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Michel Rivelin (Traducteur)
ISBN : 2253072257
Éditeur : Le Livre de Poche (01/06/2000)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 604 notes)
Résumé :
La planète Terre en l'an 2381: la population humaine compte désormais plus de 75 milliards d'individus, entassés dans de gigantesques immeubles de plusieurs milliers d'étages. Dans ces monades, véritables villes verticales entièrement autosuffisantes, tout est recyclé, rien ne manque. Seule la nourriture vient de l'extérieur. Ainsi, l'humanité a trouvé le bonheur. Des bas étages surpeuplés et pauvres aux étages supérieurs réservés aux dirigeants, tous ne vivent que ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (68) Voir plus Ajouter une critique
thimiroi
  11 avril 2018
Les Monades urbaines ou "le meilleur des mondes" selon Silverberg.
Comment rendre heureux 75 milliards d'êtres humains ? Comment concilier utopie et surpopulation ? Robert Silverberg nous propose une réponse dans Les Monades urbaines.
Le titre américain du roman est « The World inside » ; le « monde à l'intérieur », c'est à la fois la société à l'intérieur de la monade urbaine 116, un immense immeuble de trois mille mètres de haut peuplé de presque neuf cents mille habitants, et les individus qui composent cette société.
C'est un Silverberg au sommet de son art qui exprime toute la sensibilité de magnifiques personnages : Aurea qui refuse de partir s'installer dans une autre monade, Dillon le musicien virtuose, Sigmund l'ambitieux qui manque d'assurance, Micaël qui rêve d'aventures...
Bien qu'enfermés dans cet univers vertical, les habitants y semblent heureux : ils vivent dans une aisance relative, travaillent modérément, jouissent d'une totale liberté sexuelle. Mais cette société se caractérise par une politique nataliste aberrante : plus on a d'enfants, plus on est considéré !
En outre, cette apparente utopie révèle des failles inquiétantes : le pouvoir des maîtres de la monade ne repose sur aucune légitimité, hommes et femmes se doivent d'être sexuellement disponibles à quiconque le souhaite, les individus insatisfaits sont supprimés sans possibilité de se défendre DANS LA PLUS COMPLETE INDIFFERENCE et, plus inquiétant encore, les personnes âgées sont étonnamment absentes de cet univers, à quelques exceptions près (les maîtres de la monade). QUE SONT-ELLES DEVENUES ? Dans un monde qui n'accorde de crédit qu'au fait d'engendrer et d'élever les enfants, l'existence des personnes âgées ne semble avoir aucune justification…
Quant au monde extérieur, les eaux ont monté et les anciennes cités ont disparu, il n'y a plus d'animaux, plus de nature sauvage, rien que d'immenses plantations, des plantations qu'il faut sans cesse étendre pour nourrir la population croissante des monades : jusqu'à quand ? Tôt ou tard, même si l'échéance est repoussée, il y aura trop de bouches à nourrir : les monades ne seront plus correctement approvisionnées, l'utopie se transformera en cauchemar…
Un univers et des personnages qui ne se laissent pas facilement oublier.
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BazaR
  25 mars 2018
Ça y est ! L'humanité a enfin trouvé la solution au problème de la surpopulation. Il faut remplir en vertical.
Imaginez des constellations de tours qui s'élèvent à trois kilomètres au-dessus du niveau de la mer, entourées de champs et de zones d'élevage à perte de vue. Imaginez que chaque tour – chaque monade – constitue une société en soit que la plupart des habitants ne quittent jamais. le second principe de la thermodynamique y a été vaincu tellement le recyclage est efficace. Tout y est disponible, le travail n'est pas harassant, le plaisir du sexe libre et la reproduction sont des devoirs, les loisirs sont nombreux. Oh il y a bien une hiérarchie – les manoeuvres en bas et les dirigeants en haut – mais pas de conflit de caste. Pourquoi y en aurait-il quand tout est disponible à foison ?
Alors quoi ? Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ? « le meilleur des mondes » ; l'expression est lâchée. Après avoir présenté le fonctionnement de ses monades, Robert Silverberg s'attache essentiellement à des personnages qui ont quelques difficultés d'adaptation. Parfois ce n'est pas grand-chose – comme pour Jason qui éprouve de la jalousie car son épouse semble éprouver plus de plaisir dans d'autres bras que dans les siens. Quelle drôle d'idée la jalousie ! – parfois c'est une catastrophe comme pour Auréa qui fait partie des tirées au sort pour partir peupler une nouvelle monade ou comme pour Micael qui rêve tant de découvrir l'extérieur.
