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Jean-Pierre Seguin (Éditeur scientifique)
ISBN : 2080700634
Éditeur : Flammarion (1999)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 92 notes)
Résumé :
Un des épisodes les plus romanesques de la Chouannerie et le premier volet de cette «épopée normande» que Barbey d'Aurevilly songea toute sa vie à écrire. Après des débuts littéraires incertains, l'auteur des Diaboliques trouve sa voie au moment où il retrouve son enfance, Valognes, Saint-Sauveur-le-Vicomte, le milieu familial où il a été élevé dans la nostalgie d'une culture qui est morte en 1789. C'est cette quête proustienne d'un temps, d'un monde perdu qui, par-... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Eric76
Eric7622 mai 2016
  • Livres 4.00/5
« Et nous que la déroute a fait survivre, hélas ! » (P. Verlaine)
Qu'ils sont tristes, pathétiques, souvent grotesques et baroques, ces survivants d'un monde à jamais révolu, qui s'est effondré sur lui-même avant de tomber dans les oubliettes de l'Histoire. Tous ces « colonel Chabert », ces « Chevalier Des touches », qui errent comme des âmes en peine dans ce monde nouveau qu'ils ont combattu de toutes leurs forces, qu'ils exècrent… Une lente descente aux enfers pour ces vaincus de l'Histoire qui se demandent pourquoi ils ne sont pas morts avec leurs compagnons d'infortune.
C'est une nuit de décembre à Valognes, petite ville du Cotentin. Une nuit pluvieuse et sans lune. L'abbé Percy est seul dans la rue déserte. Il se rend chez ses amis pour leur causerie habituelle du soir quand le Chevalier Des Touches, héros perdu de la chouannerie que tout le monde croyait mort, apparaît soudainement devant lui avant de s'évanouir dans la nuit.
Secoué par cette apparition fantomatique, l'abbé raconte son histoire à son auditoire médusé, des vieillards tout comme lui, des survivants désabusés de la déroute, qui s'efforcent de croire au retour des valeurs de la monarchie. le Chevalier, ou son fantôme, est de retour à Valognes !
On remonte avec frénésie le passé, quand tous étaient jeunes et fringants. Mademoiselle de Percy, alors combattante du Roi, raconte de sa voix énergique l'expédition des douze. Douze guerriers, douze royalistes, douze chouans qui tenteront de libérer le Chevalier Des Touches, surnommé la Belle Hélène à cause de sa grâce quasi féminine, fait prisonnier par les soldats de la révolution.
C'est tragique, sanglant, et funèbre. C'est courtois. Les haines sont implacables et les vengeances terribles. C'est parfois totalement improbable. Comme tous les barouds d'honneur, c'est beau, c'est bruyant, et parfaitement inutile, car la révolution a déjà triomphé.
Puis la vieillesse et le désabusement reprennent le dessus. A quoi bon exhumer cette histoire que tout le monde a oublié à l'exception de ces vieux birbes assis frileusement autour d'un feu de cheminée ? C'est au moment où Mlle de Percy se décide à poser l'éteignoir sur cette triste épopée qu'elle voit ce jeune garçon oublié dans un coin d'ombre. Il regardait les yeux grands ouverts ces reliques du passé qui s'étaient souvenus de leur splendeur déchue ; il avait tout écouté de ses deux oreilles, bien décidé à empêcher l'histoire du Chevalier Des Touches de disparaître à jamais de la mémoire des hommes.
Challenge XIXème siècle 2016

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cmpf
cmpf02 mai 2015
  • Livres 4.00/5
Ce pourrait être une pièce de théâtre classique. On y trouve effectivement l'unité de temps, une soirée, l'unité de lieu, un salon et l'unité d'action, le récit des aventures du vendéen des Touches.
Dans les dernières années de la Restauration, comme l'incipit le déclare, quelques vieux royalistes se réunissent ainsi qu'à l'accoutumée pour passer la soirée. Mais l'arrivée de l'un des participants, l'abbé, oriente la discussion. Il déclare avoir croisé l'espace d'un instant le chevalier des Touches que tout le monde croit mort. Commence alors le récit par Mademoiselle Barbe de Percy, vieille demoiselle qui n'a pas hésité à participer activement à la chouannerie, de l'histoire de ce chevalier.
