Et toujours cette quête d'identité (Qui est mon véritable père?) que l'on retrouve dans les romans de Roman Kacew dit
Romain Gary pour l'écriture mais qui dans ce roman "
La vie devant soi" (prix Goncourt 1975) a pris le
Pseudonyme Emile Ajar. "
Pseudo" sera d'ailleurs le titre d'un futur roman, l'histoire d'un malade psychiatrique qui lutte contre son sentiment de dépersonnalisation.
Qui suis je ? se demande Momo recueilli par Madame Rosa, une juive polonaise,au 'gros cul' mais au grand coeur, une qui le traite de 'sale bicot' lorsqu'il la fait un peu 'trop chier' ou qu'il 'chie' un peu de partout, rien que 'pour l'emmerder' mais lui, il veut surtout se faire remarquer et exister et être aimé, tout au long du livre
La vie devant soi. Sa mère était une 'pute', c'est un fait établi, comme tous les autres, six ou sept pensionnaires dont s'occuppe Madame Rosa moyennant finances. Mais, son âge, on lui ment sur son âge, à Momo, et puis Madame Rosa connait un juif qui s'y connait en faux papiers. Et son père, celui dont Madame Rosa, à chaque crise de violence, parle au bon docteur Katz en employant le terme 'psychiatrique'. Qui est donc ce père qu'il n'a jamais vu mais qui envoie régulièrement des sous jusqu'au jour où il n'en envoie plus.
Mais le lien tissé est tellement fort qu'elle le garde Madame Rosa.
Et puis un jour, il l'a promis, khaïrem, il l'amènera en Israël. Il a promis, car elle a 'un trou juif' dans la cave là où elle se cache lorsque les démons de nazis l'assaillent un peu trop dans sa tête,en criant 'c'est Auswitch', car cette tête, elle part un peu en vrille, de temps en temps et de plus en plus.
Belleville, six étages et des personnages hauts en couleurs.
Dans l'appartement, y a Madame Rosa, qui 's'est défendue' lorsqu'elle était jeune, sous entendu, 'faisait le tapin' mais qui connait un commissaire, ancien enfant de pute qui la protège. Banania qui se marre tout le temps et qu'elle amène parfois dans des foyers de noirs pour qu'il s'habitue à sa couleur. Michel qui a eu des parents vietnamiens qui payaient mais payent plus.Le chien 'Super', celui que Momo aime le plus au monde mais qu'il vend 'pour lui faire un 'avenir doré' tout à sa logique d'enfant malheureux qui passe pour fou.
Dans le café de Monsieur Driss, y a Monsieur Hamil, qui boit du thé vert, a fait un pélerinage à la Mecque,a lu
Victor Hugo, lui raconte Nice et ses clowns et lui fait 'travailler sa religion' , c'est un sage Monsieur Hamil et Momo, du haut de ses dix ans, voudrait bien qu'il épouse Madame Rosa.
Parfois passe Monsieur N'Da Amédée le 'proxynète', le 'maquereau' costume de soie rose, ongles manucurés,qui dicte des lettres à Madame Rosa. Il s'invente pour ses parents une belle image d'entrepreneur qui a réussi.
Et puis y a Mahoute qi se trompe un jour en piquant Madame Rosa à l'héroïne et qui pleure qu'il a perdu 'son bonheur', un bonheur qui fait planer la juive l'espace d'un moment mais pour lequel elle risque l'overdose.
Et puis, y a Arthur, son ami, son parapluie qu'il a déguisé, avec lequel il dort et qu'il amène avec lui lorsqu'il traine à Pigalle pour essayer 'de se défendre' et de gagner les sous de la pension qui n'arrivent plus.Parce qu'il va pas à l'école Momo, c'est comme ça, là bas on a dit, vu les papiers qu'il avait pas l'âge.
Et puis y a Nadine, y en a des comme ça, de belles étoiles qui prennent le relai d'une Madame Rosa lorsque la lumière s'éteint peu à peu, pour pouvoir garder malgré tout
La vie devant soi!
On se dit est ce possible? Mais oui, ça existe et Emile Ajar, nous le décrit si bien, avec les mots simples et crus de Momo qu'on y croit à cette misère où flottent ça et là les mots d'amour de Momo pour la mère qui est là pour lui, une brave femme au vécu douloureux, qui fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a et que seule la mort lui fera quitter.
Prix Goncourt:on n'en attendait pas moins!