ISBN : 2070378187
Éditeur : Gallimard (1987)


Note moyenne : 3.57/5 (sur 37 notes) Ajouter à mes livres
Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un "cadre", mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c'est une femme gelée. C'est-à-dire que, comme des milliers d'autres femmes, elle a senti l'élan, la curiosité, toute une force heureuse pré... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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  • Par asphodele85, le 22 juin 2011

    asphodele85
    Qui a dit qu'Annie Ernaux écrivait toujours le même livre ? Certes, les thèmes autobiographiques qu'elle aborde semblent un sujet inépuisable, à l'image de sa mémoire fouilleuse et introspective mais je n'ai pas retrouvé le style des Armoires Vides ni la même émotion de L'autre fille dans celui-ci. de son enfance à Yvetôt à son mariage, en passant par l'adolescence et ses études à Rouen, son écriture maîtrisée, juste, presque chirurgicale trace au scalpel ses interrogations, ses révoltes sur la condition féminine, sans tabous, parfois crûment, mais toujours dans la souffrance d'où émergent de rares moments de bonheur… Et on ne peut pas ne pas s'émouvoir quand ces mots nous ramènent à notre propre condition de femme, avec si peu de changements en trente ans (copyright 1981), malgré l'avalanche de lois prônant la parité, l'égalité des chances, le sexisme, etc, et qui, comme nous le savons ne restent que théorie la plupart du temps…
    LE LIVRE
    Quelle surprise dans cet opus de voir l'enfance d'Annie plutôt heureuse, heureuse de son statut d'enfant unique, émerveillée par sa mère qui porte la culotte comme on aurait dit autrefois. Une mère qui ne fait le ménage (à fond) qu'une fois par an, préférant lire derrière le comptoir de l'épicerie-café un Delly romanesque laissant au papa qui tient le bar mitoyen le soin de s'occuper des repas d'Annie, de l'accompagner à l'école, bref de remplir les fonctions d'homme au foyer. Elle a donc été élevée avec ce schéma inversé, poussée par ses parents à lire, à devenir quelqu'un. « Mais je cherche ma ligne de fille et de femme et je sais qu'une ombre au moins n'est pas venue planer sur mon enfance, cette idée que les petites filles sont des êtres doux et faibles, inférieurs aux garçons. Qu'il y a des différences dans les rôles. » Mais très vite, le regard des autres va modifier cette vision normale pour elle. Son père, « homme popote » est un anachronisme pour l'époque et sa mère n'a pas « les circonstances atténuantes » de la maladie ou de la de la famille nombreuse pour ainsi paresser, ne pas savoir faire une mayonnaise, coudre ses robes et épousseter sans cesse. Elle se sent différente, toujours, partout, par ses origines modestes d'abord, paysannes même, où le chemin à tracer est le sillon que l'on doit creuser soi-même pour sortir de ce milieu. Et ce milieu, elle en sortira grâce à l'éducation mais se perdra un temps dans un reflet de femme qu'elle ne voulait pas être.
    A l'adolescence, surgissent les lectures, la lecture est déjà omniprésente depuis l'enfance, là viennent s'y ajouter entre Simone de Beauvoir et Kant, les conseils de Nous Deux ou Intimité sur ce que doit être Une Femme. La virginité, le mariage, les contradictions avec l'image du couple qu'elle devra former si elle se marie. Les premières règles, le dégoût, les complexes, trop plate, pas assez « gironde » dans les critères des mâles qui croisent sa route. Elle remet toujours tout en question : » Pas facile de traquer la part de la liberté et celle du conditionnement, je la croyais droite ma ligne de fille, ça part dans tous les sens. Une certitude, l'époque Brigitte a été fatale pour ma mère, (…) ». Puis l'émancipation définitive avec le schéma parental après avoir désespérément cherché à l'excuser, le justifier auprès de ses camarades. La première expérience sexuelle qui n'a pas le goût ni les couleurs du rêve qu'elle espérait, seulement « les joues rugueuses » d'un amant sans importance. Mais le bac est sa priorité, les études, s'en sortir, réussir quoiqu'il arrive. Alors elle accepte le foyer pour jeunes filles à Rouen, les blouses roses et ce qu'une fille doit apprendre. C'est pour le lecteur, un voyage dans un temps pas si éloigné que cela (Les années 50-60) où l'école n'était pas mixte (elle découvrira les garçons dans les amphis de la Faculté de Lettres de Rouen) et, où les deux mondes filles-garçons se voyaient à travers le prisme déformant de l'interdit, des conventions, du sacré et surtout du chacun-reste-à-sa-place.
    Après quatre années de liberté en Fac de Lettres, les Sciences sont réservées au garçons bien sûr, vient le mariage avec Pascal, les doutes avant le mariage, des deux côtés, ils se ressemblent un peu tous les deux, à la différence que l'homme c'est lui. » A d'autres moments, la croyance que notre malaise venait de l'incertitude elle-même, pour le supprimer, le pari de Pascal, foncer dans le mariage, on verrait après. Ma super lâcheté, l'inavouable, dans les derniers cercles de l'amour, je désire que mon ventre se fasse piège et choisisse à ma place « .
    Mais l'image d'Epinal va se ternir rapidement avec la routine, la naissance des enfants, le temps pour soi raboté à l'extrême et la carrière mise en veille pour que celle du mari décolle. Très vite, cette solitude, car elle est finalement toujours très seule, même mariée, comme si l'enfance unique lui avait laissée à jamais cette indébilité, cette incapacité à se fondre totalement dans une existence faite de clichés, de stéréotypes et surtout de s'absenter longtemps d'elle-même, et finir par ne plus se reconnaître.
    « Elles ont fini sans que je m'en aperçoive, Les années d'apprentissage. Après, c'est l'habitude. Une somme de petits bruits à l'intérieur, moulin à café, casseroles, prof discrète, femme de cadre vêtue Cacharel ou Rodier au-dehors. Une Femme gelée. »
    MON AVIS
    En plus de ce que je vous ai dit plus haut, La femme gelée, ici n'est pas la femme glaçée par l'absence d'amour, mais gelée au sens de figée dans des cadres, des images qui correspondent à la fois aux attentes de la société et à celles de la famille. Et pendant que sa vie à elle est « gelée », le temps passe, comme tout le monde elle a peur de vieillir et de ressembler à ce qu'elle a toujours haï. Annie Ernaux est fidèle à elle-même et très courageuse aussi de se livrer ainsi, sans pudeur, dénonçant tout haut ce que tout le monde pense souvent (bien trop souvent) tout bas. Elle ne crie pas, n'exhorte pas au féminisme, à brandir son soutien-gorge, non, le murmure en dit plus souvent parfois que les cris, elle fait simplement le constat d'une vie de femme, prof de lettres qui eût aimé aller vers l'Agrégation (à ce stade de sa vie) si les entraves liées au statut de femme dans lequel est incluse la clause d'enfanter ne l'en avait pas empêchée. Je pense qu'Annie Ernaux aurait à certains moments, préféré être un garcon et pouvoir décider comme un homme…sans rien lâcher de sa féminité qu'elle ne nie pas non plus ! Et oui, j'ai aimé ce roman dense, lucide, intransigeant, dépouillé dans le style et diablement émouvant.


