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Éditeur : (01/01/1900)
3.11/5   49 notes
Résumé :
Tragédie : Alexandre menace les empires de Taxile et de Porus auxquels il a offert de se soumettre sans combat. Cléofile, soeur de Taxile, amoureuse d'Alexandre, essaie de convaincre son frère d'accepter. Il hésite car il aime Axiane, dont l'empire est aussi menacé, et ne veut pas sembler lâche, d'autant que Porus, son rival, se propose de combattre pour elle malgré son apparente froideur...
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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BazaR
  25 mars 2021
Après la trilogie Alexandre de Valerio Manfredi, quoi de plus naturel que d'enchaîner avec la pièce de Racine ?
Évidemment, avec les conditions de temps et de lieu imposées au théâtre classique, impossible pour Jean Racine de passer en revue l'ensemble de la carrière du conquérant. L'auteur se concentre sur l'affrontement d'Alexandre et des princes Indiens au bord du fleuve Hydaspe. Il s'inspire des antiques, surtout Quinte-Curce, mais ne suit pas leur Histoire à la lettre et se permet quelques inventions afin de renforcer la romance.
Alexandre débarque donc au bord de l'Hydaspe et, comme d'habitude, veut imposer sa domination. le raja Taxile est hésitant. Il est prêt à accepter la suprématie d'Alexandre pour préserver la paix. le raja Porus ne fait aucune concession ; c'est son honneur et sa gloire de s'opposer au Macédonien, de vaincre ou de mourir, peu importe à la limite.
C'est là que la romance s'impose. Axiane – personnage inventé – est la reine d'un autre royaume d'Inde que les deux rajas convoitent. Et il est clair que la belle tend plus du côté de Porus d'un point de vue politique (et amoureux, mais chut). Elle cherche à faire basculer Taxile dans son camp. Cependant elle ne l'admire pas ; porter la guerre impressionne plus que rechercher la paix dans le coeur de cette femme.
Là où ça se complique, c'est que Taxile est lui-même déchiré entre Axiane qu'il adore et sa propre soeur Cléofile qui ressent une attirance partagée pour Alexandre (elle aurait effectivement été sa maitresse) et cherche à le faire basculer dans l'autre camp.
Bref, amour et politique sont profondément intriqués. La pièce donne la part la plus importante à Porus, au point que l'on pourrait se demander pourquoi Racine l'a appelée Alexandre le Grand. Deux raisons possibles à cela : les conflits entre troupes de théâtre parisiennes – les « autres » opposant un Porus à cet Alexandre – et le fait qu'il s'agit avant tout d'amadouer Louis XIV qui se reconnaîtra plus dans le conquérant que dans le vaincu.
Porus m'a fait penser au Cinna de Corneille. La même opposition au tyran, et la même clémence dudit tyran envers un adversaire valeureux. Mais les amours dominent et guident la politique chez Racine. Un peu trop à mon goût – je suis plus Cornélien. La biographie d'Alexandre fourmille de situations qui auraient pu faire de grandes tragédies. Si l'on reste au bord de l'Hysdaspe, imaginer un Taxile qui aurait pris les armes contre Alexandre, déchirant ainsi Cléofile entre son amour et son frère, aurait pu tailler des croupières à Horace de Corneille. Développer l'opposition entre Alexandre et les Macédoniens fatigués refusant de le suivre plus avant avait aussi un énorme potentiel tragique.
Ce n'est pas cela qu'on lit. C'est bien fait ceci dit. Racine est très fort dans son genre de prédilection. Mais je n'ai été que moyennement satisfait.