Cependant il faut faire attention avec la déviation de la norme dans les monades. La sanction est rapide… et définitive.
Le meilleur des mondes.
Robert Silverberg maîtrise à la perfection l'art de nous projeter dans les pensées, les doutes, les peurs et les joies de ses personnages. C'est toujours terriblement criant de vérité. Nul doute que nous avons affaire à de véritables êtres humains ici. L'action est secondaire ; la peinture d'un monde et des gens qui la composent prime sur le reste. L'auteur se lâche parfois comme s'il se lançait un défi : la description d'un concert utilisant des instruments inconnus – mélange d'un planétarium en 3D et de musique de Jean-Michel Jarre est hallucinante. Je pense que certains de mes co-lecteurs durant la LC ont pensé que c'est Silverbers qui avait fumé, et pas que du tabac. Dans d'autres scènes, il exploite son expérience passée d'écrivain de porno pour nous brosser des orgies de chair qui ne déplairaient pas à Jodorowsky.
Ce monde parfait cacherait donc une part d'ombre. La belle affaire. Depuis que j'ai lu des essais de madame Ursula le Guin, je suis convaincu qu'elle a raison quand elle prétend que toute société, aussi belle paraît-elle, cache quelque chose qui va heurter la morale de certains, et plus facilement la morale de ceux n'appartenant pas à la société en question. Robert Silverberg n'est pas dupe. Même s'il construit une utopie dont il s'attache ensuite à montrer les imperfections, il prend du temps – à travers Jason l'historien – pour mettre en rapport les points positifs et négatifs de la société des monades en comparaison de la nôtre. Ces gens ne savent plus ce qu'est la guerre, la faim ou la maladie. Les cavaliers de l'apocalypse ont été vaincus, tous sauf la mort. Mais ils sont privés de la liberté de penser ce qu'ils veulent. L'auteur pèse.
Une petite déception tout de même concernant le sort réservé à Siegmund, le futur dirigeant. Oh le choix fait par Silverberg le concernant est tout à fait valide et apporte de l'eau à son moulin. Mais je pense que j'aurais plus apprécié de lire un portrait d'un homme qui acquiert petit à petit l'état d'esprit d'un dirigeant tel que Nissim Shawke, plutôt que celui d'un homme qui « dévie ». Un portrait plus empreint de cynisme.
Un excellent roman à épisodes qui me rappelle que « le meilleur des mondes », d'Aldous Huxley, manque à ma culture.
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Erik35
  08 juillet 2017
CROISSEZ ET MULTIPLIEZ ET REMPLISSEZ LES MONADES ! (OU CHUTEZ)
Projetons violemment notre univers terrestre quelques deux siècles et demi plus loin. En 2381, pour être parfaitement précis. Il n'est désormais plus question d'urbanisme anarchique de nos villes-champignons. Il ne s'agit plus de problèmes cruciaux de guerres, de luttes économiques, politiques, impérialistes entre état. Il ne s'agit plus guère de savoir comment parvenir au bonheur pour tous et pour chacun. Il ne s'agit même plus de savoir comment réguler l'ensemble de la population mondiale afin de la faire tenir sur une planète décidément trop petite et aux contours assurément définitifs. Non ! Tout cela, c'était des problèmes "pré-urbmonadiaux" tels qu'ils s'en trouvaient, de manière aussi exaspérante qu'irrésolue, dans les siècles précédents, et surtout au long de ce XXème siècle plein de toutes ces angoisses et de son chaos chronique, sans espoir.
Désormais domine, pour le bien de tous et son bonheur universel : La MONADE. Et pas n'importe laquelle : la MONADE URBAINE.
