Dans quelques instants 1950 fera son entrée au son d'une musique enjouée et sous une pluie de cotillons. La première année d'une nouvelle décennie que les habitants de Los Angeles espèrent heureuse. Tous se préparent à fêter dignement cet événement, tous ont pris ou vont prendre de bonnes résolutions; de celles dans lesquelles on fonde beaucoup d'espoir mais qu'on ne suit jamais. Tous cherchent à oublier dans l'alcool les malheurs et les déconvenues de l'an passé. Tous ou presque...
Trois hommes que rien ne semblent relier travaillent ce jour-là.
Danny Upshaw, inspecteur adjoint au LAPD, découvre un cadavre atrocement mutilé. Happy Bloody Year Danny! Inutile de te faire du mauvais sang, il y en suffisamment par terre!
Parallèlement, Mal Considine, lieutenant au Bureau d'Enquêtes Criminelles du Procureur, doit dénicher les quelques égarés qui fricoteraient avec les communistes et apparemment dans le milieu du cinéma, il y en aurait beaucoup. Et oui la chasse aux cocos est ouverte...Il faut leur faire la peau!
Mal, en bon chasseur qu'il est, se donne du mal et ne compte pas finir bredouille ou brocouille comme on dit dans le Bouchonnois!
Enfin, Turner « Buzz » Meeks, ex flic et homme de main d' Howard Hugues qui ne manque jamais d'alimenter en chair fraîche son cher patron tant les appétits de ce pervers sont insatiables. Buzz est chargé de récupérer les photos d'une starlette qui s'est mise dans une position très compromettante (au sens propre comme au figuré d'ailleurs).
Bref, pour Upshaw, Considine et Meeks, l'année débute de façon troublante. Les missions dont ils doivent s'acquitter n'ont pas l'air annonciatrices d'heureux présages. Les hérauts rôdent et augurent la mort sur leur passage...Une mort, hélas toujours plus insupportable...
Nos trois protagonistes sont soumis aux affres d' un passé qui les jugule et qui étouffe leur quotidien. Il en est ainsi des personnages de
James Ellroy. Puissants et torturés, ils sont rendus potentiellement humains par les blessures qui les hantent.
Sur fond de Maccarthysme, le redoutable écrivain livre, comme à son habitude, un polar sombre et sans concession.
Le Grand Nulle Part mène véritablement le lecteur dans l'antre de la noirceur à travers un récit sinueux où l'on se perd facilement. Un véritable uppercut littéraire qui, tour à tour, captive, dégoûte, subjugue et repousse...Du
Ellroy à l'état pur! L'auteur, écrivain « jusqu'au boutiste » ne cherche pas à épargner le lecteur et ne lui concède rien. Il met le doigt là où ça fait mal, révèle l'horreur dans sa forme la plus aboutie. Mais, au fond, quelle est l'horreur la plus abjecte? Celle qui est visible et qui nous pousse à détourner le regard ou celle qui sommeille en chacun de nous et que l'on préfère taire par peur de l'éveiller...
A un grand ami, fan de M&M's et cocacolaïnomane qui se reconnaîtra... (et qui n'écrit toujours pas assez à mon goût...) ;-)