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ISBN : 2290151351
Éditeur : J'ai Lu (06/09/2017)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 774 notes)
Résumé :
Bérénice appartient à l'histoire romaine et orientale. Son action est sans violence, son dénouement n'est pas dicté par la passion. Ce n'en est pas moins une tragédie : un personnel de princes et de rois fait son malheur en une série de discours réglés.C'est le personnage le plus dépendant, le moins libre, qui donne son nom à la pièce ; Titus, qui congédie la femme qu'il aime, fait sans cesse un effort douloureux sur lui-même, jusqu'au transport d'héroïsme final. Le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  25 août 2015
Cette pièce a une petite histoire et cette petite histoire me semble intéressante à retracer rapidement avant que de parler plus spécifiquement de la pièce en elle-même. Projetons-nous au mois de novembre 1670 au moment de la création de Bérénice : Racine est alors un fringant jeune homme de trente ans, très à la mode et qui vole de succès en succès.
Pierre Corneille, soixante-quatre ans (c'est très vieux pour l'époque), est au pinacle des auteurs tragiques mais c'est une gloire du passé, ses grands succès, Le Cid, Horace, etc. datent de trente ans auparavant (Le Cid fut créé presque trois ans avant la naissance de Racine). Il a certes du prestige mais il est passé de mode.
Ajoutons à cela que l'Hôtel de Bourgogne et le Théâtre du Palais-Royal, les deux principales scènes parisiennes d'alors, se tirent une bourre pas possible pour essayer d'écraser son concurrent. Le hasard faisant que des gens de l'Hôtel de Bourgogne furent au courant que le grand Corneille, sous contrat avec le Palais-Royal, préparait une pièce sur les amours de l'empereur romain Titus et de la reine de Palestine Bérénice, ceux-ci s'empressèrent de commander à Racine une tragédie sur ce même thème.
Sachant que papy Corneille n'avait plus besoin de travailler rapidement et que l'autre s'est fait un devoir de le coiffer sur le poteau, c'est donc Racine qui présente sa pièce en premier, l'intitulant Bérénice — titre que Corneille avait pressenti pour sa pièce — obligeant ce dernier à changer son titre en Tite et Bérénice pour sa propre pièce qui sort tout juste une semaine plus tard dans le théâtre concurrent.
L'histoire retient donc une victoire totale de Racine, pigeonnant son aîné, et remportant plus de succès que celui-ci. Cet état de fait poussent beaucoup à considérer l'œuvre de Jean Racine comme très supérieure à celle de Pierre Corneille. Mais, m'étant aventurée à comparer ces deux pièces, je ne partage pas du tout cet enthousiasme unilatéral.
Certes je ne suis pas là pour comparer les deux œuvres qui d'ailleurs se répondent et se complètent bien plus qu'elles ne se marchent sur les pieds. Mais je ne vois nulle part où la versification racinienne serait tant supérieure à celle de Corneille ni en quoi sa gestion de l'intrigue surclasserait celle de son aîné. Je crois plutôt à un effet de mode qui fait long feu, sachant que les effets de mode de 1670, vus de notre fenêtre de l'an 2015, ont un petit quelque chose de risible.
Bérénice est donc, selon moi une très bonne tragédie, pas la meilleure de son auteur, pas la moins bonne non plus, un bon cru mais pas davantage. L'écriture de Racine reste un vrai bonheur et j'encourage vivement ceux qui n'ont jamais goûté cette écriture à, ne serait-ce qu'une fois, venir y poser leurs lèvres afin d'en mesurer l'arôme.
Titus est un empereur romain du Ier siècle de notre ère et Bérénice, la petite fille du roi Hérode de Judée. Si la presse people avait existé à l'époque, nul doute que Titus aurait éclipsé même jusqu'à la famille princière de Monaco tant les lumières de son règne, tant les légendes qui l'accompagnent sont nombreuses et romantiques.
Voilà un débauché qui devint vertueux à la mort de son père Vespasien et qui, subitement investit d'une moralité nouvelle liée à sa prise de pouvoir dans l'Empire se transforme en homme vertueux. Lui qui aimait une Juive et qui ne s'en cachait pas, lui qui l'adorait, pour l'amour de Rome, préfère sacrifier son amour que de déplaire à son peuple, etc., etc., je vous laisse consulter si le cœur vous en dit une biographie du Titus en question.