Ce chevalier, nommé en réalité Destouches, en un seul mot, a réellement existé. Il faisait office de messager entre Granville et Jersey. Il fut arrêté, condamné à mort, délivré et se cacha plusieurs mois. Il repartit à Jersey mais devint fou. Estimé guéri, il fut relâché avant de finir sa vie à l'asile du Bon Sauveur à Caen, où Barbey d'Aurevilly l'a rencontré. Mais l'écrivain l'a largement magnifié tant au physique, qu'au moral et s'est librement inspiré de la réalité.
Le roman vaut, à mon avis surtout pour la peinture des personnages et l'atmosphère fin de règne que Barbey d'Aurevilly crée. On sent presque le feu de bois, la poussière retenue dans de lourds rideaux et des tapis. Son style régulièrement agrémenté d'expressions locales a pour moi beaucoup de charme.
Challenge 19ème siècle 2015
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Woland
Woland28 juillet 2014
  • Livres 5.00/5
Préface, Chronologie, Notes & Variantes, Bibliographie : Jacques Petit
ISBN : Non Indiqué
Pour certains, voici le chef-d'oeuvre de Barbey d'Aurevilly. Je me contenterai de dire que, à mes yeux, il s'agit simplement de l'un de ses chefs-d'oeuvre, au nombre desquels j'inclus sans sourciller "L'Ensorcelée", "Une Vieille Maîtresse" et "Une Histoire Sans Nom". Laissons "Les Diaboliques" à part puisque son statut de recueil de nouvelles le soumet à une inégalité dans les thèmes et dans les personnages dont sont souvent victimes les oeuvres du même genre. (Cela dit, trois au moins des "Diaboliques" sont de purs chefs-d'oeuvre de la nouvelle mais nous y reviendrons. )
Miracle littéraire, incompréhensible comme tous les miracles, "Le Chevalier des Touches" est un roman qu'on n'est pas près d'oublier. Pourtant, quand on le lit pour le première fois, on n'en a absolument pas conscience. Il y a là-dedans une atmosphère à nulle autre pareille qui vous transforme et vous conquiert. Est-ce dû au réalisme que Barbey honore ici de façon exceptionnelle tout en ne renonçant pas un instant à sa flamme habituelle ? Non. Certains trouveront même vite étouffant le réalisme des trois premiers chapitres. Alors, c'est peut-être le récit, basé sur des événements historiques réels puisque le personnage de Jacques Destouches a existé et que Barbey le rencontra en 1856 dans la maison pour malades mentaux du Bon-Sauveur, à Caen ? En toute franchise, si les scènes d'action où apparaît Des Touches (sans oublier sa vengeance) sont très bien menées, elles ne retiennent pas particulièrement : on les attend, certes et on serait déçu de ne pas y assister mais elles n'ont rien à voir avec cette fabuleuse, cette impeccable remontée dans le Temps que représente "Le Chevalier Des Touches."
Car c'est bien le miracle particulier à ce livre, qui déroutera sans nul doute plus d'un lecteur habitué à Barbey : on remonte le Temps sans s'en rendre compte, comme si l'on n'avait jamais fait que cela. Mieux : le Passé, ce XVIIIème siècle finissant dont nous avons déjà relevé maintes traces dans les oeuvres précédentes de l'écrivain normand, le Passé vient à nous, nous enveloppe avec le sourire, nous intègre avec douceur et nous fait devenir partie prenante de l'histoire qu'il nous conte. Et ceci, malgré la construction du livre : une suite de récits qui devraient, au contraire, nous ramener fréquemment au présent, en tous cas nous garantir de ne pas perdre intégralement de vue celui-ci. Avec cela, Barbey renonce cette fois-ci à mettre en avant la fibre fantastique qui, chez lui, est si prégnante : rien de bien mystérieux dans ce récit semi-historique, semi-romanesque, des faits et rien que des faits, qui provoquent, par leur évocation, les confessions et les réminiscences de ceux qui les vécurent. Ici, il n'y a pas d'ombre - sauf celle de Des Touches, aperçue dans les rues de Valognes au tout début du livre - il n'y a pas de diablerie, authentique ou supposée : tout est clair et ce n'est sûrement pas un hasard si Barbey a choisi, pour narratrice principale, cette ineffable Melle de Percy, qui ressemble et a toujours ressemblé à un grenadier, qui en a d'ailleurs retenu les jurons et qui se montra chouanne intrépide. Quand vous écoutez parler Melle de Percy, c'est un peu comme si vous lisiez les "Mémoires" de la duchesse de Montpensier : vous savez qu'une telle femme ne peut mentir et vous dit exclusivement la vérité. Et en plus, elle est là, devant vous, solidement plantée dans ses bottes, aussi présente que si le Temps - et la fiction pour Melle de Percy - ne créaient entre vous aucun abîme.