    Lien : http://leslecturesdasphodele.wordpres.com
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    • Livres 3.00/5
    Par Nanne, le 09 août 2008

    Nanne
    Ainsi sont les femmes qui ont peuplé l'enfance d'Annie Ernaux. De la grand-mère qui, à défaut d'être devenue institutrice, a été mère de six enfants accrochés à ses jupes après avoir élevé ses cinq frères et sœurs, à la tante Elise, en passant par la tante Caroline, jamais chez elle, toujours à cultiver son potager ou à discuter avec les voisines. Et sa mère. Une lutteuse, cette mère. Une battante, volontaire, entraînant dans son sillage un homme tendre, doux, tranquille.
    Couple moderne bien avant l'heure, ils se partagent l'ensemble des taches ménagères aussi bien que celles du café-épicerie. D'un côté, l'impatience des clientes, de l'autre la bonhommie des consommateurs qui n'avaient cure du temps qui passe. L'enfance d'Annie Ernaux entre un père aimant, adoré, adulé, toujours présent dans les petits et les grands moments de sa vie, et une mère si différente des autres, qui l'incite à avoir de l'imagination grâce à la lecture, les jeux, l'écriture, l'histoire.
    http://dunlivrelautre.over-blog.org/article-21381039.html
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    • Livres 5.00/5
    Par claracambry, le 27 janvier 2010

    claracambry
    Il a des livres autobiographiques qui vous bouleversent, des livres qui une fois commencés, s'invitent dans vos nuits, s'y glissent parce que les mots sont sincères et que le sujet vous touche.
    Naître fille, des parents qu'on considère comme modèles parce qu'on est enfant et puis, on grandit. On se rend compte que chez les autres ce n'est pas pareil : des mères qui sont de vraies fées du logis, des pères qui partent travailler le matin, qui rentrent le soir, qui s'assoient dans le fauteuil pour lire « le monde ». Votre mère vous a répété que les études vous donneront un statut, une liberté. Celle de ne pas se retrouver à passer vos journées à préparer des repas pour votre famille, à astiquer votre intérieur et à élever votre progéniture.
    La suite sur : http://fibromaman.blogspot.com/2010/01/annie-ernaux-la-femme-gelee.html

    Lien : http://fibromaman.blogspot.com/2010/01/annie-ernaux-la-femme-gelee.h..
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    • Livres 5.00/5
    Par yv1, le 12 septembre 2010

    yv1
    Certes, le livre est ancien. Certes, il est écrit par Une Femme. Malgré cela, c'est une lecture extrêmement intéressante que je conseille aussi aux hommes. Annie Ernaux décrit des problèmes que l'on connaît, mais toujours avec un style, que personnellement, j'apprécie beaucoup.