Jugement très subjectif, j'en conviens.
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5Arabella
  10 août 2018
Malgré le manque de succès de sa première pièce, La Thébaïde, Racine va persister à écrire pour le théâtre. Pendant quelques années ce sera même presque la seule activité d'écriture à laquelle il va se consacrer.
Pour La Thébaïde, Racine avait choisi un sujet noble et tragique à souhait, dans la veine des sujets de Corneille. Sans doute, il a dû se rendre compte que ce n'était pas ce qui lui convenait le mieux. Par ailleurs, même si Corneille est toujours considéré comme le plus grand auteur de tragédies, le goût du moment entraîne plutôt le public vers ce qu'on a appelé la tragédie romanesque et galante, un peu héritière de la tragi-comédie, invraisemblable et peu fondée historiquement, et surtout qui accorde la première place à l'amour, qui en est quasiment le seul enjeu. La mode en avait été lancée par Thomas Corneille, le jeune frère de Pierre Corneille, avec Timocrate, un immense succès, peut-être le plus grand du siècle. D'autres ont suivi, en particulier Philippe Quinault, dont l'Astrate triomphe au moment où Racine écrit sa deuxième pièce. Il va donc aller dans le sens des attentes du public.
Par ailleurs, Racine, inscrit sur la liste des pensions royales, se doit de glorifier Louis XIV. Il va donc choisir un sujet qui lui permettra de faire coup double : essayer de séduire le public des théâtres, et remplir ses obligations, voire se faire remarquer par le souverain. D'où le choix d'Alexandre le Grand comme personnage titre de sa pièce. En effet, à cette époque, le roi de France était surnommé « le nouvel Alexandre », sa mythification passait par l'assimilation au souverain le plus prestigieux de l'antiquité. Alexandre est à la mode, puisque le célébrer revient à célébrer Louis XIV. Par exemple le peintre le Brun se lance dans une série de plusieurs tableaux, représentant les épisodes les plus fameux de la vie du roi de Macédoine. Il faut avoir présent à l'esprit cet élément en lisant la pièce : cela permet de comprendre tous les compliments et tirades outrées à la gloire d'Alexandre, qui s'adressent en réalité à Louis XIV. Aujourd'hui cela semble presque ridicule dans l'exagération, et alourdit la pièce, qui en devient par moment indigeste, mais à l'époque, cela semblait tout à fait naturel, et était très applaudi.
Même si Racine va suivre la mode de la tragédie romanesque et galante pour assurer le succès de sa pièce, il sait que s'il se contente de cela, il n'accédera pas au statut de grand auteur, auquel il semble aspirer depuis le début. Quinault, malgré ses succès, était jugé avec condescendance par les spécialistes. Et la postérité leur a donné raison : si on s'en souvient aujourd'hui, et s'il est encore joué, c'est comme librettiste de Lully. Ses pièces sans musique, sont bien oubliées. Racine va donc s'appliquer à partir d'une base historique avérée : l'historien Quinte-Curce, qui évoque les combats d'Alexandre contre Porus, un roi indien, qui aurait été son adversaire le plus redoutable. Il y trouve même la mention d'une reine avec qui Alexandre aurait eu une histoire d'amour. Et le pardon qu'Alexandre aurait accordé à son adversaire malheureux, le remet dans les pas du Cinna (ou La clémence d'Auguste) de Corneille, pièce emblématique de par son succès publique et critique. La clémence étant considérée à l'époque comme la plus grande vertus chez les rois, cela lui permet une glorification sans mélange d'Alexandre et de Louis XIV. Racine se propose en quelque sorte de cocher toutes les cases permettant d'assurer le succès à la pièce.