Qu'en est-il exactement de ce qui, chez les grecs pythagoriciens, représente cette unité métaphysique parfaite ou, chez les néoplatoniciens chrétiens est en quelque sorte dieu le père soi-même, son propre roi et son ultime unité ? Plus tardivement, c'est encore le célèbre mathématicien et philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz qui développera le plus cette idée, la monadologie, selon laquelle, pour résumer très vite, tout être est soit une monade soit un composé de monades. Qu'en déduire, alors, de ces fameuses monades urbaines ? Qu'elles sont des unités parfaites composées, chacune, d'un peu plus de huit cent mille individus vivant dans ces tours gigantesques, dignes de Babel (mais d'une seule langue), se projetant vers le ciel à une hauteur de trois kilomètres, larges à leur base, légèrement profilées et pointues plus l'on se rapproche du sommet ; qu'elles sont composées de "villages" de trente à quarante mille de ces animalcules humains, villages re-nommés selon des noms aujourd'hui disparus de villes anciennement étales, horizontales et non verticales comme c'est désormais le cas ; que chacun de ces "villages" est composé d'une population relativement homogène, qui d'agent de maintenance, qui d'ouvriers manufacturiers, qui de petits fonctionnaires, qui d'artistes, qui encore d'intellectuels et de chercheurs ou, vers les cimes, d'administrateurs de premier plan ; que tout ce monde là vit (survit ?), «Dieu soit loué, Dieu soit loué !» avec onction dans la bienheureuse indolence de qui ne connait jamais le moindre vrai conflit, l'égoïsme de notre époque ayant été purement et simplement banni de ce monde vertical, de même que la multiplicité des religions (il n'y en a plus qu'une, mais qui n'est pas excessivement dominatrice), des langages, des idéaux, etc. Comment ? C'est fort simple : il n'y a plus de tabou : plus de pudeur, plus le moindre sens de la propriété, tout appartient plus ou moins à tous, y compris les êtres, on se marie encore, mais cela relève plus de la prescription pratique et administrative permettant à tout un chacun de croître et de multiplier au sein d'une famille nucléaire, puisque hommes et femmes se fécondent les uns les autres sans autre forme de procès, qu'il est de bon ton qu'à la nuit tombée, ces messieurs pénètrent la couche des femmes, connues d'eux ou parfaitement inconnues - le mari fut-il présent- ; que l'homosexualité, ou plus exactement la bisexualité n'y sont pas le moins du monde découragés, sauf qu'il faut, tôt ou tard, procréer, qu'aucun appartement n'étant jamais verrouillé . de toute manière, qu'y aurait-il à voler puisque tout le monde possède plus ou moins les mêmes choses, pourvu que l'on demeure dans sa strate socio-urbanistique.
Ainsi, l'on baise beaucoup dans Les Monades urbaines - que les yeux chastes se rassurent, l'ouvrage n'est en rien un livre érotique ni pornographique. On y trouve bien, de loin en loin, quelques moments un peu plus "torrides", mais dans l'ensemble les scènes de copulation brièvement décrites y ressemblent à ce que peuvent être des scènes d'amour sans la moindre forme de sentiment, de purs besoins physiologiques à assouvir : des actes parfaitement mécaniques et relativement répétitifs -. Mieux, on "défonce" et se défonce (certaines substances hallucinogènes - de type LSD, époque de rédaction de ce livre oblige - y sont en effet sont parfaitement légales) en permanence, dès que les individus sont nubiles : neuf ans pour les plus précoces, onze à treize en moyenne, et dans cette société où n'existe aucune forme de contraceptif, où la simple idée de pouvoir contrôler les naissance est conçue comme une idée déviante, abominable et illégale, le problème de la surpopulation ayant été réglé par la verticalité, la famille (très) nombreuse y est une sorte de bénédiction.
Robert Silverberg, dont c'est là, assurément le plus connu et, très probablement le meilleur des ouvrages, va ainsi développer son utopie, chapitres après chapitres, en nous présentant quelques uns de ses membres : un "sociocomputeur" nommé Charles Mattern, un jeune couple destiné à voyager - horreur ! - vers une monade nouvellement créée, la monade 116 où se déroule l'action étant sur le point d'atteindre ses limites en population ; on suit quelques temps un artiste, Dillon Chrimes, joueur de vibrastar génial et heureux de son existence ; on va croiser deux beaux-frères, Jason, historien sans grande ambition, spécialiste de l'histoire du XXème siècle et Micael, frère jumeau de l'épouse du précédent (prénommée Micaela), électronicien adorateur des films de ces époques englouties étudiées par Jason, et qui rêve d'ailleurs ; on va suivre, enfin, Siegmund Kluver, une sorte de citoyen modèle, encore jeune (une quinzaine d'années), mais à l'ambition aussi dévorante que son intelligence est brillante et qui rêve d'atteindre le niveau suprême de la Monade 116, la fameuse Louisville, le lieux où vivent et agissent les mystérieux "administrateurs" de cet ensemble colossal. Peu à peu, le miroir aux alouettes va se fendiller pour carrément se briser concernant certains des personnages centraux de ce roman polyphonique à la narration extérieure volontairement froide - un peu comme si Silverberg nous présentait un genre de documentaire du quotidien, suivant une logique propre, essayant d'illustrer des parcours différents, mais liés, de cette fameuse monade 116 -. cela peut surprendre, c'est en tout les cas très intelligent car entre les lignes, à travers ces portraits tout autant que les nombreuses digressions pratiquées par ce même narrateur ou par les acteurs involontaires de ce drame à l'occasion de leurs échanges, se met en place un univers clos d'une grande solidité narrative et hypothétique. .
