ISBN : 2021004627
Éditeur : Editions du Seuil (2011)


Note moyenne : 3.85/5 (sur 59 notes) Ajouter à mes livres
PRIX MEDICIS ETRANGER 2011

Ora, une femme séparée depuis peu d’Ilan, son mari, quitte son foyer de Jérusalem et fuit la nouvelle inéluctable que lui dicte son instinct maternel : la mort de son second fils, Ofer, qui, sur le point de terminer son serv... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Petitebijou, le 16 mars 2012

    Petitebijou
    Je voudrais commencer cette chronique en effleurant l'élément biographique qui a tant été évoqué dans les médias, à savoir la mort en opération au Liban du fils de l'auteur pendant que celui-ci rédigeait son livre. Je vous suggère de visionner l'extrait vidéo de "La Grande Librairie" dans lequel l'écrivain dit ce qu'il a à dire - et ce qu'il peut dire, à ce sujet. Cela relève de sa vie privée.
    Tout juste me permettrai-je de mentionner comme en écho l'histoire de Gustav Mahler composant les "Kindertotenlieder" (Chant des enfants morts) quelques mois avant la mort de sa fille ainée, et les interrogations de sa femme Alma : créer, est-ce provoquer le destin ? de la prescience ?
    En cela, nous sommes déjà dans le thème central d''Une femme fuyant l’annonce", qui, au-delà d'un merveilleux roman, un extraordinaire portrait de femme (un mystère pour moi qu'un homme ait pu à ce point se glisser dans la psychologie féminine...), a une portée davantage philosophique, et, comme toute grande oeuvre, nous élève au-delà de l'anecdote, des personnages, pour nous interroger sur ce que nous sommes, par quoi nous nous définissons : pour moi, "Une femme fuyant l’annonce" pose la question centrale de la langue, celle que nous parlons, celle que nous écrivons, celle que nous inventons (à l'image des deux amis et des deux fils du roman). En effet, j'ai toujours pensé - songeant à la question tant à la mode il y a quelques temps de l'identité "nationale", que nous nous définissons par les mots que nous choisissons, que nous habitons une langue plutôt qu'un pays. "Je suis d'où je parle et d'où j'écris", pourrait être le sous-titre du roman.
    Pour en revenir au commencement, Bereshit, ma lecture de ce livre, comme l'écriture de cette chronique, ne peut être abordée pour moi que dans le contexte du long chemin entrepris avec l'auteur - à l'image du périple d'Ora, depuis 1994, date de sortie de "Le livre de la grammaire intérieure", acheté par le désir de savoir ce que recelait ce titre qui résonnait dans ma plus grande intimité. Ce fut un éblouissement, non démenti par la suite de mes lectures des oeuvres produites par l'auteur, dont, chaque fois, les titres semblaient m'hypnotiser et me tenir captive. Pour n'en citer que quelques-uns, "Tu seras mon couteau", "Quelqu'un avec qui courir", "J'écoute avec mon corps".
    Dernier opus, "Une femme fuyant l’annonce" n'est qu'un tome supplémentaire de ce qui pourrait être un seul volume, une variation sur le thème évoqué du rapport intellectuel, charnel, voire hystérique que nous entretenons avec le langage, les mots que nous employons pour exprimer nos actes, nos pensées, nos sentiments, nos émotions, nos désirs... que ce soit dans notre langue maternelle, ou la langue de nos grands-parents immigrés, d'une langue étrangère que nous avons appris à l'école et dans laquelle nous aimons chanter, d'une langue amoureuse que nous pouvons inventer avec l'être aimé, du vocabulaire que nous adoptons quand nous aimons écrire, etc...
    Que fait Ora , à travers son voyage initiatique en Galilée, sinon chercher la langue qui pourrait protéger son fils, les mots qui pourraient le maintenir en vie, comme ramener son ancien amant à la vie, comme identifier ceux qui l'ont éloignée de son mari ? Elle parle, parle, déroule le fil d'une bobine de chair et de sang, d'une mère reliée par un cordon ombilical lexical à ses enfants, aux êtres aimés, à travers une langue à l'image de la nature qui l'entoure et qu'elle découvre au cours de sa longue randonnée, foisonnante, envahissante, chatoyante, palpitante, angoissante aussi par ses pièges et ses détours, y compris dans le silence, qui n'est autre qu'un autre langage. David Grossman décrit minutieusement, avec force détails et vocabulaire précis le décor dans lequel évoluent Ora et Avram, de l'infiniment grand à l'infiniment petit. de l'immensité de la voie lactée au plus minuscule des insectes, toute manifestation vivante s'inscrit dans le déroulement du récit, dans un style semblable à une ode panthéiste. La nature, tantôt aimante, tantôt hostile, n'est plus que l'ordre d'un monde dans lequel les êtres humains doivent trouver leur place, et contribuer à son bon déroulement. Et pourtant, que cherche Ora, obstinément, si ce n'est bouleverser cet ordre