ISBN : 2859206000
Éditeur : Le Castor Astral
(2005)
Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Ici on parle flamand & français : Une fameuse collection de poèmes belges1Ajouter à mes livres
Si vous pensez que la poésie est une vieille chose un peu ennuyeuse, arrêtez-vous une minute. Ouvrez ce livre au hasard. C'est un livre pour toutes les saisons, une collection de formules magiques. Tendre, drôle ou rebelle, la poésie n'a p... > voir plus
C'est en avril 2005 que j'ai acheté le recueil collectif Ici on parle flamand & français, qui regroupe des poètes belges sélectionnés par Francis Dannemark. Les pralines et manons de la couverture annoncent d'entrée de jeu qu'on va se régaler et c'est bel et bien le cas, nous ne sommes pas trompés sur la marchandise. Réunis par blocs sous un extrait poétique qui en annonce la couleur, comme celui de Louis Scutenaire annonçant que « Plus je vais, le grand amour, j'ai bien peur que ça existe vraiment », ceux-ci mêlent dans un même thème poètes des deux langues d'origine, dont tous les poème sont ici en français, pour notre plus grand plaisir.
Il y a,
il y a des jours de raisons doux, de pommes d’or,
de quoi faire taire notre vielle soif.
Et l’eau qui court, torrents, rivières,
court sous la peau, enrobe nos cœurs, cale nos doigts.
Rien ne manque, rien n’est mieux,
et quand la nuit vient, elle affiche pour nous deux
un jeu complet d’étoiles..
Il y a des jours de fruits amers,
quand les pépins écrasés
nous blessent un peu la langue,
nous font former des mots moins beaux.
Il y a des jours de court paille
où trois fois l’on tire la plus court.
Les enfants sont un peu trop loin
pour qu’on entende leurs rires
et le chien qui murmure des rêves moroses
semble ne plus nous reconnaître.
Il y a des jours où tu m’aimes,
des jours où tu m’aimes bien.
Ainsi nous avançons, nous souvenant
et oubliant, marée haute, marée plate,
que le bonheur est un mélange
et que jamais il ne ressemble
ni tout à fait à ce que nous croyons
ni à lui-même, ni à lui-même.
Chaque soir depuis que j’ai décidé de ne plus t’écrire
et de brûler tes lettres dans l’évier
- la flamme était si haute que j’ai dû renoncer –
chaque soir depuis que je suis sortie dans la nuit
pour m’asseoir dans la nuit au bord de la rivière
chaque soir depuis que j’ai jeté tes lettres dans l’eau noire
couru le long de la berge pour les voir s’en aller
sauté sur le pont pour les voir reparaître
chaque soir depuis que le courant a emporté tes mots
qui ont jusqu’au dernier en cette noirceur paisible
perdu leur lumière
chaque soir depuis que j’ai regardé mes mains vides
et baigné mon visage
dans l’eau cendreuse de l’évier
chaque soir je t’écris
Chaque soir depuis que je t’écris chaque soir
chaque soir depuis que je déchire ma lettre du soir
chaque soir
je t’écris.
Celui qui regarde, par la fenêtre
d’une habitation étrangère,
un quartier tranquille et voisin
parsemé de petits jardins
peut un instant rêver
qu’il est chez lui, en sûreté.
Il regarde la pluie d’or du cytise,
la couleur chaude et lourde
des giroflées habillées de velours
et plus loin les narcisses.
Et il se demande si lui
qui volontiers habiterait ici
ne se sent pas calme et content,
ne fûr-ce que pour un instant,
et si cette jeune femme mignonne,
là-bas, près des anémones,
ne presse pas, la nuit,
dans ses bras, un ami
qui à son tour, dans le matin,
par la fenêtre ouverte,
lorgne un autre jardin
rempli de fleurs qui sentent bon
et charmé, plein d’espoir,
rêve alors d’un bonheur
qui n’a pas encore de nom.
Dis-moi qu’il est temps, dis-moi que je suis
fatigué, ne cède pas aux protestations,
donne-moi un gant de toilette, le nounours familier,
montre-moi mon lit, borde-moi,
sens bon le savon, raconte-moi comment
dorment les princesses comme par enchantement
et disparais, ne va pas trop loin,
mets-moi au lit, borde-moi,
laisse-moi seul, ne me jette pas de poudre
aux yeux, ne chante pas de chanson,
ne me réconcilie pas avec la nuit,
fais comme je fais, borde-moi.