Au premier acte, la situation est exposée. Alexandre s'approche menaçant les rois indiens. Cléofile, la soeur de l'un d'entre eux, Taxile, a éveillé l'amour d'Alexandre, et il vient en grande partie pour la retrouver. Cléofile, qui partage les sentiments du roi grec, tente donc de convaincre son frère de ne pas le combattre. Mais Taxile est amoureux de d'Axiane, qui pour sa part pousse au combat, et il a un rival, Porus, qui ne demande qu'à se battre. Cléofile, pour détourner son frère des batailles, instille le doute dans son esprit : Axiane lui préfère Porus, et se battre contre Alexandre revient à donner Axiane à Porus. Dans le deuxième acte, Ephestion, envoyé d'Alexandre, parle à Cléofile d'amour de la part de son maître, puis s'entretient avec les rois. Porus rejette toute conciliation, Taxile quad à lui ne souhaite pas s'engager dans le combat. Compte tenu de son attitude, Axiane en vient presque à avouer son amour à Porus, qu'elle encourage à aller jusqu'au bout. Dans le troisième acte, Taxile retient Axiane prisonnière. Malgré cela, et la mort annoncée de Porus dans la bataille, elle le rejette. Cléofile quand à elle, est trop heureuse de recevoir l'amour d'Alexandre, mais elle le presse de défendre les intérêts de son frère. Au quatrième acte, l'intersession d'Alexandre n'y change rien, Axiane ne veut toujours pas de Taxile qui se désespère. Mais, coup de théâtre, Porus n'est pas mort. Taxile se précipite au combat pour l'achever. Au cinquième acte, Alexandre qui a fait capturer Porus veut bien le laisser vivre si Axiane consent à épouser Taxile. Mais nouveau coup de théâtre, Porus a tué Taxile dans un dernier sursaut. Malgré tout, Alexandre lui pardonne, lui rend son royaume et Axiane. Cléofile se résigne, puisqu'elle a l'amour d'Alexandre…
La pièce est créée le 4 décembre 1665 par la troupe de Molière. Dès le début, c'est un immense succès. Elle est jouée devant le roi le 14 décembre. Mais par une autre troupe, la plus prestigieuse d'entre toutes, celle de l'Hôtel de Bourgogne. Qui va la reprendre dans la foulée dans sa salle. Ce qui à l'époque était inconcevable : la troupe qui a créée une pièce, en avait l'exclusivité, tout au moins jusqu'à la publication. Cela va provoquer une brouille définitive entre Racine et Molière, qui est placé dans une situation matérielle difficile, le public délaissant son théâtre. Cet épisode illustre (sans rentrer dans trop de détails) le débat qu'il y avait à l'époque sur la déclamation, la façon de jouer les tragédies. Les « stars » de l'hôtel de Bourgogne pratiquaient une déclamation très ostentatoire, véhémente, qui à la limite faisait fi du sens du texte, pour se concentrer sur la forme, la plus spectaculaire possible. Molière (et pas que lui) a tenté de promouvoir une déclamation « plus naturelle » et accordant plus d'importance au sens du texte. Il a d'ailleurs raillé la déclamation des acteurs de l'hôtel de Bourgogne dans L'impromptu de Versailles. Mais le public préfère ces derniers, ils sont jugés supérieurs dans la tragédie.
En tous les cas, Alexandre le Grand sera un immense succès, et sera régulièrement reprise. Ce sera une des pièces les plus fameuses de Racine pendant le XVIIe siècle. Même si un certain nombre de spécialistes lui trouvent beaucoup de défauts. Mais Racine se défendra (ce qui n'était pas d'usage à l'époque) avec brio, agressivité (voire méchanceté) et une certaine mauvaise foi. Son argument le plus fort, celui auquel ses adversaires ne peuvent répliquer étant le fait que Louis XIV apprécie la pièce. La meilleure preuve en est que Racine a été autorisé à la lui dédier, ce qui est une grande marque de faveur.
