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ISBN : 2070128679
Éditeur : Gallimard (2010)


Note moyenne : 3.98/5 (sur 40 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
« Le 16 mars 2005, les archives concernant "L’affaire de l’esclave Furcy" étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848. Cette centaine de documents – d... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par CeCedille, le 08 octobre 2012

    CeCedille
    Une grande cause, un procureur courageux, un procès interminable, jusqu'à ce que justice soit enfin rendue! Tous les ingrédients d'une « affaire ». Et pourtant, celle-ci est restée enfouie dans les grimoires jusqu'à une vente publique à Drouot en 2005. Une centaine de documents poussiéreux achetés par l'État pour 2100 euros, qui révèle l'histoire de l'esclave Furcy de l'île Bourbon (La Réunion), qui demande sa liberté au tribunal de Saint Denis. Il est né libre, d'une mère libérée. Celle-ci, indienne de Chandernagor, achetée à neuf ans, a accompagné ses maîtres à Lorient. Or, selon l'ancien adage, « nul n'est esclave en France », même sous l'Ancien Régime. Son retour à la Réunion sur la plantation ne pouvait la priver, ainsi que son fils, de leur nouvel état. Joseph Lory, le nouveau maître auquel ils ont été légués ne l'entend pas ainsi. Il considère la démarche juridique de Furcy comme subversive. D'autant que son esclave a trouvé un allié inattendu en la personne du procureur général Gilbert Boucher et de son jeune substitut Sully Brunet.
    Joseph Lory est un homme d'influence, soutenu par le plus riche propriétaire sucrier de l'île (Desbassayns de Richemont, commissaire ordonnateur général de La Réunion) fils de la célèbre et redoutée Madame Desbassayns. Un combat juridique s'engage qui est celui du maintien de l'esclavage dans une île dont l'économie en dépend. Et l'histoire est exemplaire d'un fonctionnement judiciaire (mesures de rétorsion contre le plaignant, pressions sur les magistrats, manœuvres dilatoires qui feront durer la procédure vingt sept années).
    L'ouvrage que Mohammed Aïssaoui, journaliste au Figaro Littéraire, consacre à cette histoire est passionnante. Sa démarche est celle d'un chroniqueur minutieux qui reconstitue, autant que faire se peut, les pièces d'un puzzle. Car on ne sait que peu de chose de Furcy. L'histoire de l'esclavage est une histoire sans archives et les siennes sont lacunaires. le récit ne cache pas ses limites.
    Il ne faut pas chercher non plus de grâce littéraire à cette enquête, conduite de bonne foi et avec modestie. En revanche il y a là une fine investigation historico-journalistique, en forme de lecture commentée des pièces d'un dossier judiciaire passionnant. Et combien révélateur ! La société coloniale s'y dessine en creux, fidèle à elle-même, dans la défense cynique de ses intérêts.
    Le pouvoir politique apparaît dans sa continuité, ennuyé par les requêtes des riches familles coloniales, auxquelles il finit tout de même toujours par céder.
    Les historiens aimeraient sans doute que le livre soit accompagné d'un appareil critique, avec en annexe les archives citées. On s'interroge sur les conditions de la poursuite de la procédure menée par Furcy, après que Boucher ait quitté l'île. Restent en suspens bien d'autres questions. Mais le récit est attachant, édifiant et captivant. Il faut remercier Mohammed Aïssaoui de l'avoir reconstitué avec ferveur. le livre a reçu le prix du roman historique 2010 dans le cadre des "rendez-vous de l'Histoire" à BLOIS, et prix Renaudot de l'essai 2010.

    Lien : http://diacritiques.blogspot.fr/2010/07/lesclave-et-le-procureur-pro..
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    • Livres 5.00/5
    Par claracambry, le 15 novembre 2010

    claracambry
    Ce livre raconte le combat de Furcy, esclave à l'ile Bourbon (future île de la Réunion) et les recherches menées par Mohammed Aïssaoui.
    1817 : Furcy découvre que sa mère décédée avait été affranchie. Elle-même n'en savait rien, ses maîtres n'ayant pas jugé nécessaire de l'en informer. Furcy entame alors une procédure pour que sa liberté soit reconnue. Mais, certains colons Blanc sont trop bien puissants. Grâce à leurs différentes positions sociales et leur argent, ils vont faire pencher la balance de la Justice de leurs côtés. Furcy va connaître la prison, des travaux ignobles pour avoir voulu que le droit appliqué. le procès durera 27 ans et se terminera en 1842, soit 6 ans avant l'abolition de l'esclavage en France.

