Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique


ISBN : B00CPSO952
Éditeur : Gallimard (2013)


Note moyenne : 4.19/5 (sur 763 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
À l'aube de la vie, le narrateur se fait une promesse : ces années qui l'attendent, il les déposera aux pieds de sa mère pour réparer toutes les souffrances qu'elle a endurées. Il tâchera de combler tous ses désirs et de compenser par la gloire les humiliations que cett... > voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (71)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par pergolese, le 11 novembre 2012

    pergolese
    Première rencontre avec Romain Gary. Un choc...
    La Promesse de l'aube, c'est d'abord l'histoire d'un amour fou. L'amour d'une mère pour son fils, qu'elle élève seule dans l'entre-deux-guerres, de la Lituanie à Nice en passant par la Pologne, dans des conditions matérielle très difficiles qu'elle surmontent avec une énergie et une inventivité hors de toute imagination.
    Un fils dont on ne connaîtra pas le père, un fils pour lequel elle n'a que des ambitions simples : en faire 1) un intellectuel 2) un "vrai" français 3) un grand écrivain (le nouveau Tchékov, Dostoievsky ou Hugo, peu importe) 4) un ambassadeur de France 5) un chevalier de la Légion d'honneur ou, a minima, un héros de l'Armée Française.
    Deux prix Goncourt, Consul général de France aux Etats-Unis, Chevalier de la Légion d'Honneur, titulaire de la médaille de la Libération... Romain Gary a été tout ça.
    Grace à sa mère.
    Mais à quel prix...?
    C'est là tout le questionnement de ce livre. Comment devient-on un homme capable de relations normales à la vie et aux femmes quand une femme, unique, votre mère, vous a tout donné et a réussi à modeler le cours de votre vie selon ses attentes ?
    La promesse de l'autre ne plonge pas dans le questionnement psychanalytique "prise de tête". Cest un texte très vivant, magnifiquement écrit, émaillé tout du long d'un humour extraordinaire (ah, les métaphores de Gary !!) et donnant une vision très interessante de certains épisodes de notre histoire, en particulier de la défaite de 1940.
    Nul doute que les autres romans de Romain Gary (et d'Emile Ajar) vont trè bientôt prendre place dans ma bibliothèque.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          3 42         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Junie, le 05 août 2012

    Junie
    La Promesse de l'aube est un titre qui résume le destin d'un homme exceptionnel, à qui le talent et l'élégance, l'humour désenchanté ont servi de talisman.
    le jeune Roman Kacev, né en Lituanie, enfant illégitime élevé par une mère passionnée et fantasque, enfant précoce, élève brillant, voue une grande admiration à la patrie de Victor Hugo. Il est condamné à devenir lui-même un génie, un héros, une vedette, un Grand Homme.
    Il exécutera ce projet grandiose en s'engageant dès la première heure en 1940 comme aviateur, puis en devenant écrivain, diplomate, époux d'une actrice adulée, Jean Seberg, enfin doublement récompensé par le Prix Goncourt sous deux identités, il finira par se donner la mort à Paris en 1980.
    Romain Gary nous parle avec intensité de cette vie pleine de rebondissements, faite d'exils et de misère, d'humiliations et de gloire, de scènes burlesques ou tragiques, une vie qui doit le rendre valeureux comme Achille et puissant comme un Prince. Romain va combler les attentes maternelles, au prix de sa vie et de son bonheur.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          3 40         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 23 novembre 2011

    JeanLouisBOIS
    Comment peut-on apprécier pleinement l'œuvre de Romain Gary sans avoir lu d'abord et avant tout La promesse de l'aube? C'est vraiment la question qu'on est en droit de se poser après la lecture de cette autobiographie romancée où l'on voit se déployer tout l'arsenal de l'écrivain: les faits marquants de sa vie d'enfant et de jeune adulte, son humour ironique et parfois féroce, son idéalisme intransigeant, sa sensibilité à fleur de peau et le sens qu'il donne à la littérature.
    Bien sûr, il faudrait d'abord dire que le personnage essentiel de ce livre est la mère du narrateur qui l'a forgé tel qu'il est devenu, l'a élevé sur un piédestal et l'a toujours invité à se surpasser. C'est en fait ce "dialogue" mère-fils qui se développe tout au long de ce récit et qui construit la personnalité du narrateur, très proche, si proche de l'auteur.
    Le seul conseil que je donnerai, c'est,donc de commencer la lecture de Romain Gary par ce récit essentiel (de préférence dans la version définitive de 1980). Pour ceux qui, comme moi, ont déjà vagabondé dans l'œuvre, ce livre suscitera certainement l'envie soit de relire, soit de découvrir de nouveaux opus, afin de mieux pénétrer en profondeur la richesse de leur contenu.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          1 39         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par mariecesttout, le 06 avril 2014

