> Danièle Valin (Traducteur)

ISBN : 2070129357
Éditeur : Gallimard (2011)


Note moyenne : 3.8/5 (sur 49 notes) Ajouter à mes livres

Quelque part dans les Alpes italiennes, un chamois domine sa harde depuis des années. Il est d’une taille et d’une puissance exceptionnelles, mais il pressent que sa dernière saison en tant que roi est arrivée, sa suprématie étant désormais menacée par les p... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 09 mai 2011

    nadejda
    Erri de Luca nous offre là un texte court mais dense, un texte où chaque mot compte et est à sa place. Il a la même précision et la même puissante beauté que les gestes (que l'auteur connaît bien) du grimpeur à mains nues qui s'élève tout en souplesse en harmonie avec la paroi. 

    Deux solitaires vont se mesurer : le roi d'une harde de chamois qui sent son déclin et qu'est arrivée pour lui sa dernière saison de domination et un braconnier qui, lui aussi, la fatigue le gagnant, compte terminer en beauté en ramenant comme trophée la barbe et les cornes de ce roi majestueux qui le nargue depuis des années.
    Au cours des journées qui précèdent leur ultime rencontre nous apprenons à les connaître, partageons avec eux leur approche de la nature, comment ils s'y intègrent l'un et l'autre, comment ils rusent, se préparent, prennent la mesure de leur force et de celle de l'adversaire. 
«Il ne dormait pas avec le troupeau, pas même pendant l'automne de l'accouplement...Il descendait vers la harde à des heures différentes, avec le brouillard, avant l'aube, après le coucher du soleil. Il ne donnait à personne la chance de le prévoir.»
    « L'homme ... était incapable de leur complicité avec la hauteur. Eux vivaient dans son intimité, lui n'était qu'un voleur de passage.
Il avait vu les chamois franchir les précipices en pleine course, l'un derrière l'autre, exécutant une séquence de pas identique dans leur prise d'élan.Leur saut était un raccommodage entre deux bords, un point de suture au-dessus du vide. Il enviait la supériorité de l'animal,...»
    Et la force de l'animal est surtout d'être entièrement présent à chaque instant.
«Les animaux savent le temps à temps, quand il est utile de le savoir. Y penser avant est la ruine de l'homme et ne prépare pas à être prêt.»
    On n'assiste pas à un affrontement entre l'animal et l'homme, plutôt une élévation de l'un par l'autre et... qui aurait pu penser qu'un papillon allait peser d'un tel poids ?.... Je n'irai pas plus loin car cette histoire pleine de poésie sait aussi tenir en haleine.
    Un petit texte, «Visite à un arbre», complète ce volume en nous contant la rencontre de l'auteur et d'un pin des Alpes, penché sur le vide : «Une fois par an, je monte saluer l'arbre, j'emporte de quoi écrire et je m'assieds à son pied......Un arbre solitaire a une clôture invisible, aussi large que son ombre à poser tout autour. Avant d'y entrer, je retire mes sandales. Je m'allonge sous sa lumière.»
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    Critique de qualité ? (27 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Pasdel, le 01 avril 2012

    Pasdel
    Pour ceux qui ne le savent pas encore, Erri de Luca est un poète et un conteur hors pair. Il suffit d'en lire quelques lignes pour s'en rendre compte : « le feu fait claquer des baisers de réconfort. L'âpreté extérieure donne des coups d'épaule, mais la flamme allumée garde unis le bois et la pierre. Tant qu'elle brille dans le noir, la pièce est une forteresse. » Ou encore « Les femmes font des gestes de coquillage, qui s'ouvre pour expulser comme pour attirer à l'intérieur. »
    Agrémenter le tout d'une bonne musique italienne du genre Zucchero ou Paolo Conte et vous voilà parti pour un agréable moment.
    La suite c'est ici

    Lien : http://leslecturesdepasdel.over-blog.com/article-le-poids-du-papillo..
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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 08 juin 2011