    Lien : http://lyvres.over-blog.com/article-21360198.html
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Citations et extraits

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  • Par Sarahcarabin, le 15 février 2011

    Mais les signes de ce qui m'attendait réellement, je les ai tous négligés. Je travaille mon diplôme sur le surréalisme à la bibliothèque de Rouen, je sors, je traverse le square Verdrel, il fait doux, les cygnes du bassin ont reparu, et d'un seul coup j'ai conscience que je suis en train de vivre peut-être mes dernières semaines de fille seule, libre d'aller où je veux, de ne pas manger ce midi, de travailler dans ma chambre sans être dérangée. Je vais perdre définitivement la solitude. Peut-on s'isoler facilement dans un petit meublé, à deux. Et il voudra manger ses deux repas par jour. Toutes sortes d'images me traversent. Une vie pas drôle finalement. Mais je refoule, j'ai honte, ce sont des idées de fille unique, égocentrique, soucieuse de sa petite personne, mal élevée au fond. Un jour, il a du travail, il est fatigué, si on mangeait dans la chambre au lieu d'aller au restau. Six heures du soir cours Victor-Hugo, des femmes se précipitent aux Docks, en face du Montaigne, prennent ci et ça sans hésitation, comme si elles avaient dans la tête toute la programmation du repas de ce soir, de demain peut-être, pour quatre personnes ou plus aux goûts différents. Comment font-elles ? [...] Je n'y arriverai jamais. Je n'en veux pas de cette vie rythmée par les achats, la cuisine. Pourquoi n'est-il pas venu avec moi au supermarché. J'ai fini par acheter des quiches lorraines, du fromage, des poires. Il était en train d'écouter de la musique. Il a tout déballé avec un plaisir de gamin. Les poires étaient blettes au coeur, "tu t'es fait entuber". Je le hais. Je ne me marierai pas. Le lendemain, nous sommes retournés au restau universitaire, j'ai oublié. Toutes les craintes, les pressentiments, je les ai étouffés. Sublimés. D'accord, quand on vivra ensemble, je n'aurai plus autant de liberté, de loisirs, il y aura des courses, de la cuisine, du ménage, un peu. Et alors, tu renâcles petit cheval tu n'es pas courageuse, des tas de filles réussissent à tout "concilier", sourire aux lèvres, n'en font pas un drame comme toi. Au contraire, elles existent vraiment. Je me persuade qu'en me mariant je serai libérée de ce moi qui tourne en rond, se pose des questions, un moi inutile. Que j'atteindrai l'équilibre. L'homme, l'épaule solide, anti-métaphysique, dissipateur d'idées tourmentantes, qu'elle se marie donc ça la calmera, tes boutons même disparaîtront, je ris forcément, obscurément j'y crois. Mariage, "accomplissement", je marche. Quelquefois je songe qu'il est égoïste et qu'il ne s'intéresse guère à ce que je fais, moi je lis ses livres de sociologie, jamais il n'ouvre les miens, Breton ou Aragon. Alors la sagesse des femmes vient à mon secours : "Tous les hommes sont égoïstes." Mais aussi les principes moraux : "Accepter l'autre dans son altérité", tous les langages peuvent se rejoindre quand on veut.
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  • Par Sarahcarabin, le 15 février 2011

    Avant le chariot du supermarché, le qu'est-ce qu'on va manger ce soir, les économies pour s'acheter un canapé, une chaîne hi-fi, un appart. Avant les couches, le petit seau et la pelle sur la plage, les hommes que je ne vois plus, les revues de consommateurs pour ne pas se faire entuber, le gigot qu'il aime par-dessus tout et le calcul réciproque des libertés perdues. Une période où l'on peut dîner d'un yaourt, faire sa valise en une demi-heure pour un week-end impromptu, parler toute une nuit. Lire un dimanche entier sous les couvertures. S'amollir dans un café, regarder les gens entrer et sortir, se sentir flotter entre ces existences anonymes. Faire la fête sans scrupule quand on a le cafard. Une période où les conversations des adultes installés paraissent venir d'un univers futile, presque ridicule, on se fiche des embouteillages, des morts de la Pentecôte, du prix du bifteck et de la météo. Personne ne vous colle aux semelles encore. Toutes les filles l'ont connue, cette période, plus ou moins longue, plus ou moins intense, mais défendu de s'en souvenir avec nostalgie. Quelle honte ! Oser regretter ce temps égoïste, où l'on n'était responsable que de soi, douteux, infantile. La vie de jeune fille, ça ne s'enterre pas, ni chanson ni folklore là-dessus, ça n'existe pas. Une période inutile.
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  • Par Sarahcarabin, le 15 février 2011

