Comment résister à l'attrait d'une vie indépendante, luxueuse et raffinée, où l'argent ne serait jamais un problème ?
L'héroïne anonyme du roman de
Megan Abbott (ça pourrait être n'importe quelle jeune fille dotée d'un minimum d'intelligence et d'ambition) ne se pose pas longtemps la question et troque sans hésitation et sans regret, sa jupe en tweed et son pull en Orlon contre tailleurs sexy et sandales à talons dès que l'occasion se présente.
Employée à mi-temps à la comptabilité d'un tripot minable, maquillant les comptes sans poser de questions, la narratrice de ce roman très noir est bientôt repérée par Gloria Denton (qui m'a souvent fait penser au personnage joué par Angelica Huston dans le film de
Stephen Frears, "The Grifters"), figure mythique et fascinante de la mafia locale, une femme mûre qui entreprend de former sa "pouliche" et de l'introduire dans les milieux mouvants et dangereux de la pègre locale.
La jeune fille est bonne élève et prouve rapidement qu'elle est capable d'évoluer avec sang-froid et élégance dans cet environnement pourtant parfois glauque, à la fois prudente et capable d'initiatives, à la grande satisfaction de sa "pygmalionne".
L'ascension est fulgurante, jusqu'au jour où la jeune fille tombe sous le charme de Vic
Riordan, looser de première, beau parleur, flambeur et parieur invétéré qui perd immanquablement plus qu'il ne gagne et va jusqu'à jouer sa peau. La jeune fille sait qu'elle s'engage dans des eaux extrêmement dangereuses mais, incapable de résister au beau Vic et craignant de le perdre, se laisse convaincre et embarquer dans un plan risqué pour rembourser les dettes de son amant.
Manipulations, chantages et trahisons forment la trame de ce roman sombre où les deux femmes fatales, auprès de qui les caïds passeraient presque pour des mauviettes, vont s'affronter dans une lutte sans merci.
Megan Abbott, dont j'avais beaucoup aimé le précédent roman paru en français
Absente, explore avec talent tous les aspects du roman noir, avec un suspense habilement maintenu et un soupçon de perversité et crée une ambiance digne des auteurs classiques du genre.
Lien : http://perduedansleslivres.blogspot.com/2011/02/adieu-gloria-megan-a..