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sur 387 notes
Magnifique !
David Selig a le pouvoir de lire dans les esprits des autres, hommes ou femmes.
La science-fiction a souvent traité le thème de la télépathie, notamment en relation avec le thème du surhomme : une nouvelle race humaine aux pouvoirs supérieurs devait apparaître, des hommes dont « le niveau intellectuel est deux à trois fois celui d'un homme normal » (van Vogt, « A la poursuite des Slans »), supplantant l'homo sapiens comme celui-ci a supplanté l'homme de Neandertal.
Rien de cela dans le roman de Silverberg : David Selig est un homme tout à fait ordinaire à qui échoit un don tout à fait extraordinaire. On peut même dire qu'il est un anti-héros : il mène une existence sans amour et sans amitié, il n'a ni métier ni projets, il se contente de vivoter au jour le jour. Seul compte pour lui ce don qui le conduit à l'extase et qui donne un sens à sa vie.
Ce don lui a procuré une infinie jouissance pendant une dizaine d'années où « la vie ressemblait à un songe éveillé » (page 109), mais il ne l'a utilisé ni pour pour se construire, ni pour améliorer ses conditions d'existence, bien au contraire ! Bien qu'il ait eu accès aux autres, David n'a fait aucun effort pour aller vers eux, mais il les a jugés sommairement et a préféré s'isoler, en se contentant notamment de rapports sexuels épisodiques après l'échec de quelques rares relations amoureuses. Il n'en a pas profité non plus pour s'assurer une certaine aisance matérielle, contrairement à un autre personnage doté du même pouvoir et qu'il rencontre par hasard. En fait, à cause de sa faiblesse de caractère, ce don l'a empêché de grandir, de devenir adulte, de développer sa personnalité.
Et justement, ce don, il est en train de disparaître, il meurt en lui (« Dying inside », titre original du roman). David va devoir apprendre à vivre dans le silence. Un silence assourdissant.
Le nom choisi par Silverberg pour son personnage évoque parfaitement sa trajectoire : « selig » signifie en allemand « comblé, bienheureux », mais aussi « défunt », David Selig, c'est donc « David le bienheureux » puis « feu David ».
Silverberg décrit avec une rare sensibilité les expériences, les illusions, les regrets, les atermoiements, les contradictions d'un personnage complexe, mais il restitue également l'ambiance des années qu'il a lui-même vécues, car « L'oreille interne » présente une dimension autobiographique non négligeable : comme Silverberg, David est un juif new-yorkais, il est né en 1935, il évoque les événements vécus par l'auteur, la mort de Kennedy, les études à l'Université de Columbia, les expériences psychédéliques, l'émancipation sexuelle…
Enfin, « L'oreille interne » est le roman d'un écrivain au sommet de son art, écrit dans un « style clair, où l'économie de moyens n'exclut pas la distanciation et la maîtrise, où les difficultés techniques se dissolvent dans un texte parfaitement transparent. » (Jacques Goimard).
Oui, vraiment, une oeuvre magnifique.
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Décidément mes lectures de ce début d'année sont grisantes.

J'avais une petite appréhension avec ce roman, me demandant si je n'allais pas trouver un récit sur un télépathe qui perd peu à peu ses pouvoirs un peu pauvre. Honte à moi d'avoir douté de Robert Silverberg ! C'est justement dans ce genre d'exercices qu'il était incroyablement doué dans les années 1970.
L'auteur est profondément inspiré. Je l'imagine lâcher la bride à sa plume ou sa machine à écrire, écrivant sans réfléchir, presque en écriture automatique. de nombreux passages hors sol sont de purs moments de bonheur alors que leur thème paraît anodin, comme quand le héros, Selig, met symboliquement sa casquette de guide pour faire visiter son appartement quelque peu décrépi. Silverberg mélange les chapitres de la vie de Selig comme un jeu de cartes et les aligne en apparence au hasard ; un épisode des années 70 est suivi d'un épisode de son adolescence… Parfois Selig parle à la première personne, parfois un narrateur le fait parler à la troisième.