naturel qu'elle pressent annonciateur de son futur malheur ? Cette femme est une héroïne presque mythologique, se dressant seule contre la volonté des Dieux, avec pour arme, le petit cahier qu'elle s'entête à noircir, et les paroles qu'elle lance comme autant de mantras aux oreilles d'Avram et à l'humanité toute entière à travers lui.Quand les mots ne suffisent plus, le corps prend le relais, soulignant une intention par une posture, un regard, un mouvement incontrôlé. Même le sommeil est vocabulaire, le corps endormi livre encore des secrets. Chaque être, chaque plante, chaque pierre est une énigme à déchiffrer, un message codé à traduire. Il faut d'ailleurs souligner l'extraordinaire travail de Sylvie Cohen, traductrice attitrée, qui sait, quand il le faut, conserver le mot hébreu - langue morte ressuscitée à la naissance d'un état, nous fait entendre sa résonance, sait que tel mot doit être conservé "en l'état" parce que, même si sa traduction est possible, le lecteur doit en entendre la musique, l'écho. S'il ne comprend pas le sens, au moins en aura-t-il eu la prescience (parfois le mot cité en hébreu -ou en arabe, langue fraternelle- est suivi de sa traduction).
    Je dois avouer qu'il m'est arrivé une chose un peu étrange en lisant ce livre. Arrivée aux deux tiers du roman, j'ai dû interrompre ma lecture, pendant plusieurs semaines. J'avais plongé dans le roman en apnée, et j'ai été prise de l'ivresse des profondeurs. Les interrogations d'Ora sont devenues les miennes (hors de tout contexte factuel) et ont commencé à interférer dans ma vie privée, jusqu'au vertige. A mon tour, j'étais Une femme fuyant l’annonce, quelle qu'elle ait pu être. Je n'ai rien lu ou presque pendant quelques temps, puis, lorsque je me suis sentie suffisamment armée, ai repris la randonnée en Galilée avec les protagonistes du récit, et fini le roman cette fois dans l'urgence.
    Sans dévoiler la fin de l'histoire, je ne peux pas omettre de signaler que les pages consacrées à la description d'un "fait" de guerre sont d'une crudité et d'une horreur presque insoutenables. Après avoir utilisé les circonvolutions d'une langue poétique et manié la digression, l'auteur décrit chirurgicalement les événements dont l'évocation brute suffit à nous les rendre irréels, parce qu'inconcevables. Ici, nous sommes en présence d'un écrivain majeur, qui, à travers la fiction, pose sans les nommer toutes les questions politiques, philosophiques, éthiques, que se posent les familles israéliennes élevant des enfants sachant qu'ils accompliront au moins trois années dans l'armée, trois années qui, s'ils en reviennent vivants, les transformeront en étrangers, confrontés de l'intérieur au conflit israélo-arabe, dans toute sa violence et son absurdité, comme toute guerre est absurde. "Elevons-nous nos enfants pour en faire des meurtriers ?" s'interroge Ora, et sa question se perd dans l'immensité qui l'entoure. Au-delà du contexte Israélien, David Grossman interroge la conscience de chaque être humain, sans manichéisme, sans donner de leçon, mais l'on sent bien que avec toute la force qu'il imprime au récit, poser cette question est déjà le début d'une réponse.
    A ce stade de ma chronique, j'imagine que certaines personnes la lisant me traiteront, comme est traitée Ora dans certaines chroniques Babélio, d'hystérique, mais je ne suis pas plus rationnelle qu'Ora et souhaite que ce compte-rendu de ma lecture soit à l'image du climat dans lequel j'ai baigné au fil des mots qui me retenaient prisonnière et me fascinaient doucement...( un auteur comme Paul Auster indique dans la quatrième de couverture qu'il a "dévoré" le roman "dans une transe fiévreuse"...).
    En conclusion, je dirai que David Grossman, à l'image des écrivains qui dépassent leur nationalité et leur époque, à travers "Une femme fuyant l’annonce", ne fait qu'écrire encore et toujours le même livre, initié avec "Voir ci-dessous : amour", et que cette oeuvre qu'il construit avec un acharnement vital restera bien au-delà de sa propre existence. Il bâtit un monde avec un talent immense et singulier, et j'aime à penser que l'un des non moindres mérites de ce roman est de lui avoir donné un rayonnement de plus en plus grandissant, car plus un auteur est singulier, plus il nous ouvre les portes de l'universel. En inventant au fil de ses écrits un langage unique et intime, il nous incite à nous exprimer du plus profond de nos êtres, à créer à notre tour notre "grammaire intérieure", nous éloigner des lieux communs qui nous affaiblissent et affectent notre relation au monde, pour nous rendre meilleurs et authentiques.
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    Critique de qualité ? (33 votes positifs)
  • Par raton-liseur, le 24 mars 2012

