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EAN : 9782267043594
288 pages
Christian Bourgois Editeur (18/03/2021)
3.41/5   53 notes
Résumé :
Dans les grandes plaines des États-Unis, une jeune femme raisonnablement dodue et en bonne santé trouvait facilement acquéreur au début du XXe siècle.
Ainsi Cora, bien qu'un peu maigre, épouse un fermier.
Ils ne se connaissent pas et leur vie commune les rapprochera à peine plus. Lors de la nuit de noces, pour étouffer sa douleur, Cora se mord profondément la main.
C'est le cheval qui l'a mordue, dira Emerson au docteur.
De cette union, j... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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CHANT DES PLAINES de WRIGHT MORRIS
Cora est à la fin de sa vie, elle semble aussi vieille que ses petits enfants semblent jeunes. Elle n'a engendré que des filles, les yeux fermés elle se souvient de son père dans l'épicerie. Quand elle eut 20 ans, son père l'envoya chez son frère dans l'Ohio, elle y rencontrera Emerson Atkins, un paysan avec lequel elle se mariera. Ils avaient en commun le silence et la première nuit pour Cora ressembla « à une intervention chirurgicale sans anesthésie »! le frère d'Emerson, Orion vit avec eux, discrètement. Cora va mettre au monde Madge, facilement, la ferme marche bien, on vend des oeufs également dont les bénéfices lui reviennent. Orion va ramener Belle à la ferme, ils vont se marier et une Sharon Rose va naître, suivie d'une Eula Stacy. Les années vont se suivre, toujours au même rythme, dans un Nebraska aux hivers rudes et neigeux, les enfants vont grandir se marier et engendrer à leur tour des filles, uniquement des filles. Seules les innovations technologiques, réfrigérateurs, téléphones, téléviseurs vont troubler cet ordre immuable lié à la culture de la terre, et le déclin d'Orion qui reviendra de la première guerre mondiale très amoindri.
C'est la chronique toute simple de la vie d'une famille dans le Nebraska sur plusieurs générations, c'est une vie rude, l'argent ne manque pas, on suit de loin les mouvements politiques, Kennedy, le féminisme naissant, les jeunes ne se marient plus, quittent la ferme familiale et s'éparpillent aux quatre coins du pays.
Wright Morris est un écrivain américain peu traduit, il a commis plus de trente romans, natif du Nebraska, il puise dans ses souvenirs pour écrire Chant des Plaines pour lequel il obtiendra le national Book Award 1981. Une très belle narration pleine de charme.
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Le roman distille la vie de plusieurs générations de femmes de la famille Atkins, à commencer par Cora, qui arrive dans le Nebraska au début du siècle. Elle a quitté son Ohio pour venir s'installer chez son mari, Emerson. Ils ont fait le voyage en chariot ; leur voyage de noce en quelque sorte. La main de Cora est bandée. Elle s'est mordu jusqu'aux os quand, sur le trajet, le mariage a été consommé. Cette blessure auto-infligée, portée en silence, est un présage; les femmes Atkins supporteront leurs souffrances dans la solitude et en silence. Tandis que leurs hommes semblent trébucher, hésiter, nous entendons leurs voix, obsédantes et mélancoliques, nous interrogeant sur le spectacle des vies qui s'épuisent au coeur des plaines américaines.

Pour apprécier ce roman, il faut accepter de se laisser porter car l'auteur semble très éloigné des stratagèmes des romanciers modernes.
Il y a bien une ligne narrative mais il n'y a pas d'intrigue.
Il y a bien des personnages mais pas de héros. Ce sont des hommes et des femmes ordinaires, ce sont des gens qui resteront dans le Nebraska même après la fin du romantisme de la frontière. Ils ne sont pas riches, ils ne sont pas remarquables; ils ne sont pas plus grands que nature mais simplement grandeur nature.
Il y a des évènements mais pas d'action. C'est la célébration de la vie ordinaire.
Pas d'émotion, pas de rhétorique, pas de drame non plus. Il n'y a rien pour nous masquer la vérité et le détachement de Morris est incroyablement esthétique.
Tout est basé sur la retenue ; un minimum de mot, un minimum de sentiments, une certaine froideur mais étrangement une grande intensité.
Je ne suis pas sûre d'avoir parfaitement compris comment l'auteur m'a gagné à sa cause mais ce livre est à ranger dans les bijoux..