    Une vraie claque ! En commençant cette lecture, j'étais loin de m'imaginer comment ce livre allait me bouleverser.
    Comment rester indifférent à cette abomination qu'est l'esclavagisme ? Impossible. Les mots sonnent douloureusement :

    Dans la terminologie usitée à l'époque, Constance était qualifiée de « quateronne », c'est-à-dire qu'elle était un esclave issue de l'union d'un banc et d'une sang-mêlé. Mulâtre, marron, quarteron…tous ces termes avaient été créés pour désigner des animaux.

    A vendre jeune négresse créole(..).

    Il faut se remettre dans le contexte et admettre que oui, la France autorisait l'esclavage. Et, l'île Bourbon en comptait 16 000. Autant de personnes considérées comme de la marchandise.
    En se basant sur les archives du procès et sur un travail de documentation colossal, Mohammed Aïssaoui retrace la vie de Furcy et son combat. Celui d'un homme qui apparait toujours calme, posé et qui ne réclame que le droit. Furcy trouvera des appuis auprès d'hommes de Loi qui veulent que la justice soit rendue. Mais hélas, la crainte que les autres esclaves suivent son exemple, l'intérêt économique gagneront une première fois. Furcy aurait pu baisser les bras mais non. Il a foi en ce que les hommes lui rendent sa liberté.
    L'auteur ne se campe pas en juge ou en donneur de leçons. Il pose ouvertement des questions : comment aurait-il réagi ? Aurait-il eu le courage et la détermination de Furcy ?
    Il nous livre sa soif d'en apprendre toujours plus sur Furcy, les difficultés rencontrées au cours de ses années de recherche.
    Mohammed Aïssaoui est le premier à s'être intéressé à l'histoire de cet esclave oublié de tous...

    Mêlant roman, récit du procès et ses propres réflexions, ce livre rend hommage digne à Furcy. Deux hommes et une seule quête: celle de la justice ...Remarquable !


    Lien : http://fibromaman.blogspot.com/2010/11/mohammed-aissaoui-laffaire-de..
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    • Livres 3.00/5
    Par canel, le 26 novembre 2011

    canel
    L'esclave Furcy, né en 1786 à Bourbon (actuellement La Réunion) d'une mère achetée en Inde comme esclave puis affranchie, assigne son maître en justice pour recouvrer la liberté qui lui semble dûe en tant que fils de femme "libre". le maître riposte en invoquant une tentative de fuite, Furcy est emprisonné et vingt-six années de procédures s'ensuivent.

    L'affaire se déroule au début du XIXe siècle, le commerce triangulaire est alors prospère et ceux qui en tirent grassement profit craignent qu'un tel cas fasse jurisprudence. L'affranchissement de cet esclave pourrait entraîner un mouvement massif d'émancipations, voire l'abolition de l'esclavage sur l'île (rétabli en 1802 par Napoléon Ier), ce qui aurait des répercussions désastreuses sur l'économie française. En outre, tout n'est pas si simple sur l'Île Bourbon : les populations se mélangent au gré des unions légitimes ou non, des viols, des affranchissements accordés par certains colons... (cf. extraits)

    Voilà un roman-documentaire très enrichissant. L'auteur s'est captivé pour son sujet et attaché au personnage (réel) de Furcy au fil de ses recherches historiques, il parvient à nous faire partager cet enthousiasme. le contexte décrit est par ailleurs très intéressant, mais la lecture est relativement fastidieuse si l'on se laisse vite rebuter par les subtilités, les méandres de la logique judiciaire.

    Sur certaines thématiques, il nous reste tellement à apprendre que le sujet paraît encore plus complexe une fois exposé, on mesure alors la profondeur de son ignorance et on a envie de creuser la question en amont. C'est exactement le cas ici, mais un ouvrage "jeunesse", ou en tout cas plus simple, me conviendrait mieux.
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  • Par keisha, le 11 décembre 2010

    keisha
    Jorge Semprun, à propos de la littérature de la déportation, affirmait "Sans la fiction, le souvenir périt."

    Même s'il ne s'agit pas ici de fiction, Mohammed Aïssaoui déclare en quatrième de couverture avoir "éprouvé le désir - le désir fort, impérieux- de retrouver et de comprendre Furcy. De l'imaginer aussi."

    S'appuyant sur des documents récemment mis à la disposition du public ou des études sur des thèmes plus globaux, il s'est intéressé à cette histoire incroyable : en 1817, à l'ile de la Réunion encore nommée île Bourbon, un esclave d'origine indienne découvre que sa mère décédée était en réalité affranchie depuis des années et que lui, Furcy, devrait l'être aussi. Il se décide à intenter un procès à son maître., et c'est le début de vingt-sept années de lutte, d'espoirs différés, d'audiences et de plaidoiries.

