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ISBN : 2070373932
Éditeur : Gallimard (02/07/1982)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 128 notes)
Résumé :
" Tout m'avale... Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par les fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs, par le visage trop beau de ma mère... ".

Les enfants en mènent large. Ils peuvent dire pis qu'aimer, pis que pendre. Ils ont tous les droits. Entre vingt et vingt-trois ans (l'âge de ce roman), on a toutes les lois, toutes en même temps. Si on est doué, on les apprend. Si on n'est pas content, on se déprend... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
11 janvier 2013
★★★★★
★★★★★
L'avalée des avalés est un roman dont la sombre histoire nous parvient par le biais d'une écriture très originale, à la fois joueuse et mystérieuse.
D'abord le temps n'y est jamais donné tel quel. On devine les passages que fait Bérénice de l'enfance vers l'adolescence et la vie adulte sans repères temporels précis, uniquement en lisant ce qui se produit devant nous.
Ensuite, bien que les évènements rapportés par Bérénice montrent bien qu'elle grandit, son écriture n'évolue pas vraiment. Au départ elle est bien trop brillante et cultivée pour la Bérénice enfant, mais elle finit par mieux coller à sa réalité à partir de l'adolescence. J'ai donc trouvé en commençant ma lecture que l'écart de maturité entre l'âge du personnage et celui de l'écriture étaient plutôt déroutants. Si on tient, comme moi, à ce qu'il s'agisse bien du récit d'une jeune femme qui soit possible dans la réalité, les premiers chapitres doivent donc être considérés comme rétrospectifs.
Enfin et surtout, j'y ai trouvé le récit d'une existence abandonnée au désespoir frénétique. Pourquoi ne pas tout simplement dire d'une existence désespérée?
Parce que le désespoir réel, concret, total, absolu, fait ressortir de l'existence où il s'incruste deux types d'états opposés, selon les caractères.
Certains se laisseront aller aux hasards de ce qui les entoure, indifférents et insensibles, comme des barques abandonnées, qui ballottent aux grés des vents et des marées, pendant que le temps achève, imperceptiblement, et d'autant plus sûrement, son oeuvre. C'est la désespérance apathique.
D'autres, au contraire, explosent en tourbillons d'une rage qui n'en démordra jamais. Chez eux, toute accalmie est tourbillon latent, toute apparence de beauté, de bonté, de bonheur, n'est qu'un vague et bref interlude, dont l'arrêt se fera brusquement, sauvagement. C'est la désespérance frénétique.
Les deux stades peuvent aussi, évidemment, alterner chez certains, mais pas dans ce roman.
Nous trouvons ainsi les caractères opposés de Christian et de Bérénice, du catholique et de la juive, du garçon et de la fille.
Pourquoi toute cette désespérance chez ce frère et cette soeur?
Est-ce la faute de leurs parents? Ces parents dont les différences d'âge, de culture, de religion, de caractère, de taille, de classe sociale, bref, dont leurs différences d'à peut près tout les avait attirés l'un à l'autre. Est-ce leur faute? Les contraires s'attirent, comme on dit et c'est comme ça. C'est tout.
Mais pour s'assembler, il faut se ressembler, comme on dit aussi, et c'est aussi comme ça, c'est tout. Leur mariage est donc tout aussi nécessairement devenu une guerre où on se négocie un enfant pour le tourner vers l'autre, où le moindre geste est une insulte, une attaque, pour que l'autre disparaisse. Leur monde, issu d'une attirance qui s'est transformée en dégoût, devient un territoire stérile à tout espérance.
Ce n'est donc pas la faute des parents, mais de la vie, de la mort, de tout et de rien.
C'est le destin de Bérénice et de Christian, mais c'est aussi le relativisme culturel, l'indifférente tolérance et l'indifférence tolérante à tout sens, dont on finit par perdre tous souvenirs. C'est aussi l'intolérance implacable envers ce qui ne nous détermine pas dans notre horizon dénué de sens : « Je ne m'oppose pas à ce qu'on haïsse les Grecs! Ce à quoi je m'oppose, c'est qu'on se croie, sincèrement, justifié de haïr les Grecs. C'est un vice de raison. ... Mes amis haïssons d'emblée! »(375)
Absence de sens, liberté sans horizons, c'est tout le creux de la post-modernité multiculturelle dans laquelle nous baignons tous plus ou moins.
Il y a certains caractères qui réagissent plus fortement que d'autres à cette ambiance de fin de monde, qui restent irréductiblement inaccessibles, qui détruisent les restes toujours vivants avec une cruelle innocence et c'est bien là ce que représente Bérénice. On pourra bien la détester, on s'y attachera difficilement, mais elle est beaucoup trop loin de tout ça pour être touchée : « J'ai atteint la dernière profondeur de ma solitude. Je suis là où la moindre erreur, le moindre doute, la moindre souffrance ne sont plus possibles. Je suis là où, dépourvue de tout lien, de toute assise, de tout air, ma vie, par son seul fleurissement miraculeux, m'enivre de puissance. »(350)
Elle n'a plus de chaleur dans son monde. Elle vit au « Soir d'hiver » de Nelligan (qu'elle aime tant à citer) :
Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j'ai, que j'ai!
Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire: Où vis-je? Où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés:
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.
Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.
Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À tout l'ennui que j'ai, que j'ai!...
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Pixie_dust
12 février 2017
★★★★★
★★★★★
Ouf! Il n'y a pas à dire, Réjean Ducharme a la plume leste! Que de richesse dans ce livre, dont chaque page recèle de perles de poésie!

