On peut le prendre comme un roman autobiographique de
Romain Gary (et il insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une autobiographie mais bien d'« un livre d'inspiration autobiographique »), ou encore comme un dernier cri d'amour à sa mère.
Disons le tout net, R. Gary n'est pas né avec une cuillère d'argent dans la bouche. Aux premiers passages du livre, R. Gary est encore en Russie, où il est né, élevé par sa mère, seule. Précisons qu'il s'agit d'une mère juive qui semble rassembler sur sa tête tous les poncifs de mère castratrice qu'on attribue aux mères juives, justement.
Cette mère là, il semble très vite prendre conscience qu'elle l'aura tant aimé qu'aucune autre femme ne parviendra à la dépasser, voire l'égaler.
De Russie, la mère et le fils arrivent en Pologne, pauvres et vivant misérablement. Mais qu'à cela ne tienne, la mère a un dessein, son dessein c'est son fils, et son fils sera ambassadeur et écrivain. Et français. Car il se trouve qu'elle a fait une fixation sur la France, seul pays digne de les abriter, et dans lequel, admirable acharnement de cette mère indomptable et inconsciente, ils finissent par échouer.
Il y aura alors les études et pour R. Gary, l'obligation d'être à la hauteur, -à une hauteur inhumaine- la formation d'aviateur, la guerre …
Un peu de complaisance tout de même transparaît dans ce roman autobiographique, mais c'est un magnifique hymne à l'amour maternel. Un amour castrateur, inhumain et fou. On ne choisit pas sa mère et R. Gary ne l'a pas choisie. Il a eu du mérite à survivre à son éducation « commando ».
Et puis il raconte tellement bien, avec juste ce qu'il faut de considérations annexes pour nourrir notre intelligence sans brider notre curiosité. Ça me fait penser à un destin à la
Saint Exupéry, la mort glorieuse en moins.