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Axel Nesme (Traducteur)Brigitte Vergne-Cain (Éditeur scientifique)Gérard Rudent (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253150169
391 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (18/04/2001)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 1033 notes)
Résumé :
K. cherche à rencontrer son employeur afin de prendre ses fonctions. Quoi de plus courant ? A l'image de cette motivation, le langage de Kafka est simple et sobre, contrairement aux péripéties engendrées par ce désir pourtant banal, mais dont la réalisation dépend du château. Cet édifice surplombe le village et en abrite toute l'administration. Trônant sur le destin de tous les habitants, il est impéné... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
JacobBenayoune
  18 juillet 2018
Encore un roman sauvé du feu par Max Brod, l'ami infidèle qui a trahi son compère au bonheur des lecteurs. Un roman inachevé, certes, mais qui touche déjà à la perfection.
Le héros, cette fois, est un arpenteur convoqué dans un Château pour accomplir une mission. Or, cet homme qui s'appelle K. ignore tout de ce lieu et de sa tâche. Une fois arrivé au village près du château, il se trouve dans un entourage hostile. Il est seul face à tout le monde. K. avance dans l'incertitude vers son objectif, comme il avançait dans cette neige épaisse. A chaque fois qu'il croit franchir une étape dans son parcours, il se trouve réduit au néant. Il est perplexe devant toute cette complexité et cette perfection administratives qui ne sont au fond qu'un leurre.
En effet, l'administration dans ce roman est présentée comme une Olympe où se vautrent des divinités invulnérables et intouchables. Les fonctionnaires sont au-dessus de la plèbe. Les autres doivent obéir et subvenir à leurs besoins. Or, en dépit de cette sacralisation de l'administration, on essaie de montrer à K. qu'il ne faut pas prendre les choses au sérieux (c'est le but de la mission des deux aides de l'arpenteur) et que sa mission, qu'il croit importante, est en vérité insignifiante et dérisoire. Sa présence au village devient absurde. Il est un étrange étranger qui avance dans l'ignorance totale des moeurs et coutumes du village et des règles de l'administration, mais avec un entêtement inlassable, il se croit à chaque fois sur la bonne voie. Ses tentatives l'éloignent du château alors qu'il croit le contraire. C'est comme le fameux regard d'Orphée. Son regard l'éloignera à tout jamais de sa bien-aimée. Même ceux qui veulent le renseigner l'enfoncent dans le doute et la perplexité par leurs dires contradictoires (le maire, les lettres de Klamm, la femme de l'aubergiste, l'instituteur, Pepi…) d'où l'impression qu'on tourne dans un cercle vicieux et que les scènes se répètent à l'infini mais toujours avec du nouveau. On lui fait voir en même temps la possibilité et l'impossibilité de son objectif. Kafka présente les choses d'une manière caricaturale, il exagère les traits de caractère et les situations. Parfois, on a l'impression de voir un film de Hayao Miyazaki, surtout lorsqu'il nous décrit les bureaux du Château et l'hôtel des Messieurs.
Dans le procès, le péché de Joseph K. était la négligence et l'insouciance, or dans le cas de l'arpenteur, son péché est peut-être l'impatience. Une impatience justifiée sans nul doute. K. est impatient de rejoindre son poste et d'exercer son métier alors que l'administration agit d'une lenteur intenable. K. est balancé d'une administration à l'autre et à chaque fois qu'on lui montre une lueur, une toute petite lueur, elle est tout de suite éteinte. K. ne veut pas entendre les vérités annoncées par les autres ; que sa convocation n'est qu'une erreur administrative, que sa relation avec Frieda va la perdre, que le messager fait tout son possible pour lui être utile…
Si K. est le personnage central du roman, les autres personnages méritent aussi notre attention. Chacun d'eux, surtout dans le cas des villageois, a su créer sa propre prison et angoisse. Ils vivent dans l'intense. Ils aggravent la situation avec leur raisonnement étrange. Observons la famille d'Olga qui a tout perdu à cause d'un acte simple et ordinaire et de leur manière à gérer la situation ; Pepi est sa façon de sacraliser le travail de serveuse ; la femme de l'aubergiste qui vit dans le passé d'une relation avec Klamm… Face à ces petites gens à l'existence mesquine vivent les fonctionnaires à tout jamais oisifs et toujours occupés, toujours présents et jamais saisissables.
