ISBN : 2070362205
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.85/5 (sur 144 notes) Ajouter à mes livres
Qui donc a profité des neiges pour égrainer un chapelet de cadavres ? Dans ce village du Dauphiné, l'arrivée du printemps rejette ses secrets et ses morts : au bout de trois victimes, on finira par faire appel à un spécialiste, le... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 04 novembre 2011

    Woland
    Ah ! Ecrire comme Giono ! Qui n'en a pas rêvé au moins une fois ? ... Simplicité, quiétude, bon sens, aisance, familiarité, naturel, tout cela recouvrant une complexité de pensée qui fascine et ouvre l'esprit à l'universel.
    Paré de toutes ces qualités, "Un roi sans divertissement" est l'un des grands romans de Giono, une réponse subtile et hautaine aux mesquineries et aux lâchetés de ce prétendu Comité national des écrivains qui, à la botte des communistes et de leurs proches, l'avaient interdit de publication alors qu'il ne s'était jamais compromis avec l'occupant nazi. "Ces haineux", comme les désigne Albert Paraz dans son merveilleux "Gala des Vaches", n'avaient comme raison précise de placer Giono à l'index, que la jalousie qu'ils éprouvaient envers le génie de l'écrivain. Avec son "Roi Sans Divertissement", Giono remet les pendules à l'heure et prouver à ces juges improvisés et dégoulinants de fausse vertu qu'ils ont bien tort d'imputer les horreurs du dernier conflit mondial à l'esprit prétendument maléfique de tel ou tel homme, à la lâcheté de tel ou tel peuple. A ses yeux d'anticonformiste fier de "marcher seul", à ses yeux d'humaniste, l'instinct qui a amené à commettre toutes ces monstruosités n'est pas un mais multiple car il pousse comme du chiendent dans le coeur de tout homme.
    "Un roi sans divertissement" traite en effet, et uniquement, de cet instinct qui sommeille, dit-on, tout au fond de notre cerveau reptilien : l'instinct de tuer, comme ça, pour le seul plaisir - une caractéristique exclusivement humaine.
    Dans un paysage dont, malgré le fil des saisons qui passent, le lecteur ne retiendra que la neige - une neige épaisse, silencieuse et glacée, qui étouffe la terre et les hommes - un mystérieux inconnu, aussi insaisissable que la bise qui descend des montagnes, aligne un nombre de plus en plus grand de cadavres : hommes, femmes, enfants, tout lui est bon et rien ne l'apaise. Il faudra un hasard tout à fait inattendu, un villageois qui sort de chez lui un peu plus tôt que prévu, pour que le monstre soit identifié et finalement arrêté. Il s'agissait d'un habitant du bourg voisin. Langlois, le gendarme qui, l'hiver précédent, l'avait traqué sans relâche mais en vain, se charge de le ramener en prison. Mais, sur la route du retour, il l'abat froidement, déclarant à ses compagnons que c'était un accident et envoyant le jour-même sa démission à ses supérieurs.
    Commence alors la partie la plus énigmatique mais aussi la plus subtile du roman, celle qui retrace le lent mais résolu cheminement de Langlois, cette personnalité en apparence solide et tout d'une pièce, vers cette vérité impitoyable : comme le tueur en série qu'il a abattu, lui aussi abrite en son coeur ce terrible instinct de mort. Pire : hormis tuer, rien ne l'intéresse, rien ne le calme - rien ne le réjouit. Pour échapper à ce démon intérieur qu'il est le seul à voir et à comprendre (ou pour échapper à l'ennui qu'il ressent ? ) , Langlois finit par se faire sauter la cervelle.
    Giono ne donne jamais le point de vue intime de l'ancien gendarme. Il se contente de faire raconter les faits par les villageois qui, depuis sa première apparition dans leur hameau, ont appris à l'apprécier et se sont même liés avec lui. Et leur vision, simple, qui ne s'embarrasse pas d'analyses freudiennes avant la lettre mais tient compte du sens aigu qu'ils ont de l'Homme et de sa place au sein d'une Nature qui, elle aussi, est capable de tuer, constitue le prisme idéal. Attention cependant : "Un roi sans divertissement" demande beaucoup à son lecteur. Celui qui s'y intéresserait seulement pour découvrir le récit, forcément captivant, de la traque d'un meurtrier multirécidiviste, celui-là risque d'être très, très, très déçu et de passer à côté de l'un des romans les plus puissants et les plus complexes de la littérature française du XXème siècle. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par CatchMe, le 11 décembre 2010

