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ISBN : 2070373932
Éditeur : Gallimard (1982)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 85 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
" Tout m'avale... Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par les fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs, par le visage trop beau de ma mère... ".
Les enfants en mènent large. Ils peuvent dire pis qu'aimer, pis que pendre.... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par peloignon, le 11 janvier 2013

    peloignon
    L'Avalée des avalés est un roman dont la sombre histoire nous parvient par le biais d'une écriture très originale, à la fois joueuse et mystérieuse.
    D'abord le temps n'y est jamais donné tel quel. On devine les passages que fait Bérénice de l'enfance vers l'adolescence et la vie adulte sans repères temporels précis, uniquement en lisant ce qui se produit devant nous.
    Ensuite, bien que les évènements rapportés par Bérénice montrent bien qu'elle grandit, son écriture n'évolue pas vraiment. Au départ elle est bien trop brillante et cultivée pour la Bérénice enfant, mais elle finit par mieux coller à sa réalité à partir de l'adolescence. J'ai donc trouvé en commençant ma lecture que l'écart de maturité entre l'âge du personnage et celui de l'écriture étaient plutôt déroutants. Si on tient, comme moi, à ce qu'il s'agisse bien du récit d'une jeune femme qui soit possible dans la réalité, les premiers chapitres doivent donc être considérés comme rétrospectifs.
    Enfin et surtout, j'y ai trouvé le récit d'une existence abandonnée au désespoir frénétique. Pourquoi ne pas tout simplement dire d'une existence désespérée?
    Parce que le désespoir réel, concret, total, absolu, fait ressortir de l'existence où il s'incruste deux types d'états opposés, selon les caractères.
    Certains se laisseront aller aux hasards de ce qui les entoure, indifférents et insensibles, comme des barques abandonnées, qui ballottent aux grés des vents et des marées, pendant que le temps achève, imperceptiblement, et d'autant plus sûrement, son œuvre. C'est la désespérance apathique.
    D'autres, au contraire, explosent en tourbillons d'une rage qui n'en démordra jamais. Chez eux, toute accalmie est tourbillon latent, toute apparence de beauté, de bonté, de bonheur, n'est qu'un vague et bref interlude, dont l'arrêt se fera brusquement, sauvagement. C'est la désespérance frénétique.
    Les deux stades peuvent aussi, évidemment, alterner chez certains, mais pas dans ce roman.
    Nous trouvons ainsi les caractères opposés de Christian et de Bérénice, du catholique et de la juive, du garçon et de la fille.
    Pourquoi toute cette désespérance chez ce frère et cette soeur?
    Est-ce la faute de leurs parents? Ces parents dont les différences d'âge, de culture, de religion, de caractère, de taille, de classe sociale, bref, dont leurs différences d'à peut près tout les avait attirés l'un à l'autre. Est-ce leur faute? Les contraires s'attirent, comme on dit et c'est comme ça. C'est tout.
    Mais pour s'assembler, il faut se ressembler, comme on dit aussi, et c'est aussi comme ça, c'est tout. Leur mariage est donc tout aussi nécessairement devenu une guerre où on se négocie un enfant pour le tourner vers l'autre, où le moindre geste est une insulte, une attaque, pour que l'autre disparaisse. Leur monde, issu d'une attirance qui s'est transformée en dégoût, devient un territoire stérile à tout espérance.
    Ce n'est donc pas la faute des parents, mais de la vie, de la mort, de tout et de rien.
    C'est le destin de Bérénice et de Christian, mais c'est aussi le relativisme culturel, l'indifférente tolérance et l'indifférence tolérante à tout sens, dont on finit par perdre tous souvenirs. C'est aussi l'intolérance implacable envers ce qui ne nous détermine pas dans notre horizon dénué de sens : « Je ne m'oppose pas à ce qu'on haïsse les Grecs! Ce à quoi je m'oppose, c'est qu'on se croie, sincèrement, justifié de haïr les Grecs. C'est un vice de raison. ... Mes amis haïssons d'emblée! »(375)
    Absence de sens, liberté sans horizons, c'est tout le creux de la post-modernité multiculturelle dans laquelle nous baignons tous plus ou moins.
    Il y a certains caractères qui réagissent plus fortement que d'autres à cette ambiance de fin de monde, qui restent irréductiblement inaccessibles, qui détruisent les restes toujours vivants avec une cruelle innocence et c'est bien là ce que représente Bérénice. On pourra bien la détester, on s'y attachera difficilement, mais elle est beaucoup trop loin de tout ça pour être touchée : « J'ai atteint la dernière profondeur de ma solitude. Je suis là où la moindre erreur, le moindre doute, la moindre souffrance ne sont plus possibles. Je suis là où, dépourvue de tout lien, de toute assise, de tout air, ma vie, par son seul fleurissement miraculeux, m'enivre de puissance. »(350)
    Elle n'a plus de chaleur dans son monde. Elle vit au « Soir d'hiver » de Nelligan (qu'elle aime tant à citer) :
    Ah! comme la neige a neigé!
    Ma vitre est un jardin de givre.
    Ah! comme la neige a neigé!
    Qu'est-ce que le spasme de vivre
    À la douleur que j'ai, que j'ai!
    Tous les étangs gisent gelés,
    Mon âme est noire: Où vis-je? Où vais-je?
    Tous ses espoirs gisent gelés:
    Je suis la nouvelle Norvège
    D'où les blonds ciels s'en sont allés.
    Pleurez, oiseaux de février,
    Au sinistre frisson des choses,
    Pleurez, oiseaux de février,
    Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
    Aux branches du genévrier.
    Ah! comme la neige a neigé!
    Ma vitre est un jardin de givre.
    Ah! comme la neige a neigé!
    Qu'est-ce que le spasme de vivre
    À tout l'ennui que j'ai, que j'ai!...
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    • Livres 5.00/5
    Par Beatrice64, le 10 janvier 2014