Kafka est cet auteur qui peut à la fois nous faire rire et qui sait en même temps nous garder dans l'angoisse tout au long d'un chapitre. A la fin de la lecture, on a ce goût de l'infini, on a l'impression d'avoir manqué quelque chose ou de n'avoir pas saisi un sens ; ou au contraire d'avoir créé une interprétation fausse.
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Luniver
  20 mars 2015
Epuisé après sa longue marche, K. ne songe plus qu'à se reposer dans le petit village qu'il vient d'atteindre. Il lui faut toutefois une autorisation du château pour y passer la nuit. K. tente un coup de bluff en prétendant être un arpenteur recruté par le comte, et, à la surprise générale, l'administration du château confirme K. dans ses fonctions, et lui adjoint même deux aides pour l'assister dans sa tâche.
Au petit matin, K. tente d'éclaircir ce mystère, d'autant plus qu'on lui confirme rapidement qu'aucun travail d'arpentage n'est nécessaire dans le village. Mais tous ses efforts pour contacter l'administration se révèlent vains. On refuse de le recevoir, les fonctionnaires qu'il guette à la sortie de leur bureau préfèrent rester cloîtrés. Son comportement choque d'ailleurs les habitants du village, habitués à plus de respect pour cette prestigieuse organisation et incapables de comprendre autant d'obstination à déranger des personnalités respectables pour une requête aussi insignifiante.
Mais K. s'entête, multiplie les démarches. Il ne parvient toutefois qu'à se fâcher avec tous les habitants qui lui prodiguent des conseils, et les contacts qu'il pensait proches du château avouent au final ne pas comprendre le fonctionnement exact de l'administration et d'être même incapables de reconnaître avec certitude un fonctionnaire important. Et quand par hasard survient une petite ouverture, il la gâche par son comportement inadapté. Pendant ce temps, le château lui envoie des lettres pour le féliciter de son travail d'arpenteur qu'il ne peut accomplir…
Notre attitude envers K. se modifie au fil du récit. Au départ, on le soutient dans son combat contre ce système arrogant, on applaudit sa combativité, à l'inverse des habitants du village totalement soumis. Mais on comprend ensuite, bien plus vite que lui, que ses efforts resteront sans effet, qu'il s'agite pour rien. Son comportement devient alors pesant, pénible et épuisant. Ce roman est resté inachevé, mais je n'ai pas été surpris d'apprendre que Kafka comptait d'ailleurs faire mourir K. d'épuisement à la fin du récit. Il aurait bien été capable de faire mourir son lecteur de la même manière.
Le château est un roman qui nécessite beaucoup de concentration, mais j'imagine que personne n'a l'idée de lire Kafka pour se détendre sur la plage de toute façon. On peut y trouver plusieurs niveaux de lecture : on peut se contenter d'y trouver une critique des administrations tellement lourdes qu'elles perdent le contact avec la réalité, mais on peut également voir le château comme le symbole d'un idéal impossible à atteindre : le bonheur ou même le paradis pour certains commentateurs qui estiment que la religion est très présente dans l'oeuvre de l'écrivain.
Je conseille de bien choisir le moment pour ouvrir ce livre, car il nous force à tordre nos réflexes pour les adapter à sa logique particulière, mais quand on est dans les bonnes dispositions, c'est un vrai régal.
