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Critiques sur Alexandre le Grand (11)
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Cer45Rt
  17 novembre 2018
Alexandre le Grand n'est pas vraiment la plus grande pièce de Racine. Loin des grandes tragédies ambitieuses, cette pièce est en effet une "tragédie galante", autrement dit une pièce mettant en scène de tendres amants dévoués à leurs maîtresses. Voilà un sujet qui n'est pas bien tragique. Et pourtant... Et pourtant... Là, l'histoire est d'un grand potentiel tragique : une guerre, deux partis pris différents, de l'héroïsme, des déchirements... Mais tout cela est annihilé. Les personnages pourraient pourtant être intéressants. Porus pourrait être un Mithridate. Alexandre pourrait être plus terrible... Mais non, mais non, il n'en est rien. Il y a bien quelques passages intéressants, et les vers, s'ils n'ont pas la puissance d'émotion qu'ils auront plus tard, ont cependant un quelque chose, un je ne sais quoi, qui n'est pas déplaisant.
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5Arabella
  10 août 2018
Malgré le manque de succès de sa première pièce, La Thébaïde, Racine va persister à écrire pour le théâtre. Pendant quelques années ce sera même presque la seule activité d'écriture à laquelle il va se consacrer.

Pour La Thébaïde, Racine avait choisi un sujet noble et tragique à souhait, dans la veine des sujets de Corneille. Sans doute, il a dû se rendre compte que ce n'était pas ce qui lui convenait le mieux. Par ailleurs, même si Corneille est toujours considéré comme le plus grand auteur de tragédies, le goût du moment entraîne plutôt le public vers ce qu'on a appelé la tragédie romanesque et galante, un peu héritière de la tragi-comédie, invraisemblable et peu fondée historiquement, et surtout qui accorde la première place à l'amour, qui en est quasiment le seul enjeu. La mode en avait été lancée par Thomas Corneille, le jeune frère de Pierre Corneille, avec Timocrate, un immense succès, peut-être le plus grand du siècle. D'autres ont suivi, en particulier Philippe Quinault, dont l'Astrate triomphe au moment où Racine écrit sa deuxième pièce. Il va donc aller dans le sens des attentes du public.

Par ailleurs, Racine, inscrit sur la liste des pensions royales, se doit de glorifier Louis XIV. Il va donc choisir un sujet qui lui permettra de faire coup double : essayer de séduire le public des théâtres, et remplir ses obligations, voire se faire remarquer par le souverain. D'où le choix d'Alexandre le Grand comme personnage titre de sa pièce. En effet, à cette époque, le roi de France était surnommé « le nouvel Alexandre », sa mythification passait par l'assimilation au souverain le plus prestigieux de l'antiquité. Alexandre est à la mode, puisque le célébrer revient à célébrer Louis XIV. Par exemple le peintre le Brun se lance dans une série de plusieurs tableaux, représentant les épisodes les plus fameux de la vie du roi de Macédoine. Il faut avoir présent à l'esprit cet élément en lisant la pièce : cela permet de comprendre tous les compliments et tirades outrées à la gloire d'Alexandre, qui s'adressent en réalité à Louis XIV. Aujourd'hui cela semble presque ridicule dans l'exagération, et alourdit la pièce, qui en devient par moment indigeste, mais à l'époque, cela semblait tout à fait naturel, et était très applaudi.

Même si Racine va suivre la mode de la tragédie romanesque et galante pour assurer le succès de sa pièce, il sait que s'il se contente de cela, il n'accédera pas au statut de grand auteur, auquel il semble aspirer depuis le début. Quinault, malgré ses succès, était jugé avec condescendance par les spécialistes. Et la postérité leur a donné raison : si on s'en souvient aujourd'hui, et s'il est encore joué, c'est comme librettiste de Lully. Ses pièces sans musique, sont bien oubliées. Racine va donc s'appliquer à partir d'une base historique avérée : l'historien Quinte-Curce, qui évoque les combats d'Alexandre contre Porus, un roi indien, qui aurait été son adversaire le plus redoutable. Il y trouve même la mention d'une reine avec qui Alexandre aurait eu une histoire d'amour. Et le pardon qu'Alexandre aurait accordé à son adversaire malheureux, le remet dans les pas du Cinna (ou La clémence d'Auguste) de Corneille, pièce emblématique de par son succès publique et critique. La clémence étant considérée à l'époque comme la plus grande vertus chez les rois, cela lui permet une glorification sans mélange d'Alexandre et de Louis XIV. Racine se propose en quelque sorte de cocher toutes les cases permettant d'assurer le succès à la pièce.