    mariecesttout
    "Instinctivement, sans influence littéraire apparente, je découvris l'humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. L'humour a été pour moi ,tout le long du chemin,un fraternel compagnonnage; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l'adversité. Personne n'est jamais parvenu à m'arracher cette arme,et je la retourne d'autant plus volontiers contre moi-même, qu'à travers le « je » et le « moi », c'est à notre condition profonde que j'en ai.L'humour est une déclaration de dignité une affirmation de la supériorité de l'homme su ce qui lui arrive. Certains de mes « amis »,qui en sont totalement dépourvus, s'attristent de me voir,dans mes écrits,dans mes propos,tourner contre moi-même cette arme essentielle, ils parlent, ces renseignés, de masochisme,de haine de soi-même, ou même, lorsque je mêle à mes jeux libérateurs ceux qui me sont proches, d'exhibitionnisme et de muflerie. Je les plains. La réalité est que « je » n'existe pas,que le « moi » n'est jamais visé,mais seulement franchi lorsque je tourne vers lui mon arme préférée; c'est à la situation humaine que je m'en prends, à travers toutes ses incarnations éphémères, c'est à une condition qui nous fut imposée de l'extérieur, à une loi qui nous fut dictée par des forces obscures comme une quelconque loi de Nuremberg.Dans les rapports humains, ce malentendu fut pour moi une source constate de solitude car, rien ne vous isole plus que de tendre la main fraternelle de l'humour à ceux qui,à cet égard,sont plus manchots que les pingouins."
    Comme je le comprends.. Ayant toujours eu beaucoup de mal avec les gens qui se prennent au sérieux, je ne pouvais qu'être ravie par la lecture de cette autofiction -récit d'une jeunesse dominée, comme toute sa vie, par le personnage de la mère, et quel personnage!
    C'est du paradoxe qu'est cet amour absolu, mais étouffant , que Romain Gary tire ce très beau titre, Les promesses de l'aube,et il s'en explique très bien:
    "Ce fut seulement aux environs de la quarantaine que je commençai à comprendre. Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes.On croit que c'est arrivé.On croit que ça existe ailleurs,que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel,la vie vous fait à l'aube une promesse quelle ne tient jamais.On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin d ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur,ce ne sont plus que des condoléances.On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus,jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour,mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend,vous avez beau vous jeter de tous côtés ,il n'y a plus de puits,il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès les premières lueurs de l'aube,une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation..Partout où vous allez,vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez reçu.
    Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits.Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelque un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine."
    Quel poids, oui, mais aussi quelle force donnée par cette mère qui réinvente le monde à sa convenance!
    C'est la finesse et l'intelligence de l'analyse de cette double influence maternelle dans son parcours, associées à une permanente autodérision ( très travaillée sur le plan écriture, tout se joue dans des petites phrases rajoutées ça et là ,très pince sans rire, ce Romain Gary, mais souvent hilarant) qui font ,pour moi, de ce récit autobiographique des années de jeunesse d'un écrivain, un des textes que je préfère dans son œuvre, et bien sûr celui qui explique le mieux le personnage Gary.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 23         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par DioEugene, le 06 avril 2014