Cette ambiance, ah ! cette ambiance ! ... C'est indescriptible et c'est inimitable et Melle de Percy y est pour beaucoup car elle est l'âme de ce salon poussiéreux où nous introduit Barbey, un salon empli au début - du moins nous semble-t-il - d'automates vieillis qui, peu à peu, s'animent et ressuscitent toute leur jeunesse et toute la chouannerie normande jusqu'à ce que l'ultime réponse ait été donnée. Alors, en automates bien élevés qu'ils n'ont cessé d'être, un à un, ils retournent à leur trompeuse inertie. Mais ne soyez pas dupe : dès que vous ferez tourner à nouveau les pages, ils seront à nouveau tout prêts à vous faire revivre l'histoire du chevalier Des Touches - et leur histoire aussi.
Pour me résumer - ou plutôt pour essayer, comme d'habitude ;o) - prenez une bonne dose de Jean Ray (pour cette atmosphère, elle aussi inimitable, qu'il sait donner des salons de province), ajoutez deux ou trois filets d'un roman de cape et d'épée supérieurement enlevé (comme savaient les faire Dumas Père ou Féval) et, aussi inapproprié que cela puisse vous paraître, saupoudrez le tout de deux ou trois couplets des "Vieux" de Jacques Brel. Et surtout, pour ceux qui oseront aller jusqu'au bout , très important : n'oubliez pas d'ajouter une petite ombrelle à l'image du Tardis du Docteur Who. A ce moment - et à ce moment-là seulement - vous obtiendrez, grosso modo, un cocktail qui se rapprochera fort du "Chevalier Des Touches."
Non, je ne suis pas folle et, puisque l'on parle cocktails, je n'ai pas bu une seule goutte d'alcool. ;o) Je me contente de vous donner une (bien faible) idée de l'effet qu'a produit sur moi ce roman qui restera à mes yeux un incroyable moment de grâce littéraire : et la grâce, ça ne s'explique pas, ça se contente d'être là et c'est parfois un peu fou.
Bien sûr, certains d'entre vous resteront - ou sont déjà restés - insensibles au charme étrange de ce roman hors-normes. C'est sans doute que vous ne partagez pas les rêves qui hantaient Barbey d'Aurevilly, écrivain qu'on peut comparer à une sorte de somnambule ou de dormeur éveillé, tant son talent, si injustement méconnu de son vivant, est protéiforme, à la fois outrageusement "vieille France" et furieusement (comme on disait au temps de Molière) moderne, le tout dans une cohérence unique dont on se demande comment il y parvenait.
Mais le résultat est là et "Le Chevalier Des Touches" nous ouvre ses pages pour en témoigner, en gardien fidèle de la mémoire de Barbey d'Aurevilly. ;o)
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Henri-l-oiseleur
Henri-l-oiseleur05 décembre 2015
  • Livres 4.00/5
Barbey est un romancier intéressant et très atypique, car il n'écrit; pour ainsi dire, que dans les marges. L'aventure de Des Touches, extraordinaire et romanesque, se passe pendant les dernières années de la Chouannerie, sous le Directoire, alors que tout est déjà joué. L'éclat de l'aventure, superbe, est donc totalement inutile au plan historique et politique : un baroud d'honneur. Mais cette aventure même est captée et racontée par le témoin muet, l'enfant, qui écoute l'évocation des gloires passées dans un salon de vieilles gens, aux temps où la Monarchie restaurée est déjà finie, juste avant que les derniers témoins ne disparaissent. Enfin, l'aventure de Des Touches elle-même est éclipsée par la splendeur du verbe, de la verve, des narrateurs, plus longuement évoqués, plus pittoresques, presque plus intéressants et colorés, que les héros de l'histoire elle-même. En somme, ce roman concerne moins Des Touches que le récit qui en est fait, sauvé de l'oubli à quelques années de la mort de ses derniers témoins. Jamais on n'a écrit de roman plus pessimiste sur la fin des idéaux et le triomphe inéluctable d'un ordre nouveau détestable.
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hexagone
hexagone15 janvier 2011
  • Livres 4.00/5
Résistance et insoumission.