    Sachez tout d'abord que, "comme la loi l'exigeait, un esclave ne pouvait attaquer son maître (ou une autre personne) en justice sans passer par ... son maître. C'est le propriétaire qui portait la voix de l'esclave."

    Et pourtant Furcy, calme, digne, en dépit de l'emprisonnement puis l'envoi dans l'ile de France toute proche (actuellement ile Maurice), dans le but de calmer l'effervescence née à la Réunion chez les propriétaires craignant une propagation de ces idées de liberté, malgré l'éloignement en France des magistrats qui lui ont accordé un fidèle soutien, tient bon; Mohammed Aïssaoui, avec l'émotion que l'on imagine, a retrouvé des lettres de Furcy. Et moi aussi je me le représente à ses procès, tenant dans la main gauche la Déclaration des droits de l'homme...

    L'auteur a opté pour un style d'une grande sobriété; un tel sujet est dur et ne demande pas de l'enrobage. La documentation que l'on sent minutieuse se coule aisément dans le texte.

    "Enfin, tout était moins monochrome qu'on veut bien le croire. Bien sûr, il y avait des noirs esclaves. Mais des noirs possédaient des esclaves, et nombre d'entre eux étaient farouchement opposés à toute idée d'abolition. Des noirs chassaient, jusqu'à les tuer, d'autres noirs. Des noirs asservissaient des métis... Et il arrivait souvent que, dès qu'un esclave devenait affranchi, il ambitionnait de posséder des esclaves, lui aussi. Des blancs aidaient des noirs, et vice versa...(...)
    Il suffisait d'observer le système économique, et tout s'éclairait. (...) Si l'on regardait de plus près, tout était organisé pour maintenir le système en place: l'homme considéré comme une marchandise; l'interdiction pour les esclaves de posséder et donc de s'enrichir; l'interdiction de s'instruire."

    Vous l'aurez compris, la lecture de L'affaire de l'esclave Furcy est absolument indispensable.

    "C'est le problème pour tout un pan de l'histoire : les victimes ne laissent pas de traces. Quand je me suis penché sur cette affaire, je m'attendais à trouver des témoignages directs. Il n'y a rien, ou presque rien. Que des silences. Trop de silences. Et des morts anonymes. Une histoire sans archives." On ignore quand et où est mort Furcy...

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-l-affaire-de-l-e..
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    • Livres 2.00/5
    Par lependu, le 06 septembre 2011

    lependu
    Je me suis fait offrir ce livre, lu avec une grande curiosité. Il y est question de Furcy, esclave d'origine Indienne à l'Ile Bourbon (la Réunion) au début du XIXème siècle. L'homme (qui n'a pas de nom de famille, comme tout bon esclave) découvre que son esclavage est indu : sa mère était libre, il est donc né libre. Il intente donc un procès à son propriétaire pour se voir reconnaître officiellement libre.
    Mohammed Aïssaoui raconte ce procès, de 1817 à 1843, les pressions des esclavagistes, la volonté opiniâtre d'un homme qui ne veut pas renverser l'esclavage mais juste voir reconnaître ses droits.
    Deux choses fascinantes dans ce récit : les extraits de textes d'époque, notamment les petites annonces de ventes d'esclaves ou les documents d'héritage. Liste de meubles, argenterie, esclaves. J'aurais dû le savoir, ça fait mal de le lire... L'autre chose, l'idée la plus importante : il n'y a pas presque d'archives sur Furcy. S'il n'avait pas intenté ce procès, si personne ne s'était penché sur son cas, personne n'aurait jamais rien su de son existence. Il n'y a pas de documents, juste le silence... le livre contient un très beau passage sur l'importance des papiers pour les personnes illettrées. C'est grâce aux papiers conservés par sa mère que Furcy mènera son combat.
    Pour le reste, l'auteur n'est pas historien mais romancier. Comme il l'explique par de fastidieuses digressions, il a voulu combler par la fiction les trous des archives... Mais autant les textes d'époques sont frappants, autant les passages de fiction sont faiblards, écrits sans grande inspiration et surtout sans audace. Comme si le romancier, pour dire la vérité des êtres et des choses, devait coller à ce que nous savons des faits...
    En bref, un bon sujet, de bonnes intentions, mais pas un bon livre.
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Citations et extraits