Mais ses détracteurs avaient incontestablement raison, et la pièce est tombée maintenant dans l'oubli. Et cela même si Racine trouve incontestablement dans les vers amoureux une source d'inspiration qui lui permet de réussir de beaux passages. Mais la construction de la pièce est vraiment trop bancale. Il a voulu rassembler des éléments trop disparates, sans réelle cohérence. Alexandre ne fait rien d'autre que de tenir des propos galants à sa belle, ce qui pour le plus grand conquérant de l'histoire est un peu court. On a reproché d'ailleurs à Racine d'avoir fait Porus plus grand qu'Alexandre dans sa pièce. Il n'y a aucun élément de suspens dans la bataille, Alexandre ne semble même pas y participer, les seuls récits qui en parviennent concernent le grand courage et la résistance héroïque de Porus. La clémence d'Alexandre à la fin de la pièce arrive sans avoir été préparée, sans aucune justification, de façon automatique. Il n'y a aucun suspens dans l'amour d'Alexandre et Cléofile, aucun enjeu. L'intrigue amoureuse Axiane/ Porus / Taxile s'insère très mal dans l'ensemble. Sans oublier les passages nombreux et pas très subtiles de glorification d'Alexandre / Louis XIV qui semblent bien longs au lecteur d'aujourd'hui.
Mais la pièce a permis à Racine d'être reconnu, attendu. La prochaine étape sera Andromaque, qui lui permettra de trouver sa propre voie dans la tragédie, d'associer la passion amoureuse avec un enjeu dramatique d'une façon parfaitement réussie.
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Cer45Rt
  17 novembre 2018
Alexandre le Grand n'est pas vraiment la plus grande pièce de Racine. Loin des grandes tragédies ambitieuses, cette pièce est en effet une "tragédie galante", autrement dit une pièce mettant en scène de tendres amants dévoués à leurs maîtresses. Voilà un sujet qui n'est pas bien tragique. Et pourtant... Et pourtant... Là, l'histoire est d'un grand potentiel tragique : une guerre, deux partis pris différents, de l'héroïsme, des déchirements... Mais tout cela est annihilé. Les personnages pourraient pourtant être intéressants. Porus pourrait être un Mithridate. Alexandre pourrait être plus terrible... Mais non, mais non, il n'en est rien. Il y a bien quelques passages intéressants, et les vers, s'ils n'ont pas la puissance d'émotion qu'ils auront plus tard, ont cependant un quelque chose, un je ne sais quoi, qui n'est pas déplaisant.
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Anatemnein
  21 décembre 2020
Alexandre le Grand, tragédie en cinq actes, fut représentée à Paris à partir du 4 décembre 1665 par la troupe de Molière au Palais-Royal, puis concurremment au bout de deux semaines par le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, plus réputé pour le tragique (trahison que Molière ne pardonna jamais à Racine). Après le demi-échec de la Thébaïde, tragédie de la fatalité, Racine s'est tourné vers le genre de la tragédie romanesque et galante qui triomphait alors : monde sans épaisseur, caractères sans profondeur, avec un Alexandre parfait amant, un Porus à la fois amoureux et héros au langage fleuri de préciosité. La tragédie plut : l'amour y était traité avec grâce ; et Racine était lancé.

