> Marianne Véron (Traducteur)

ISBN : 2742744622
Éditeur : Actes Sud (2003)


Note moyenne : 4/5 (sur 15 notes) Ajouter à mes livres
Il est envoûtant d'écouter une conversation faite de silences et de répétitions, de phrases inachevées, de questions tues ou inlassablement répétées. Entre Lauren et son mari, les silences sont sans doute aussi imposants que les m... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 3.00/5
    Par le_Bison, le 14 février 2012

    le_Bison
    Le roman débute sur une scène d'un looooonngg petit-déjeuner. Il ne se passe rien, juste un couple, Rey Robles et sa troisième épouse Lauren Hartke, en train de prendre ensemble leur petit-déjeuner matinal. La seule action consiste à remuer le jus d'orange en écoutant la météo à la radio et en observant les oiseaux par la fenêtre. Je vous ai dit qu'il ne se passait rien ? Non, en fait, ce petit-déjeuner est composé de conversations « non-dites » ou vides de sens et de gestes quotidiens tant répétés lentement, classiquement, machinalement.
    Je tourne les pages, oublie ce petit-déjeuner « hallucinant » et tombe subitement sur la notice nécrologique de Rey, un cinéaste culte de soixante-quatre ans qui vient de se suicider (moi, j'aime bien le cinéma « culte »).
    Nouveau chapitre : je replonge dans cette maison devenue subitement vide. Rey n'est plus là, reste Lauren, seule à sa fenêtre, toujours à contempler les oiseaux et à penser à son défunt mari. Seule ? Pas tout à fait... Elle découvre dans la maison un squatter, plus tout à fait un enfant, mais pas encore un homme. Qui est-il, que fait-il ? En deuil, Lauren souhaite rester seule, s'isoler du monde extérieur. Pourtant, lorsqu'elle tente de rentrer en contact avec ce squatter, qu'arbitrairement elle a nommé M. Tuttle, elle a l'impression d'entendre la voix de Rey, ses intonations et sa gestuelle en copie conforme. Je découvre donc le thème principal de son roman : le deuil. Quelques jours après la mort d'un proche, quelles sentiments prédominent les pensées de Lauren : le chagrin, la désolation, la tristesse, le déchirement... Une nouvelle vie va devoir commencer pour cette encore « jeune » femme. Une vie qu'il va falloir reconstruire dans ce nouveau silence, un avenir qu'il faudra de nouveau envisager, mais à partir de quand ?
    Bizarre, désorienté, doute ou trouble : après cette lecture achevée, mon esprit se trouve « encombré » de toutes ces sensations. Il a peut-être l'impression d'être passé à coté de quelque chose d'indéfinissable. Une précédente lecture de Don DeLillo Cosmopolis ») l'avait déjà laissé légèrement perplexe. du coup, il se trouve embarrassé par cette question : doit-il poursuivre l'exploration de l'univers de DeLillo ? Pris entre le OUI et le NON, tel un référendum engageant son avenir, mon esprit hésite encore. Jusqu'à quand ? Certainement jusqu'à la prochaine rencontre avec cet auteur...
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    • Livres 4.00/5
    Par estrella_oscura, le 15 avril 2012

    estrella_oscura
    Ce très court roman s'ouvre sur une longue scène d'un petit déjeuner banal entre Lauren Hartke, 36 ans et son mari Rey Robbles, 64 ans. Pas de quoi fouetter un chat, c'est même un peu long. Elle est artiste de Body Art, lui est cinéaste.
    Puis apparait la notice nécrologique de Rey qui a choisi de mettre fin à ses jours ; Lauren se retrouve seule dans une grande maison vide, retirée et nue. Dans l'expérience à la fois cinglante et douce du deuil, elle découvre un être étrange, ni tout à fait ici, ni tout à fait ailleurs, dont la voix est celle de Rey, puis la sienne également mêlée. A travers cet homme semblent se rejouer les derniers mots du couple avant la mort et Lauren y puise une sorte de fascination libératrice.
    Voilà un livre bien étonnant, difficilement descriptible, malgré une relecture. Plus qu'une histoire, il s'agit d'une expérience à laquelle j'associerais des mots comme nudité, dépouillement, étreinte, temps, corporalité, voix, lâcher-prise. Don Delillo expérimente la conscience de soi et du monde à travers la plongée dans un monde à la limite de l'absurde servi de mots tantôt fièvreux, tantôt secs et désenchantés. Loin d'apporter des éléments de réponses, ce livre, bien au contraire, pose question. Autant le dire très clairement, il pourra aussi prodigieusement ennuyer. Moi-même, je ne parviens pas à m'en faire une idée en terme de "plaisir" de lecture. Tout comme la première fois où je l'ai lu, j'ai simplement envie de fermer les yeux et de méditer - c'est signe, sans doute, qu'au-delà de la superficialité de l'agrément, il a fait résonner des cordes sensiblement plus profondes.
    Pour conclure, quelques mots de l'auteur merveilleusement adaptés à son art - attribués dans l'ouvrage à une performance de Lauren Hartke :

    "Son art, dans ce spectacle, est obscur, lent, difficile et parfois insoutenable Mais il ne s'agit jamais de l'agonie grandiose d'images et de décors imposants. Il s'agit de vous et de moi. Ce qui commence dans une altérité solitaire devient familier et même personnel. Il s'agit de qui nous sommes vraiment quand nous ne somme pas affairés à être qui nous sommes."


    Lien : http://lapetitemarchandedeprose.hautetfort.com/archive/2012/03/23/bo..
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Citations et extraits

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  • Par le_Bison, le 14 février 2012

    Elle versa du lait dans le bol. Il s’assit et se leva. Il alla chercher le jus d’orange dans le frigo et s’arrêta au milieu de la pièce en agitant le carton pour répartir la pulpe et épaissir le liquide. Il ne pensait jamais au jus d’orange avant que le pain ne soit grillé. Puis il secoua le carton. Il versa le jus et regarda une écume frémissante se former à la surface du verre.
    Elle retira un cheveu de sa bouche. Elle resta un moment debout au comptoir à le regarder, un cheveu court et pâle qui n’était ni à elle ni à lui.
    Il continuait à secouer le carton de jus d’orange. Il le secouait plus longtemps que nécessaire parce qu’il n’y faisait pas attention, songeait-elle, et parce que c’était satisfaisant, d’une certaine manière muette et inattaquable, le côté enfantin de la chose, le va-et-vient du liquide, le clapotement, et l’arôme d’orange et de carton.
    Il dit : « Tu en veux ? »
    Elle regardait le cheveu.
    « Dis-le-moi parce que je ne suis pas sûr. Tu bois du jus d’orange ? » dit-il, en continuant à secouer le foutu machin, deux doigts pressés sur le bec verseur.
    Elle racla ses dents du haut sur sa langue pour débarrasser son système du souvenir sensoriel complexe du cheveu de quelqu’un d’autre.
    Elle dit : « Quoi ? Je ne bois jamais de ce truc. Tu le sais bien. Depuis combien de temps on vit ensemble ?
    « Pas longtemps », dit-il.
    Il prit un verre, versa le jus et regarda la mousse apparaître. Puis il se laissa retomber un peu douloureusement sur son siège. « Pas assez longtemps pour que je remarque les détails, dit-il.
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