    DioEugene
    Un homme de 44 ans se retrouve en mauvaise posture : allongé sur une plage de Californie.
    Il se rappelle : sa mère juste avant la mobilisation.
    La promesse d l'aube est celle qu'il a faite à cette mère dès le plus jeune âge de vaincre la cruauté du monde.
    Très tôt sa mère l'a mis en garde contre tous les imbéciles et les méchants qui peuplent ce monde…promis il va nous en débarrasser.
    Ils vivent tous les deux et son fils est tout pour elle.
    Il regrette qu'elle n'est pas refait sa vie : comment après un amour maternel si « débordant » être satisfait par les amours adultes jamais aussi dévorants (on retrouve ce thème chez Albert Cohen).
    Ancienne actrice, elle est maintenant commerçante à Nice, elle est persuadée du génie de son fils qui écrit des poèmes….
    Le narrateur revient en arrière : leur départ de Moscou (sa mère est d'origine Russe elle a quitté sa famille à seize ans…) pour Wilno.
    Puis revient au présent : l'emprise de sa mère est telle, qu'à quarante-cinq elle dicte encore certains de ses comportements (comme se besoin de s'entretenir physiquement).
    Romain Gary se moque de la psychanalyse (des détraqués et des charlatans...) : non il n'a jamais eu de pensée incestueuse…
    Romain explique que son ambition est universelle : évoquer l'amour filial plus qu'une histoire particulière.
    Ce livre formidablement écrit est avant tout très drôle « Ma voix m'avait préféré un autre… » Pour justifier son peu d'aptitude pour le chant lyrique, la façon dont il décrit les ébats du pâtissier est fort cocasse, sa mère qui a un aucun moment ne doute de son génie….
    Et qui (dans un premier temps) ne peut lui offrir qu'une victoire à un championnat de...ping-pong !
    J'apprends en me documentant qu'on lui reproche d'être réactionnaire car diplomate gaulliste mais il s'en explique : quand il entend l'appel du 18 Juin : c'est sa mère qu'il entend (et l'amour de la France qu'elle lui a toujours inculquée dans les forêts de Lituanie).
    Romain évoque son père, star du film muet, qui a quitté sa mère peut après sa naissance…
    Il viendra faire un tour à Wilno en voiture de sport…
    L'Amour de sa mère pour la France est sans limite et tous les personnages historiques français sont également adulés chez elle…
    Chez les écrivains, elle a un faible pour Maupassant : elle en profitera pour faire un peu de prévention sur les maladies vénériennes à son fils qui toute sa vie fera attention à …son nez.
    Après Wilno, la Pologne….
    Pas le lycée français, par manque de moyen (peu de temps avant de partir Gary a été gravement malade et sa mère c'est ruiné en professeur de renom).
    Puis c'est l'arrivée en France et toujours les vaches maigres avec la crise de 1929…
    Sa mère est toujours aussi courageuse et ingénieuse pour trouver de l'argent.
    Romain se met à écrire sérieusement et déjà avec humour sans qu'il puisse en connaître l'influence de cette "arme" qui ne le quittera jamais.
    Gary essaiera bien de caser sa mère avec un mauvais, mais riche, artiste peintre pour pouvoir sortir du joug de cette mère envahissante…en vain, elle a aimé et aime encore passionnément un homme qui la traitait mal mais qui était un homme (pas un enfant attentionné comme ce peintre…).
    Romain poursuit ses études de droit à Paris et commence à avoir des nouvelles publiées dans le Gringoire (quand il reste trop longtemps sans être publié il fait croire que si mais sous un Pseudo et envoie pour la rassurer la fausse nouvelle à sa mère …déjà).
    Ses livres sont toujours refusés mais il raconte une anecdote : un de ses livres lui est renvoyé avec une analyse psychanalytique de Marie Bonaparte
    Sa mère a pour lui une nouvelle ambition : il doit tuer Hitler ! Elle finira par renoncer…
    Puis vient l'échec de l'école de l'air ou il ne sort pas officier mais caporal…
    Romain en profite pour nous faire part d'un trait de son caractère : il est résolument optimisme et croit en l'homme et cela même s'il peut être mesquin parfois.
    En parlant de sa mère : « je ne l'entendis jamais parler de Dieu qu'avec un respect bourgeois, comme quelqu'un qui avait très bien réussi ».
    Ce qui est frappant c'est cette force de vie (ou élan) que lui a donné sa mère…
    Cette mère que l'on trouve étouffante au début du livre (et qu'il l'est !) a surtout donné un courage exceptionnel à son fils qui ne peut s'il veut se monter digne d'elle et des efforts qu'elle a accompli ne faire autrement, que comme elle, soulever des montagnes.
    Lorsqu'il raconte le début de cette guerre, perce la mélancolie (9 camardes sur 10 ne sont pas revenus), il confesse même qu'aujourd'hui il ne vit plus que par politesse…





    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 19         Page de la critique


Critiques presse (1)


  • Sceneario , le 13 mars 2014
    Cette Promesse de l'aube est donc avant tout un formidable livre qu'il vous faut absolument découvrir, sans plus tarder. Mais ici c'est aussi l'occasion de le rencontrer aux côtés de Joann Sfar dans cette remarquable édition qui permet de prendre toute la dimension de cette œuvre !
    Lire la critique sur le site : Sceneario

> voir toutes (185)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par stcyr04, le 22 octobre 2012

    Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 24         Page de la citation

  • Par solisol, le 20 juin 2010

    [...] On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. [...]
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 31         Page de la citation

  • Par ilaluna, le 17 janvier 2008

    Mon égocentrisme est en effet tel que je me reconnais instantanément dans tous ceux qui souffrent et j'ai mal dans toutes leurs plaies. Cela ne s'arrête pas aux hommes, mais s'étend aux bêtes et même aux plantes. Un nombre incroyable de gens peuvent assister à une corrida, regarder le taureau blessé et sanglant sans frémir. Pas moi. Je suis le taureau. J'ai toujours un peu mal lorsqu'on chasse l'élan, le lapin, l'éléphant. Par contre, il m'est assez indifférent de penser qu'on tue les poulets. Je n'arrive pas à m'imaginer dans un poulet.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 39         Page de la citation

  • Par Jooh, le 28 septembre 2013

    En dehors des lectures édifiantes qui m'étaient recommandées par ma mère, je dévorais tous les livres qui me tombaient sous la main ou, plus exactement, sur lesquels je mettais discrètement la main chez les bouquinistes du quartier. Je transportais notre butin dans la grange et là, assis par terre, je me plongeais dans l'univers fabuleux de Walter Scott, de Karl May, de Mayn Reed et d'Arsène Lupin. Walter Scott me plaisait beaucoup et il m'arrive encore de m'étendre sur mon lit et de m'élancer à la poursuite de quelque chose d'idéal, de protéger les veuves et de sauver des orphelins - les veuves sont toujours remarquablement belles et enclines à me témoigner leur reconnaissance, après avoir enfermé les orphelins dans une pièce à côté.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 24         Page de la citation

  • Par Theoma, le 14 décembre 2011

    - Quand tu seras...

