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Victor Dupont (Traducteur)
EAN : 9782353460328
512 pages
L'Altiplano (30/05/2009)
3.75/5   16 notes
Résumé :
Nouvelles de nulle part ou Une ère de repos a été publié pour la première fois en anglais en 1890 sous le titre original News from Nowhere or An Epoch of Rest. Cette édition, inédite en version monolingue, reprend la traduction française effectuée par Victor Dupont en 1957, partiellement revue par nos soins. Nouvelles de nulle part, œuvre majeure de Morris, est à classer dans la veine des romans utopistes. Outre une écriture élégante et généreuse, le texte de Morris... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Le plus célèbre livre de William Morris est son roman « News from Nowhere » (Nouvelles de nulle part) édité sous la forme d'un feuilleton dans une revue anglaise de janvier à octobre 1890. William Morris dresse un portrait de Londres tel qu'il l'imagine, une cité idéale à visage humain dans un avenir radieux. Dans ce roman, le narrateur s'endort pour se réveiller plus d'un siècle plus tard, il découvre une nouvelle société plus juste avec une vie sociale en harmonie avec la nature et des individus heureux.

L'univers de Morris est celui du merveilleux utopique. William Morris imagine une société égalitaire et libre où la production retrouve son caractère artisanal ; il décrit un pays idyllique, où le beau, le plaisant, l'agréable sont les seules réalités. Il entraîne le lecteur dans un périple à travers des quartiers connus de Londres pour établir des contrastes entre rêve et réalité. L'argent est devenu inutile, le mariage également car les unions libres sont la norme, et le parlement a cédé sa place à une nouvelle démocratie. William Morris apparaît comme un précurseur de l'écologie en rêvant de villes non polluées. Le grand Londres pollué et sale n'existe plus. Il est remplacé par des forêts et des villages où vivent désormais des habitants joyeux et accueillants.

Certains des rêves de William Morris sont devenus une réalité. La Tamise est moins polluée, les quartiers insalubres sont rénovés, les conditions de vie et de travail sont moins inhumaines, les décisions se prennent lors d'assemblées démocratiques. Enfin, les femmes s'occupent toujours de la cuisine et de la tenue du foyer (ce serait leur passion innée !).
Quelques idéaux de William Morris peuvent probablement être remis en cause et certaines réalités de 1890 nécessitent d'être actualisées, n'est-ce pas ?
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L'auteur des Nouvelles de nulle part ne peut pas laisser indifférent tant ses paradoxes, ses ambiguïtés et ses apparentes contradictions sont constitutifs de sa personnalité et de son oeuvre. A la fois artiste-décorateur, poète, chef d'entreprise et membre éminent de la ligue socialiste qui réunit à l'époque socialistes, communistes et anarchistes, il défend à corps perdu l'artisanat et le travail-passion en pleine révolution industrielle, dans l'Angleterre du XIXème siècle où sévit plus durement qu'ailleurs le machinisme et l'inégalité d'un capitalisme commercial avide d'une main d'oeuvre dés-oeuvrée. Bourgeois de naissance mais socialiste et libertaire de pensée et de conviction, il est condamné, lui qui cherche avec tant d'efforts à préserver et retranscrire les beautés naturelles, à supporter la pollution des usines et la vulgarité bourgeoise, à ne pouvoir vendre ses oeuvres qu'aux plus riches (dont il fait partie) et à comprendre l'absence de conscience politique des masses (il considère d'ailleurs sa lutte politique et esthétique comme la rançon des privilèges dont il a joui).

A travers le rêve surprenant d'un habitant du faubourg londonien se réveillant là où il s'est couché, non plus à la fin du XIXème siècle mais propulsé un beau matin d'été du début du XXIème, Morris nous présente une vision radicale de la société après le Grand Soir. Il la projette dans un temps qui se trouve être le notre (postérieur à 2003), et c'est ce qui est jouissif pour nous, lecteur d'aujourd'hui (même si le contraste entre les deux situations n'honore pas notre époque actuelle : le livre mérite encore son titre de Nouvelles de nulle part !). Morris nous emmène dans une longue et bucolique ballade de trois jours sur la Tamise et ses abords, à la rencontre du paysage et de ses habitants. Toutes ses préoccupations y passent : architecture, art, artisanat, sens du travail, politique, écologie, histoire, etc. Dans ce monde futur, dans cette société communiste et libertaire (c'est-à-dire non régie par un communisme d'Etat) :

-pas de système éducatif à proprement parler, mais la possibilité de s'instruire continuellement (la notion d'apprentissage s'étendant à des domaines et des activités très variées et surprenantes pour des gens qui, comme nous, ont été formés par un système d'enseignement relativement rigide) ;