    Et toujours ces questions si naturelles, anodines en apparence, ça marche toujours avec lui ? Est-ce que tu comptes te marier ? La désolation de mes parents devant une situation incertaine, "on aimerait bien savoir où ça va te mener tout ça". Obligé que l'amour mène quelque part. Leur peine sourde aussi. Ce serait tellement plus agréable, plus tranquille pour eux de voir se dérouler l'histoire habituelle, les faire-part dans le journal, les questions auxquelles on répond avec fierté, un jeune homme de Bordeaux, bientôt professeur, l'église, la mairie, le ménage qui se "monte", les petits-enfants. Je les prive des espérances traditionnelles. L'affolement de ma mère quand elle apprend, tu couches avec, si tu continues tu vas gâcher ta vie. Pour elle, je suis en train de me faire rouler, des tonnes de romans qui ressortent, filles séduites qu'on n'épouse pas, abandonnées avec un môme. Un combat tannant toutes les semaines entre nous deux. Je ne sais pas encore qu'au moment où l'on me pousse à liquider ma liberté, ses parents à lui jouent un scénario tout aussi traditionnel mais inverse, "tu as bien le temps d'avoir un fil à la patte, ne te laisse pas mettre le grappin dessus !", bien chouchoutée la liberté des mâles.
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  • Par Sarahcarabin, le 15 février 2011

    Poétise, poétise, fais-toi le grand cinéma de la liberté passée. Vrai que j'aimais ma vie, que je voyais l'avenir sans désespoir. Et je ne m'ennuyais pas. J'en ai réellement prononcé des propos désabusés sur le mariage, le soir dans ma chambre, avec les copines étudiantes, une connerie, la mort, rien qu'à voir la trombine des couples mariés au restau, ils bouffent l'un en face de l'autre sans parler, momifiés. Quand Hélène, licence de philo, concluait que c'était tout de même un mal nécessaire, pour avoir des enfants, je pensais qu'elle avait de drôles d'idées, des arguments saugrenus. Moi je n'imaginais jamais la maternité avec ou sans mariage. Je m'irritais aussi quand presque toutes se vantaient de savoir bien coudre, repasser sans faux plis, heureuses de ne pas être seulement intellectuelles, ma fierté devant une mousse au chocolat réussie avait disparu en même temps que Brigitte, la leur m'horripilait. Oui, je vivais de la même manière qu'un garçon de mon âge, étudiant qui se débrouille avec l'argent de l'État, l'aide modeste des parents, le baby-sitting et les enquêtes, va au cinéma, lit, danse, et bosse pour avoir ses examens, juge le mariage une idée bouffonne.
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  • Par Sarahcarabin, le 05 février 2011

    Papa-bobo précipité avec inquiétude sur mon genou saignant, qui va chercher les médicaments et s'installera des heures au chevet de mes varicelle, rougeole et coqueluche pour me lire Les Quatre Filles du docteur March ou jouer au pendu. Papa-enfant, "tu es plus bête qu'elle", dit-elle. Toujours prêt à m'emmener à la foire, aux films de Fernandel, à me fabriquer une paire d'échasses et à m'initier à l'argot d'avant la guerre, pépédéristal et autres cezigue pâteux qui me ravissent. Papa indispensable pour me conduire à l'école et m'attendre midi et soir, le vélo à la main, un peu à l'écart de la cohue des mères, les jambes de son pantalon resserrées en bas par des pinces en fer. Affolé par le moindre retard. Après, quand je serai assez grande pour aller seule dans les rues, il guettera mon retour. Un père déjà vieux émerveillé d'avoir une fille. Lumière jaune fixe des souvenirs, il traverse la cour, tête baissée à cause du soleil, une corbeille sous le bras. J'ai quatre ans, il m'apprend à enfiler mon manteau en retenant les manches de mon pull-over entre mes poings pour qu'elles ne boulichonnent pas en haut des bras. Rien que des images de douceur et de sollicitude. Chefs de famille sans réplique, grandes gueules domestiques, héros de la guerre ou du travail, je vous ignore, j'ai été la fille de cet homme-là.
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La grande librairie 01/12/2011 sur France 5 de François Busnel, Annie Ernaux parle de son nouveau livre "Ecrire la vie"








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