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> Jean-Pierre Seguin (Éditeur scientifique)

ISBN : 2080700634
Éditeur : Flammarion (1999)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 63 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Un des épisodes les plus romanesques de la Chouannerie et le premier volet de cette «épopée normande» que Barbey d'Aurevilly songea toute sa vie à écrire. Après des débuts littéraires incertains, l'auteur des Diaboliques trouve sa voie au moment où il retrouve son enfan... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (3)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 28 juillet 2014

    Woland
    Préface, Chronologie, Notes & Variantes, Bibliographie : Jacques Petit
    ISBN : Non Indiqué
    Pour certains, voici le chef-d'oeuvre de Barbey d'Aurevilly. Je me contenterai de dire que, à mes yeux, il s'agit simplement de l'un de ses chefs-d'oeuvre, au nombre desquels j'inclus sans sourciller "L'Ensorcelée", "Une Vieille Maîtresse" et "Une Histoire Sans Nom". Laissons "Les Diaboliques" à part puisque son statut de recueil de nouvelles le soumet à une inégalité dans les thèmes et dans les personnages dont sont souvent victimes les oeuvres du même genre. (Cela dit, trois au moins des "Diaboliques" sont de purs chefs-d'oeuvre de la nouvelle mais nous y reviendrons. )
    Miracle littéraire, incompréhensible comme tous les miracles, "Le Chevalier des Touches" est un roman qu'on n'est pas près d'oublier. Pourtant, quand on le lit pour le première fois, on n'en a absolument pas conscience. Il y a là-dedans une atmosphère à nulle autre pareille qui vous transforme et vous conquiert. Est-ce dû au réalisme que Barbey honore ici de façon exceptionnelle tout en ne renonçant pas un instant à sa flamme habituelle ? Non. Certains trouveront même vite étouffant le réalisme des trois premiers chapitres. Alors, c'est peut-être le récit, basé sur des événements historiques réels puisque le personnage de Jacques Destouches a existé et que Barbey le rencontra en 1856 dans la maison pour malades mentaux du Bon-Sauveur, à Caen ? En toute franchise, si les scènes d'action où apparaît Des Touches (sans oublier sa vengeance) sont très bien menées, elles ne retiennent pas particulièrement : on les attend, certes et on serait déçu de ne pas y assister mais elles n'ont rien à voir avec cette fabuleuse, cette impeccable remontée dans le Temps que représente "Le Chevalier Des Touches."
    Car c'est bien le miracle particulier à ce livre, qui déroutera sans nul doute plus d'un lecteur habitué à Barbey : on remonte le Temps sans s'en rendre compte, comme si l'on n'avait jamais fait que cela. Mieux : le Passé, ce XVIIIème siècle finissant dont nous avons déjà relevé maintes traces dans les oeuvres précédentes de l'écrivain normand, le Passé vient à nous, nous enveloppe avec le sourire, nous intègre avec douceur et nous fait devenir partie prenante de l'histoire qu'il nous conte. Et ceci, malgré la construction du livre : une suite de récits qui devraient, au contraire, nous ramener fréquemment au présent, en tous cas nous garantir de ne pas perdre intégralement de vue celui-ci. Avec cela, Barbey renonce cette fois-ci à mettre en avant la fibre fantastique qui, chez lui, est si prégnante : rien de bien mystérieux dans ce récit semi-historique, semi-romanesque, des faits et rien que des faits, qui provoquent, par leur évocation, les confessions et les réminiscences de ceux qui les vécurent. Ici, il n'y a pas d'ombre - sauf celle de Des Touches, aperçue dans les rues de Valognes au tout début du livre - il n'y a pas de diablerie, authentique ou supposée : tout est clair et ce n'est sûrement pas un hasard si Barbey a choisi, pour narratrice principale, cette ineffable Melle de Percy, qui ressemble et a toujours ressemblé à un grenadier, qui en a d'ailleurs retenu les jurons et qui se montra chouanne intrépide. Quand vous écoutez parler Melle de Percy, c'est un peu comme si vous lisiez les "Mémoires" de la duchesse de Montpensier : vous savez qu'une telle femme ne peut mentir et vous dit exclusivement la vérité. Et en plus, elle est là, devant vous, solidement plantée dans ses bottes, aussi présente que si le Temps - et la fiction pour Melle de Percy - ne créaient entre vous aucun abîme.
    Cette ambiance, ah ! cette ambiance ! ... C'est indescriptible et c'est inimitable et Melle de Percy y est pour beaucoup car elle est l'âme de ce salon poussiéreux où nous introduit Barbey, un salon empli au début - du moins nous semble-t-il - d'automates vieillis qui, peu à peu, s'animent et ressuscitent toute leur jeunesse et toute la chouannerie normande jusqu'à ce que l'ultime réponse ait été donnée. Alors, en automates bien élevés qu'ils n'ont cessé d'être, un à un, ils retournent à leur trompeuse inertie. Mais ne soyez pas dupe : dès que vous ferez tourner à nouveau les pages, ils seront à nouveau tout prêts à vous faire revivre l'histoire du chevalier Des Touches - et leur histoire aussi.
    Pour me résumer - ou plutôt pour essayer, comme d'habitude ;o) - prenez une bonne dose de Jean Ray (pour cette atmosphère, elle aussi inimitable, qu'il sait donner des salons de province), ajoutez deux ou trois filets d'un roman de cape et d'épée supérieurement enlevé (comme savaient les faire Dumas Père ou Féval) et, aussi inapproprié que cela puisse vous paraître, saupoudrez le tout de deux ou trois couplets des "Vieux" de Jacques Brel. Et surtout, pour ceux qui oseront aller jusqu'au bout , très important : n'oubliez pas d'ajouter une petite ombrelle à l'image du Tardis du Docteur Who. A ce moment - et à ce moment-là seulement - vous obtiendrez, grosso modo, un cocktail qui se rapprochera fort du "Chevalier Des Touches."
    Non, je ne suis pas folle et, puisque l'on parle cocktails, je n'ai pas bu une seule goutte d'alcool. ;o) Je me contente de vous donner une (bien faible) idée de l'effet qu'a produit sur moi ce roman qui restera à mes yeux un incroyable moment de grâce littéraire : et la grâce, ça ne s'explique pas, ça se contente d'être là et c'est parfois un peu fou.
    Bien sûr, certains d'entre vous resteront - ou sont déjà restés - insensibles au charme étrange de ce roman hors-normes. C'est sans doute que vous ne partagez pas les rêves qui hantaient Barbey d'Aurevilly, écrivain qu'on peut comparer à une sorte de somnambule ou de dormeur éveillé, tant son talent, si injustement méconnu de son vivant, est protéiforme, à la fois outrageusement "vieille France" et furieusement (comme on disait au temps de Molière) moderne, le tout dans une cohérence unique dont on se demande comment il y parvenait.
    Mais le résultat est là et "Le Chevalier Des Touches" nous ouvre ses pages pour en témoigner, en gardien fidèle de la mémoire de Barbey d'Aurevilly. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par hexagone, le 15 janvier 2011