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CorinneCo
  17 août 2016
Sur les pavés luisants des ruelles de Prague, l'ombre s'allonge, à peine découpée par le peu de lumière suintant des lampadaires. C'est une pénombre idéale et silencieuse. Des façades colorées, immobiles, des fenêtres sombres, des rues désertes ; une scénographie de théâtre oublié. Prague soupire ou chuchote, rien de bouge pas même la Vlata; dans ce décor qui n'en est pas un, s'évapore la silhouette de Franz Kafka. Ce profil aigu à quoi pense-t-il ? Au château ? Métaphore obsédante de la persécution ? Mais jusqu'où va ce sentiment d'oppression ? Jusqu'où vont le jeu et la réelle angoisse ?
Il y a une belle part de divertissement dans ce livre comme si Kafka s'était dit « jusqu'où aller le plus loin dans la loufoquerie, l'absurde, la bêtise et l'angoisse.
Qui est K ? Pourquoi s'obstine-t-il à vouloir rester dans ce village où l'hostilité à son égard va grandissante ? Que peut-il espérer dans cette contrée inconnue dominée par un château, Paradis inaccessible et vain. Cet Eden qui par le peu de description qu'en font les protagonistes de cette histoire – ceux qui arrivent à pénétrer à l'intérieur – ressemble plutôt à une aberration infernale.
Ce livre est un maelström touffu d'écriture, belle et trompeuse. Car que lit-on vraiment ? Suivant l'angle de perspective l'histoire change. K commente les faits et les villageois font de même. Dans un même paragraphe une idée est interprétée deux ou trois fois différemment. Est-ce une série de malentendus ? de déformation pathologique de la pensée, des faits ? Un mot peut tout changer.
Les « Messieurs » - l'administration – sont tellement ridicules que leur pouvoir en est glaçant. le sentiment amoureux apparaît comme un « moyen » pour obtenir des miettes. La réputation, l'attitude, se détricotent et se re-tricotent à l'envers suivant le moment. Les personnages de cette histoire sont des marionnettes, toujours en porte à faux avec K. D'ailleurs on finit par songer que K. affabule, travesti la vérité. Mais cela peut-être aussi le cas des villageois ! Comment en parler et les décrire avec justesse puisqu'ils sont si….. multiples dans leur psyché. L'écriture de Kafka est en équilibre et c'est un réel plaisir de se sentir funambule.
Le village est un lieu clos et obscur. Les règles qui le régissent peuvent paraître impénétrables, sans fondement réel. Ce village pourrait faire écho au village du N°6, une résonnance faible soit, mais une résonnance quand même.
D'ailleurs ce château existe-t-il ou n'est-il qu'un fantasme ou une vision ? Notre propre folie ou notre propre absurdité ? A la fin (même si ce livre n'a pas été achevé) il y a le Néant. K est énigmatique, le village, les villageois aussi et le Château est une ombre dans la brume. L'histoire de K n'a pas de fin, ni de solution ; c'est une spirale s'enfonçant dans les limbes de l'inconscient.
La statue de Franz Kafka pointe du doigt rue Dusni. le château sommeille sur les hauteurs de Prague.
L'ombre de K n'a pas fini d'arpenter les rues du quartier Josefov ; dans le labyrinthe de son esprit il crie.
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Moglug
  13 décembre 2014
Voilà bien des mois que le château siégeait au sommet d'une pile de livres à lire gigantesque et vacillante. Encore une fois, le challenge ABC Critiques est l'occasion de le remettre à portée de main.
L'histoire débute lorsque un arpenteur – que l'on qualifierait de nos jours de topographe ou de géomètre – nommé ici simplement K. – à l'image d'un certain Joseph K., personnage principal du Procès – débarque au « village », tard, un soir d'hiver. Il choisit de passer la nuit dans une auberge et d'attendre le lendemain pour se rendre au château où il a rendez-vous, croit-il, pour sa prise de fonction. Débute alors pour lui un enchainement d'évènements tous plus absurdes les uns que les autres.