    Beatrice64
    En rangeant les étagères, je tombe sur L'Avalée des avalés, de Réjean Ducharme. C'est un livre sur lequel je tombe souvent en rangeant les D. Parce que c'est un livre qui malheureusement, ne sort quasiment pas. Quel dommage… je tiens (et je ne suis pas la seule) Réjean Ducharme pour un très très grand auteur et je trouve son roman, un roman d'enfance, époustouflant. Son héroïne Bérénice est une jeune adolescente précoce qui souffre de la séparation houleuse de ses parents. Elle se met à détester les adultes et le monde qui l'entoure. Pleine de fureur et de lucidité, révoltée contre la "vacherie de vacherie", c'est un personnage génial ("La vie ne se passe pas sur la terre, mais dans ma tête. La vie est dans ma tête et ma tête est dans la vie. Je suis englobante et englobée. Je suis l'avalée de l'avalé.")
    L'écriture de Ducharme est une poésie brute et vivante, pleine de formidables images : "On aimerait avoir aussi soif qu'il y a d'eau dans le fleuve. Mais on boit un verre d'eau et on n'a plus soif", ou encore: "Je suis seule. Je n'ai qu'à me fermer les yeux pour m'en apercevoir. Quand on veut savoir où on est, on se ferme les yeux. On est là où on est quand on a les yeux fermés: on est dans le noir et dans le vide."
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    • Livres 4.00/5
    Par Cielvariable, le 02 juin 2013

    Cielvariable
    De ce roman que j'ai lu il y a plusieurs années, j'ai beaucoup plus retenu le style que le récit en soi. C'est que l'écriture de Réjean Ducharme frappe l'imaginaire par ses figures de style, ses jeux de mots, ses expressions très colorées et poétiques et la narration d'un personnage qui voit les choses bien à sa façon. J'ai adoré L'Avalée des avalés et j'en garde un excellent souvenir.
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    • Livres 2.00/5
    Par exarkun1979, le 07 août 2012

    exarkun1979
    J'ai très peu à dire sur ce livre. Je ne l'ai pas aimé. Je n'aimais pas la narratrice. Par moment, j'ai eu beaucoup de difficulté à suivre l'histoire car on suit les pensées d'une jeune fille. Par moment, j'avais l'impression de relire l'attrape-coeurs de Salinger. C'est certain que c'est bien écrit mais pour moi ce n'est pas assez pour trouver ce livre bon. J'aurais peut-être dû arrêter la lecture avant la fin mais j'ai persisté. Au moins je pourrai dire que j'ai lu ce classique Québécois.
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    • Livres 2.00/5
    Par iarsenea, le 23 février 2010

    iarsenea
    J'ai trouvé ce livre totalement incompréhensible. Je suis déçue étant donné que ce roman est supposément un classique québécois. Tout m'a semblé si confus: entre autres, à quelle époque cela se passe et où cela se passe. Je n'ai pas trouvé de réponse à la première question, et la réponse de la seconde est: sur une île perdue du fleuve St-Laurent, à New-York et en Israël. L'héroïne a une personnalité très excentrique et insaisissable. Je pense que le fait que je n'ai pas su m'identifier à elle m'a fait perdre tout intérêt pour l'histoire.
    Néanmoins, le vocabulaire est très riche et les jeux de mots omniprésents. Si les jeux de mots et le vocabulaire riche ne vous intéressent pas, je ne vois franchement pas comment vous pourriez apprécier ce livre. Mais c'est mon avis.
    J'ai lu plusieurs autres critiques, et elles sont loin d'être unanimes, alors que certains proclament que Ducharme est un génie, d'autres ont trouvé ce roman totalement dépourvu d'intérêt. À vous de voir. Si vous avez le goût d'essayer, bien entendu !