-pas de système judiciaire et carcéral car les crimes sont extrêmement rares dans cette société déchargée de la violence de la compétition et des inégalités. de plus, on considère que la réponse punitive ne fait qu'envenimer une situation déjà difficile, les remords sont un fardeau suffisamment lourd à porter ;

-pas d'Etat, puisque chaque citoyen est responsable et acteur de la communauté locale au sein de laquelle il vit ainsi que des autres communautés dans lesquels il évolue en toute liberté (on ne s'appelle d'ailleurs pas « camarade » mais « voisin »). En découle une décentralisation et une relocalisation des activités, ainsi qu'un équilibre entre la densité urbaine et rurale ;

-pas d'argent ni aucun principe d'équivalence : on produit pour les autres et la diffusion (gratuite) dans les boutiques est une activité à laquelle même les enfants peuvent participer à condition qu'ils connaissent les produits qu'ils offrent ;

-et surtout pas de travail contraint, mais la possibilité pour chacun de s'épanouir dans une ou plusieurs activités de son choix, choix partiellement pondérée par les besoins de la communauté locale (« l'art ou le travail dans la joie ») ;

-beaucoup moins de machines, mais plus de savoir-faire poussés à tel point qu'ils relèvent d'avantage de l'art et d'un art de vivre ;

Morris prend le temps de ménager le suspens pour nous expliquer, « pro-rétrospectivement », comment s'est opérée la transformation sociale et politique. Il nous offre également un regard, une relecture du moyen-âge moins obtuse et cruelle, plus proche d'une certaine réalité sociale et politique que décrit Kropotkine à peu près à la même époque dans L'entraide, avec les communautés villageoises, les guildes, les confédérations de cités, etc.

Plus qu'un roman utopique, Nouvelles de nulle part est une critique cinglante et sans compromis de l'Angleterre du XIXème et de son impérialisme (et par écho de notre monde actuel qui n'a pas fondamentalement changé) mais aussi une leçon magistrale de prospective où toutes les logiques sont renversées et les problèmes pris à la racine.

Malgré quelques mièvreries irritantes, cela reste un roman captivant et récréatif. Il mériterait cependant une approche parfois un peu plus licencieuse. Certes, l'homicide, par exemple, est évoqué, mais de façon un peu trop distante et désincarnée, et la sexualité à peine sous entendue. Bien sûr, l'époque ne s'y prêtait pas vraiment, mais on s'attend à une liberté de ton sur ces aspects de la vie plus cohérente avec celle qu'il a sur des sujets plus politiques.

Coté édition (L'Altiplano) : un format « petit gros livre », entre le dictionnaire et la bible de poche, inhabituel et très agréable à prendre en main (malgré une reliure dos carré collé approximative). On regrettera pourtant dans cette édition (probablement la moins onéreuse du marché : 12 euros) l'absence d'éléments introductifs comme le proposait par exemple la riche édition bilingue de 1976 chez Aubier.
Lien : http://lespiedsdansleplat.wo..
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William Morris (1834-1896) professait le rejet de la modernité et de l'ère industrielle, plaidait pour l'artisanat et l'art dans la vie quotidien. Ce roman lui permet d'illustrer « par l'exemple » ses théories et propositions. Un socialiste anglais du XIXe siècle découvre à son réveil l'agglomération londonienne redevenue un immense jardin parsemé de bourgs élégants, depuis qu'une révolution a instauré une société communautaire, égalitaire, libre et heureuse, dans laquelle la production est fondée sur le plaisir et l'artisanat.
(...)
Ravi de pouvoir découvrir enfin ce classique « utopien », introuvable depuis trop longtemps, et tout sauf poussiéreux tant le propos répond à bien des préoccupations d'aujourd'hui. La phase de transition intéressera au moins autant que la description de cette société enviable. Étonnamment actuel.