J'ignorais tout de cet auteur jusqu'à il y a peu. Bien décidé à entreprendre l'oeuvre, le hasard m'a mis dans les mains ce livre. Dès les premières pages j'ai bien senti que j'abordais quelque chose qui allait m'emmener plus loin qu'un simple plaisir de lecture. Barbey d'Aurevilly a cet indéniable talent de pouvoir en quelques mots bien choisis et placés de planter un décor, une ambiance, un fait d'arme. Comment ne pas tomber sous le charme de ces descriptions de cette ville de Normandie pluvieuse et ténébreuse. le conciliabule, au coin du feu de ces vieillards, qui fait la trame du roman vaut à lui seul la lecture. Les descriptions des visages, des tempéraments pénètrent le lecteur et impriment une ambiance qui enveloppe le récit d'un charme envoûtant. J'ai eu le sentiment d'être au carrefour de la littérature. Est-ce Jules qui emprunte ou tous les autres qui se sont inspirés de lui ? Je l'ignore, mais il est certain que cet auteur trop peu connu, à mon sens, mérite toute notre attention. On peut lire ce livre de plusieurs manières, roman historique, roman d'aventures, roman de résistance. Car on sent bien dès le début que ces vieillards vont nous enseigner qu'ils sont les témoins d'un passé héroïque mais révolu. Que l'histoire en marche a écrasé ces résistants qui ont lutté pour des idées qui n'ont pas triomphé. Roman sur la fidélité d'un groupe à un homme, d'un peuple à son histoire, fidélité à son roi jusqu'à la mort. Oui décidément un beau livre, une belle leçon de courage et d'amour.
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Citations & extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric7618 mai 2016
Le moment était pour nous si solennel, monsieur de Fierdrap, que j'ai gardé les moindres impressions de cette nocturne entrée dans Coutances et le long de ces rues où nous avancions comme sur une trappe dont on se défie et qui peut s'ouvrir tout à coup et vous avaler, et que je me rappelle parfaitement une vieille dame en cornette de nuit et en serre-tête, le seul être vivant de cette ville ensevelie toute entière dans ses maisons comme dans des tombes, laquelle, à la fenêtre d'un haut étage, vidait, au clair de la lune, une cuvette avec précaution et mystère, et mettait à cela une telle lenteur, que les gouttes du liquide qu'elle versait auraient eu le temps de se cristalliser avant de tomber sur le sol, s'il avait fait un peu plus froid. Elle en accompagnait la chute de l'avertissement charitable : " gare l'eau ! gare l'eau !" prononcé d'une voix tremblotante, qu'elle veloutait pour n'éveiller personne, et qui disait à quel point elle était consciencieuse dans ce qu'elle faisait, et même timorée. A chaque goutte qui tombait ou qui ne tombait pas, elle répétait du même ton dolent son " gare l'eau " monotone... Nous nous rangeâmes contre le mur d'en face, craignant qu'elle ne nous aperçût... Mais trop occupée pour cela, elle continua d'épancher sa source éternelle, en diésant toujours son " gare l'eau ! "
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Eric76Eric7611 mai 2016
- Le Chevalier Des Touches ! dit-elle comme se parlant à elle-même, bien plus qu'à ceux qui étaient là. Et, par la Mort-Dieu ! pourquoi pas ? ajouta t'elle, car elle avait rapporté des vieilles guerres, au clair de lune, des jurons et des mots énergiques qu'elle ne disait pas d'ordinaire, mais qui revenaient à ses lèvres quand quelque passion la reprenait, comme des oiseaux sauvages et effrontés reviennent à quelque ancien perchoir abandonné depuis longtemps. Après tout, ce n'est pas impossible ! Un homme qui a fait la guerre des Chouans et qui n'y est pas resté, à la vie dure. Au lieu de débarquer à Granville, il aura pris terre à Portbail ou au havre de Carteret, et il aura passé par Valognes pour retourner dans son pays ; car il est, je crois, du côté d'Avranches. [...] Mais, mon frère, si vous êtes sûr que ce fut lui, le Chevalier Des Touches, pourquoi l'avoir laissé vous quitter si vite et ne l'avoir pas contraint, du moins, à vous parler ?
- Suivi ! parlé ! répondit gaiement l'abbé au ton sérieux et passionné de mademoiselle de Percy ; mais on ne suit pas un coup de vent quand il passe, et on ne parle pas à un homme qui, comme un farfadet, pst ! pst ! est déjà bien loin quand on commence à le reconnaître...