    raton-liseur
    C'est d'abord le titre qui m'a attirée. Un titre étrange, antonyme de cet évènement qui changea la Torah en Bible, l'annonce faite à Marie. Opposition prolongée, et peut-être seulement apparente, par la randonnée en Galilée pour éloigner la mort, en écho à la marche qui aboutira à la naissance à Bethléem.
    Pourtant il n'est pas question de religion ici, ni d'un énième livre pour nous expliquer de façon irréfutable où est le bon droit. On sait tous au fond que les sources de la légitimité à être sur une terre ou à être d'un peuple sont multiples, non hiérarchisables, et que seul le compromis est possible, qu'apprendre à vivre ensemble est la seule solution car personne n'abdiquera. David Grossman a des convictions politiques, qui ne sont pas celles de la majorité de ses concitoyens, mais ce n'est pas le propos de son livre, qui en Israël a connu un succès au-delà des clivages politiques.
    Cette histoire est celle d'une femme qui, succombant à une superstition qu'elle se forge elle-même, essaye d'éloigner la mort qui veut lui prendre son fils en service militaire dans l'armée israélienne en partant loin de chez elle, loin de tout moyen de communication, persuadée qu' « en se sauvant de chez elle le marché sera ajourné, même provisoirement, du moins le croit-elle – celui que l'armée, la guerre et l'État risquent de lui imposer sous peu, voire cette nuit même. Ce marché arbitraire qui l'oblige, elle, Ora, à accepter d'apprendre de leur bouche la nouvelle du décès de son fils, de sorte qu'elle leur prête main-forte pour mener le processus complexe et pénible à son terme logique, et, en validant cette mort, elle se fait en quelque sorte complice du crime » (p.115, Chapitre 3).
    Pari fou contre la fatalité, la force d'une marcheuse contre les blindés de son propre pays, les blindés dans lesquels sert son fils Ofer, comme reproduisant à distance ce bras de fer de la place Tian Anmen qui avait ému le monde (cf.la photo de Jeff Widener pour l'Associated Press).
    Il serait réducteur cependant de limiter ce livre à cette fuite en avant irrationnelle. C'est l'accroche, c'est ce que les critiques dans les magazines littéraires mettent en avant, mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Et, pour ses digressions, son foisonnement, c'est un livre qui ne plaira pas à tous. Moi aussi cette profusion de thèmes m'a parfois agacée, voulant que l'auteur se concentre sur ce pour quoi j'avais entamé ce livre, ce que le titre me proposait. Il m'a fallu attendre le premier tiers, presque la moitié, du livre pour que je trouve enfin un rythme de lecture qui s'accorde avec tous ces thèmes, toutes ces directions parfois seulement effleurées, mais qui étrangement, par une construction apparemment chaotique mais très maîtrisée, forment un ensemble cohérent dont il se dégage une grande émotion, qui m'a fait par moments monter les larmes aux yeux.
    Ce qui suit peut dévoiler involontairement certains aspects clefs de l'intrigue. Les lecteurs voulant garder entière la découverte peuvent décider de ne pas aller plus loin...
    A mon sens, la trame principale du livre n'est en réalité pas la peur d'une mère de perdre son fils, mais une histoire à la Jules et Jim (sachant que je n'ai ni lu le livre, ni vu le film). Un triangle amoureux, où l'état de guerre incessant s'inviterait comme quatrième personnage roue du carrosse ; une histoire d'amour où les figures du torturé brisé à jamais et du rescapé englué dans sa culpabilité brouillent les cartes et étouffent dans l'œuf tout espoir, toute prétention au bonheur. Pourtant ces trois-là restent unis, pris dans les rets d'une relation protéiforme qui hésite entre tendresse et culpabilité, devoir et espoir infondé.
    Parce que les personnages choisissent de vivre malgré tout, ce livre est aussi celui d'une famille. Qu'est-ce que veut dire fonder une famille, élever des enfants, chercher bonheur et harmonie familiales quand la guerre est l'arrière-plan permanent, quand un enfant de six ans « fond soudain en larmes parce qu'il ne veut plus être juif, on nous tue tout le temps, on nous déteste » (p.435, Chapitre 7). Et, de déception en douloureuse prise de conscience, le livre finira par donner cette sensation dérangeante que dans ce pays, la survie de l'un se fait au détriment de celle de l'autre. le couple Ilan / Avram est l'image du hasard insoutenable du doigt du destin, qui mourra qui sera épargné. Plus déroutant, le couple Ofer / Avram est celui du retour à la vie parce que l'autre est en danger, mourra peut-être. Macabres vases communicants.
    Le livre ne répondra pas à tous les non-dits de ce trio amoureux, de cette famille, de ce pays. Mais, au prix d'une écriture qui semble rester floue sur les principaux aspects pour se perdre dans les détails d'une vie qui essaie tant bien que mal de tendre vers la normalité, il retrace la fuite en avant non pas d'un Etat ni d'un peuple, mais d'individus. Des individus pétris de contradictions, tiraillés sans fin entre leurs espoirs ou leurs illusions et une vie qui s'accommode du pire, entre refus et résignation.
    Alors, au détour d'une phrase qui nous fait toucher à nous qui ne connaissons pas ces situations de conflits quotidiens, un salut à tous les Ofer dont une part d'enfance a été volée par la réalité sordide des joutes géopolitiques ; à tous les Avram dont on a volé le fond pour ne garder qu'une forme sans avenir ; à tous les Ilan qui portent la culpabilité du survivant. Et puis à toutes les Ora, qui, contre toute raison, continuent à porter et à passer le flambeau.
    Et surtout, quel qu'aient été votre camp, votre cause ou vos chimères, sobre salut à vous tous, les Uri (1986-2001) que ce monde a fauchés au seuil de votre avenir.
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par mariech, le 23 février 2012