Avec ce roman inachevé, publié en 1926 à titre posthume par le philosophe Max Brod, proche de l'auteur, je me retrouve à nouveau plongée dans ces ambiances typiques de Kafka. Absurdité, vacuité de l'existence, répétitions incessantes et infernales de faits similaires, acharnement vain, tentative échouée de rébellion, renoncement parfois, paranoïa aussi : tel est le lot de l'arpenteur.
Les quelques cinq cents pages du roman ne relatent finalement que quelques jours de l'existence de K. Cette contraction du temps, loin de l'accélérer, au contraire, semble le ralentir à l'extrême. En quelques heures des processus qui s'étaleraient sur plusieurs années dans une vie « normale » sont acquis et intégrés par les personnages comme des faits établis : les fiançailles de l'arpenteur en sont l'exemple le plus frappant.
Ce roman propose plusieurs niveaux de lecture et je ne sais pas toujours où me situer. Les personnages semblent tour à tour prisonniers d'eux-mêmes et de leurs propres pensées, incapables ou si peu de communiquer réellement et sincèrement entre eux, ou soumis à une autorité supérieure et indéfinie, celle du château. Pourtant, paradoxalement, si le château est au centre du roman et influence tous les faits et gestes des villageois, jamais la relation n'est véritablement établie avec lui ou ses employés. Masse imposante et informe, à qui ou à quoi puis-je identifier ce château ? A mon propre esprit auto-censuré ? Au « système », à la société ou à toute forme d'autorité politique extérieure à moi et qui viendrait contraindre mes choix ? La question du choix est centrale : absence de choix ou mauvais choix sont fréquents dans la vie des différents personnages. Y-a-t-il seulement un bon choix possible ?
De manière récurrente, je me suis demandée pourquoi l'arpenteur ne quittait pas les lieux tout simplement. Pourquoi ne continue-t-il pas sa route vers d'autres contrées plus heureuses ? Plusieurs réponses sont apportées, l'arpenteur se justifie de rester pour sa fiancée, pour l'emploi qui lui est promis, mais aucune ne me convainc réellement, contribuant à renforcer ce sentiment de réflexions en vase clos et de barrières imposées par une autorité créée de toutes pièces par ceux qui la subissent.
Je pourrais continuer longtemps cette liste de questions. Une fois de plus, Kafka décrit à merveille l'absurdité de notre condition humaine sans jamais la résoudre. Il met en évidence les constructions mentales erronées de l'individu retranché sur lui-même. Il démontre la vacuité de ses sursauts de rébellion voués à l'échec en vue d'accéder à un idéal abstrait et sans doute inexistant. Il me laisse avec mes interrogations et m'invite, vainement sans doute, à le lire et le relire encore, à travers son journal, ses correspondances, romans et nouvelles, en quête d'une réponse intime qu'il ne m'offrira pas. Car c'est bien à moi, et au lecteur intimement, que Kafka s'adresse avec toute l'implacable et froide distance dont il sait faire preuve.
Lien : http://synchroniciteetserend..
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A_fleur_de_mots
  14 avril 2020
Kafka est un auteur mondialement connu mais pourtant, profondément incompris, de son vivant mais aussi par la postérité. Il est connu pour deux nouvelles achevées et trois romans inachevés, dont le Château.
Il est bien dommage que la maladie ait emporté ce génie littéraire bien trop tôt avant qu'il n'ait pu terminer ses oeuvres littéraires, jugées par lui-même de piètre qualité. Car ses romans inachevés restent une énigme pour le lecteur et rend la lecture assez frustrante même si le génie est bien présent et la plume est d'une rare beauté. La lecture est frustrante car les parties de ce roman sont bien inégales, certaines étant bien construites et fournies quand d'autres laissent des “trous” dans la narration et perdent totalement le lecteur sur les intentions ou les suites que Kafka voulait donner à son roman. La fin de ce dernier est d'ailleurs abrupte et laisse le lecteur totalement perplexe et sans réelle compréhension de l'intrigue et de ce que Kafka voulait léguer à son lecteur par ce récit.