Les éditions Bourgois nous font un grand cadeau en publiant ce roman d'un auteur américain prolifique, si peu connu en France.
Auteur d'une vingtaine de roman, Wright Morris (1910-1998) a reçu presque tous les prix. Acclamé par la critique, estimé par d'autres romanciers mais intégré à aucun mouvement en particulier, il est considéré comme un grand de la littérature américaine et pourtant aucun de ses livres n'est devenu un «classique». Il semble être davantage reconnu pour son travail photographique (la photo de couv du roman est de lui) et je vous invite vraiment à aller, comme je l'ai fait, regarder tout ça sur internet. Ses photographies en noir et blanc du monde rural, des lieux de vie et du quotidien vous éclaireront bien mieux que moi sur comment « Chant des plaines » arrive à capturer le presque rien de vies simples.

Traduction et préface de Brice Matthieussent
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Au début du XXème siècle aux Etats-Unis (mais cela reste valable dans le reste du monde), une jeune femme trouvait aisément un mari pour peu qu'elle soit en bonne santé et qu'elle sache tenir une maison. Voilà sur quoi se fonde le couple de Cora et d'Emerson, un rapprochement pratique dû au hasard. Pas d'amour entre ces deux-là et leur vie commune ne le fera pas naître. La nuit de noces est une épreuve pour Cora qui tombe enceinte dès cette première fois et qui donne naissance à son unique enfant, Madge. A côté du couple vit Orion, le frère d'Emerson dont l'union avec la fantasque Belle produira notamment Sharon Rose. Les deux petites filles seront élevées comme des soeurs. Aussi dissemblables physiquement que de caractère, elles tisseront pourtant un lien fort par-delà les épreuves, la distance et les années qui passent.

Quelle belle idée que de traduire (enfin !) ce roman paru en 1980 et dont nous étions privés jusqu'ici.

Dans une langue qui va à l'essentiel mais qui reste empreinte de poésie, Wright Morris nous raconte une histoire de femmes, de mères et de filles dont les voix s'entremêlent pour nous montrer des destins bien différents les uns des autres. Car si certaines, telles Cora et Madge, font le choix de rester à la ferme, subissant la loi de la nature hostile du Nebraska, d'autres, comme Sharon Rose, vont fuir ces lieux, le destin tout tracé d'épouse et de mère pour conquérir une certaine liberté au coeur de la ville de Chicago. L'auteur nous raconte aussi des liens familiaux qui se tissent autour de silences et de non-dits mais qui relient indéfectiblement les êtres.

La construction du roman peut, par contre, être un peu déroutante car elle donne parfois l'impression d'enchainer des paragraphes sans lien les uns avec les autres, comme des instantanés de vie pris sur le vif. Est-ce l'oeil du photographe qui transparait ici ? Lorsqu'on regarde les photos prises par Wright Morris on ne peut, en effet, que constater la proximité entre son écriture, à la fois dépouillée et précise, et ses photos qui parviennent à saisir l'humain alors même qu'elles ne représentent pas de personnages mais des paysages ou des lieux. Et c'est à cela que s'attache Chant des plaines, nous plonger dans une atmosphère âpre et mélancolique.

Ce chant est clairement envoûtant et les portraits de ces femmes s'impriment durablement dans l'esprit du lecteur.
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L'écriture de Morris est rêche, aussi âpre que le vent qui balaie les plaines de son Nebraska natal, étendues malmenées par les éléments où se succèdent trois générations de femmes. Des balbutiements du XXème siècle à son déclin, elles avancent lentement, leur existence bientôt bouleversée par l'industrialisation des campagnes. Si pour les premières, le mariage n'est pas un choix mais une étape inévitable, celles qui les suivent décident d'embrasser leur indépendance et de quitter les champs de leur enfance (plus de détails : https://pamolico.wordpress.com/2021/04/27/chant-des-plaines-wright-morris/)
Lien : https://pamolico.wordpress.c..
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Le chant c'est leurs voix.
La voix de toutes ces femmes. Trois générations. Les Atkins.
Des voix de femmes qui n'enfantent que des filles. On dit malédiction, on dit qu'elles en sont frappées, on dit ces mots-là, c'est vrai.
Le chant c'est leurs voix.
Muselées.
Ou rebelles.
En choeur ou en canon.
Elles discordent, elles varient.
Elles sont à l'image des plaines du Nebraska, tantôt glacées, tantôt brûlantes.