    mariech
    Ora projette de partir quelques jours faire un voyage avec son fils Ofer , sac au dos , dès qu'il aura terminé son service militaire de 3 ans . Malheureusement à la fin de son service , son fils s'engage pour une mission de 28 jours dans les Territoires .
    Ora ressent au plus profond d'elle même qu'elle ne reverra pas son fils vivant et décide de faire le voyage coûte que coûte afin qu'aucune mauvaise nouvelle ne puisse lui parvenir .
    Elle va être accompagnée d' Avram son ami d'enfance , son amant et peut-être plus , pour son périple dans les merveilleux paysages de Galilée .
    Je n'ai jamais lu une description si juste d'une mère , tiraillée entre l'amour pour ses deux fils Adam et Ofer ; 24 et 21 ans . Lorsqu'elle est enceinte de son deuxième fils , Ora se demande si elle aura assez d'amour pou deux , puis à chaque étape de leur enfance , adolescence jusqu'à leur entrée à l'âge adulte , elle essaye de ne jamais trop les comparer , de ne jamais préférer l'un à l'autre , en est fière .
    Ora ressent qu'elle est rejetée par ses fils lorqu'ils deviennent des adultes , elle regrette de ne pas avoir eu une fille qui aurait rétabli l'équilibre dans la famille , 'la balance des sexes .'
    Ora , femme moderne ,intelligente ressent dans sa chair qu'il va arriver malheur à son fils , elle essaye de le garder vivant par les mots qu'elle adresse à Avram . L'auteur aborde aussi les conséquences du conflit sur la vie de tous les jours .
    Un livre bouleversant dont on ne sort pas indemne , surtout lorsque l'on sait que le fils de l'auteur , Uri , est mort lors d'une opération au Liban en 2006 .
    Je garderai longtemps un souvenir de mon voyage en Galilée en compagnie d' Ora et d' Avram .
    Merci à David Grosman pour cette lecture magnifique .
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    Critique de qualité ? (22 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par cicou45, le 30 mars 2012