Voici cependant, un remarquable sujet de tragédie : un amour véritable et réciproque, devenu impossible sans l'entremise de personne autre que Rome elle-même et la charge d'empereur. Un empereur aux abois, une reine étrangère chargée de fantasmes exotiques bafouée pour raison d'état. Le menu est prometteur…
Ajoutons à cela le rôle — loin d'être mineur — d'Antiochus. Celui-ci est également roi, dans un petit royaume contigu de celui de Bérénice ; il brûle d'amour pour elle depuis belle lurette. Il est le fidèle serviteur de Titus, il aime Bérénice dans l'ombre sans jamais lui en faire, mais il commence à en avoir assez de tenir la chandelle alors il vient faire ses adieux à Bérénice en lui confiant une dernière fois qu'il l'aime, qu'il l'adore et que bien plus encore…
Mais Bérénice est ailleurs, vous pensez bien : un empereur qui l'aime et qu'elle aime doit lui faire sous peu une demande en justes noces, alors, vous imaginez ce qu'elle s'en tamponne des états d'âme d'Antiochus, même si c'est un bon ami : au revoir, portez-vous bien et à un de ces jours.
Antiochus en a le cœur dévasté mais Titus, en confident, lui avoue qu'il ne pourra demeurer avec Bérénice et qu'il lui demandera donc de repartir chez elle, en lointaine Palestine. Il le charge même d'une redoutable besogne : aller lui annoncer que Titus la quitte et qu'elle en sera quitte pour un aller simple direction Jérusalem.
En somme, résumons-nous : Antiochus aime Bérénice, mais elle n'en veut pas ; Titus aime Bérénice mais il n'en veut plus ; Bérénice aime Titus qui l'aime aussi mais qui l'envoie paître… vous voyez ce que je vois ? Eh oui, si mademoiselle Bérénice avait le bon goût de tourner la barre à 180° et d'aller lorgner du côté d'Antiochus, tout se goupillerait bien. Alors ?… alors ?…
Alors je vous laisse le soin de découvrir le fin mot de la pièce par vous même et me dépêche d'ajouter que cette critique un peu tirée par les cheveux (pas la chevelure de Bérénice, qui elle est une homonyme et était reine d'Égypte au IIIème siècle avant J.-C.) ne représente que mon avis, c'est-à-dire, très peu de chose.
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brigittelascombe
  28 mai 2012
Bérénice, tragédie versifiée en 5 actes de Jean Racine (poète tragique du XVII° siècle, membre de l'Académie française auteur de Phèdre, Andromaque, Britannicus...)conte l'amour absolu (mais impossible car "l'hymen chez les Romains n'admet qu'une Romaine") entre Titus (nouvel Empereur de Rome suite au décès de son père) et Bérénice, reine étrangère). Elle fut jouée en même temps que Tite et Bérénice de Corneille, mais eut plus de succès.
Paradoxe éternel, le choix n'est que souffrance ( puisque à l'encontre d'Antoine "qui oublia sa gloire et sa patrie" pour Cléopâtre) Titus, par devoir, bien qu'amoureux, généreux et sensible, choisit (à contre coeur) sa mission vis à vis de Rome ("Pourquoi suis-je empereur? Pourquoi suis-je amoureux?") et sacrifie du même coup sa fidèle, radieuse et belle maîtresse éperdue d'amour qui va se désespérer (" Pour jamais! Ah! Seigneur, songez -vous en vous-même/ Combien ce mot cruel est affreux quand on aime?").
Racine suit dans cette pièce les règles du théâtre classique puisque l'unité de lieu (Rome), d'action (l'amour) et de temps (le drame se passe un jour durant) sont préservés et que cette pièce n'est pas choquante pour le public.
On peut noter: la musicalité des mots, le trio amoureux (se rajoute le prince et ami Antiochus, amoureux transi et honnête qui s'efface: "D'un voile d'amitié j'ai couvert mon amour") qui relance l'intrigue, la bonne étude psychologique des personnages, le riche registre émotionnel (amour,incertitude,désespoir,espoir,tristesse,rage, ressentiments...)
Bien que cette tragédie me paraisse un peu désuète de par l'emphase de ses déclamations ( "Ah lâche!"... '"Ah! Bérénice!"...Ah prince malheureux!"..."Ah! Seigneur"...) et ses "funestes adieux", les thèmes forts de l'amour absolu, du renoncement, de l'absurdité d'un destin pouvant entrainer la mort, font de Bérénice un classique incontournable.
