvolture, l'écriture cache un travail en profondeur, seule garant d'un ensemble harmonieux pour le lecteur lorsque se tourne la dernière page.

Premier contact avec cet univers, qui me donne l'envie d'en poursuivre l'exploration

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Petite musique récurrente et debussyste, Modiano nous revient, égal à lui-même. A la fois subjugant (par son style envoûtant, proche de l'impressionisme) et exaspérant (par cette façon qu'il a de toujours nous laisser sur notre faim) il reste ici plus proustien que jamais, en quête du Temps perdu et des amitiés égarées. A travers l'enquête et le thème -assez récurrent chez lui- de l'interrogatoire par un commissaire, c'est le passé qui est interrogé : comment comprendre ce qui nous a échappé, par quelle lumière la vérité de notre vie peut-elle nous être révélée et prendre un sens. Plus que la trame policière, c'est la quête de cette vérité qui prime, comme toujours chez Modiano.
Lire Modiano, c'est longer des murs, frôler des passants, être à la recherche de son ombre comme Peter Schlemihl, dans cet anonymat libérateur que confère Paris. Les personnages ont leurs secrets derrière lesquels l'auteur se cache. On en sait un peu, pas trop, juste ce qu'il faut pour demeurer nostalgiques et silencieux.
Faux roman faux polar, faux noms, fausses identités, fausse méditation philosophique sur le temps qui passe et ne revient pas mais vraie rêverie sur le présent relié au passé et aux souvenirs, cette balade dans le temps jadis est un régal pour les adeptes du genre. Dont je fais partie, ayant découvert Patrick Modiano alors que j'étais jeune étudiante à Paris, il y a bien longtemps de cela.... Ah nostalgie... Modiano est ma petite madeleine de Proust à moi.
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Jean, le narrateur, que l'on devine plus très jeune, tente de faire revivre un pan de sa jeunesse, l'époque où il sortait avec Dannie, une jeune femme très mystérieuse. Celle ci-était en relation avec un étudiant marocain, et un groupe de ses proches, aux activités plutôt louches. Aidé de son calepin noir, dans lequel il avait pris de nombreuses notes, et de quelques pages d'un dossier de police qu'un inspecteur à la retraite lui a remis vingt ans plus tôt, Jean parcourt les rues de Paris, à la recherche de ses souvenirs.

Dans ce travail de mémoire, Patrick Modiano semble prendre un malin plaisir à essayer de nous égarer : incessants aller-retours entre le passé et le présent ; peu de repères chronologiques ; phases du passé présentées dans le désordre. On suit le fil, désordonné, des pensées et rêveries du narrateur. Il faut arriver au bout de la lecture pour être capable de reconstruire et comprendre la courte histoire qui relie Jean et Dannie.

Evidemment, c'est particulièrement bien écrit ; donc pas de lassitude de lecture. Et comme le roman est très court, on en vient à bout rapidement, en ayant gardé en mémoire tous les éléments permettant de revivre dans le bon ordre les quelques mois de la relation des deux principaux personnages.

C'est le premier Modiano que je lis - nul n'est parfait ! Je comprends tout à fait que l'auteur ait été primé à de nombreuses reprises. Mais c'est une forme d'écriture et de narration qui m'ont beaucoup étonné, qui ne laissent pas indifférent.
Lien : http://michelgiraud.fr/2019/..
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Modiano donne l'impression de toujours écrire le même livre, à quelques variantes près. Selon son habitude le roman est écrit à la première personne et on y retrouve son temps fétiche, celui qui lui correspond le mieux, le futur antérieur : « le futur antérieur, c'est le temps de la revisite du passé et de la réparation impossible. C'est un temps qui contient différentes couches, différentes épaisseurs. »

« L'herbe de la nuit » est un roman où un homme se retrouve dans le Paris de son passé, et part à la recherche d'une femme qu'il a probablement aimée, il y a 40 ans. On sait combien la question de la mémoire hante l'univers Modiano. Ses personnages sont la plupart du temps mystérieux ; ici le personnage principal est aux prises avec une faune incertaine : les secrets de la vie d'une jeune femme et ses amis louches. Toutefois celui-ci ne désire pas trop en savoir sur eux. Comme souvent chez Modiano, l'intrigue prend la forme d'une investigation rappelant les enquêtes policières.

Dans un aller-retour permanent entre le passé et le présent, « L'herbe des nuits » est une déambulation permanente dans un Paris qui a beaucoup évolué. Comme souvent, Modiano pose des énigmes mais ne souhaite pas qu'elles soient résolues. A sa manière, ce qu'il cherche constamment à exprimer dans ses romans, c'est que l'oubli n'existe pas vraiment.
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Jean. Jean et ton petit carnet noir. Tu m'as donné du fil à retordre pour rentrer dans ton histoire. J'ai relu plusieurs fois les premières pages. Et puis après un effort de mémorisation du nom des acolytes fort louches, qui gravitaient autour de vous deux, j'ai commencé à vous suivre dans les rues, Dannie à ton bras. Je fus récompensée.
Tu es un doux rêveur Jean ! Tu vis au-delà du temps, ou plus exactement le temps se dilate dans tes songes. Et c'est ce qui m'a plu car je pouvais, moi aussi, entendre les fers des sabots des chevaux tirant une calèche alors que nous attendions que le feu passe au vert et que les scooters se faufilent entre les voitures.
J'ai cherché qui était Dannie et ce qu'elle avait bien pu faire de criminel. Car je sentais les frissons du polar à travers tes questions. Parfois j'ai même pensé que Dannie t'avait embarqué dans une sombre affaire, voire une sordide affaire. J'ai cherché dans tous les sens : les crimes crapuleux, les crimes passionnels et même politiques... Les pistes ne manquaient pas.
Enfin, à un moment j'ai su : je rêvais, comme toi, avec toi. Et j'ai adoré ton histoire, enfin surtout la manière dont tu me l'as contée.
Mais Jean ! Je ne sais presque rien de toi.
Je crois que je vais aller faire un tour dans les petites rues parisiennes, dans les squares où tu aimes prendre des notes, et qui sait, peut-être vais-je trouver, au fond d'une boutique obscure la lettre que tu as adressée à Dannie. Je suis certaine que tu lui as laissé un message, non pas pour lui dire au revoir, juste pour lui dire : « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier », si tu reviens... A tout bientôt Jean