    Malaura
    Lorsque j'étais enfant, nos parents nous emmenaient ma sœur et moi passer les vacances dans un petit village des Alpes italiennes. L'un de ces villages comme il ne doit en rester guère, où les marques de la civilisation n'avaient pas encore défiguré le pittoresque et la rusticité ; village de montagne, reculé, isolé…Les vieux y parlaient un dialecte italien aux sonorités chantantes, les rues y étaient tortueuses et étroites, elles sentaient l'odeur forte du troupeau fraîchement rentré des pâturages.
    Nous prenions la route des montagnes et après quelques heures d'une marche dans un paysage de pins, de sources écumantes, de rivières bondissantes, nous arrivions au pied de la montagne « assise », c'est comme cela que nous l'avions surnommée car elle ressemblait à une vieille dame assise. Et là, sur la paroi rocheuse, abrupte, ravinée, au bout de quelques minutes d'une attente impatiente et fébrile, l'on voyait les chamois arriver. Quel spectacle !
    L'agilité de leurs pattes sur la muraille rocheuse, leurs bonds vifs et aériens dans un univers de roches éboulées, l'assurance avec laquelle ils sautaient et bondissaient au mépris de l'abîme qui s'ouvrait devant eux, la fierté animale de leur posture au bord du vide, la beauté à la fois forte et délicate de leur constitution ! C'était tout simplement magique et dans mes yeux d'enfant ce spectacle magnifique revêtait la forme d'un beau rêve éveillé.
    Lorsque j'ai vu la couverture du dernier livre d'Erri de Luca - la silhouette d'un chamois dans l'aube naissante - ces souvenirs d'enfance m'ont submergée de nouveau : les marches dans une nature éblouissante, les marmottes en hiver, la polenta préparée par les vieux paysans…et les chamois dressés à flanc de ravin.
    Ce livre était pour moi.
    Un livre cependant qui s'ouvre sur une image forte, saisissante : « sa mère avait été abattue par un chasseur. Dans ses narines de petit animal se grava l'odeur de l'homme et de la poudre à fusil ».
    Par cet incipit qui d'emblée vous frappe en plein cœur, Erri de Luca amorce le récit d'un face à face - que l'on présage sans issue - entre l'homme et l'animal, entre le chasseur vieillissant et le chamois en fin de règne.
    Pourtant, entre ces deux êtres que tout semble opposer, les similitudes affleurent : le caractère ombrageux et solitaire qui les caractérise, le respect qu'ils inspirent à leurs semblables respectifs, le poids des années qu'ils ressentent dans leurs membres à l'approche de l'hiver et l'aplomb farouche qui les anime tous deux, les conduisant à se sentir, à se flairer, à se chercher l'un l'autre et à se provoquer comme deux rois frères et ennemis, deux géants des montagnes qui scelleront leur destin sur les « à pic » rocheux.
    Et dans cette chorégraphie fusionnelle entre règne animal et règne humain, entre chasseur et gibier, le bruissement des ailes d'un papillon blanc, comme « la plume ajoutée au poids des ans », viendra associer en point d'orgue sa note harmonieuse, légère mais fatidique, la note qui solde tous les comptes, celle du temps qui passe irrémédiablement et fait s'unir, dans un éternel et même embrassement, les corps de l'homme et du chamois.
    Avec un art consommé de la mesure et du dépouillement, l'italien Erri de Luca nous offre un magnifique hymne à la nature, à la vie animale, à la solitude et à la liberté.
    Il y a quelque chose d'ascétique et de monacal dans la beauté de ces phrases clarifiées à l'extrême, quelque chose de l'ordre du murmure ou du chuchotement, qui font que les mots, comme les roches éboulées sous les pas du chamois, roulent longtemps à l'intérieur de nous, éclaboussant notre conscience de perles d'émotion comme une eau de cascade et bruissant dans les cœurs comme l'herbe qu'on foule, quelque chose qui s'apparente au recueillement dans le silence frémissant de la montagne.
    Les deux récits qui composent « Le poids du papillon » sont des pépites brutes, de celles qui sont formées à l'aulne des rivières, aux cimes des grands pins, aux sommets des montagnes. Elles ont un goût de contes qui vous donne envie de communier avec la nature.
    Tout comme le narrateur de « Visite à l'arbre », la seconde histoire qui ourle ce recueil, on se prend alors à rêver d'aller rendre visite à ces arbres héros plantés au bord du vide, s'allonger sous leurs branches pour lire leurs histoires ou monter sur leurs bras, les pieds ballants…à l'air libre.
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 19 décembre 2011