    Lien : http://lecturesdisabelle.blogspot.com/2009/05/lavalee-des-avales.html
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Citations et extraits

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  • Par peloignon, le 27 décembre 2012

    Quand on sait où on est et qui on est, on peut, comme le chat, fondre sur la bille roulant sur le plancher et imaginer que c'est un dragon. Quand on s'est compris, on peut courir dans l'immense sphère armillaire et s'imaginer que, comme l'écureuil en cage, on joue, on se joue. Le seul moyen de s'appartenir est de comprendre. Les seules mains capables de saisir la vie sont à l'intérieur de la tête, dans le cerveau.
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  • Par peloignon, le 19 novembre 2012

    Je prends goût à lire. Je me mets dans tous les livres qui me tombent sous la main et ne m'en retire que lorsque le rideau tombe. Un livre est un monde, un monde fait, un monde avec un commencement et une fin. Chaque page d'un livre est une ville. Chaque ligne est une rue. Chaque mot est une demeure. Mes yeux parcourent la rue, ouvrant chaque porte, pénétrant dans chaque demeure. (107)

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  • Par dahu, le 01 novembre 2012

    Je regarde comme il faut le saule pleureur pleurer, laisser traîner ses rameaux mous comme des cheveux dans le courant. Je regarde le saule: je me jette dans le saule. Quand un nombril du monde se jette dans un saule, le saule devient nombril du monde. Le saule me regarde: il se jette sur moi, m'avale, et le nombril du monde devient saule. Une mer est un verre d'eau. Une tempête de mer n'est qu'une tempête dans un verre d'eau.
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  • Par dahu, le 04 novembre 2012

    Je suis folle à lier. Je me mets debout sur mon lit, boxe, salue à la Hitler, m'incline sous un orage d'applaudissements, serre la main à Blalabaléva, Sargatatalituva, Skararoutoukiva, Sinoirouissardan, Allagatatolaliève et d'autres joyeux lurons. Je suis la grande Bérénice d'un bout à l'autre du fleuve Saint-Laurent, d'un bout à l'autre de la voie lactée. Je suis Bérénice jusque dans les quatre petites plumes noires perdues dans les milliards de petites plumes blanches de mon oreiller. Qu'ils viennent, les êtres humains, ces insalubres, ces agonisants moribonds !
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  • Par Mistigrif, le 16 septembre 2013

    - Tu es jalouse à vide, mon bonne amie. Elle n'a rien pour justifier ta jalousie. Comme tu peux le voir, elle n'est même pas jolie, elle ne sait même pas s'habiller et elle n'a même pas l'air intelligente. Elle ne porte pas bien sa tête, mais qu'importe à un homme qui n'a pas besoin de tête ? Elle a un sexe entre les jambes, elle le porte haut et droit, et un sexe, ma bonne amie, un sexe de femme, un sexe comme tu as la douleur et la honte de devoir en avoir un, c'est tout ce dont un homme a besoin quand il prend une maîtresse. Elle copule et ça ne lui met pas le cœur à l'envers. Elle se regarde quand elle est toute nue et ça ne la dégoûte pas. J'ai entendu dire qu'elle lave aussi souvent son sexe que ses oreilles. Elle trouverait même tout naturel d'être assise sur son derrière quand elle est assise. Pis, elle m'a avoué qu'elle traite son sexe comme elle traite son estomac. Quand l'un ou l'autre crie famine, elle lui donne à manger. Quand on rencontre un ami, il vous tend la main. Elle, elle tend aussi son sexe. C'est un curieux spécimen d'une race à laquelle on ne veut plus guère appartenir : la race humaine. De plus, elle me trouve agréable. Elle trouve mes cravates de bon goût. Elle m'aime.
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Julien-Bernard Chabot, "Emprise narrative et tyrannie idéologique...", UdeM, 4.12.2012
Conférence de Julien-Bernard Chabot, "Emprise narrative et tyrannie idéologique : les romans d'enfance de Réjean Ducharme", Université de Montréal, le 4 déce...








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