    cicou45
    Ouawh...Je reconnais que j'ai mis un certain temps pour lire ce livre non pas parce que je m'ennuyais (bien au contraire) mais tout simplement car c'est un livre qui m'a réellement touchée, voire même bouleversée. Il m'a en quelque sorte remué les tripes (bon j'avoue que l'expression est un peu trop forte mais c'est un peu ce que j'ai ressenti et j'avais par conséquent besoin de faire des pauses entre temps, je ne pouvais pas le lire comme ça d'une traite sans ressentir au plus profond de moi toute la douleur et la détresse de cette femme, Ora). le contexte est aussi extrêmement complexe et dur puisqu'il s'agit du conflit israëlo-palestinien auquel je n'ai jamais compris grand chose je l'avoue tant celui-ci s'éternise et pour lequel, jusqu'à présent, je n'avais jamais porté un très grand intérêt tant cela me paraissait bien loin de moi.
    Ora, la protagoniste de ce livre est une femme extrêmement courageuse qui refuse de voir la terrible réalité en face ou qui au contraire ne la voit que trop bien. Elle s'indigne de voir son fils cadet, Ofer, s'engager dans le conflit alors qu'il avait été démobilisé et s'engage dans un pèlerinage, entraînant avec elle, son amour de jeunesse qui est aussi le père d'Ofer, afin de marcher pour ne plus penser à rien ou plutôt, grâce aux paroles qu'elle échangera avec ce dernier pour lui narrer la vie de ce fils qu'il n'a jamais vu et ne connaît donc pas, empêcher ce qu'elle redoute tant et qui paraît inévitable de se produire. Deux guerres se succèdent dans cet ouvrage mais ce que le lecteur ressent avant tout, c'est l'amour inconsidéré d'une mère pour son fils.
    Un livre très fort, poignant, inspiré des propres expériences douloureuses de l'auteur qui mérite vraiment d'être lu avec toute l'attention qu'il mérite. Un vrai chef-d'oeuvre à mon goût. A découvrir !
    En revanche, après une telle lecture dont on ne peut pas ressortir indemne, je crois que j'ai besoin d'une lecture très simple, histoire de me vider un peu l'esprit par rapport à toutes les atrocités que l'on voit déjà suffisamment autour de nous en ce moment. Aussi, vais-je faire l'honneur à l'insigne que Babelio m'a accordé de "Expert chick-lit". A suivre...
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    Critique de qualité ? (20 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 21 novembre 2011

    brigittelascombe
    Une femme fuyant l'annonce.... de la mort hypothétique de son fils cadet Ofer ("sa mémoire vivante", réceptacle de ses bons et mauvais souvenirs sur Haïfa) qui s'est porté volontaire, pour une opération près du Guilboa,alors que "l'état d'urgence a été décrété".
    "Comment ai-je pu l'envoyer se battre?"
    Culpabilité,panique,affolement,désespoir étreignent cette mère juive aimante et possessive.
    Son mari Ilan( dont elle est séparée depuis un an) et son ainé Adam sont partis au bout du monde. Alors, pour conjurer le sort, superstitieuse, une idée dénuée de toute logique germe dans son cerveau paniqué: "elle doit disparaître tant qu'il sera là bas" afin de le protéger.
    Elle part avec Avram, le père biologique d'Ofer, elle parle de l'avant à travers la Galilée dans un étrange voyage au coeur du "nous" bordé de sources naturelles et de vergers blancs.
    David Grossman, relate de façon très émouvante les affres de cette mère trop fusionnelle. Il est d'autant plus en empathie avec son héroïne qu'il a lui même écrit ce livre alors que son fils Uri accomplissait son service militaire dans les blindés (et l'a publié en 2006 après le décés de ce dernier "aux dernières heures de la guerre du sud-Liban.").
    Ce roman (prix Médicis étranger 2011) m'a vraiment bouleversée.
    Il est un cri. Celui de Münch peut-être au delà de la barbarie.
    Le cri d'une mère, oui, mais aussi celui d'une femme qui plonge dans le passé pour comprendre les raisons du pourquoi.
    Le cri de l'adolescente qu'elle a été, lorsqu'Ilan,Avram et elle ont scellé leur pacte d'amitié dans un hôpital aux portes de la mort.
    Le cri d'une jeune femme qui a tiré au sort celui qui est parti un jour en guerre et en est revenu cassé, souillé, comme mort à l'intérieur de sa coquille.
    Le cri d'une amante qui est "l'être vital" de l'autre qu'elle voudrait faire revivre de ses caresses et réchauffer de ses bras, sur fond d'interrogation: l'amour est-il toujours unilatéral?
    Le cri de David Grossman (dont Le vent jaune a reçu par ailleurs, en 2010 le prix de la Paix des éditeurs et des libraires allemands) pour dénoncer la déshumanisation de ceux qui portent atteinte aux droits de l'homme en soumettant,violant,tuant,torturant.
    C'est beau comme un amour plus fort que la mort.
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Critiques presse (5)