    hexagone
    Résistance et insoumission.
    J'ignorais tout de cet auteur jusqu'à il y a peu. Bien décidé à entreprendre l'oeuvre, le hasard m'a mis dans les mains ce livre. Dès les premières pages j'ai bien senti que j'abordais quelque chose qui allait m'emmener plus loin qu'un simple plaisir de lecture. Barbey d'Aurevilly a cet indéniable talent de pouvoir en quelques mots bien choisis et placés de planter un décor, une ambiance, un fait d'arme. Comment ne pas tomber sous le charme de ces descriptions de cette ville de Normandie pluvieuse et ténébreuse. le conciliabule, au coin du feu de ces vieillards, qui fait la trame du roman vaut à lui seul la lecture. Les descriptions des visages, des tempéraments pénètrent le lecteur et impriment une ambiance qui enveloppe le récit d'un charme envoûtant. J'ai eu le sentiment d'être au carrefour de la littérature. Est-ce Jules qui emprunte ou tous les autres qui se sont inspirés de lui ? Je l'ignore, mais il est certain que cet auteur trop peu connu, à mon sens, mérite toute notre attention. On peut lire ce livre de plusieurs manières, roman historique, roman d'aventures, roman de résistance. Car on sent bien dès le début que ces vieillards vont nous enseigner qu'ils sont les témoins d'un passé héroïque mais révolu. Que l'histoire en marche a écrasé ces résistants qui ont lutté pour des idées qui n'ont pas triomphé. Roman sur la fidélité d'un groupe à un homme, d'un peuple à son histoire, fidélité à son roi jusqu'à la mort. Oui décidément un beau livre, une belle leçon de courage et d'amour.
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    • Livres 2.00/5
    Par 7269, le 13 août 2010

    7269
    Habitant la Normandie, je me devais de lire cet auteur. J'ai bcp aimé la langue maniérée et flamboyante, assez viellote qui dépeint de façon colorée les personnages, les situations et les lieux.