    CatchMe
    Pourquoi j'aime Giono et voudrait le faire aimer.
    C'est un parler du quotidien, pas de vocabulaire surfait, prétentieux ou élitiste. Il parle à l'humain, à l'âme en priorité et principalement aux âmes poétiques.
    Le langage employé est plutôt populaire voir familier, du genre « péter sec », « pauvre «couillon ».
    Le vocabulaire, il n'est pas simple mais typé campagnard. Il utilise parfois des mots tombés en désuétude. Dans l'ensemble n'est pas complexe mais maîtrisé et manié avec art. Les mots sont mariés avec justesse, pour le plus grand plaisir du lecteur.
    La description de la nature, C'est là que son lyrisme poétique est le plus intense. Parfois des morceaux de poésie pure. C'est là que le rythme est le plus saccadé, staccato.(p38 un morceau de choix).
    Je trouve ses métaphores et analogies succulentes, car constamment il fait appel à des termes inattendus, qui me surprennent, et très souvent me font sourire, du genre "le plus extraordinaire carrelage de rides".
    Un style vif et vivant, plein d'entrain et de charme. Des phrases plutôt courtes qui donne un rythme soutenu.
    De la façon dont il acoquine les mots il vous les rend sympathique tout comme ses personnages qui sont si attachants car d'une humanité joyeuse qui va à l'essentiel.
    L'histoire elle, débute par une énigme et des évènement mystérieux dans une ambiance pesante de village isolé au milieu de paysages lourdement enneigés (un peu à la Shining). Ensuite elle se centre sur le personnage qui à résolu l'énigme, un certain Langlois, qui revient s'installer dans ce village et qui semble changé et devenu mystérieux...
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 22 octobre 2011

    brigittelascombe
    Il neige sur la route d'Avers.Plus de ciel, plus de terre,plus de village,plus de montagne.Du blanc à perte de vue.
    Marie Chazottes,la vingtaine, a disparu.
    Incompréhensible!Et ces traces de sang! On s'inquiète!
    Le curé prêche.Bergues monte la garde.Et le voilà qui s'envole à son tour!
    On pleure.On crie.
    Tout le monde se sent menacé. On appelle à la rescousse six gendarmes à cheval et Langlois leur capitaine, "des moustaches fines,un beau plastron,de la jambe",du bagout et "pas fainéant".
    Rien de rien!Pas de corps!
    Dés le début de l'hiver d'après Langlois revient. Célibataire,il loge chez "Saucisse", la patronne du Café de la route où il se plait à fumer sa pipe en pantoufle. Il installe ses armes à portée de main au cas où.!
    "Cré coquin!" Ne voilà-t-il pas que Frédéric de la scierie retrouve les cranes de plusieurs disparus dans les branches de son hêtre!
    Une battue.Une chasse à l'homme.Deux coups de pistolet.Langlois est à son affaire.
    Il s'acclimate, mais c'est une "sacrée tête de bûches".En tous cas, il est de toutes les conversations et parle de construire un "bongalove" et de prendre femme pourquoi pas? Mais "cette vache" de Delphine, "incapable de voir dans une boite de cigares autre chose qu'une boite de cigare" saura-t-elle divertir son roi comme il se doit?
    Un roi sans divertissement,de Jean Giono(auteur provençal connu et reconnu de romans,récits,nouvelles,chroniques,essais,pièces de théâtre,livres jeunesse)est un roman qui fut adapté en film par François Leterrier.
    Très fouillé au point de vue psychologique, il brosse le portrait de Langlois devenu justicier face au meurtrier aux abois.Fascination face à la mort que l'on retrouve en fin de livre lorsqu'il demande à Anselmie de décapiter une oie et regarde goutter le sang jusqu'à commettre l'irrémédiable?
    J'avoue, malgré l'écriture toujours imagée,poétique,malgré les mots qui coulent et emportent, ne pas m'être vraiment divertie, ayant préféré Regain ou Le chant du monde, je me suis même perdue dans le fouillis des personnages.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par CatchMe, le 02 janvier 2011