Et chaque épisode apporte son lot d'intérêt, permet de poser une nouvelle pièce sur le puzzle de la vie du héros. Celle-ci est pathétique ; ce n'est pas celle d'un vainqueur qui arrache des avantages à l'existence à coup de dents. On aurait pu penser – et Selig le pense lui-même – qu'un tel don de télépathie l'aurait favorisé. Mais il n'est pas de ceux qui marchent sur les autres sans scrupules, pas comme son soi-disant pote Nyquist. Quelque part, il craint les réactions des gens. Il souffre d'un sentiment certain d'infériorité que le moindre écueil remet en avant. Son don l'enferme dans une solitude. Il le déteste et pourtant il ne supporte pas de le voir disparaître, lentement, peut-être trop lentement justement, avec de courts retours de force qui lui donnent de faux espoirs.

Le sexe irrigue le roman. le Robert Silverberg des années 1970 sait l'insérer naturellement dans son récit ; il a longtemps pratiqué la littérature érotique pour manger. La drogue aussi. Imaginez un coït ou un trip ressentis par télépathie. D'aucun pourrait transformer cela en de l'ignoble pornographique, mais pas Silverberg, en tout cas je ne le ressens pas ainsi. En corollaire, les relations de Selig avec les femmes, ses maitresses mais aussi sa soeur, sonnent souvent tristement mais intensément. Bien qu'il lise dans leur tête, il passe à côté de leurs véritables désirs.

Je ne vous dirai pas comment cela se termine. Je vous dirai seulement que je ne m'attendais pas à une telle fin, en crescendo de tempête avant le calme qui les suit toujours.
Je classe ce livre parmi les études psychologiques de personnages réussies, tel L'homme stochastique, un autre livre de l'auteur que j'ai adoré.
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Qui n'a pas rêvé de pouvoir entendre les pensées des autres ? Un sujet qui en a déjà fait rêver plus d'un ou une ! Après tout ce sujet a même déjà été traité en film. Je me rappelle vaguement avoir vu il y a fort longtemps une comédie intitulée « ce que pensent les femmes » avec Mel Gibson.
Donc, entendre les pensées des autres, est-ce un véritable pouvoir sur les autres ou finalement un handicap ?
David Selig, qui est le héros d cette histoire est donc affligé de ce don. Il entend effectivement les pensées de ses protagonistes depuis son enfance. Ce new-yorkais d'une quarantaine d'années se retrouve cependant à faire des devoirs pour les étudiants moyennant finances. Comment, alors qu'il possède ce don, ce talent inestimable en est-il arrivé là ?
Robert Silverberg nous entraine dans le sillage de la vie de David, avec des rétrospectives sur différentes étapes de sa vie présente et passée. Même si l'histoire date un peu, (le livre date de 1972) le contexte reste d'actualité. Différents thèmes sont abordés avec David Selig comme par exemple la solitude, la différence face aux autres.
Si vous aimez l'action et les coups de théâtre, passez votre chemin. Même si ce récit est clairement à sa place dans la catégorie fantastique (ou science-fiction si vous préférez), l'histoire est solidement implantée dans la réalité des années soixante-dix. On va aussi découvrir que le talent de David a tendance à s'étioler. Comment va-t-il pouvoir gérer cette future perte ? Apres tout, ce don a toujours fait partie de lui, même s'il n'a pas forcément su en tirer profit ou bénéfice …
J'ai beaucoup aimé cette histoire, et je reconnais que le talent de Robert Silverberg m'a bluffée. Ce n'est que le troisième livre que je découvre de cet auteur après Lettres de l'atlantide et Les Monades Urbaines, mais je pense que je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin, car j'en possède encore dans ma Pal.
Pour conclure, je saluerais Nadou, qui m'a proposé une petite lecture commune avec ce livre, et qui m'a permis cette belle découverte.

Challenge Robert Silverberg
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Dans les années 60, David est un type qui a l'air bien seul et un peu chiant il faut le dire .Sa vie ne fait pas rêver ! Et pourtant il est télépathe ...moi qui croyait qu'avoir un pouvoir c'était cool , Silverberg me fait bien douter . On est loin du super-héros et plus proche du super-zéro. L'auteur malmène les clichés et nous montre la face moins reluisante. En effet David est plutôt un "exclu social" , il a tendance, à cause de son pouvoir de télépathe à fuir la compagnie et à la faire fuir surtout . Son pouvoir est en train de le quitter justement ...alors bonne ou mauvaise nouvelle ?
J'ai trouvé ce récit bien construit , il questionne sur les limites de la télépathie et au-delà de ça sur l'intimité et les relations sociales. Bien sympa, encore !
Challenge auteur Silverberg
Challenge Mauvais genre
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Hugo tu cours après quoi ?
Après la mort
mais avant
La vie…

