Putain ! Le titre a le mérite d'être clair, sans détour. Putain est une vie de putain. Un récit cru, pur jus, qui ne triche pas, le premier roman d'une jeune Québécoise. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir, peut-être sans ... > voir plus
Quand Nelly Arcan s'est suicidée en septembre dernier (réalisant ainsi l'acte qu'elle avait prévu depuis l'âge de 15 ans), personne n'en a parlé en France, pays qui l'avait pourtant célébré dès 2001 avec la publication de « Putain », son premier livre auto-biographique. Ce silence est, il me semble, une grande injustice. Ce livre est à la fois l'autoportrait douloureux de son auteur et le reflet sans concession d'une société qui valorise l'apparence, incite à la « putasserie » et ne considère la femme le plus souvent que comme « femme-vulve ».
Texte très fort, politiquement incorrect, féministe tout en reflétant les contradictions d'une identité féminine non assumée.
Personnellement, j'ai été incapable de lire ce livre jusqu'à la fin. Pourtant, Nelly Arcand avait à mes yeux un facteur favorable par ses nombreuses entrevues (avant son décès), sa duplicité et ses sujets traités. Est-ce parce que j'étais moins disposée pour ses textes ? Je ne sais pas mais je ne m'élancerai pas pour lire les suivants.
Un livre difficile à lire, non pas par con contenu mais parce qu'on dirrait une plainte incessante. Il n'y a pas vraiemnt d'Histoire, pas de dénouement, juste une femme, au passé horrible qui se plaint comme si le lecteur était son psychologue. Je n'ai pas apprécié ce livre, surtout la notion d'inceste qui revient souvent. Une chose par contre m'a fasciner, l'image suicidaire que dégage cette jeune femme, quand on sait que l'auteure s'est suicidé et qu'il s'agit d'une thématique bien présente dans ce roman (tout comme dans son autre livre Folle), cela trouble.
On ne peut pas vraiment parler d'histoire puisque ce livre n'est qu'une suite de lamentations et de délires sur la vie de femme et de prostituée (surement horrible, je conçois). La narratrice, qui semble être l'auteure (?), nous raconte ses clients, sa famille et son enfance, ses séances chez le psy (et elle en a besoin !), ses envies de suicide... Cependant, elle a la fâcheuse habitude d'appeler ses clients son père... Certes, c'est une métaphore et l'idée va beaucoup plus loin que ça mais cette notion d'inceste (volontairement décrite ainsi et répétée tout le long !) est plutôt malsaine et dérangeante. Conclusion : une bonne idée de roman sur le fond (malgré les répétitions) mais malheureusement la forme est vraiment horrible !
Je me souviens de la forme de son corps sous les draps et de la tête qui ne sortait qu’à moitié comme un chat en boule sur l’oreiller, un débris de mère qui s’aplanissait lentement, il n’y avait là que ses cheveux pour indiquer sa présence, pour la différencier des draps qui la recouvraient, et cette période de cheveux a duré des années, trois ou quatre ans peut-être, enfin il me semble, ce fut pour moi la période de la Belle au bois dormant, ma mère s’offrait là une vieillesse souterraine alors que je n’étais plus tout à fait une enfant ni encore une adolescente, alors que j’étais suspendue dans cette zone intermédiaire où les cheveux commencent à changer de couleur, où poussent sans prévenir deux ou trois polis noirs dans le duvet doré du pubis, et je savais qu’elle ne dormait pas complètement, qu’à moitié, on le voyait dans sa façon d’être raide sous les draps trop bleus, trop carrés dans sa chambre trop ensoleillée, les quatre grandes fenêtres qui entouraient son lit et qui jetaient sur la tête des faisceaux lumineux, rectilignes, et dites-moi, comment peut-on dormir avec des rais de lumière sur la tête et à quoi ça sert d’avoir tant de soleil dans sa chambre lorsqu’on dort ?
Et ses doigts rendus croches d'être si fort rongés, ses doigts tordus de ne servir à rien, il faut dire que ma mère ne se ronge pas les ongles avec la bouche, tout occupée à n'être qu'une fente, mais avec ses doigts qui se mangent les uns les autres, ça fait tac lorsque l'ongle écorche un doigt, un tac qui laisse des gouttelettes de sang sur quoi elle tac encore, des points rouges dont elle ne se préoccupe pas, ma mère et ses mains qui s'affrontent sur ses cuisses comme si elles avaient une vie propre, comme si de rien n'était, comme si tout le reste du corps, jusque-là resté dans une torpeur de vieille folle, n'existait que pour assister à leur agitation, et elle fait ça tout le temps et sans rien dire car elle ne parle pas, elle crie ou elle se tait, elle garde le silence avec le tac de ses doigts qui envahit la pièce, une horloge à pendule qui se fait remarquer dans les temps morts, le dimanche après-midi, lorsque les enfants jouent dehors, et ce silence me rend folle, nous somme deux folles qui gardons le silence pour mieux nous détester.
Et si mon père a posé des crucifix sur les murs de mon appartement, c'était surtout pour continuer à assurer une surveillance sur moi et informer les visiteurs de sa présence, rien ne sera dit que je n'entende, rien ne sera fait que je ne voie, par ce corps émacié du Christ, et moi je n'ai jamais compris qu'on puisse avoir un mort pour dieu.
Le sexe n'est plus un tabou, mais une obsession collective. La société de consommation exige qu'on ne se prive de rien, pas d'avantage de l'orgasme que du reste.