Peu à peu se dresse ainsi cette tentative d'utopie réelle - où une lecture en surface semblera n'avérer finalement qu'un pur cauchemar mais c'est pourtant loin d'être aussi simple -, sans le didactisme souvent ennuyeux des exercices sociologiques ou philosophiques de ce genre, rapprochant ainsi Les Monades urbaines d'une autre mieux connue, le Meilleur des mondes de Haldous Huxley.
Mais à travers l'utopie filtre le soupçon d'un monde totalitaire - d'un totalitarisme d'ailleurs sans véritable chef, plutôt une hydre méritocratique et fortement administrative. A aucun moment Robert Silverberg n'évoque un chef ni même un pouvoir strictement établi, connaissable et reconnaissable, mais plutôt une espèce d'aristocratie de l'intelligence, largement secondée par l'informatique. Nous en saurons encore moins sur le pouvoir qui chapeaute ces rassemblement de monades sous forme de villes verticales dans lesquelles personne ou presque n'a de contact physique direct avec ses voisins. La seule chose que l'on sache de leurs rapports c'est que les monades se livrent des concours entre elles à qui aura le plus grand nombre de naissance à l'année... - à travers ce filtre, donc, on comprend que certains parmi ces centaines de milliers d'individus, parqués comme dans des sortes de gigantesques termitières, pètent littéralement les plombs. Tel va essayer de trancher sa petite famille au couteau de cuisine, tel autre va tenir des propos "asociaux", clamant sa haine des enfants, désirant à corps et à cris sortir, devenant égoïste, jaloux, barbare selon les critères imposés par ce nouveau fonctionnement social, les coutumes et les lois. Ainsi existe-t-il ces fameux (et honteux pour leurs proches) "anomo". Robert Silverberg, en bon professionnel de l'écriture, s'est inspiré d'un terme fondamental de la sociologie d'un des pères-fondateur de celle-ci, le français Emile Durkheim : l'anomie, qui est une sorte de "mal de l'infini" d'un être humain qui ne sait plus borner ses désirs au sein d'une société donnée. Celle-ci peut, très souvent, aboutir au suicide ou aux dérèglements asociaux. le monde des monades a ainsi saisi toute l'importance et la gravité de ces comportements déviants et n'applique, généralement, qu'une sentence à ses manifestations les plus visibles : la "chute" ! Autrement dit, une condamnation à mort via une descente vers les tréfonds de ces immenses villes gratte-ciels où les corps seront immédiatement recyclés en... combustible ! Car rien ne peut se perdre dans une telle économie quasi autarcique dans laquelle seuls les produits de bouche viennent de petites communautés agricoles extérieures et tenues très précautionneusement à l'écart de tout contact monadique (il y aurait d'ailleurs encore long à conter sur l'entrevue de ce monde, pour le coup, parfaitement horizontal et, tout aussi volontairement, dépeuplé des campagnes de cet avenir terrible. Silverberg y consacre un des chapitres les plus étranges et déprimant de son ensemble littéraire).
Ce texte d'un peu plus de trois cent pages est absolument foisonnant. Mieux (ou pire, selon le point de vue), il pose autant de question à son lecteur qu'il semble vouloir en résoudre. On se rend compte par exemple très vite que la population décrite dans l'ouvrage est jeune, très jeune, incroyablement jeune. Que si l'on veut bien admettre que l'humanité en boite est d'une maturité et d'une précocité invraisemblable (la plupart des personnages sont parents à onze ans, ont déjà une activité professionnelle à treize, sont d'une vitalité sexuelle incroyable, semblent littéralement brûler leur existence par tous les moyens), cela explique pourtant mal la rareté des portraits de femmes ou d'homme ayant la vingtaine, du nombre presque nul de ceux ayant passé les trente ans, et du trou abyssal dans la pyramide des ages de ceux ayant entre quarante et soixante ans. Il n'y a que chez ces espèces d'archontes des derniers étages que l'on croise quelques soixantenaires. Et encore semblent-il être des exceptions. Ceux entre deux âges ont-ils donc tous fini par chuter...?