Au premier acte, la situation est exposée. Alexandre s'approche menaçant les rois indiens. Cléofile, la soeur de l'un d'entre eux, Taxile, a éveillé l'amour d'Alexandre, et il vient en grande partie pour la retrouver. Cléofile, qui partage les sentiments du roi grec, tente donc de convaincre son frère de ne pas le combattre. Mais Taxile est amoureux de d'Axiane, qui pour sa part pousse au combat, et il a un rival, Porus, qui ne demande qu'à se battre. Cléofile, pour détourner son frère des batailles, instille le doute dans son esprit : Axiane lui préfère Porus, et se battre contre Alexandre revient à donner Axiane à Porus. Dans le deuxième acte, Ephestion, envoyé d'Alexandre, parle à Cléofile d'amour de la part de son maître, puis s'entretient avec les rois. Porus rejette toute conciliation, Taxile quad à lui ne souhaite pas s'engager dans le combat. Compte tenu de son attitude, Axiane en vient presque à avouer son amour à Porus, qu'elle encourage à aller jusqu'au bout. Dans le troisième acte, Taxile retient Axiane prisonnière. Malgré cela, et la mort annoncée de Porus dans la bataille, elle le rejette. Cléofile quand à elle, est trop heureuse de recevoir l'amour d'Alexandre, mais elle le presse de défendre les intérêts de son frère. Au quatrième acte, l'intersession d'Alexandre n'y change rien, Axiane ne veut toujours pas de Taxile qui se désespère. Mais, coup de théâtre, Porus n'est pas mort. Taxile se précipite au combat pour l'achever. Au cinquième acte, Alexandre qui a fait capturer Porus veut bien le laisser vivre si Axiane consent à épouser Taxile. Mais nouveau coup de théâtre, Porus a tué Taxile dans un dernier sursaut. Malgré tout, Alexandre lui pardonne, lui rend son royaume et Axiane. Cléofile se résigne, puisqu'elle a l'amour d'Alexandre…

La pièce est créée le 4 décembre 1665 par la troupe de Molière. Dès le début, c'est un immense succès. Elle est jouée devant le roi le 14 décembre. Mais par une autre troupe, la plus prestigieuse d'entre toutes, celle de l'Hôtel de Bourgogne. Qui va la reprendre dans la foulée dans sa salle. Ce qui à l'époque était inconcevable : la troupe qui a créée une pièce, en avait l'exclusivité, tout au moins jusqu'à la publication. Cela va provoquer une brouille définitive entre Racine et Molière, qui est placé dans une situation matérielle difficile, le public délaissant son théâtre. Cet épisode illustre (sans rentrer dans trop de détails) le débat qu'il y avait à l'époque sur la déclamation, la façon de jouer les tragédies. Les « stars » de l'hôtel de Bourgogne pratiquaient une déclamation très ostentatoire, véhémente, qui à la limite faisait fi du sens du texte, pour se concentrer sur la forme, la plus spectaculaire possible. Molière (et pas que lui) a tenté de promouvoir une déclamation « plus naturelle » et accordant plus d'importance au sens du texte. Il a d'ailleurs raillé la déclamation des acteurs de l'hôtel de Bourgogne dans L'impromptu de Versailles. Mais le public préfère ces derniers, ils sont jugés supérieurs dans la tragédie.