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Chocolatiine
  10 avril 2014
Longtemps j'ai cru qu'aucune pièce de Racine ne me toucherait plus que Phèdre... C'était avant d'avoir lu Bérénice !
Depuis huit jours, Titus a succédé à Vespasien sur le trône de l'empire romain. Afin de se conformer aux lois romaines, qui n'admettent que des mariages entre Romains, il doit se séparer de Bérénice, reine de Palestine. Or cela fait cinq ans que cette dernière a suivi son amant à Rome, dans l'attente de l'épouser.
Titus ne sait comment annoncer à la reine une tragique nouvelle qu'elle ne veut pas entendre. Il demande à Antiochus, secrètement épris de Bérénice et qui, croyant voir arriver le jour du mariage, s'apprêtait à quitter Rome, de la ramener dans son royaume. Passant de la colère au désespoir, chacun menacera de se tuer et, finalement, dans un effort suprême, ils se quitteront pour jamais :
"Adieu, servons tous trois d'exemples à l'univers
De l'amour la plus tendre, et la plus malheureuse,
Dont il puisse garder l'histoire douloureuse."
Et je termine ma lecture en répétant le dernier mot, d'Antiochus, : "Hélas !"
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gill
  14 novembre 2012
Vespasien n'est plus. Titus est le nouvel empereur et le deuil parvenu à son terme, le bruit court que ce dernier va épouser Bérénice,la reine de Palestine.
Antiochus, roi de Commagène et ami de Titus prend la décision de partir mais non sans avoir avoué son amour secret à Bérénice elle-même.
Aimant passionnément le nouvel empereur la jeune femme courtisée couvre de mépris son courtisan avant de le laisser partir.
Mais Antiochus est chargé par le maître de Rome de raccompagner Bérénice jusqu'en Orient. et de lui annoncer cette décision.
Bérénice désespérée et offensée d'être délaissée pour raison politique menace de mettre fin à ses jours. Antiochus tremble pour la vie de sa bien-aimée et avoue à Titus être son rival, ce dernier se résigne à perdre son amour pour le bien de Rome.
Bérénice rentrera seule en Palestine et ces trois destins sacrifiés seront un exemple pour les hommes de vertu et de sacrifice...
C'est une tragédie en vers de cinq actes que Jean Racine crée en 1670 pour le Théâtre de l'hôtel de Bourgogne.
C'est sa sixième pièce, c'est une tragédie sans mort mais emplie de passion . C'est un drame amoureux et politique d'une écriture très belle et très stylisée.
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cicou45
  30 août 2011
Superbe tragédie de Racine en cinq actes inspirée de l'histoire de Rome. Titus, alors empereur romain à l'époque vit une folle passion avec la reine Palestine du nom de Bérénice. Lorsque celui-ci se confie à Paulin, son ami et confident, sur ce que pense le peuple de cet amour et d'une éventuelle union entre lui et Bérénice, Paulin lui avoue que le peuple désapprouve cette passion entre leur empereur et celle qu'ils considèrent uniquement comme une étrangère. Aussi, Titus doit faire un choix cornélien : il doit soit écouter son coeur et respecter son engagement envers Bérénice, soit écouter la voix de la raison, à savoir celle du peuple et renoncer à son amour pour assurer ses devoirs envers Rome. Rome ou Bérénice ? C'est là où se joue tout le drame de la pièce puisque Titus accepte de sacrifier son amour pour honorer sa qualité d'empereur. Celle-ci l'accepte et se retire donc mais les deux amants se séparent non sans un horrible détachement et des sentiments qui auraient bien pu les pousser à la mort, si ils n'avaient pas écouté la voix de la sagesse.
Quelle cruelle destinée que celle d'être obligé d'avoir à faire un choix et de devoir se séparer, contre son gré, de l'une des deux choses auxquelles vous tenez le plus dans ce monde d'ici-bas.
La pièce de Racine est très agréable à lire, les vers sont magnifiques et, il se peut que je me répète, mais, pour moi qui adore l'histoire romaine, j'ai été littéralement comblée.
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Citations et extraits (127) Voir plus Ajouter une citation
jmlire92jmlire92   03 juillet 2018
Et je l'ai vue aussi cette cour peu sincère,