Alors marche mon ami, marche…

J'aimerai ne plus être en colère, ne plus être jaloux, ne plus être dans le non-sens même du sens lui-même, aller à contre courant d'objectifs incertains, en marge d'une société capitaliste érigée pour la gloire d'une élite hasardeuse promue chef de rang par la seule loi du hasard, à regarder ces gens se compétitionner le bout de richesse, « fier valoir » d'un système voué à l'inégalité, à la domination et à l'asservissement de masse, pour survivre il faut brouter, trouver sa place, sans écouter, sans penser, sinon, nous sommes condamnés à ne plus prospérer, il faut survivre et ne pas vivre, profiter du malheur des uns au détriment des autres qui galèrent pour un bonheur jamais rassasié, les mots définissent des illusions qui se meurent dans l'esprit, à jamais perdu au fond de l'inconscient.

Lire dans les pensées, nous le faisons sans cesse, nous tentons de deviner les attentions de chacun, pour anticiper, pour comprendre, pour s'adapter, pour être accepter et survivre…Nous sommes formatés depuis notre naissance à tromper notre ennui qui se leurre des rêves d'autrui, d'un bonheur envié mais insaisissable, instant capricieux ou nous pensons que… Mais déjà il s'envole vers d'autres délires.

Notre héros fait partit de ces gens qui poussent leur réflexion à la métaphysique, en marge de la société, incapables de trouver leur place au sein de la normalité, qui n'est que la norme qui lui ait attribué par notre société, pure fiction, ceux qui se perdent dans la philosophie, dans une quête de sens, à la recherche d'une vérité, qu'il ne trouveront probablement jamais car elle n'est qu'une croyance qui se dogmatise par l'intérêt que l'on veut lui donner… il y a de nombreuses variétés de réflexions, de pensées, de courants, l'absolu n'est que le temps présent, inexistant, alors ils se marginalisent, sans même profiter de leur richesse intellectuelle qui handicape la simplicité cruelle de toute vie, ils observent sans comprendre, car ils ont compris que l'on courait après le rien, mais en imaginant le tout… mais entre les deux c'est le néant, un monde parallèle plein de parasites insidieux qui leur fait de l'oeil doux, ils s'imaginent rien, improbable, incapable, perdu dans ce monde qu'ils ne reconnaissent pas.

L'imagination par la fuite, la drogue, sans profit, je m'en foutiste, et je t'emmerde…
Ils ont juste oublié de s'aimer.


A la vie tu seras torturé
A la mort tu seras gracié
Entre les deux tu seras baisé
Et tu baiseras l'immonde biaisé par l'éternelle quête de la sagesse
Celle là même éphémère qui te tend l'ennui, à cette paresse de l'esprit qui t'empêche de vivre de tant d'incompréhensions qui t'obsèdent et te perdent dans un monde ou la vie n'est que la vie, sans sentiment ni dessein, juste vivre pour sourire, pleurer et AIMER.

Moi je préfère parler de baise ou deux corps s'abrutissent, sans penser à demain, car demain… Inch Allah