En dépit de sa qualité littéraire, j'ai d'abord eu de la difficulté à adhérer à l'histoire, car on est bien forcés d'admettre que Bérénice Einberg est un personnage qui se laisse difficilement aimer, autant par les autres personnages du livre que par le lecteur. Fille de feu : passionnée, intransigeante, cruelle, à la fois créative et destructrice, lucide et fêlée. Go hard or go home!

Lentement, mais sûrement, je l'ai apprivoisée, puis elle m'a subjuguée! C'est un récit fort, prenant et déroutant. Je suis très contente d'avoir persévéré malgré mes réserves du début.
Commenter  J’apprécie          31
Beatrice64
10 janvier 2014
★★★★★
★★★★★
En rangeant les étagères, je tombe sur l'Avalée des avalés, de Réjean Ducharme. C'est un livre sur lequel je tombe souvent en rangeant les D. Parce que c'est un livre qui malheureusement, ne sort quasiment pas. Quel dommage… je tiens (et je ne suis pas la seule) Réjean Ducharme pour un très très grand auteur et je trouve son roman, un roman d'enfance, époustouflant. Son héroïne Bérénice est une jeune adolescente précoce qui souffre de la séparation houleuse de ses parents. Elle se met à détester les adultes et le monde qui l'entoure. Pleine de fureur et de lucidité, révoltée contre la "vacherie de vacherie", c'est un personnage génial ("La vie ne se passe pas sur la terre, mais dans ma tête. La vie est dans ma tête et ma tête est dans la vie. Je suis englobante et englobée. Je suis l'avalée de l'avalé.")
L'écriture de Ducharme est une poésie brute et vivante, pleine de formidables images : "On aimerait avoir aussi soif qu'il y a d'eau dans le fleuve. Mais on boit un verre d'eau et on n'a plus soif", ou encore: "Je suis seule. Je n'ai qu'à me fermer les yeux pour m'en apercevoir. Quand on veut savoir où on est, on se ferme les yeux. On est là où on est quand on a les yeux fermés: on est dans le noir et dans le vide."
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Cielvariable
02 juin 2013
★★★★★
★★★★★
De ce roman que j'ai lu il y a plusieurs années, j'ai beaucoup plus retenu le style que le récit en soi. C'est que l'écriture de Réjean Ducharme frappe l'imaginaire par ses figures de style, ses jeux de mots, ses expressions très colorées et poétiques et la narration d'un personnage qui voit les choses bien à sa façon. J'ai adoré L'Avalée des avalés et j'en garde un excellent souvenir.
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oran
16 juillet 2016
★★★★★
★★★★★
Un livre, lu, relu, trituré, disséqué comme Réjame Ducharme le fait avec les mots qu'il manipule, qu'il exacerbe, qu'il transgresse, qu'il encage, qu'il libère, qu'il confesse…
Un roman à lire en jouant avec Bérénice, l'héroïne, (et pourquoi pas un jeu partagé, pour stimuler nos neurones ?) Comment ? En retrouvant, alignant les jeux de mots, les calembours, les mots valises, les néologismes, les références géographiques, historiques, mythologiques, littéraires, celles de la peinture, de la musique, des sciences, de la botanique, de la zoologie, des sports … Bref, la liste est longue ! et moi j'y ai trouvé grand plaisir en m'instruisant !
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Les critiques presse (1)
LaPresse26 août 2016
Dans L'avalée des avalés, Réjean Ducharme rompt avec la tradition du roman du terroir et fait exploser les frontières.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations & extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
Pixie_dustPixie_dust12 février 2017
Les sociétés qui condamnent l'opium devraient aussi, si elles étaient logiques, condamner l'orgasme, les religions et autres voyages vers le haut. Je crois que si les êtres humains s'habituaient à vivre sans rêves, sans leurres, sans faux-fuyants, se décidaient à prendre leurs angoisses à bras-le-corps, ils finiraient par produire des individus capables de les guérir.
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Pixie_dustPixie_dust12 février 2017
Et si, en suivant le sillage de la lumière, tu arrivais quelque part où personne n'est jamais arrivé? La lumière est une rivière qui m'appelle et qui a quelque chose à son extrémité. Quelqu'un qui suit la vérité jusqu'au bout, qui en a la force, est quelqu'un qui escalade un rayon de soleil et finit par tomber dans le soleil.
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Pixie_dustPixie_dust10 février 2017
La balle qui frappe l'animal au coeur n'est pas criminelle. Elle a été lancée et ne pouvait échapper à sa direction. Un élan m'a été donné et je ne peux y échapper. Plus dégourdie qu'une grêlée de plombs, je peux vouloir contre l'élan, vouloir vers d'autres cibles ; mais mon sang et mes chairs sont remplis d'une direction et je ne peux pas plus en changer qu'une bouteille peut changer de contenu. En d'autres termes : j'ai été faite Bérénice comme le calorifère a été fait calorifère. Je peux résister à Bérénice et essayer d'être une autre, mais, pas plus qu'un calorifère peut se changer en boa, je ne pourrai me changer en Constance Chlore.
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Pixie_dustPixie_dust12 février 2017
Partir, ce n'est pas guérir, car on demeure.
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Pixie_dustPixie_dust10 février 2017
Je n'ai qu'un visage et je n'ai pas fait ce visage, mais j'ai le choix entre trente grimaces.
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