    Il regarda autour de lui avec un peu de gêne, conscient sans doute de sa naïveté, mais incapable de se dominer.

    - Quand tu seras... tout ce que ta mère a dit.

    Je l'observais attentivement. La boîte de rahat-lokoums était à peine entamée. Je devinais instinctivement que je n'y avais droit qu'en raison de l'avenir éblouissant que ma mère m'avait prédit.

    - Je serai ambassadeur de France, dis-je, avec aplomb.

    - Prends encore un rahat-lokoum, dit M. Piekielny, en poussant la boîte de mon côté.

    Je me servis. Il toussa légèrement.

    - Les mères sentent ces choses-là, dit-il. Peut-être même écriras-tu dans les journaux, ou des livres...

    Il se pencha vers moi et me mit une main sur le genou. Il baissa la voix.

    - Eh bien ! Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire...

    Une flamme d'ambition insensée brilla soudain dans les yeux de la souris.

    - Promets-moi de leur dire : au no 16 de la rue Grande-Poulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny...

    Son regard était plongé dans le mien avec une muette supplication. Sa main était posée sur mon genou. Je mangeais mon rahat-lokoum, en le fixant gravement.

    A la fin de la guerre, en Angleterre, où j'étais venu continuer la lutte quatre ans auparavant, Sa Majesté la Reine Elizabeth, mère de la souveraine actuelle, passait mon escadrille en revue sur le terrain de Hartford Bridge. J'étais figé au garde-à-vous avec mon équipage, à côté de mon avion. La reine s'arrêta devant moi et, avec ce bon sourire qui l'avait rendue si justement populaire, me demanda de quelle région de la France j'étaits originaire. Je répondis, avec tact « de Nice », afin de ne pas compliquer les choses pour Sa Gracieuse Majesté. Et puis... ce fut plus fort que moi. Je crus presque voir le petit homme s'agiter et gesticuler, frapper du pied et s'arracher les poils de sa barbiche, essayant de se rappeler à mon attention. Je tentai de me retenir, mais les mots montèrent tout seuls à mes lèvres et, décidé à réaliser le rêve fou d'une souris, j'annonçai à la reine, à haute et intelligible voix :

    - Au no 16 de la rue Grande-Poulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny...

    Sa Majesté inclina gracieusement la tête et continua la revue. Le commandant de l'escadrille « Lorraine », mon cher Henri de Rancourt, me jeta au passage un regard venimeux. Mais quoi : j'avais gagné mon rahat-lokoum.

    Aujourd'hui, la gentille souris de Wilno a depuis longtemps terminé sa minuscule existence dans les fours crématoires des nazis, en compagnie de quelques autres millions de Juifs d'Europe.

    Je continue cependant à m'acquitter scrupuleusement de ma promesse, au gré de mes rencontres avec les grands de ce monde. Des estrades de l'ONU à l'Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l'Élysée, devant Charles de Gaulle et Vinchinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n'ai jamais manqué de mentionner l'existence du petit homme et j'ai même eu la joie de pouvoir annoncer plus d'une fois, sur les vastes réseaux de la télévision américaine, devant des dizaine de millions de spectateurs, qu'au no 16 de la rue Grande-Poulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny, Dieu ait son âme.

    Mais enfin, ce qui est fait est fait, et les os du petit homme transformés à la sortie du four en savon, ont depuis longtemps servi à satisfaire les besoins de propreté des nazis.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 4         Page de la citation

> voir toutes (14)

Videos de Romain Gary

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Romain Gary

Extraits d'une conférence prononcée en mai 2009 par mon ami, le philosophe Paul Audi, sur l'oeuvre de Romain Gary, auquel il a consacré un très beau livre, intitulé Je me suis toujours été un autre (Christian Bourgeois, 2007). Où il est en particulier question de La danse de Gengis Cohn, un admirable roman de Gary qui n'est peut-être pas le plus connu et que je vous invite vivement à lire.








Sur Amazon
à partir de :
6,37 € (neuf)
2,45 € (occasion)

   

Faire découvrir La Promesse de l'aube par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (2128)

> voir plus

Quiz