À ses maîtres toujours trop soigneuse de plaire,

Des crimes de Néron approuver les horreurs ;

Je l'ai vue à genoux consacrer ses fureurs.

Je ne prends point pour juge une cour idolâtre,

Paulin : je me propose un plus noble théâtre ;

Et sans prêter l'oreille à la voix des flatteurs,

Je veux par votre bouche entendre tous les cœurs.

Vous me l'avez promis. Le respect et la crainte

Ferment autour de moi le passage à la plainte ;

Pour mieux voir, cher Paulin, et pour entendre mieux,

Je vous ai demandé des oreilles, des yeux.

J'ai mis même à ce prix mon amitié secrète :

J'ai voulu que des cœurs vous fussiez l'interprète,

Qu'au travers des flatteurs votre sincérité

Fît toujours jusqu'à moi passer la vérité.

Parlez donc. Que faut-il que Bérénice espère ?

Rome lui sera t-elle indulgente ou sévère ?

Dois-je croire qu'assise au trône des Césars

Une si belle reine offensât ses regards ?



Paulin

N'en doutez point, Seigneur. Soit raison, soit caprice,

Rome ne l'attend point pour son impératrice.

On sait qu'elle est charmante ; et de si belles mains

Semblent vous demander l'empire des humains.

Elle a même, dit-on, le cœur d'une Romaine ;

Elle a mille vertus. Mais, Seigneur, elle est reine.

Rome, par une loi qui ne se peut changer

n'admet avec son sang aucun sang étranger,

Et ne reconnaît point les fruits illégitimes

Qui naissent d'un hymen contraire à ses maximes.

D'ailleurs, vous le savez, en bannissant ses rois,

Rome à ce nom si noble et si saint autrefois,

Attacha pour jamais une haine puissante ;

Et quoiqu'à ses Césars fidèle, obéissante,

Cette haine, Seigneur, reste de sa fierté,

Survit dans tous les cœurs après la liberté.

Jules, qui le premier la soumit à ses armes,

Qui fit taire les lois dans le bruit des alarmes,

Brûla pour Cléopâtre, et, sans se déclarer,

Seule dans l'Orient la laissa soupirer.

Antoine qui l'aimât jusqu'à l'idolâtrie,

Oublia dans son sein sa gloire et sa patrie

Sans oser toutefois se nommer son époux,

Rome l'alla chercher jusques à ses genoux,

Et ne désarma point sa fureur vengeresse,

Qu'elle n'eut accablé l'amant et la maîtresse.

Depuis ce temps, Seigneur, Caligula, Néron,

Monstres dont à regret je cite ici le nom,

Et qui ne conservant que la figure d'homme,

Foulèrent à leurs pieds toutes les lois de Rome,

Ont craint cette loi seule, et n'ont point à nos yeux

Allumé le flambeau d'un hymen odieux.

Vous m'avez commandé sur tout d'être sincère.

De l'affranchi Pallas nous avons vu le frère,

Des fers de Claudius Félix encor flétri,

De deux reines, Seigneur, devenir le mari ;

Et s'il faut jusqu'au bout que je vous obéisse,

Ces deux reines étaient du sang de Bérénice.

Et vous croiriez pouvoir, sans blesser nos regards,

Faire entrer une reine au lit de nos Césars,

Tandis que l'Orient dans le lit de ses reines

Voit passer un esclave au sortir de nos chaînes ?

C'est ce que les Romains pensent de votre amour ;

Et je ne réponds pas, avant la fin du jour,

Que le Sénat, chargé des vœux de tout l'empire,

Ne vous redise ici ce que je viens de dire ;

Et que Rome avec lui tombant à vos genoux,

Ne vous demande un choix digne d'elle et de vous.

Vous pouvez préparer, Seigneur, votre réponse.

Titus

Hélas ! à quel amour on veut que je renonce !


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jmlire92jmlire92   04 juillet 2018
Je n'écoute plus rien ; et pour jamais, adieu.

Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,

Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence et que le jour finisse,

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus
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KahlanAmnellKahlanAmnell   23 février 2015
BÉRÉNICE.

(...)
Hé bien, il est donc vrai que Titus m'abandonne ?
Il faut nous séparer. Et c'est lui qui l'ordonne.

TITUS

N'accablez point, Madame, un prince malheureux ;
Il ne faut point ici nous attendrir tous deux.
Un trouble assez cruel m'agite et me dévore,
Sans que des pleurs si chers me déchirent encore.
Rappelez bien plutôt ce coeur, qui tant de fois
M'a fait de mon devoir reconnaître la voix.
Il en est temps. Forcez votre amour à se taire,
Et d'un oeil que la gloire et la raison éclaire,
Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur.
Vous-même contre vous fortifiez mon cœur.
Aidez-moi, s'il se peut, à vaincre sa faiblesse,
À retenir des pleurs qui m'échappent sans cesse.
Ou si nous ne pouvons commander à nos pleurs,
Que la gloire du moins soutienne nos douleurs,
Et que tout l'univers reconnaisse sans peine
Les pleurs d'un empereur, et les pleurs d'une reine.
Car enfin, ma Princesse, il faut nous séparer.