A y bien réfléchir, on se sent aussi parfois gêné de voir cette société du plaisir hédoniste immédiat, de l'uniformité presque obligatoire, de l'interdiction du moindre désir égoïste, etc, se profiler sous nos yeux, le tout dans un modèle urbain vertical et pyramidal dans lequel l'individu en tant qu'être n'a que peu d'importance, sinon en tant qu'il est un des micro-éléments de cette fameuse monade, cette supposée perfection. Bien sur, ce n'est pas (encore) le portrait de notre monde. Bien entendu, les problématiques de surpopulations de l'époque de rédaction de ce livre se posaient autrement qu'aujourd'hui, et sans doute de manière alors bien plus angoissante. Il n'empêche que cette société d'individus se situant entre la fourmi laborieuse et le singe bonobo - qui est connu pour désamorcer les prémices de conflits sociaux par l'accomplissement d'actes sexuels non reproductifs - ne semble ni tout à fait impossible, ni forcément si lointaine de certains voeux, sans doute pas ainsi exprimés, émis par tous ceux rêvant d'un monde sans guerre, sans conflit, sans haine, sans disparités sociales trop fortes (c'est d'ailleurs un échec dans le monde décrit ici, un phénomène de caste y étant très pesant et presque irréductible), et il est évident que nous sommes beaucoup à idéaliser un tel monde. Cependant, cette société telle qu'imaginée avec intelligence et un grand sens du détail fortuit, indirect, par Robert Silverberg donne surtout le sentiment d'être un genre d'enfer climatisé où toute vraie liberté est niée, à l'exception de celle de copuler avec qui bon vous semble (et bien que l'auteur demeure victime des préjugés de son temps, que c'est ainsi l'homme qui se déplace d'appartement en appartement et pro/pose l'acte, tandis que la femme est socialement et légalement obligée d'accepter le rapport, sauf à être déjà occupée... C'est un "détail" sur lequel il y aurait beaucoup à redire, mais il est à parier que l'auteur n'avait alors qu'assez peu conscience de l'aspect phallocrate de cet aspect de son roman. A moins qu'il lui ait semblé que ce fut là le seul moyen de maintenir un genre d'équilibre entre les sexes ? La question est difficile à trancher).
Le comble, malgré ce que cette chronique interminable (sic !) peut donner comme sentiment de l'oeuvre... c'est que ce roman qui se lit comme un rien, qu'on y suit, agréablement mais sans toujours comprendre immédiatement les enchaînements, tous ces acteurs d'une grande diversité, chaque chapitre étant très indépendant du suivant un peu comme s'il s'agissait, de manière très trompeuse, d'une succession de nouvelles (rappelons que l'auteur en rédigea des centaines). Qui peut même souvent sembler facile, évident. Qui s'avère d'une richesse jamais totalement confondue. C'est très certainement la marque des très grands textes et Les Monades urbaines la possède indubitablement, se classant de fait parmi le peloton de têtes, si l'on peut dire, des grands romans dystopiques du XXème siècle récemment écoulé.
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Yggdrasila
  30 janvier 2010
Difficile de ne pas être dérangé par les moeurs de cette société futuriste. En effet, elle est bien différente de la notre: la terre porte soixante-dix milliards d'êtres humains qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines. Chacun doit vivre en harmonie dans cet univers vertical, accepter son statut et remplir son devoir. Qui s'y oppose est exécuté.
Silverberg nous décrit une société utopique qui est parfois dérangeante comme par exemple la totale liberté sexuelle de chacun. Ici il est normal de passer d'un partenaire à un autre avec fierté sous les yeux des époux puisque la devise exige que les habitants se multiplient le plus possible. On est complètement baigné dans un univers original qui est très bien exposé par différents points de vues des personnages au fil des chapitres. Un roman agréable à lire.