A plus les copains
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Une expérience intéressante, relire ce roman lu vers 1975 alors que le bandeau science fiction était apposé sur tous les romans de Robert Silverberg.
Soit !
Près de cinquante ans après j'ai découvert un roman à la limite de l'autobiographie. Comme son héros David Selig, l'auteur est né en 1935 et a vécu la période faste du rêve américain et ses côtés les plus sombres.
Phobie de la guerre nucléaire, guerre froide, combats pour les droits civiques de la communauté afro-américaine, assassinat de Kennedy, libération sexuelle, expérience des drogues vue par Huxley, guerre du Viet-Nam et contestation du système, scandale du Watergate.
Selig connaît de près ou de loin, tous ces événements qui construisent sa détestation de la société et son retrait progressif des relations sociales.
La construction du roman autour du "don" télépathe de Selig m'est apparu comme une façon de stigmatiser la difficulté croissante de la société à maintenir des liens de communication entre les individus et le rejet de ceux qui refusent de s'intégrer au système.
Son "ami" Nyquist, qui lui aussi possède ce don, en profite (c'est le cas de le dire) pour devenir un trader reconnu sur la place de New-York et s'enrichir.
Selig, lui, ne veut utiliser ce don que pour mieux connaître les autres et savoir ce qu'ils pensent de lui...Cette limitation de son usage au monde des relations inter-individuelles explique son échec dans la vie, mais pour autant, peut on lui en vouloir ?
La dimension fictionnelle du récit de silverberg résulte dans cette dimension dont il a anticipé la survenance, la difficulté croissante à communiquer, le communautarisme et le rejet de celui qui est différent.
Un autre aspect intéressant du roman est la description scrupuleuse de l'activité grace à laquelle Selig survit, la vente de dissertations aux étudiants sportifs à la recherche de bonnes notes pour pouvoir rester dans l'équipe sportive de l'université.
On découvre un devoir époustouflant sur la comparaison des romans de Franz Kafka "Le Château" et le "Procès"...
Par ce roman, loin des Monades Urbaines ou Les temps parallèles, Silverberg montre qu'il sait écrire au-delà de la seule la SF.
À lire ou à relire !
"Je perçois quand même ça et là quelques bribes d'identité discrète : une impulsion de désir impérieux , un crissement de haine, une vibration de regret, un brusque ronchonnement intérieur qui s'élève de la totalité confuse exactement comme des petits bouts de mélodies disparates surgissent du barbouillage orchestral d'une symphonie de Mahler."
Lien : https://camalonga.wordpress...
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David Selig a un don, il peut lire dans les pensées des gens !

Vous allez me dire : Bah ! Encore un roman de SF avec un super-héros qui va sauver la planète d'un vilain méchant grâce à son pouvoir !?

Et bien pas du tout !

Si Selig utilise quotidiennement ce don qu'il a en lui depuis son enfance, cela ne l'a pas pour autant servi à améliorer sa vie. Quadragénaire, il n'a pas de boulot, ni d'amis, ni de compagne. Pour se faire un peu d'argent, il rédige des dissertations sur la littérature pour des étudiants, quand il n'en demande pas directement à sa soeur...

Il a un don, oui, un sacré don même... mais lui se considère comme un monstre, un voyeur, un violeur. Après tout, il entre dans la tête des personnes qu'ils croisent sans leur accord, découvre leurs secrets, leurs pensées les plus intimes. Si ce pouvoir lui permet de se sentir au plus proche des gens qu'il «ausculte», il se sent en même temps seul, car c'est à sens unique, et déprimé du fait qu'il perçoit alors leur nature profonde, pas forcément agréable à lire.

Selig n'a donc rien d'un héros, encore moins d'un super-héros, mais plutôt d'un anti-héros. Il se sent minable car n'a pas su exploité ce pouvoir qu'il vit finalement comme une malédiction.

Et puis, il se passe quelque chose de bouleversant pour Selig : ce don, il le perd chaque jour un peu plus... Il s'en rend compte et cela l'inquiète. Certes, le perdre serait peut-être finalement pour lui l'occasion d'avoir une vie nouvelle, normale, mais comment s'adapter ? Il a toujours vécu avec et ne voit pas comment il va pouvoir communiquer avec les autres sans ce pouvoir.

Dans ce roman, Selig est le narrateur et à chaque chapitre, il nous raconte un passage de sa vie, en lien avec ses capacités, qui nous permet de mieux le connaître et le comprendre. On va faire la rencontre de sa famille, de quelques amis et relations, de quelques amours aussi et découvrir toutes ses difficultés à établir des relations normales, à aimer.

Silverbeg écrit là un magnifique roman psychologique sur les relations humaines et leurs complexités. Ce n'est pas une histoire où l'on doit s'attendre à de grands rebondissements, mais l'écriture agréable de l'auteur nous laisse nous emporter dans ce récit où c'est le lecteur qui devient finalement une sorte de télépathe qui voyage dans le tête de David Selig.

A lire, incontestablement.

Lu dans le cadre du challenge «2018, l'année Robert Silverberg...»
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Le titre original de ce roman est « Dying inside », ce qui donne un tout autre éclairage de départ que cette « oreille interne » au jeu de mot astucieux, mais un peu plus éloigné de son sujet que le titre anglais. C'est bien d'une mort annoncée que souffre David Selig. Mais c'est celle de son talent particulier de pouvoir sonder l'esprit des être vivants qui l'entourent.