BÉRÉNICE

Ah cruel ! est-il temps de me le déclarer ?
Qu'avez-vous fait ? Hélas ! Je me suis crue aimée.
Au plaisir de vous voir mon âme accoutumée
Ne vit plus que pour vous. Ignoriez-vous vos lois,
Quand je vous l'avouai pour la première fois ?
À quel excès d'amour m'avez-vous amenée ?
Que ne me disiez-vous : Princesse infortunée,
Où vas-tu t'engager, et quel est ton espoir ?
Ne donne point un coeur, qu'on ne peut recevoir.
Ne l'avez-vous reçu, cruel, que pour le rendre
Quand de vos seules mains ce coeur voudrait dépendre ?
Tout l'empire a vingt fois conspiré contre nous.
Il était temps encor. Que ne me quittiez-vous ?
Mille raisons alors consolaient ma misère.
Je pouvais de ma mort accuser votre père,
Le peuple, le Sénat, tout l'empire romain,
Tout l'univers plutôt qu'une si chère main.
Leur haine dès longtemps contre moi déclarée,
M'avait à mon malheur dès longtemps préparée.
Je n'aurais pas, Seigneur, reçu ce coup cruel
Dans le temps que j'espère un bonheur immortel,
Quand votre heureux amour peut tout ce qu'il désire,
Lorsque Rome se tait, quand votre père expire,
Lorsque tout l'univers fléchit à vos genoux,
Enfin quand je n'ai plus à redouter que vous.

TITUS

Et c'est moi seul aussi qui pouvais me détruire.
Je pouvais vivre alors, et me laisser séduire.
Mon coeur se gardait bien d'aller dans l'avenir
Chercher ce qui pouvait un jour nous désunir.
Je voulais qu'à mes voeux rien ne fût invincible,
Je n'examinais rien, j'espérais l'impossible.
Que sais-je ? J'espérais de mourir à vos yeux
Avant que d'en venir à ces cruels adieux.
Les obstacles semblaient renouveler ma flamme.
Tout l'empire parlait. Mais la gloire, Madame,
Ne s'était point encor fait entendre à mon coeur
Du ton dont elle parle au coeur d'un empereur.
Je sais tous les tourments où ce dessein me livre.
Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre,
Que mon coeur de moi-même est prêt à s'éloigner.
Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut régner.

(IV, 5)
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Nastasia-BNastasia-B   21 août 2015
ANTIOCHUS : Hé bien, Antiochus, es-tu toujours le même ?
Pourrai-je, sans trembler, lui dire : « Je vous aime ? »
Mais quoi ? déjà je tremble, et mon cœur agité
Craint autant ce moment que je l'ai souhaité.
Bérénice autrefois m'ôta toute espérance ;
Elle m'imposa même un éternel silence.
Je me suis tu cinq ans, et jusques à ce jour
D'un voile d'amitié j'ai couvert mon amour.
[…]
Quel fruit me reviendra d'un aveu téméraire ?
Ah ! puisqu'il faut partir, partons sans lui déplaire.
Retirons-nous, sortons ; et sans nous découvrir,
Allons loin de ses yeux l'oublier, ou mourir.

Acte I, Scène 2 : (v. 19-26 et 31-34).
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Nastasia-BNastasia-B   26 août 2015
ANTIOCHUS : Vous sûtes m’imposer l’exil, ou le silence :
Il fallut le promettre, et même le jurer.
Mais puisqu’en ce moment j’ose me déclarer,
Lorsque vous m’arrachiez cette injuste promesse,
Mon cœur faisait serment de vous aimer sans cesse.
BÉRÉNICE : Ah ! que me dites-vous ?
ANTIOCHUS : Je me suis tu cinq ans,
Madame, et vais encor me taire plus longtemps.

Acte I, Scène 4 : (v. 204-210).
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Videos de Jean Racine (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Racine
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=58781&motExact=0&motcle=&mode=AND
LA PROTECTION DE LA PARTIE FAIBLE DANS L'ARBITRAGE OHADA
Martial Koffi Akakpo
Préface de Jean-Baptiste Racine
Logiques Juridiques
Soucieux d'améliorer leur attractivité juridique, les Etats membres de l'OHADA ont décidé d'adopter des règles souples visant à faciliter les échanges économiques. En conséquence qu'il s'agisse de la convention d'arbitrage ou du procès arbitral, le sort du faible n'a pas fait l'objet d'une attention particulière. L'auteur invite à pondérer le libéralisme du droit de l'OHADA sans pour autant fragiliser la justice arbitrale.
Martial Koffi Akakpo est avocat au barreau de Lomé. Il enseigne le droit du financement des grands projets en Afrique à l'université Paris II Panthéon Assas. Il est également membre de la cour internationale d'arbitrage de la chambre de commerce internationale de Paris
Broché - format : 15,5 x 24 cm ISBN : 978-2-343-13499-4 ? 1 février 2018 ? 462 pages
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