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Rodin_Marcel
  24 septembre 2015
Racine – "Alexandre le Grand" – FB éditions, 2015 (ISBN 978-1515020660)

Une pièce bancale, plutôt mal construite, à l'intrigue bien faible, à tel point qu'elle n'est quasiment jamais éditée séparément, et n'est lisible que dans les éditions regroupant soit le «théâtre complet» soit les «oeuvres complètes» de Racine… Est-elle encore jouée ?
Pas grand-chose à tirer du contenu politique de la pièce.

Sur le plan formel en revanche, on y voit poindre quelques subtilités, quelques rythmes affermis, quelques délicatesses qui trouveront par la suite toute leur place dans les pièces de Racine.

Remarquons par exemple que le drame passionnel est exposé dans la scène 1 de l'acte 1 : le couple consentant - Alexandre et Cléofile -, contraste avec un autre - Porus et Axiane – dans lequel vient s'immiscer le pauvre Taxile, amant malheureux, ces sentiments ne se heurtant pas vraiment avec les devoirs des uns et des autres envers l'Etat. Cela ne fonctionne pas vraiment, mais il est probable qu'il y a là déjà une esquisse de la mécanique racinienne ultérieure.

Dans la rythmique, cette pièce développe des procédés métriques qui deviendront l'une des forces de la tragédie racinienne.
La cassure irrégulière du vers par exemple : [Vers 203-210 – tirade de Porus parlant d'Alexandre] (alternance : quartolet / octolet suivi de sextolet/sextolet)
"Combien de rois / brisés à ce funeste écueil,
"Ne règnent plus qu'autant / qu'il plaît à son orgueil ?
"Nos couronnes / d'abord devenant ses conquêtes,
"Tant que nous régnerions / flotteraient sur nos têtes,
"Et nos sceptres / en proie à ses moindres dédains,
"Dès qu'il aurait parlé / tomberaient de nos mains.
"Ne dites point / qu'il court de province en province,
"Jamais de ses liens / il ne dégage un prince
=> Rythme repris aux vers 235, 260 toujours par Porus

Apparaît aussi l'art de la sentence bien balancée en deux sextolets [vers 335-336 – Axiane à Porus] :
"Contre un fier ennemi / précipitez vos pas,
"Mais de vos alliés / ne vous séparez pas.

Deux vers pour jouer sur deux mots [vers 671-672 – Porus s'adresse à Axianne] : estime ou amour ? :
"Ce coeur qui me promet tant d'estime en ce jour
"Me pourrait bien encor promettre un peu d'amour.

Quatre vers pour une interrogation subtilement formulée [vers 879-882 – Cléofile à Alexandre]
"On attend peu d'amour d'un héros tel que vous.
"La gloire fit toujours vos transports les plus doux.
"Et peut-être, au moment que ce grand coeur soupire,
"La gloire de me vaincre est tout ce qu'il désire.

De la subtilité (regardant vers le futur) opposée à la certitude (bornée au présent) [vers 913-924 – Cléofile à Alexandre] … qui annonce d'ailleurs un autre vers fameux de «Bérénice» :
"Oui, vous y traînerez la victoire captive,
"Mais je doute, Seigneur, que l'amour vous y suive ;
"Tant d'États, tant de mers qui vont nous désunir,
"M'effaceront bientôt de votre souvenir.
"Quand l'Océan troublé vous verra sur son onde,
"Achever quelque jour la conquête du monde ;
"Quand vous verrez les rois tomber à vos genoux,
"Et la terre en tremblant se taire devant vous,
"Songerez-vous, Seigneur, qu'une jeune princesse,
"Au fond de ses États vous regrette sans cesse,
"Et rappelle en son coeur les moments bienheureux
"Où ce grand conquérant l'assurait de ses feux ?

Une lecture qui éclaire la suite... qui sera éclatante puisque Racine enchaînera avec "Andromaque".
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   31 juillet 2013
CLÉOFILE : Ah ! quittez cette ingrate princesse,
Dont la haine a juré de nous troubler sans cesse,
Qui met tout son plaisir à vous désespérer.
Oubliez...
TAXILE : Non, ma sœur, je la veux adorer.
Je l'aime ; et quand les vœux que je pousse pour elle
N'en obtiendraient jamais qu'une haine immortelle,
Malgré tous ses mépris, malgré tous vos discours,
Malgré moi-même, il faut que je l'aime toujours.
Sa colère après tout n'a rien qui me surprenne :
C'est à vous, c'est à moi qu'il faut que je m'en prenne.
Sans vous, sans vos conseils, ma sœur, qui m'ont trahi,
Si je n'étais aimé, je serais moins haï.

Acte IV, Scène 4, (v. 1221-1232).
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BazaRBazaR   22 mars 2021
ÉPHESTION:
Avant que le combat qui menace vos têtes
Mette tous vos États au rang de nos conquêtes,
Alexandre veut bien différer ses exploits,
Et vous offrir la paix pour la dernière fois.
Vos peuples, prévenus de l'espoir qui vous flatte,
Prétendaient arrêter le vainqueur de l'Euphrate ;
Mais l'Hydaspe, malgré tant d'escadrons épars,
Voit enfin sur ses bords flotter nos étendards.
Vous les verriez plantés jusque sur vos tranchées,
Et de sang et de morts vos campagnes jonchées,
Si ce héros, couvert de tant d'autres lauriers,
N'eût lui-même arrêté l'ardeur de nos guerriers.
(Acte II, scène 2)
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AnatemneinAnatemnein   21 décembre 2020
AXILE