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Eric76Eric7616 mai 2016
L'abbé disait d'elle encore ce joli mot à la Fontenelle, pour exprimer le charme attachant de sa personne : " Autrefois, elle faisait des victimes ; à présent elle ne fait plus que des captifs. " Le foisonnant buisson de roses s'était éclairci, les fleurs avaient pâli et se dépouillaient, mais en se dépouillant, le parfum de tant de roses ne s'était pas évaporé. Elle était donc toujours Aimée... L'outremer de ses longs yeux de " fille des flots ", qui distinguait, comme un signe de race, cette descendante des anciens rois de la mer, ainsi que les chroniques désignent les Normands, nos ancêtres, n'avait plus, il est vrai, la radieuse pureté de ce regard de Fée, ondé de bleu et de vert, comme les pierres marines et les étoiles, et où semblaient chanter, car les couleurs chantent au regard, la Sérénité et l'Espérance ! Mais la profondeur d'un sentiment blessé, qui teignait tout de noir dans l'âme d'Aimée, y versait une ombre sublime. Le gris et l'orangé, ces deux couleurs du soir, y descendaient et y jetaient je ne sais quels voiles comme il y en a sur les lacs de saphir d'Ecosse...
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WolandWoland28 juillet 2014
[...] ... - C'était donc vers la fin de l'année 1799, reprit [Melle de Percy]. - Il y avait plusieurs mois que M. Jacques était avec nous, à peu près guéri, mais affaibli et souffrant encore de ses blessures. Pendant cette longue convalescence de M. Jacques à Touffedelys, -où il vivait caché, comme on vivait, dans ce temps-là, quand on ne se trouvait pas, le fusil à la main, au grand air sous le clair de lune, - Des Touches, lui, le charmeur de vagues, était repassé peut-être vingt fois de Normandie en Angleterre et d'Angleterre en Normandie. Nous ne le voyions pas à chacun de ses passages. Souvent il débarquait sur des points extrêmement distants les uns des autres, pour dépister les espions armés et acharnés qui, tapis sous chaque dune, aplatis dans le creux des falaises, couchés à plat ventre au fond des anses, le long de ces côtes dentelées de criques, cernaient la mer de toutes parts et faisaient coucher à fleur de sol des baïonnettes et des canons de fusil qui ne demandaient qu'à se lever ! Plus il allait, ce chevalier Des Touches, traqué sur mer par des bricks, traqué sur terre par des soldats et des gendarmes ; plus il allait, cet homme qui caressait le danger comme une femme caresse sa chimère, ce rude joueur qui jouait son va-tout à chaque partie, et qui gagnait, plus il était obligé cependant, malgré son impassible audace, d'user de précautions et d'adresse ; car le bonheur inouï de ses passages avait exaspéré l'observation de ses ennemis pour lesquels il était devenu l'homme de son nom : la Guêpe ! La guêpe, insaisissable et affolante, l'ennemi invisible, le plus provocant et le plus moqueur des ennemis ! Il ne faisait plus l'effet d'un homme en chair et en os, mais, comme je l'ai souvent ouï dire aux gens de mer de ces rivages, "d'une vapeur, d'un farfadet !" Il y avait entre les Bleus et lui, - et les Bleus, ne l'oubliez pas ! c'était tout le pays organisé contre nous, groupes de partisans éparpillés à sa surface, qui ne nous rattachions les uns aux autres que par des fils faciles à couper ; - il y avait, entre les Bleus et lui un sentiment d'amour-propre excité et blessé, plus redoutable encore à ce qu'il semblait que l'implacable haine de Bleu à Chouan ! ... La guerre entre eux était plus que de la guerre, c'était de la chasse ! ... [...]
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VilloteauVilloteau13 février 2013
Comme les chevaliers leurs ancêtres, ils [les Douze] avaient tous ou presque tous une dame de leurs pensées dont l’image les accompagnait au combat, et c’est ainsi que le roman allait son train à travers l’Histoire ! Mais le Chevalier Des Touches ! Je n’ai jamais revu de ma vie un tel caractère.

A Touffedelys, où nous avons tant brodé de mouchoirs avec nos cheveux pour ces messieurs qui nous faisaient la galanterie de nous le demander, et qui les emportaient comme des talismans dans leurs expéditions nocturnes, je ne crois pas qu’il y en ait eu un seul brodé pour lui. Qu’en pensez-vous Ursule ? … Toutes les recluses de cet espèce de couvent de guerre l’intéressaient fort peu, quoi qu’elles fussent la plupart fort dignes d’être aimées, même par des héros !
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Jules BARBEY D’AUREVILLY– Les Diaboliques, Œuvre intégrale (FR)
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