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Fifrildi
  03 mars 2018
Dans Les monades urbaines, Robert Silverberg offre un univers intéressant : le 24ème siècle et ses 70 milliards d'habitants (« croissez et multipliez ») qui vivent dans des tours d'un millier d'étages.
Les 7 histoires évoquent des personnages qui évoluent tous dans la Monade 116. Elles permettent de se faire une bonne idée du mode de fonctionnement de cette société qui évolue en vase clos. Ce qui m'a le plus marqué c'est l'absence totale d'intimité et la liberté sexuelle démesurée. La nuit n'importe qui peut venir chez vous pour avoir des rapports sexuels et vous ne pouvez pas vous dérober. Quelle horreur !
Cela aurait pu plus me plaire mais c'était trop axé sur la sexualité. Je pense qu'il y avait d'autres pistes à explorer.
Je dois quand même avouer que j'ai beaucoup aimé la deuxième histoire centrée sur le personnage d'Aurea Holston. J'ai aussi trouvé intéressante celle (la sixième) qui s'intéresse de plus près à Micael Statler qui nous emmène voir ce qui se passe à l'extérieur de la monade.
Dans l'ensemble, j'ai trouvé cette lecture bien ennuyeuse par rapport aux autres livres que j'ai déjà lu de l'auteur comme : Les déportés du Cambrien, Les ailes de la nuit & Les royaumes du mur.

Challenge défis de l'imaginaire (SFFF) (36)
2018, l'année Robert Silverberg… (LC)

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Citations et extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
DoVerdorieDoVerdorie   04 novembre 2015
Puis il plonge dans la mêlée. Des seins, des cuisses, des fesses, des langues. Des odeurs féminines musquées. Un geyser de sensations. [...]
Il est surveillé. Ses capacités pour le plaisir sont testées, mesurées. Tout le monde l'épie — est-il suffisamment dépravé pour mériter sa promotion parmi eux ? Laisse-toi aller ! Laisse tout aller !
Il se jette dans l'orgie comme un forcené. Tout dépend de maintenant. [...] et s'il veut rester ici au sommet, il lui faut jouer le jeu. C'est donc ainsi qu'ils sont ! Ces administrateurs s'adonnant à leurs mesquineries, leurs bassesses, leurs vulgarités. Un hédonisme banal de classe dirigeante. Ils sont semblables à leurs ancêtres : princes florentins, grands bourgeois parisiens, Borgia, boyards ivrognes.
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YggdrasilaYggdrasila   23 janvier 2010
Micael hausse les épaules. Il tourne le dos et s'engage sur un chemin qui s'écarte de l'alignement des tours. Un bassin. Il se couche à côté et plonge les bras dans l'eau. Il avance le visage et boit. Il éclabousse gaiement autour de lui. Déjà les premiers rayons de l'aube ont commencé à strier le ciel. Les étoiles ont disparu et la lune n'est plus qu'une tache à peine discernable. En hâte, il se déshabille. Puis il entre dans le bassin... lentement... soufflant quand l'eau atteint ses reins. Il nage précautionneusement, plongeant ses pieds de temps en temps pour sentir le fond boueux et froid. Là, il n'a plus pied. Les oiseaux chantent. C'est le premier matin au monde. Des lueurs pâles blanchissent le ciel silencieux. Un peu plus tard, il sort de l'eau. Il reste ainsi, nu et dégoulinant, frissonnant un peu, au bord du bassin à écouter le ramage des oiseaux. A l'est le disque rouge du soleil s'élève majestueusement. Il prend lentement conscience qu'il est en train de pleurer. Toute cette beauté. La solitude. Il est seul, et c'est la première aube.
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Erik35Erik35   06 juillet 2017
- Pour nous la vie est sacrée. Créer une nouvelle vie est un acte sacré. Le devoir de chacun envers Dieu est de se reproduire. (Mattern sourit ; il craint d'être trop sérieux). Être un être humain consiste à surmonter les épreuves par l'exercice de l'intelligence, n'est ce- pas ? Ne trouvez-vous pas que la multiplication des habitants sur un monde qui a su éliminer les souffrances et les guerres est la plus belle des victoires ? Nous pourrions limiter les naissances, je suppose, mais ce serait une pauvre et mesquine victoire. Au lieu de cela, nous avons su triompher de la surpopulation. N'ai-je pas raison ? Notre population augmente de trois milliards par an, et nous nourrissons et logeons tout le monde. Peu meurent, et beaucoup naissent, et notre planète se remplit. Dieu soit loué, la vie nous est prospère et plaisante, et comme vous pouvez vous en rendre compte, nous sommes tous très heureux. Nous avons su dépasser le stade infantile entre l'homme et l'homme. Pourquoi sortir de la monade ? Pourquoi soupirer après les forêts et les déserts ? Monade 116 contient assez d'univers pour nous tous. Les prédictions des prophètes de l'horreur se sont révélées vaines. Pouvez-vous dénier que nous sommes heureux ici ?