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Chez Modiano, de livre en livre, j'arpente un Paris que je n'ai jamais connu, que jamais je ne connaitrai. Des silhouettes fantomatiques errent en quête d'une improbable vérité dans des rues qui ne cessent de se défaire.
Derrière des façades vouées à disparaître, dissimulés par des volets clos, abrités dans des halls d'hôtels qui fermeront un jour, assis dans des cafés parfois surveillés, les personnages de Modiano se croisent, se rassemblent en une société interlope vaguement menaçante, confusément dangereuse. Mais toujours éphémère.
L'herbe des nuits (que ce titre est beau!) voit la rencontre de Jean et Dannie alias Dominique alias Mireille, lequel la perdra de vue, ne la retrouvera jamais. Un manuscrit oublié, deux balles perdues, un inspecteur en retraite, une enquête officielle bâclée, le Maroc, et surtout Aghamouri - Paul Chastagnier- Duwelz- Gérard Marciano - Georges, litanie patronymique irréductible à toute connaissance.
Dans ce Paris faiblement éclairé où les lumières restent parfois allumées malgré le départ des occupants (de passage; toujours de passage) se dessine celui d'hier, celui de Jeanne Duval, réincarnée peut-être. Et en contrepoint de la maîtresse du poète, un poète réel, plein de vie, croise notre route; un prénom: Jacques, deux vers: "Si je meurs qu'aille ma veuve / A javel près de Citron" . Sans carnet noir, j'ai interrompu ma lecture pour enquêter. Jacques Audiberti. Hommage. Et j'ai repris mes pérégrinations, chaque mot dans chaque pas de Jean.

L'écriture est un art. Patrick Modiano, un enchanteur. Je suis prête à parier que si tout tourne rond dans l'univers littéraire, la première phrase de L'herbe des nuits passera à la postérité à côté des couchers avancés (longtemps je me suis couché de bonne heure) ou des commencements annoncés (ça a débuté comme ça): "Pourtant je n'ai pas rêvé".
Moi, si. J'ai rêvé le temps d'une lecture sans comprendre, une fois de plus, comment, sans ficelle visible, l'écriture de cet écrivain-là crée magnifiquement un univers à la marge. Peut-être parce que Modiano est le romancier des temps. Les temps passés, rêvés, fantasmés, cherchés, oubliés.
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Bien que loin de mes bases habituelles, je me surprends à succomber à l'écriture de Modiano, et à prendre plaisir à littéralement tomber dans les trous de vers qu'il disperse aux coins des rues dans chacun de ses romans.
Déambulations nocturnes, émergence de souvenirs qui déploient la mémoire, rencontres interlopes, temps déconstruit, rembobinages à l'envers et arrêts sur image: "L'herbe des nuits" a le goût et la texture d'un pur Modiano, avec son narrateur d'âge mûr qui, carnet noir en main, se remémore ses moments aux côtés d'une jeune femme mystérieuse et son entourage douteux rencontrés dans les années soixante à Paris, en remettant ses pas dans les lieux méconnaissables qui ont vu passer leur histoire.
Quelques heures hors du temps avec ce roman mobile, déconcertant, nocturne, qui laisse l'étrange impression d'avoir plongé au fond d'un soi-même inconnu.
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Hum ! Ai-je déjà lu ce livre ou pas ? L'univers de Modiano, pourtant marqué par les noms de villes, de rues, de personnes, est une nébuleuse où on se perd pourtant : trop de points de repères, plus aucun en définitive. De l'inquiétude car on côtoie des mauvais garçons, des criminelles supposées. On ne sait plus si quelqu'un a été assassiné ou s'il s'est simplement volatilisé. Bien sûr, il y a les carnets. Mais peut-on leur faire confiance ? Quelle vérité contiennent-ils ? Ce qui est rassurant, c'est que tout cela est du passé, il n'y a plus de danger. N'est-ce pas ? Vous ne dîtes rien ? Vous souriez ? Pas de danger, dîtes-vous, alors qu'on ne sait pas si l'on est toujours celui qu'on a été ? Et votre sourire se fige. N'est-ce pas notre propre être qui se délite au fil du temps dans notre mémoire ? Et si cette dernière disparaît / quand cette dernière disparaîtra, qui interprètera nos carnets, alors que nous-mêmes le faisons si mal ? Allons-nous mourir ? Aurons-nous seulement existé ?
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