En tous les cas, Alexandre le Grand sera un immense succès, et sera régulièrement reprise. Ce sera une des pièces les plus fameuses de Racine pendant le XVIIe siècle. Même si un certain nombre de spécialistes lui trouvent beaucoup de défauts. Mais Racine se défendra (ce qui n'était pas d'usage à l'époque) avec brio, agressivité (voire méchanceté) et une certaine mauvaise foi. Son argument le plus fort, celui auquel ses adversaires ne peuvent répliquer étant le fait que Louis XIV apprécie la pièce. La meilleure preuve en est que Racine a été autorisé à la lui dédier, ce qui est une grande marque de faveur.

Mais ses détracteurs avaient incontestablement raison, et la pièce est tombée maintenant dans l'oubli. Et cela même si Racine trouve incontestablement dans les vers amoureux une source d'inspiration qui lui permet de réussir de beaux passages. Mais la construction de la pièce est vraiment trop bancale. Il a voulu rassembler des éléments trop disparates, sans réelle cohérence. Alexandre ne fait rien d'autre que de tenir des propos galants à sa belle, ce qui pour le plus grand conquérant de l'histoire est un peu court. On a reproché d'ailleurs à Racine d'avoir fait Porus plus grand qu'Alexandre dans sa pièce. Il n'y a aucun élément de suspens dans la bataille, Alexandre ne semble même pas y participer, les seuls récits qui en parviennent concernent le grand courage et la résistance héroïque de Porus. La clémence d'Alexandre à la fin de la pièce arrive sans avoir été préparée, sans aucune justification, de façon automatique. Il n'y a aucun suspens dans l'amour d'Alexandre et Cléofile, aucun enjeu. L'intrigue amoureuse Axiane/ Porus / Taxile s'insère très mal dans l'ensemble. Sans oublier les passages nombreux et pas très subtiles de glorification d'Alexandre / Louis XIV qui semblent bien longs au lecteur d'aujourd'hui.

Mais la pièce a permis à Racine d'être reconnu, attendu. La prochaine étape sera Andromaque, qui lui permettra de trouver sa propre voie dans la tragédie, d'associer la passion amoureuse avec un enjeu dramatique d'une façon parfaitement réussie.
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sevm57
  24 août 2016
Cette pièce de Racine n'est pas très connue, et je trouve que c'est à juste raison.
Elle m'a semblé confuse et sans grand intérêt (en tout cas, tellement en dessous de certaines autres).
J'ai peut-être aussi été un peu déconcertée par le fait qu'elle se passait en Inde, ce qui est assez inhabituel dans la tragédie classique.
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JaneEyre
  08 octobre 2017
Comment ne pas se sentir morveuse à l'idée de poster une critique mitigée au sujet d'une pièce de l'illustre Racine, composée de 1548 alexandrins ? Avant tout il me semble donc opportun de souligner toute l'admiration que je porte à Racine. Après l'avoir boudé au lycée (le principe même de la lecture imposée déclenchant immédiatement chez moi une hostilité complète à l'égard du livre en question), j'ai enfin fait sa rencontre l'année dernière. Coup de foudre à la lecture de Phèdre, puis de Britannicus, puis des thébaïdes...!
Et là j'avoue que malgré le plaisir que j'ai à lire le rythme et la délicatesse de la langue de Racine, j'ai été un peu déçue par le personnage d'Alexandre. Il n'apparait pas pendant la première partie de la pièce, dans laquelle il est décrit comme le grand conquérant que nous connaissons. Mais le soufflet retombe lorsqu'Alexandre arrive... Loin du conquérant imposant, (sanguinaire?), impressionnant, on retrouve un galant tout timide, qui conte fleurette à sa douce. Un peu déconcertant. le tout ressemble, au final, à une pièce galante, alors que je m'attendais à retrouver la violence et le déchainement qui m'avait tant frappée des Les Thébaïdes.
Pas grave, j'ai quand même passé un bon moment. Et il me reste encore quelques pièces à découvrir, avec toujours autant d'enthousiasme!
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raynald66
  11 décembre 2013
Pièce de théâtre sur Alexandre le Grand que je recommande ! J'ai adoré !!! J'ai mis quelques extraits en citation mais le choix a été très difficile !
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Laureneb
  14 octobre 2018
Dans sa deuxième pièce, Racine n'est pas encore parvenu au sommet de son talent. La construction est bancale, certains personnages sont peu approfondis - Taxile est un lâche prêt à toutes les humiliations. Et surtout, c'est une pièce dédiée au Roi, jouant sur le parallèle louangeur Alexandre/Louis XIV, ce qui donne lieu à des tirades de vers louangeurs et hyperboliques assez lourds pour un lecteur d'aujourd'hui. Dans la préface, Racine tente de se justifier face aux critiques. Mais il ne répond pas vraiment à un des principaux reproches : Porus est bien plus intéressant qu'Alexandre, qui n'est là que pour plaire à sa maîtresse et geindre auprès d'elle. Au contraire, Porus est noble, honorable et courageux. Auxiane est un grand rôle, tenant tête à Alexandre, une reine qui est une femme qui garde ses serments.
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cyan
  06 novembre 2017
Je n'avais jamais entendu parler de cette pièce avant de découvrir son existence dans ce 1er tome des oeuvres complètes de Racine. Après l'avoir lue, je comprends qu'elle soit moins connue que d'autres pièces de l'auteur.