Pour revenir à ce roman, je dois avouer que les différentes analyses de lecture que j'ai lu ici et là ne m'ont pas convaincue du tout sur l'intrigue et le roman lui-même; le Château, par son caractère inachevé, laisse à l'interprétation libre du lectorat et nous permet de nous concentrer uniquement sur le texte brut et les sensations de lectures. Et sur ce point, je dois avouer que Kafka n'a pas son pareil pour créer des ambiances angoissantes, mystérieuses, de huis-clos avec une forte prépondérance pour la fatalité, la notion de la culpabilité et l'arbitraire. Car de l'arbitraire, il en est question dans ce roman avec toutes les conséquences sur le destin de la victime que cet arbitraire peut avoir.
Le roman commence par une nuit d'hiver enneigée où K., notre protagoniste, arrive dans un village inconnu surmonté par un Château à peine perceptible dans le brouillard de la nuit. Il demande asile pour la nuit dans la première auberge qu'il trouve où il reçoit une hospitalité précaire et réticente car il n'a pas de sauf-conduit de la part du Château pour rester dans le village. Lassé par sa journée de marche, et pris d'une grande fatigue, K. insiste mais se fait réveiller au milieu de la nuit par un fonctionnaire pour lui demander son sauf-conduit. Afin d'éviter des complications et pensant gagner du temps, K. s'invente être envoyé par le Château pour une mission d'arpenteur et laisse entendre que le lendemain, toute la situation au grand jour sera résolue. le fonctionnaire montrant du zèle appelle le Château pour confirmation des dires de K. et au grand étonnement de ce dernier, sa mission imaginaire est confirmée. de cette première situation rocambolesque, K. sera mis constamment à l'épreuve devant l'absurdité de la situation et l'arbitraire des décisions administratives.
C'est bien le premier roman de Kafka où même si le nom du village n'est pas cité fait penser immédiatement à Prague, par l'ambiance des rues, et son château mystérieux sur cette colline, qui semble ni habité ni accessible au promeneur. Ce château qui bien qu'en dehors de la ville et du roman est un personne à part entière.
Kafka nous plonge dans un village mystérieux, où toutes les décisions semblent dépendre du bon vouloir du Château mais personne ne semble vraiment pouvoir confirmer si ce dernier est habité et si le Lord vit bien dedans. Nous sommes devant une figure autoritaire qui a droit de vie et de mort sur la fortune et la déchéance des habitants du village autour d'une administration complexe dont le fonctionnement semble incompréhensible et la hiérarchie écrasante. le poids de la culpabilité est énormément présente. Sans le savoir, K. se rend coupable par son ignorance des règles en place dans le village et par le Château de fautes graves que personne ne peut lui expliquer. Face à l'arbitraire de cette situation totalement ubuesque, le pauvre K. est condamné à l'épuisement physique et psychologique car son libre-arbitraire est nié et sa liberté individuelle réduite à néant. Devant autant d'arbitraire, les situations que vivent K. sont incompréhensibles et laissent le lecteur plus que perplexe.
Comme toujours dans les oeuvres de Kafka, cette culpabilité du protagoniste peut être interprétée par son judaïsme et l'angoisse que la non connaissance de la Loi hébraïque fait naître en lui, car né d'une famille juive déjudaïsée. Cet arbitraire et cette angoisse de culpabilité peut tout aussi être interprété par le prisme psychologique de la vie personnelle de Kafka: son père est un être tyrannique et autoritaire, qui donne très peu de liberté à son fils (ce sentiment d'être constamment surveillé que l'on ressent dans le Château), le jugeant constamment et peut faire preuve de colères terribles dont son fils est le coupable tout désigné sans que ce dernier ne sache vraiment ce qu'il a fait pour être responsable de cette colère.