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  • Par annie, le 11 février 2011

    début du chapitre 1 :

    Le soleil clément ajoutait à la douceur du monde. Furcy aimait tout particulièrement ces instants paisibles et libres, quand la forêt appelait au silence. Pas un bruit… Juste, au loin, la musique d’une rivière. Le calme fut rompu par le pépiement effrayé d’une nuée d’oiseaux qui s’envolèrent d’un trait. Puis il entendit le hurlement de chiens qui se rapprochaient.
    L’homme noir courait à perdre haleine, ses yeux grands ouverts disaient la terreur. Le torse nu, il transpirait comme s’il pleuvait sur lui. Son pantalon de toile bleue était déchiré jusqu’aux cuisses. Il boitait. Dans son regard, on lisait la certitude qu’il n’arriverait pas à s’échapper, la peur de la mort. Son souffle s’épuisait à chaque pas. Il pouvait tenir encore un peu, un tout petit peu, jusqu’à la Rivière-des-Pluies qu’il connaissait par coeur, et qui pouvait le guider vers la montagne Cimandef, puis à Cilaos, le refuge des esclaves en fuite. Avec les pluies diluviennes de la semaine passée, il suffirait de se laisser dériver en restant bien au milieu de la rivière, et environ cinq kilomètres plus bas, s’arrêter sans forcer, près d’un rocher qui faisait contre-courant — d’autres l’avaient déjà fait, ce devait être l’affaire d’une heure, tout au plus, avant d’arriver au pied de la montagne.
    À une vingtaine de mètres derrière lui, deux énormes chiens, la bave aux lèvres, le poursuivaient. Pour leur donner plus de hargne, on les avait affamés. Ces bêtes étaient suivies de loin par trois hommes : deux blancs coiffés d’un chapeau de paille qui portaient un fusil — des chasseurs de chèvres sauvages et d’esclaves — et un noir, tête nue. Ils semblaient assurés d’arriver à leur fin.
    Il restait moins de cinq mètres à courir pour pouvoir plonger dans la rivière. C’était encore trop. Au moment où l’esclave allait mettre un pied dans l’eau, il trébucha. Un chien sauta sur lui et mordit sa cuisse droite, tétanisant tous les muscles de son corps. Le deuxième chien le prit à la gorge alors qu’il se débattait. On entendit un cri lourd.
    Au loin, les deux blancs sourirent. Ils ralentirent le pas, comme pour apprécier davantage le malheur de leur proie et laisser les chiens terminer leur besogne. Le noir qui les accompagnait baissa la tête.
    Furcy, aussi, avait entendu le cri. Il se trouvait de l’autre côté de la Rivière-des-Pluies. Dissimulé derrière un pied de litchi, il avait tout vu. Il restait figé. Depuis sa cachette, il avait remarqué une fleur de lis tatouée sur chaque épaule du fuyard allongé, ses oreilles et son jarret étaient coupés. Ces deux mutilations signifiaient qu’il avait déjà tenté de fuir à deux reprises. Quand les deux hommes arrivèrent près de l’esclave agonisant, ils marquèrent un temps, se regardèrent, puis le prirent chacun d’un côté. Ils le jetèrent dans la rivière. Et s’essuyèrent les mains. Le corps moribond flottait comme un bout de bois au gré du courant qui était fort ce jour-là.
    « C’est l’ordre de M. Lory, dit le premier, un marron qui ne peut plus travailler constitue une charge trop lourde. Et la troisième fois, c’est la condamnation à mort. De toute façon, Lory l’aurait battu à mort, tu le connais. » L’autre acquiesça en clignant simplement des yeux.
    Le premier chasseur sortit un carnet de sa besace, avec un crayon qu’il mouilla de ses lèvres, il inscrivit : « Capturé / mort / à la Rivière-des-Pluies / le nègre marron Samuel appartenant à M. Desbassayns et loué au sieur Joseph Lory, habitant de Saint-Denis / 30 francs à recevoir / 4 août 1817. » Il referma son carnet, satisfait. Puis, il donna quatre sous au noir en récompense du renseignement qu’il avait fourni pour repérer Samuel.
    Dans la tête de Furcy, le cri continuait de résonner.