    litolff
    Un beau récit poétique racontant la dernière traque d'un vieux braconnier alpiniste hors-pair en communion intime avec la nature : sa dernière cible, c'est le "roi des chamois", un chamois exceptionnellement grand et beau qui est resté 20 ans à la tête de sa harde, le narguant éternellement de sa superbe... Deux géants solitaires qui se défient et s'affrontent au moment où tous deux ont l'intuition de leur fin proche, dans un cadre somptueux, les alpes italiennes.
    La force évocatrice de l'écriture d'Erri de Luca fait surgir les odeurs musquées des chamois, celle de la montagne sous la neige, les bruissements de la nature, tous les sens sont en éveil. Superbe !
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    • Livres 3.00/5
    Par mariech, le 04 novembre 2011

    mariech
    J'ai un avis assez mitigé sur le livre ; c'est vrai que l'écriture est poétique mais la tournure de certaines phrases étaient un peu bizarres .
    Et surtout , au bout de quelques pages , j'avais déjà compris ce qu'il allait se passer .
    Je ne vois pas du tout ce que vient faire dans ce roman ( enfin plutôt une ode à la nature qu'un roman ) la deuxième partie intitulée visite à un arbre .
    Je lirai un autre livre de l'auteur pour voir ce qu'il me réserve .
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)

Critiques presse (2)


  • Actualitte , le 04 août 2011
    Tel un long poème, on souhaiterait pouvoir retenir chaque phrase du texte, se les rappeler dans les moments de doute et de crainte, entendre leur douce musicalité apaisante, ressentir le souffle du vent, les parfums d’amande… Un livre qu’on ne range pas, qu’il faut garder à portée de main. Nécessaire et remarquable
    Lire la critique sur le site : Actualitte
  • Lexpress , le 14 juin 2011
    En lisant ce petit livre éblouissant, on pense au combat du capitaine Achab avec la baleine blanche : une chasse subtile qui ressemble à une quête spirituelle, sous la plume du dernier mystique des lettres transalpines.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par Geraldine2005, le 15 mai 2011

    Il attendit là, sans bouger, bombant le torse, la balle de onze grammes qui traversa son coeur de haut en bas.Il mourut avant d'entendre le fracas de la détonation, un coup de marteau contre la tôle du ciel.Il tomba du haut de la pierre et roula vers les chamois. L'homme vit alors une chose jamais vue jusque-là. Le troupeau ne se dispersa pas en s'enfuyant, il fit lentement le mouvement inverse. D'abord, les femelles, puis les mâles, puis les petits nés au printemps montèrent vers lui, à la rencontre du roi abattu. Un par un, ils penchèrent leur museau sur lui, sans une pensée pour l'homme aux aguets. Ils touchèrent de leurs cornes, d'un léger coup, le dos roux et épais de leur père à tous. Les femelles donnèrent deux coups, les petits frottèrent timidement leurs premiers centimètres sur le manteau hivernal, déjà combre, de leur patriarche.
    Rien n'était plus important pour eux que cet adieu, l'hommage rendu au plus magnifique des chamois qui eût jamais existé. L'homme regardait, l'arme encore sur l'épaule, le corps sur ses coudes. Il baissa son fusil. La bête l'avait épargné, lui non. Il n'avait rien compris de ce présent qui était déjà perdu. C'est à ce moment-là que la chasse prit fin pour lui aussi, il ne tirerait plus jamais sur d'autres animaux.
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  • Par nadejda, le 10 mai 2011

    Le roi des chamois était vêtu de vent. Dans la tempête, il se laissait envelopper par les rafales, c'était son manteau. Son pelage brillait, gonflé par l'explosion des éclairs, le roi fermait les yeux et se laissait étreindre par l'air déchaîné. Il était en sûreté là où toutes les autres créatures sentent une menace. Il était en alliance avec le vent, son coeur battait, léger, se chargeant de l'énergie lancée par le ciel sur la terre.
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  • Par mangeclous, le 28 avril 2011

    Le cerveau de l'homme est un ruminant, il remâche les informations des sens, les combine en probabilités. L'homme est ainsi capable de préméditer le temps, de le projeter. C'est aussi sa damnation, car il en retire la certitude de mourir.
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  • Par litolff, le 19 décembre 2011

    Sa vie au gré des saisons était allée avec le monde. Il l'avait gagnée tant de fois, mais elle ne lui appartenait pas. Il fallait la rendre froissée après l'avoir utilisée. Quel était ce créancier indulgent qui la lui avait prêtée neuve et la reprenait usée, à jeter.
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  • Par mangeclous, le 01 mai 2011

    Quand un homme s'arrête pour regarder les nuages, il voit défiler le temps au-dessus de lui, un vent qui enjambe. Alors, il faut se remettre debout et le rattraper.
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