Il vient d'atteindre ses quarante ans. On est en octobre 1976. David Selig survit en proposant, contre rétribution, d'écrire des essais de littérature aux étudiants de l'université de Columbia intéressés. Et il est doué, car il prend soin de sonder chaque « client » afin de rédiger un devoir qu'ils auraient pu écrire. C'est un homme amer, qui a toujours vécu sa différence comme une malédiction ; sa vie amoureuse est alors presque inexistante mais deux compagnes l'ont marqué, Toni et Kitty. Elles l'ont quitté à cause de son don, même si elles l'ignoraient. Sa soeur Judith tient également un rôle important dans sa vie car elle est une des rares personnes au courant de ses capacités…

Voilà un roman de Robert Silverberg bien éloigné de l'univers de science-fiction auquel on l'associe plus volontiers. Il a été écrit en 1972, publié en France en 1975 et se passe en 1976, soit un décalage de quatre ans dans l'avenir. Sinon, à l'exception de quelques pages (fort intéressantes) sur l'origine des expériences américaines de Perception Extra-Sensorielle (P.E.S.) et de quelques autres sur le principe d'entropie, l'aspect scientifique est absent. Selig a le même âge que l'auteur, né en 1935. On sent que Silverberg a connu les époques dont il est question dans ce roman, puisque la narration inclut, dans le désordre il est vrai, les années d'enfance, d'adolescence et d'adulte de David Selig.

Le roman est truffé de citations culturelles plutôt ambitieuses, ce qui m'a vraiment plu : après seulement quelques pages on tombe par exemple sur du Beckett, mais beaucoup d'autres suivront. Je trouve ce côté « jeu de piste » assez enthousiasmant. Robert Silverberg n'hésite par à insérer deux chapitres où il donne à lire le résultat du travail de Selig pour ses étudiants : un sur la comparaison entre « le procès » et « le château » de Franz Kafka et l'autre (incomplet toutefois) sur le mythe d'Electre chez Eschyle, Euripide et Sophocle !

La narration pourtant ne souffre pas de ces citations que certains pourraient trouver indigestes. Tout d'abord parce que Silverberg n'est pas un auteur sage ; le politiquement correct n'est pas son fond de commerce. Et ensuite parce que les pages explicitement sexuelles sont nombreuses !

Ce roman est indéniablement le fruit de son époque : un concentré des expérimentations menées de la fin des années 1960 au milieu des années 1970.
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David Selig est un mutant, comme Charles Xavier des X-men, il lie dans les pensées. Il sait tout, ce que l'on pense de lui, ce que l'on cache, ce que l'on désire. Mais au lieu de lui profiter, son pouvoir l'écrase, le brise : comment vivre en couple quand on connaît les pensées les plus intime de sa conjointe, quand on entend ses reproches même s'il ne sont pas formulés à haute voix.
Personnage écrasé par ce pouvoir qu'il aime, David Selig a une existence minable sans amis, sans joie juste avec son don. Ce don qu'il commence à perdre, il le sent.

Silverberg surprend le lecteur en proposant une relecture originale mythe du super héros. Son personnage a un pouvoir mais il n'en tire pas d'avantages, il porte sa croix …

(lecture faite dans le cadre du "challenge" Silverberg 2018)
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Est-il possible d'avoir un pouvoir extraordinaire -la télépathie- et d'avoir totalement échoué en tous les domaines de l'existence ? Même si son cas n'est pas désespéré, David Selig sait qu'il ne mène pas le train de vie qu'un homme de son âge et de sa condition devrait avoir. Ce qui le dérange le plus dans cette situation, c'est le regard des autres, surtout lorsqu'il devine les pensées que ceux-ci croient lui dissimuler. Il est vrai qu'en dehors de cela, David Selig se satisfait plutôt bien de son mode de vie sans prétention. Célibataire, il a connu un nombre d'aventures suffisant pour savoir que la vie de couple n'est décidément pas ce qu'il recherche. Sans autre charge que celle de veiller à lui-même et à sa survie, il loge dans un appartement modeste mais suffisamment grand pour lui. Bien sûr, comme tout le monde, il nourrit un certain nombre de regrets et déplore peut-être de n'avoir pas eu une carrière à la hauteur des études qu'il s'est donné la peine d'effectuer, mais il s'en tire bien en jouant le nègre des étudiants en manque d'inspiration et en rédigeant à leur place leurs dissertations littéraires. La solitude est peut-être l'aspect de sa vie que David Selig regrette le plus, mais il l'accepte comme une fatalité inhérente à sa condition de télépathe. La différence isole, surtout lorsque cette différence donne le pouvoir de discerner clairement les pires immondices qui traversent l'esprit de chacun.