    CatchMe
    Cette histoire se compose de façon très tranchée de deux parties bien distinctes :
    La première, développement et résolution de l'énigme policière, ambiance shining.
    La seconde, débute page 86 où il relate la vie au village, les choses qui sont importantes pour ces gens simples et le retour de Langlois, complètement changé ayant perdu sa joie de vivre il est devenu distant et taciturne.
    Avec un dénouement tout à fait inattendu (pour ma part) et qui me laisse un peu perplexe et sur ma faim.
    Malgré tout à lire, ne serait-ce que pour la première partie et le style inimitable de son écriture.
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  • Par charlottelit, le 02 octobre 2011

    charlottelit
    un bijou bien ciselé comme sait les concocter ce cher Giono, notre provençal profond. il accoquine ses mots en effets (mais avec deux c)
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 07 février 2012

    [...] ... Un jour, deux jours, trois jours, vingt jours de neige ; jusqu'aux environs du 16 décembre. On ne sait pas exactement la date, mais enfin, 15, 16 ou 17, c'est un de ces trois jours-là, le soir, qu'on ne trouva plus Marie Chazottes.

    - "Comment, on ne la trouve plus ?

    - Non, disparue.

    - Qu'est-ce que vous me dites là ?

    - Disparue depuis trois heures de l'après-midi. On a d'abord cru qu'elle était allée chez sa commère, non ; chez une telle, non. On ne l'a vue nulle part."

    Le lendemain, à travers la neige qui continue à tomber dru, on voit passer Bergues [le garde-forestier] avec ses raquettes, et il descend du côté du cimetière des protestants, vers les Adrets. On en voit un autre qui monte vers la Plainie par le chemin des chèvres ; et un troisième qui file à Saint-Maurice pour, de là, après avoir cherché dans les vallons, aller prévenir les gendarmes.

    Car, Marie Chazottes a bel et bien disparu. Elle est sortie de chez elle vers les trois heures de l'après-midi, juste avec un fichu, et sa mère a même dû la rappeler pour qu'elle mette ses sabots ; elle sortait en chaussant, n'allant, dit-elle, que jusqu'au hangar, de l'autre côté de la grange. Elle a tourné l'angle du mur et, depuis, plus rien.

    Les uns disent ... cinquante histoires naturellement, pendant que la neige continue à tomber tout décembre.

    Cette Marie Chazottes avait vingt-ans, vingt-deux ans. ... [...]
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  • Par Woland, le 07 février 2012

    [...] ... 43 (1800 évidemment). Décembre. L'hiver qui avait commencé tôt et depuis, dare-dare, sans démarrer. Chaque jour la bise ; les nuages s'entassent dans le fer à cheval entre l'Archat, le Jocond, la Plainie, le Mont des Pâtres et l'Avers. Aux nuages d'octobre déjà noirs se sont ajoutés les nuages de novembre encore plus noirs, puis ceux de décembre par-dessus, très noirs et très lourds. La lumière a été verte, puis boyau de lièvre, puis noire avec cette particularité que, malgré ce noir, elle a des ombres d'un pourpre profond. Il y a huit jours on voyait encore le Habert du Jocond, la lisière des bois de sapins, la clairière des gentianes, un petit bout des prés qui pendent d'en haut. Puis les nuages ont caché tout ça. Bon. Alors on voyait encore Préfleuri et les troncs d'arbres qu'on a jetés de la coupe, puis, les nuages sont encore descendus et ont caché Préfleuri et les troncs d'arbres. Bon. Les nuages se sont arrêtés le long de la route qui monte au col. On voyait les érables et patache de midi et quart pour Saint-Maurice. Il n'y avait pas encore de neige, on se dépêchait à passer le col dans les deux sens. On voyait encore très bien l'auberge (cette bâtisse que maintenant on appelle Texaco parce qu'on fait de la réclame pour de l'huile d'auto sur ses murs), on voyait l'auberge et tout un trafic de chevaux de renfort pour des fardiers qui se dépêchaient de profiter du passage libre. On a vu le cabriolet de la maison Colomb et Bernard, marchands de boulons à Grenoble. Il descendait du col. Quand celui-là rentrait, c'est que le col n'allait pas tarder à être bouché. Puis les nuages ont couvert la route, Texaco et tout ; ont bavé en dessous dans les prés de Bernard, les haies vives ; et, ce matin, on voit, bien entendu encore, les vingt à vingt-cinq maisons du village, avec leur épaisse barre d'ombre pourpre sous l'auvent, mais on ne voit plus la flèche du clocher, elle est coupée ras par le nuage, juste au dessus des Nord, Sud, Est, Ouest.