Le propos m'a semblé un peu confus par moments et la fin en contradiction avec ce qui nous est raconté tout au long de la pièce. L'action est partagée entre les histoires de coeur des personnages et la menace omniprésente de la guerre, mais je n'ai pas trouvé de ligne directrice claire à laquelle me raccrocher. Mon intérêt a faibli assez rapidement, je dois l'avouer.

D'autre part, la plume ne m'a pas transportée. On est ici dans un texte en alexandrins rimés. Dans la précédente pièce de Racine que j'ai lue, ça n'enlevait rien à la fluidité des répliques, ni à la musicalité des mots. Ici c'était juste lourd. J'ai trouvé les vers peu inspirés, à l'exception de quelques rimes intéressantes.

Globalement, je me suis plutôt ennuyée, bien que la pièce soit relativement brève. Est-ce un problème de timing? Je n'ai pas l'impression, mais si vous avez lu ce texte, dites-moi ce que vous en avez pensé, peut-être que quelque chose m'a échappé.
Lien : https://bienvenueducotedeche..
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Lavieestunlongfleuvetranquille
  17 novembre 2015
Pas vraiment le meilleur de RACINE.
Cette pièce n'a pas vraiment le sens de la tragédie et marque un recul - pour moi - par rapport à La Thébaïde.
Question de sujet ? de choix sur les sentiments à souligner ? ou juste un simple exercice ne recelant - pas encore - tous le talent de l'auteur ?
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helhiv
  24 mai 2016
Voilà une "petite" tragédie de Racine dont on peut s'étonner qu'elle précède juste Andromaque tant le saut qualitatif entre les deux est important, surtout au niveau de l'intrigue, des personnages et de la dramaturgie.
En ce qui concerne la versification, l'art de Racine est déjà bien en place mais, si la technique est présente, l'émotion manque. Les personnages masculins sont particulièrement pâlichons et Cléofile hésite entre un rôle de femme dominante et un rôle d'amoureuse classique, sans que ce soit un jeu de nuances de la part de l'auteur. Axiane s'en tire un peu mieux avec une vraie grandeur mais un manque de tragique à la fin de la pièce.
L'intrigue, qui tourne autour des amours d'Alexandre et Cléofile d'une part, et d'Axiane et Porus (avec Taxile comme prétendant) d'autre part est plate et convenue. J'ai ressenti beaucoup d'anachronisme et d'anatopisme, peut-être voulus pour aider Louis XIV à s'identifier avec Alexandre ...
Ma critique est facile mais les vers sont tout de même de Jean Racine !
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Yann69
  04 mars 2016
Ce n'est pas le meilleur Racine, sa première pièce La thébaïde est bien meilleure. Quelle soit méconnue n'est guère étonnant. Mais clémence, les génies n'ont pas que des chefs-d'oeuvres dans leurs besaces.
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