Cora d'abord.
Cora mariée à un fermier taiseux.
Lors de sa nuit de noces, elle enfonce son poing dans sa bouche. Se mord au sang. En garde une cicatrice comme une relique. Un présage.
La douleur oui.
Mais sans un bruit.
Elle donnera naissance à deux filles. Madge et Fayrene.

Madge et sa cousine Sharon Rose sont la génération suivante.
La première à nouveau épouse d'un fermier, comme sa mère. Féconde, ronde de vie, celle qu'elle donne et celle qu'elle construit dans ce monde en chantier. En bouleversements.

Sharon Rose la quitte. Sa cousine comme un revers. L'envers de son décor. Déjà petite, elle était différente. Observatrice révoltée de ce monde bancal, elle rejette la femme-foyer, la femme-mére, la femme qui se tait. Elle part étudier à Chicago. Sans homme. Sans enfant.

Viendront ensuite les filles de Madge. Caroline. Et Blanche, comme un silence.

On comprend pourquoi le chant des plaines. Comme elles, les héroïnes ordinaires de ce livre nourrissent et influent. Pleines et déliées. Solidement ancrées dans leur temps et leur voie.

Un roman comme je les aime, d'une écriture âpre et riche, profonde comme la terre, intense et sensible.
Ligne narrative sans rebondissements haletants, sans drame que la vie, loin du page turner inconsistant.
Comme il me tarde de découvrir le champ de vision !

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critiques presse (1)
LeFigaro
03 juin 2021
Soixante ans d’histoire américaine à travers trois générations de femmes.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Lorsque Cora rejoignait la porte en chassant l'air confiné avec son tablier, dès qu'elle regardait la pelouse verte ponctuée de piquets et d'arceaux, les boules rayées brillant comme des oeufs de Pâques peinturlurés, les lugubres roucoulements des tourterelles tristes la submergeaient d'un plaisir douloureux, qui satisfaisait davantage sa nature qu'un bonheur allègre et insouciant. Dans le matin frisquet ou la fraîcheur du soir, le bourdonnement des insectes alourdissant l'air, un si grand contentement s'emparait de Cora qu'elle se sentait presque coupable. Qu'avait-elle donc fait pour jouir d'une telle paix ? (page 98)
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A aucun moment, elle ne se demanda à quoi elle pouvait bien ressembler. Pour se protéger de l'air froid du matin, elle enfilait le manteau ou le chandail qu’Emerson ne portait pas ce jour-là. L'odeur de tabac qui saturait ses vêtements ne lui paraissait pas désagréable au grand air. Elle neutralisait la puanteur acide du poulailler. Sans bien comprendre pourquoi, Cora avait eu l'impression de se disperser, de journées trop courtes pour accomplir les tâches sans fin de la ferme ; mais dès qu'elle eut délimité son propre domaine, elle constata ce que chaque journée avait accompli.
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Etant une femme pratique, elle ne renonçait pas aux miroirs, mais ils révélaient si peu les profondeurs d'une personne qu'ils soulignaient plutôt son ignorance.
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Plus de cinq après après la mort d'Orion, Sharon revécut un sentiment confus de perte sous la forme d'une culpabilité refoulée. Elle n'aimait ni ne détestait son père. Elle se sentait détachée de lui, indifférente. Peut-être espérait-elle plutôt pouvoir l'oublier.
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Sharon trouva incompréhensible que des gens continuent de vivre dans de tels endroits. Engourdis par le froid, abrutis par la chaleur et le travail, ils ressemblaient davantage à des bêtes dans les champs qu'à des humains.
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