    Les faits de ce genre étaient fréquents à l’île Bourbon. J’aurais pu vous décrire la scène où un esclave fut brûlé vif par sa maîtresse furieuse parce qu’il avait raté la cuisson d’une pâtisserie. Et raconter l’histoire de ce propriétaire qui, apprenant que son épouse avait couché avec son domestique noir, fit creuser un trou et laissa mourir l’amant — alors que tout le monde connaissait cette femme dont on disait que le démon avait saisi son bas-ventre. Il n’était pas rare, non plus, de voir des esclaves si maltraités qu’ils en devenaient handicapés. D’autres avaient moins de chance, ils mouraient à force de tortures, puis on les enterrait dans le petit bois comme on enterre une bête — sur les registres, on les déclarait en fuite. Certains préféraient se suicider pour en finir plus rapidement avec un sort funeste…
    Ainsi allait la vie quotidienne dans les habitations bourbonnaises en ce début du XIXe siècle.
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  • Par canel, le 26 novembre 2011

    Pour [Gilbert Boucher], l'esclavage était un redoutable système, sans doute le plus rentable qui ait jamais existé. Boucher avait des pensées amères : "On a habillé l'esclavage du vernis de la morale, de la religion. Ah, Dieu ! qu'est-ce qu'on a pu faire en ton nom ! On l'a même justifié par des considérations physiques, naturelles... En réalité, il n'est question que d'argent, de commerce. La religion, comme la morale - fluctuante -, n'était que le moyen de faire admettre des atrocités", se disait-il.
    Et la couleur de la peau ? D'abord, le mot noir était avant tout synonyme d'esclave. Ensuite, à l'île Bourbon, il existait tellement de nuances de couleur de peau qu'il était bien difficile de s'y retrouver. On avait bien essayé d'établir des catégories : blanc, métis, noir ou rouge. C'était tellement compliqué que l'administration coloniale avait abdiqué face à toute tentative de classification. (...) Boucher se rappelait qu'à son arrivée sur l'île Bourbon, il avait été frappé par cet extraordinaire mélange de population. On y croisait des gens de toutes sortes, des noirs aux traits d'Asiatiques, des blancs aux formes négroïdes, des Indiens, des blonds à la peau brune, et toutes les couleurs et toutes les formes de cheveux... Il existait tant de teintes de peau, y compris au sein d'une même famille, qu'il était bien difficile de classer telle femme ou tel homme dans telle catégorie.
    Enfin, tout était bien moins monochrome qu'on veut bien le croire. Bien sûr, il y avait des noirs esclaves. Mais des noirs possédaient aussi des esclaves, et nombre d'entre eux étaient farouchement opposés à toute idée d'abolition. Des noirs chassaient, jusqu'à les tuer, d'autres noirs. Des noirs asservissaient des métis... Et il arrivait souvent que, dès qu'un esclave devenait affranchi, il ambitionnait de posséder des esclaves, lui aussi. Des blancs aidaient des noirs, et vice-versa... (...) dans l'Afrique de l'Ouest des hommes - noirs, notamment des rois auto-proclamés, des princes de village ou des chefs de tribu - s'étaient considérablement enrichis en vendant une partie de leur peuple. Ils n'étaient pas les moins atroces quand il s'agissait de maltraiter et de torturer. Des musulmans, aussi, avaient exercé les pires exactions. (p. 161-162)
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  • Par InColdBlog, le 13 septembre 2011

    Le 16 mars 2005, les archives concernant « L’affaire de l’esclave Furcy » étaient mises aux enchères à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848. Cette centaine de documents – des lettres manuscrites, des comptes rendus d’audience, des plaidoiries – était de la plus haute importance et illustrait une période cruciale de notre histoire. Les archives poussiéreuses, mal ficelées, mal rangées, croupissaient au milieu de bibelots sans intérêt. Le commissaire-priseur les a attribuées à l’État pour la somme de 2100 euros.
    Quelques jours plus tard, toujours à l’hôtel Drouot, l’un des clichés du Baiser de l’Hôtel de Ville, immortalisé par Doisneau, était adjugé 155000 euros.
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  • Par annie, le 11 février 2011

    p. 19 -
    ... dans les bonnes habitations, les noirs sont estimés entre 120 et 150 piastres dans les inventaires de succession. Ils reviennent tellement cher en impôts, que certains propriétaires sous-évaluent le nombre de leurs esclaves pour n'avoir pas à payer la capitation. Vous savez, on peut remplacer avantageusement un noir par un cheval ou un mulet" (M. Billard)
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  • Par annie, le 11 février 2011

    p. 15 -
    Le premier chasseur sortit un carnet de sa besace, avec un crayon qu'il mouilla de ses lèvres, il inscrivit : "capturé / mort / à la rivière des pluies / le nègre marron Samuel appartenant à M. Desbassayns et loué au sieur Joseph Lory, habitant Saint-Denis / 30 francs à recevoir / 4 août 1817"...

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