Dès son plus jeune âge, David Selig apparaît à son entourage comme un garçon intelligent et doté d'une acuité troublante. le petit se garde bien d'expliquer la raison d'une telle perspicacité et il cultive son pouvoir en essayant toutefois de l'utiliser à bon escient. Il sait que certains aspects de la vie psychique relèvent de l'intimité de chacun, et il se garde d'y poser son 3e oeil. Mais parfois, la tentation est trop forte, et David Selig ne peut s'empêcher de céder au voyeurisme, cédant au désir d'accéder aux pensées de deux adolescents qui font l'amour ou de sa petite amie en plein trip psychédélique. La désillusion, dans ces cas extrêmes comme dans les cas les plus ordinaires, est toujours immense. Alors qu'il pensait peut-être accéder à des expériences spirituelles supérieures, David Selig prend pleinement conscience de l'absurdité de la condition humaine rongée par le vice, l'égoïsme et le peur. Hanté par cette vision des choses, David Selig traverse l'existence comme un pèlerin solitaire, avec tout le cynisme né de ses incursions télépathiques.



Lorsque le pouvoir commence à s'estomper, alors que les pensées d'autrui se font de plus en plus opaques, David commence à paniquer. Ce qu'il avait toujours considéré comme une malédiction prend subitement une toute autre forme. Que va devenir Selig s'il perd la seule caractéristique de son être qui le différenciait des autres ? Comment pourra-t-il se définir si le pouvoir qui donnait un intérêt à son existence disparait ? Cette perte progressive sera pour Selig l'occasion de remettre en question plusieurs aspects de sa vie, notamment en ce qui concerne les rapports qui le lient à autrui. En effet, s'il ne peut plus sonder les arcanes des pensées de chaque nouvelle personne qu'il rencontre, il devra se confronter à leur individualité brute pour la découvrir au fil du temps. Un peu difficile pour quelqu'un qui n'a jamais été obligé de faire le moindre effort pour connaître autrui, mais l'ignorance s'avèrera finalement bénéfique pour l'homme blasé et désabusé qu'était devenu David Selig. Au fil des pages, la sérénité revient, même si la lutte dans l'espoir de recouvrer ses anciennes dispositions télépathiques est acharnée. Malgré bien des peines, entrecoupées de brefs espoirs, David Selig semble peu à peu devenir raisonnable. Il lui faut accepter de céder à la providence le don qu'elle lui avait confié sans raison. David craint de voir s'effacer sa personnalité mais il comprend que rien ne pourra faire disparaître l'expérience inédite qu'il aura acquise à traîner avec lui ce pouvoir extraordinaire. A présent, il lui faut simplement apprendre à vivre d'une autre manière.




Ce livre procure un plaisir de lecture indéniable. L'écriture est fluide et ne se limite jamais. Elle mélange allègrement considérations scientifiques, philosophiques et littéraires, s'infiltre dans la psychologie du personnage, alterne entre passé et présent avec une facilité étonnante. le récit est érudit et fourmille de références. Oreille Interne redonne toutes ses lettres de noblesse à la SF. D'ailleurs, s'agit-il vraiment de SF ? Dans le fond, la télépathie ne sert ici que de prétexte pour mettre en scène toute la dualité de l'homme possédé : dominé par une force qui le dépasse et qu'il déteste, en même temps qu'il y tient comme à la prunelle de ses yeux, terrorisé à l'idée de la perdre alors qu'elle le dévore. Dans ce récit, on peut aimer la peinture acerbe des relations humaines dressée par Robert Silverberg, mais ce qui est préférable par-dessus tout, c'est cette histoire d'un homme qui chemine durement pour parvenir à ce débarrasser de son obsession et à se définir au-delà de cette dépendance.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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