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Citations et extraits

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  • Par Villoteau, le 13 février 2013

    Comme les chevaliers leurs ancêtres, ils [les Douze] avaient tous ou presque tous une dame de leurs pensées dont l’image les accompagnait au combat, et c’est ainsi que le roman allait son train à travers l’Histoire ! Mais le Chevalier Des Touches ! Je n’ai jamais revu de ma vie un tel caractère.

    A Touffedelys, où nous avons tant brodé de mouchoirs avec nos cheveux pour ces messieurs qui nous faisaient la galanterie de nous le demander, et qui les emportaient comme des talismans dans leurs expéditions nocturnes, je ne crois pas qu’il y en ait eu un seul brodé pour lui. Qu’en pensez-vous Ursule ? … Toutes les recluses de cet espèce de couvent de guerre l’intéressaient fort peu, quoi qu’elles fussent la plupart fort dignes d’être aimées, même par des héros !
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  • Par Woland, le 28 juillet 2014

    [...] ... - C'était donc vers la fin de l'année 1799, reprit [Melle de Percy]. - Il y avait plusieurs mois que M. Jacques était avec nous, à peu près guéri, mais affaibli et souffrant encore de ses blessures. Pendant cette longue convalescence de M. Jacques à Touffedelys, -où il vivait caché, comme on vivait, dans ce temps-là, quand on ne se trouvait pas, le fusil à la main, au grand air sous le clair de lune, - Des Touches, lui, le charmeur de vagues, était repassé peut-être vingt fois de Normandie en Angleterre et d'Angleterre en Normandie. Nous ne le voyions pas à chacun de ses passages. Souvent il débarquait sur des points extrêmement distants les uns des autres, pour dépister les espions armés et acharnés qui, tapis sous chaque dune, aplatis dans le creux des falaises, couchés à plat ventre au fond des anses, le long de ces côtes dentelées de criques, cernaient la mer de toutes parts et faisaient coucher à fleur de sol des baïonnettes et des canons de fusil qui ne demandaient qu'à se lever ! Plus il allait, ce chevalier Des Touches, traqué sur mer par des bricks, traqué sur terre par des soldats et des gendarmes ; plus il allait, cet homme qui caressait le danger comme une femme caresse sa chimère, ce rude joueur qui jouait son va-tout à chaque partie, et qui gagnait, plus il était obligé cependant, malgré son impassible audace, d'user de précautions et d'adresse ; car le bonheur inouï de ses passages avait exaspéré l'observation de ses ennemis pour lesquels il était devenu l'homme de son nom : la Guêpe ! La guêpe, insaisissable et affolante, l'ennemi invisible, le plus provocant et le plus moqueur des ennemis ! Il ne faisait plus l'effet d'un homme en chair et en os, mais, comme je l'ai souvent ouï dire aux gens de mer de ces rivages, "d'une vapeur, d'un farfadet !" Il y avait entre les Bleus et lui, - et les Bleus, ne l'oubliez pas ! c'était tout le pays organisé contre nous, groupes de partisans éparpillés à sa surface, qui ne nous rattachions les uns aux autres que par des fils faciles à couper ; - il y avait, entre les Bleus et lui un sentiment d'amour-propre excité et blessé, plus redoutable encore à ce qu'il semblait que l'implacable haine de Bleu à Chouan ! ... La guerre entre eux était plus que de la guerre, c'était de la chasse ! ... [...]
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  • Par Woland, le 28 juillet 2014

    [...] ... C'était vers les dernières années de la Restauration. La demie de huit heures, comme on dit dans l'Ouest, venait de sonner au clocher, pointu comme une aiguille et vitré comme une lanterne, de l'aristocratique petite ville de Valognes.