Vous pouvez, sans rougir du pouvoir de vos charmes,
Forcer ce grand guerrier à vous rendre les armes ;
Et sans que votre cœur doive s’en alarmer,
Le vainqueur de l’Euphrate a pu vous désarmer ;
Mais l’Etat aujourd’hui suivra ma destinée :
Je tiens avec mon sort sa fortune enchaînée ;
Et quoique vos conseils tâchent de me fléchir,
Je dois demeurer libre afin de l’affranchir.
Je sais l’inquiétude où ce dessein vous livre ;
Mais comme vous, ma sœur, j’ai mon amour à suivre.
Les beaux yeux d’Axiane, ennemis de la paix,
Contre votre Alexandre arment tous leurs attraits.
Reine de tous les cœurs, elle met tout en armes
Pour cette liberté que détruisent ses charmes :
Elle rougit des fers qu’on apporte en ces lieux,
Et n’y saurait souffrir de tyrans que ses yeux.
Il faut servir, ma sœur, son illustre colère ; Il faut aller...
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raynald66raynald66   11 décembre 2013
Taxile
Oui, ma soeur, j'ai vu votre Alexandre.
D'abord ce jeune éclat qu'on remarque en ses traits
M'a semblé démentir le nombre de ses faits.
Mon coeur plein de son nom, n'osait, je le confesse,
Accorder tant de gloire avec tant de jeunesse ;
Mais de ce même front l'héroïque fierté,
Le feu de ses regards, sa haute majesté,
Font connaître Alexandre ; et certes son visage
Porte de sa grandeur l'infaillible présage,
Et sa présence auguste appuyant ses projets,
Ses yeux comme son bras font partout des sujets.
Il sortait du combat. Ebloui de sa gloire,
Je croyais dans ses yeux voir briller la Victoire.
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5Arabella5Arabella   08 août 2018
CLÉOFILE.
Tant d'États, tant de mers qui vont nous désunir,
M'effaceront bientôt de votre souvenir.
Quand l'Océan troublé vous verra sur son onde,
Achever quelque jour la conquête du monde ;
Quand vous verrez les rois tomber à vos genoux,
Et la terre en tremblant se taire devant vous,
Songerez-vous, Seigneur, qu'une jeune princesse,
Au fond de ses États vous regrette sans cesse,
Et rappelle en son coeur les moments bienheureux
Où ce grand conquérant l'assurait de ses feux ?
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Vidéo de Jean Racine
Roland Barthes : Sur Racine lu par Françoise Fabian (1996 - Festival d’Avignon / France Culture). Photographie : Roland Barthes en 1975. Diffusion sur France Culture le 3 octobre 1996. Par Claude Santelli. Réalisation de Marie-France Nussbaum. Au Festival d'Avignon, en 1996, l’émission "Texte nu : Honneur et bonheur du théâtre" proposait une lecture par Françoise Fabian du texte de Roland Barthes, "Sur Racine". Une lecture en public présentée par le producteur de l’émission Claude Santelli. Présentation des éditions Points : « Ce que Racine exprime immédiatement, c’est donc l’aliénation, ce n’est pas le désir. Ceci est évident si l’on examine la sexualité racinienne, qui est de situation plus que de nature. Dans Racine, le sexe est lui-même soumis à la situation fondamentale des figures tragiques entre elles, qui est une relation de force. Le sexe est un privilège tragique dans la mesure où il est le premier attribut du conflit originel : ce ne sont pas les sexes qui font le conflit, c’est le conflit qui définit les sexes.
Roland Barthes (1915-1980) Écrivain, critique, essayiste, Roland Barthes a élaboré une pensée critique singulière en constant dialogue avec les discours théoriques de son temps et en rupture avec les discours institués. La formidable querelle entre Anciens et Modernes qui suivit la publication du "Sur Racine" en 1963 atteste le rôle fondamental qu’il joua au sein des grandes ruptures opérées par la pensée contemporaine. Il est notamment l’auteur du "Degré zéro de l’écriture" (1953) et de "Fragments d’un discours amoureux" (1977). »
Source : France Culture
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