La présence des femmes est aussi très importante dans ce roman (comme dans toutes les oeuvres de Kafka d'ailleurs), elles sont d'ailleurs les personnages auxiliaires en majorité qui tentent toujours d'aider K. d'une façon ou d'une autre. Pourtant, elles sont à la fois des êtres forts capables de prendre des décisions importantes mais sont toujours réduites à des êtres manipulateurs et séducteurs. Je suis dans l'incapacité de comprendre le rôle des femmes dans l'oeuvre de Kafka et je trouve cela bien dommage.
Un roman que je trouve extrêmement intéressant sur de nombreux aspects, bien mystérieux et qui par les nombreuses sensations et les nombreuses questions qu'il laisse sur le lecteur est un lecture incontournable pour se plonger dans l'oeuvre de ce génie littéraire bien peu compris.
Bonne lecture!
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Citations et extraits (67) Voir plus Ajouter une citation
dourvachdourvach   05 août 2019
Il était tard lorsque K. arriva. Une neige épaisse couvrait le village. La colline était cachée par la brume et par la nuit, nul rayon de lumière n'indiquait le grand Château. K. resta longtemps sur le pont de bois qui menait de la grand-route au village, les yeux levés vers les hauteurs qui semblaient vides.
Puis il alla chercher un gîte ; les gens de l'auberge n'étaient pas encore au lit ; on n'avait pas de chambre à louer, mais, surpris et déconcerté par ce client qui venait si tard, l'aubergiste lui proposa de le faire coucher sur une paillasse dans la salle. K. accepta. Il y avait encore là quelques paysans attablés autour de leurs chopes, mais, ne voulant parler à personne, il alla chercher lui-même la paillasse au grenier et se coucha près du poêle. Il faisait chaud, les paysans se taisaient, il les regarda encore un peu entre ses paupières fatiguées puis s'endormit.
Mais il ne tarda pas à être réveillé ; l'aubergiste se tenait debout à son chevet en compagnie d'un jeune homme à tête d'acteur qui avait des yeux minces, de gros sourcils, et des habits de citadin. Les paysans étaient toujours là, quelques-uns avaient fait tourner leurs chaises pour mieux voir et mieux entendre. Le jeune homme s'excusa très poliment d'avoir réveillé K. et se présenta comme le fils du portier du Château, puis déclara :
" Ce village appartient au Château ; y habiter ou y passer la nuit c'est en quelque sorte habiter ou passer la nuit au Château. Personne n'en a le droit sans la permission du comte. Cette permission vous ne l'avez pas ou du moins vous ne l'avez pas montrée. "
K. s'étant à moitié redressé passa la main dans ses cheveux pour se recoiffer, leva les yeux vers les deux hommes et dit :
– Dans quel village me suis-je égaré ? Y a-t-il donc ici un Château ?

[Franz KAFKA, "Das Schloss" (Le Château), chapitre I : "L'ARRIVEE", probablement composé en janvier-février 1922 – traduit de l'allemand par Alexandre Vialatte pour les éditions Gallimard, 1938]
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LuniverLuniver   19 mars 2015
— Voilà, dit-il, de quoi il s'agit. Il y avait autrefois, au débit, une certaine Frieda, une serveuse ; je ne sais que son nom, je ne la connais pas, elle ne m'intéresse pas personnellement. Cette Frieda a servi parfois de la bière à Klamm. Il semble qu'on l'ait remplacée. C'est un changement sans importance, probablement, pour qui que ce soit ; en tout cas certainement pour Klamm. Mais plus la tâche est considérable – et nulle ne l'est autant que celle de Klamm –, moins il reste de force à l'homme pour se protéger contre le monde extérieur ; la moindre modification apportée à la moindre chose peut le déranger très sérieusement. Le changement de place des objets qui se trouvent sur son bureau, la disparition d'une petite tache qu'il avait l'habitude de voir, autant de riens qui peuvent le gêner ; une nouvelle servante également. Évidemment nulle de ces choses ne dérange Klamm, même si elle est de nature à déranger tout autre ; il n'en saurait être question. Nous n'en sommes pas moins tenus de veiller au bien-être de Klamm au point d'éliminer autour de sa personne jusqu'aux risques de dérangement qui n'en serait pas pour un homme comme lui – probablement rien ne le dérange –, mais qui peuvent nous paraître tels. Ce n'est pas à cause de lui, ce n'est pas pour son travail, que nous éliminons ces risques, mais pour nous, pour notre conscience, le repos de notre esprit. C'est pourquoi cette Frieda doit revenir au débit ; immédiatement ; il est possible que ce retour soit par lui-même un dérangement ; expérience faite, dans ce cas nous la chasserons de nouveau ; en attendant elle doit revenir.