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luckitaluckita   26 mai 2014
Des maisons et des rues… un monde horizontal… des unités d’habitations individuelles : ma maison, mon château… fantastique ! Trois personnes vivant sur mille mètres carrés à peu près… des rues. Le concept de rue nous semble difficile à concevoir – comme un énorme couloir sans fin… des véhicules privés… où se dépêchent-ils ? Pourquoi vont-ils si vite ? Pourquoi ne restent-ils pas chez eux ? Fracas ! Du sang ! Une tête qui heurte du verre et le fait éclater. Encore un fracas ! Un fluide sombre se répand dans la rue et brûle… Une journée de printemps… en plein jour… une ville importante… scène de rue… quelle cité ? Chicago, New York, Istanbul, Le Caire… des gens marchent en PLEIN AIR… des rues pavées… les êtres et les véhicules se frôlent et se croisent… quelle horreur ! Estimation approximative 10 000 personnes sur une bande de huit mètres de large sur quatre-vingts de long. Vérifier estimation. Coude à coude. Dire qu’ils pensaient que notre monde serait surpeuplé ! Du moins nous ne nous marchons pas sur les pieds comme eux, nous n’empiétons pas sur notre voisin – nous avons appris à garder nos distances à l’intérieur de notre vie entièrement urbaine. Au milieu de la rue, des véhicules en mouvement… le bon vieux chaos… activité principale : la recherche des biens… consommation personnelle… image vectorielle interne d’une boutique donnée par cube 11 A b 8 – échange argent-marchandises. Pas de grandes différences excepté la nature circonstantielle de la transaction… ont-ils besoin de ce qu’ils achètent ? où le mettent-ils ?
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UnityUnity   17 novembre 2014
Il sourit et s'écarte de dix pas du bâtiment. Il jette un coup d'oeil derrière lui. Un colossal pilier de trois kilomètres de haut. Une masse vacillante trouant l'air. Il est terrifié. Il commence à compter les étages, mais la tête lui tourne bientôt - il s'arrête bien avant le cinquantième. De là où il se trouve, la plus grande partie de la tour lui est cachée par la perspective verticale, mais cela lui suffit. La masse énorme l'effraye. Il s'en éloigne à travers les larges pelouses. Loin devant lui se dresse la silhouette entière d'une monade voisine. A cette distance, il a une image plus exacte de la taille du bâtiment. C'est tellement haut, tellement haut ! Comme si le faîte touchant aux étoiles. Toutes ces fenêtres. Et derrière, 850 000 personnages, ou plus, qu'il n'a jamais rencontrées. Des enfants, des promeneurs nocturnes, des analo-electroniciens, des épouses, des mères de famille, tout un monde. Un monde mort. Mort. Il regarde à sa gauche, une autre monade, à moitié noyée dans le brouillard du petit matin. A sa droite, une autre. Il baisse les yeux. Les jardins. Des allées bien dessinées. De l'herbe. Il s'agenouille, arrache un brin, le broie dans ses mains - un remords l'envahit instantanément. Assassin. Il mâchonne le brin d'herbe ; pas beaucoup de goût. Il avait pensé que ce pourrait être bon. De la terre. Il plonge ses mains dedans. Du noir se glisse sous ses ongles. Il ratisse avec les doigts. Une corolle de pétales jaunes ; il la respire. Il regarde un arbre. Sa main se pose sur l'écorce.
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Videos de Robert Silverberg (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Robert Silverberg
Ancienne colonie, la planète Belzagor a été rendue à ses deux espèces intelligentes. Des scientifiques décident d'assister à leur rituel secret, la cérémonie de la renaissance... Dessin : Laura Zuccheri Oeuvre originale : Robert Silverberg Scénario : Philippe Thirault
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Les monades urbaines

En 2381, la Terre est peuplée de...

75 milles individus
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75 billions d'individus

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