    D'ailleurs, tout de suite après, il se met à tomber de la neige. A midi tout est couvert, tout est effacé, il n'y a plus de monde, plus de bruits, plus rien. Des fumées lourdes coulent le long des toits et emmantellent les maisons ; l'ombre des fenêtres, le papillonnement de la neige qui tombe l'éclaircit et la rend d'un rose sang frais dans lequel on voit battre le métronome d'une main qui essuie le givre de la vitre, puis apparaît dans le carreau un visage émacié et cruel qui regarde. ... [...]
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  • Par CatchMe, le 15 décembre 2010

    Extrait p38 en parlant du hêtre.
    Il était surtout (à cette époque) pétri d’oiseaux et de mouches ; il contenait autant d’oiseaux et de mouches que de feuilles. il était constamment charrué et bouleversé de corneilles, de corbeaux et d’essaims ; il éclaboussait à chaque instant des vols de rossignols et de mésanges ; il fumait de bergeronnettes et d’abeilles ; il soufflait des faucons et des taons ; il jonglait avec des balles multicolores de pinsons, de roitelets, de rouges-gorges, de pluviers et de guêpes. C’était autour de lui une ronde sans fin d’oiseaux, de papillons et de mouches dans lesquels le soleil avait l’air de se décomposer en arcs-en-ciel comme à travers des jaillissements d’embruns. Et, à l’automne, avec ses longs poils cramoisis, ses milles bras entrelacés de serpents verts, ses cent mille mains de feuillages d’or jouant avec des pompons de plumes, des lanières d’oiseaux, des poussières de cristal, il n’était vraiment pas un arbre.
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  • Par CatchMe, le 08 décembre 2010

    Vers la fin de l'été arriva, sur la route du col, un cabriolet entièrement passé à la pâte au sabre ; il y avait plus d'une heure qu'on le voyait monter à travers les arbres, plus luisant qu'un scarabée. Et, quand il s'arrêta près des quelques-uns d'entre nous qui moissonnaient, on vit encore la chose la plus drôle : c'est qu'il portait dans son dos, derrière sa capote, un groom qui descendit pour nous demander un renseignement : "Est-ce qu'on connaissait le commandant Langlois ?" Oui, mais, vous vous rendez compte qu'on ne va pas répondre à ça tout de go quand on est en train de moissonner et qu'on vous prend à l'improviste. Il faut bien un peu réfléchir si on dit oui ou si on dit non. Comme on regardait ce voiturin qui semblait sortir de l'oeuf et le groom qui luisait encore pire, voilà que le patron lui-même met pied à terre, sans doute pour nous aider à nous décider. Et nous fûmes décidés tout de suite car c'était le procureur royal. Il n'y avait pas à s'y tromper : il était célèbre jusque dans les massifs les plus désertiques et c'étaient bien ses favoris blancs et ce ventre bas qu'il portait devant lui à pas comptés comme un tambour.
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  • Par CatchMe, le 08 décembre 2010

    Ce matin là, comme vous ouvrez l'oeil, vous voyez mon frêne qui s'est planté une aigrette de plumes de perroquet jaune d'or sur le crâne. Le temps de vous occuper du café et de ramasser tout ce qui traîne quand on couche dehors et il ne s'agit déjà plus d'aigrette, mais de tout un casque fait de plumes les plus rares des roses, des grises, des rouille. Puis, ce sont des buffleteries, des fourragères, des épaulettes, des devantiers, des cuirasses qu'il se pend et qu'il se plaque partout ; et tout çà est fait de ce que le monde a de plus rutilant et de plus vermeil. Enfin le voilà dans ses armures et fanfreluches complètes de prêtre-guerrier qui frotaille de petites crécelles de bois sec.


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Extrait de Un roi sans divertissement, film français réalisé par François Leterrier, sorti en 1963. Il est adapté du roman éponyme de Jean Giono, qui signe lui-même l'adaptation et produit le film.








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