    Le bruit de deux sabots traînants, que la terreur ou le mauvais temps semblaient hâter dans leur marche mal assurée, troublait seul le silence de la place des Capucins, déserte et morne alors comme la lande du Gibet elle-même. Tous ceux qui connaissent le pays n'ignorent pas que la lande du Gibet, ainsi appelée parce qu'on y pendait autrefois, est un terrain qui fut longtemps abandonné, à droite de la route qui va de Valognes à Saint-Sauveur-le-Vicomte, et qu'une superstition traditionnelle la faisait éviter au voyageur ... Quoique en aucun pays, du reste, huit heures et demie ne soient une heure indue et tardive, la pluie, qui était tombée ce jour-là, sans interruption, la nuit - on était en décembre, - et aussi les moeurs de cette petite ville, aisée, indolente et bien close, expliquaient la solitude de la place des Capucins et pouvaient justifier l'étonnement du bourgeois rentré, qui peut-être, accoté sous ses contrevents strictement fermés, entendait de loin ces deux sabots, grinçants et haletants sur le pavé humide, et au son desquels un autre bruit vint impétueusement se mêler.

    Sans doute, en tournant la place, sablée à son centre et pavée sur ses quatre faces, et en longeant la porte cochère vert-bouteille de l'hôtel de M. de Mesnilhouseau, qu'on avait, à cause de sa meute, surnommé Mesnilhouseau des chiens, les sabots qu'on entendait réveillèrent cette compagnie des gardes endormie ; car de longs hurlements éclatèrent par dessus les murs de la cour et se prolongèrent avec la mélancolie désolée qui caractérise le hurlement des chiens dans la nuit. Ce long pleur monotone et désespéré des chiens qui essayèrent de fourrer leur nez et leurs pattes sous la colossale porte cochère, comme s'ils avaient senti sur la place quelque chose d'insolite et de formidable, cette noire soirée, ce vent dans la pluie, cette place solitaire, qui n'était pas grande, il est vrai, mais qui, de riante qu'elle était autrefois, quand elle ressemblait à un square anglais, avec ses arbres plantés en carré et ses blanches balises, était devenue presque terrible depuis qu'en 182 ... on avait dressé au milieu une croix sur laquelle, coloriée grossièrement, se tordait, en saignant, un Christ de grandeur naturelle ; tous ces accidents, tous ces détails, pouvaient réellement impressionner le passant aux sabots qui marchait sous son parapluie incliné contre le vent, et dont l'eau qui tombait frappait la soie tendue de ses gouttes sonores, comme si elles eussent été des gouttes de cristal. ... [...]
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  • Par NicolasFJ, le 29 mars 2012

    Les yeux de l’abbé de Percy n’étaient pas des yeux : c’étaient deux petits trous ronds, sans sourcils, sans paupière, et la prunelle de ce bleu, impatientant à regarder (tant il était vif !), était si disproportionnée et si large que ce n’était pas l’orbe de la prunelle qui tournait sur le blanc de l’œil, mais la lumière qui faisait une perpétuelle et rapide rotation sur les facettes de saphir de ces yeux de lynx… Les verra-t-on d’ici, ces yeux-là ?… Mais quand on les avait vus en réalité, on ne pouvait plus les oublier.
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  • Par genou, le 22 septembre 2013

    Mais, au sortir de la rue Siquet et quand j’ai tourné le coin de la place, ramassé sous mon parapluie pour éviter le vent qui me fouettait l’averse au nez, j’ai tout à coup senti une main qui m’a saisi le bras avec violence, et je t’assure, Fierdrap, que cette main-là avait quelque chose de très corporel, et j’ai vu, à deux pouces de ma figure et dans le rayon de ma lanterne, car presque tous les réverbères de la place étaient éteints, un visage… est-ce croyable ? sur mon âme, plus laid que le mien ! un visage dévasté, barbu, blanchi, aux yeux étincelants et hagards, lequel m’a crié d’une voix rauque et amère : « Je suis le chevalier Des Touches ; n’est-ce pas, que ce sont des ingrats ? »
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Vidéo de Jules Barbey d'Aurevilly

La nouvelle Le Bonheur dans le crime, adaptée pour la télévision par France 2, dans le cadre de la série Au siècle de Maupassant : contes et nouvelles du XIXe siècle. Le film a été diffusé le mardi 17 mars 2009, avec comme acteurs Didier Bourdon, Grégori Derangère et Marie Kremer. Extrait








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