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gouelangouelan   28 mars 2015
Les fonctionnaires sont des gens très capables, mais dans une seule spécialité ; quand une question est de leur ressort, il leur suffit d’un mot pour saisir toute une série de pensées, mais s’il s’agit d’une chose qui sort de leur rayon on peut passer des heures à la leur expliquer, ils remuent la tête poliment mais ils ne comprennent pas un mot. Et c’est bien naturel ; vous n’avez qu’à chercher à comprendre les petites questions administratives qui vous concernent personnellement, des affaires de rien du tout qu’un fonctionnaire règle d’un haussement d’épaules, cherchez à les comprendre à fond, vous aurez trouvé du travail pour toute votre vie et vous n’en viendrez pas à bout.
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LuniverLuniver   09 mars 2015
Klamm parlerait avec vous ! Mais il ne parle même pas avec les gens du village, il n'a encore jamais parlé personnellement avec personne du village. C'était le grand honneur de Frieda, un honneur qui restera ma fierté jusqu'à ma fin, que Klamm prononçât quelquefois le nom de Frieda quand il l'appelait, qu'elle pût lui parler à son gré et qu'elle eût reçu la permission de regarder par le trou de la porte ; mais, même à elle, Klamm n'a jamais parlé. Et s'il appelait quelquefois Frieda, cela n'a pas forcément l'importance que certaines gens aimeraient attribuer à la chose, il criait simplement « Frieda ! » – qui peut savoir ses intentions ? ; si Frieda – c'est trop naturel – accourait à cet appel c'était son affaire, et s'il lui permettait d'entrer sans y faire objection, c'était un effet de sa bonté, mais qu'il l'ait appelée pour la faire venir personne ne peut l'affirmer.
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agenetagenet   25 janvier 2014
- C'est l'arpenteur, dit une voix d'homme
Puis, l'homme vint à la fenêtre et demanda, sans brutalité, mais cependant sur le ton de quelqu'un qui tient à ce que tout soit en ordre devant sa porte:
- Qui attendez-vous?
- Un traîneau qui me prenne, dit K.
- Il ne passe pas de traîneau ici, dit l'homme, il n'y a aucune circulation.
- C'est pourtant la route qui mène au Château, objecta K.
- Peu importe, dit l'homme avec une certaine cruauté, on n'y passe pas.
Puis ils se turent tous deux. Mais l'homme réfléchissait sans doute à quelque chose, car il gardait sa fenêtre ouverte: il en sortait de la fumée.
- Un mauvais chemin, dit K. pour lui venir en aide.
Mais l'homme se contenta de répondre:
- Evidemment.
Il ajouta pourtant au bout d'un instant:
- Si vous voulez, je vous emmènerai avec mon traîneau.
- Oui, faites-le, je vous prie, répondit K. tout heureux, combien me demanderez-vous?
- Rien, dit l'homme...
K. fut très étonné.
- Vous êtes bien l'arpenteur? dit l'homme, vous appartenez au Château! Où voulez-vous donc aller?
- Au château, fit K. hâtivement.
- Alors, je ne vous prends pas, dit l'homme aussitôt.
- J'appartiens pourtant au Château, dit K. en reprenant les paroles propres de l'homme.
- Ça se peut, dit l'homme sur le ton d'un refus.
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