Article complet sur le blog :
Lien : http://bibliothequefahrenhei..
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J'ai été très surprise par le format du livre : par sa petite taille et son épaisseur, il ressemble à un livre de prières !
Cette taille et cette épaisseur, malgré leur originalité, ont un défaut : le dos est dur et il faut sans cesse faire un effort pour maintenir le livre ouvert.
J'ai trouvé la lecture un peu longue : il y a une longue partie de question/réponse ou découverte/émerveillement ; et une autre, le long de la Tamise, où les descriptions bucoliques se ressemblent trop.
En revanche, j'ai beaucoup aimé la partie centrale qui raconte la période transitoire : comment on est passé du monde capitaliste à une société communiste intégrale.
Par "société communiste intégrale", il faut entendre qu'il n'y a plus de gouvernement, plus de travail obligatoire, plus d' argent donc plus de riches ni de pauvres, plus d'industries, un retour à la vie rurale, très respectueuse de la nature, et une instruction non obligatoire en fonction des goût et de la maturité des enfants et des adultes. Les relations hommes/femmes sont apaisées et égalitaires (même si l'auteur reste prisonnier de préjugés de l'époque). William Morris y adjoint un goût prononcé pour l'art dans le quotidien.
Alors que je lisais ce roman, ma lecture a été enrichie par deux apports imprévus. D'une part la lecture de "La bataille du siècle" de Jon Palais : la révolution de Morris réussit grâce à l'action non-violente que prône justement Jon Palais. D'autre part la série documentaire "Aux sources de la Fantasy" de Stephan Roelants dont un épisode est consacré à William Morris (lire "Le lac aux îles enchantées"). En comprenant mieux l'auteur, j'ai mieux compris son utopie.
Il est intéressant de voir que, dès le XIXè siècle, l'inquiétude écologiste est là (même si elle ne porte pas ce nom), que l'égalité femmes/hommes est un sujet, que les réflexions sur le travail et l'esclavagisme moderne sont déjà bien implantées. Qu'a-t-on fait pendant un siècle ?
William Morris étant, selon les dires, un optimiste, son utopie se termine sur une note pleine d'espoir en un avenir radieux. Pour Morris, c'était en 2003. On est un peu en retard...
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Que dire après la critique si complète de Doude ? Oui William Morris haïssait l'industrialisation, et à travers le rêve de cet homme - une utopie - il réalise ce monde ou l'artisanat sera privilégié, la douceur entre les hommes, l'harmonie,le beau. Lui-même avait "monté" un artisanat qui ironie de l'histoire ! tournait au cauchemar ! Les gens riches désiraient tous ses tapisseries et il fallait produire ! Il avait pour idéal un Moyen Age largement imaginaire comme tous les pré Raphaélites ! Il est mort à la tâche !
Un seul bémol, lorsque j'ai refermé ce livre je me suis dit que dans un monde aussi réconcilié, l'ennui peut-être me gagnerait !
Mais cet affreux d'écrire une telle chose ! Je ne suis pas pour la guerre !
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
On prenait un aventurier hardi, sans principes, ignorant (il n'était pas difficile à trouver à l'époque de la concurrence), et on l'invitait à "créer un marché" en brisant tout ce qu'il pouvait y avoir de traditions sociales dans le pays condamné, en y détruisant à loisir tout ce qui lui plairait. Il forçait les indigènes à recevoir des produits dont ils n'avaient pas besoin et s'emparait de leurs produits naturels en "échange" --c'était le nom de cette sorte de vol,-- et, par là il "créait de nouveaux besoins", et pour y suffire (c'est-à-dire pour que leurs nouveaux maîtres leur permissent de vivre), les malheureux, impuissants, étaient obligés de se vendre et se soumettre à l'esclavage de l'écrasant travail sans espoir, afin d'avoir de quoi acheter les inutilités de la "civilisation".
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La tactique des maîtres de la politique consistait à cajoler le public dans le but de lui extorquer de quoi financer les existence luxueuses et les coûteuses voluptés d'une clique d’arrivistes ambitieux. Et le simulacre de divergence d’opinions qu’ils donnaient à voir au public y suffisait largement, même si chacun de leurs actes le démentait ! Mais cette infâme comédie n'est plus jouée parmi nous, voisin, et ne nous concerne plus en rien.
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It is clear from all that we hear and read, that in the last age of civilisation men had got into a vicious circle in the matter of production of wares. They had reached a wonderful facility of production, and in order to make the most of that facility they had gradually created (or allowed to grow, rather) a most elaborate system of buying and selling, which has been called the World-Market; and that World-Market, once set a-going, forced them to go on making more and more of these wares, whether they needed them or not. [...] By all this they burdened themselves with a prodigious mass of work merely for the sake of keeping their wretched system going. [...] It became impossible for them to look upon labour and its results from any other point of view than one -- to wit, the ceaseless endeavour to expend the least possible amount of labour on any article made, and yet at the same time to make as many articles as possible. To this 'cheapening of production', as it was called, everything was scarified [...]. Even the rich and powerful men submitted to live amidst sights and sounds and smells which it is in the very nature of man to abhor and flee from, in order that their riches might bolster up this supreme folly. The whole community, in fact, was cast into the jaws of this ravening monster, 'the cheap production' forced upon it by the World-Market.
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La plupart des gens étaient alors convaincus que tout ce qui vit constituait un tout – la “nature“, comme on disait à cette époque – séparé de l'homme. Conformément à cette vision du monde, ils essayaient de faire de la “nature“ leur butin et leur esclave, puisqu'ils pensaient qu'elle leur était extérieure.
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On y dispense la seule instruction qui vaille, celle du savoir qu'on cultive pour lui-même, l’art du savoir, en quelque sorte. Et non pas le savoir étriqué et conforme à l'ordre des choses qu'on y enseignait autrefois à des fins purement marchandes, qui était un savoir rentable, un savoir transformé en marchandise. 
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