  • LesEchos , le 15 novembre 2011
    Avec « Une femme fuyant l'annonce », qui vient de recevoir à l'unanimité le prix Médicis étranger, David Grossman réussit à la fois un portrait sensible de femme, pivot d'une tribu, mais aussi celui d'une terre qui ne parvient pas à trouver la paix.
    Lire la critique sur le site : LesEchos
  • Cyberpresse , le 03 octobre 2011
    Une femme fuyant l'annonce est la très longue chronique d'une fuite. Mais au Moyen-Orient, il n'y a pas de fuite possible, même pour une minute.
    Lire la critique sur le site : Cyberpresse
  • LeSoir , le 12 septembre 2011
    David Grossman nous offre un roman magnifique. Inoubliable, « Une femme fuyant l'annonce » dit l'amour et la guerre à travers cinq individus.
    Lire la critique sur le site : LeSoir
  • LeFigaro , le 26 août 2011
    Dans Une femme fuyant l'annonce de David Grossman, une femme dont le fils se bat en Territoire occupé s'enfuit de Jérusalem vers la Galilée avec son amour de jeunesse. Le grand roman de l'écrivain israélien.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro
  • Lexpress , le 22 août 2011
    David Grossman a écrit un livre magistral sur le quotidien des Israéliens et la mort annoncée de son fils. Du roman comme exorcisme.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par philcoba78, le 24 mai 2012

    Mais papa, c'est mon boulot ! Je suis justement là pour qu'ils se fassent sauter au barrage et pas à Tel-Aviv !
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  • Par ACO, le 16 mai 2012

    Bonne idée au départ, bon début, mais après 300 pages ce livre devient trop lent, trop long...alors que si prometteur.....une déception....
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  • Par Petitebijou, le 29 mars 2012

    - Mais ne t'y trompe pas. Nous menions une existence bien réelle et très pleine, entre les enfants, le travail, les balades, les sorties le soir, les voyages, les amis. (La plénitude de la vie, se souvient-elle avec la voix d'Ilan.) Il y avait de longs intervalles, des années, où nous sentions à peine ton regard dans le dos. Enfin, pas des années. Des semaines, plutôt. Bon, d'accord, un jour par-ci par là. A l'étranger, par exemple, quand on partait en vacances, c'était plus facile de se libérer de toi. Ce n'est pas tout à fait exact non plus, parce que, même dans les plus beaux sites, les lieux les plus paisibles, je ressentais soudain comme un coup de couteau dans l'échine - non, dans le ventre, là, et Ilan aussi, à la même seconde, toujours.
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  • Par cicou45, le 21 mars 2012

    Il rit. "Maman, ce n'est pas un jeu, c'est la guerre." Alors à cause de leur arrogance - la sienne, celle de son père et de son frère, leur pantomime condescendante autour de ses points faibles -, elle réplique qu'elle doutait que le cerveau masculin sache distinguer entre le jeu et la guerre [...].
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  • Par raton-liseur, le 24 mars 2012

    Pendant le seder de Pessah, chez les parents d’Ilan, [Ofer] fond soudain en larmes parce qu’il ne veut plus être juif, on nous tue tout le temps, on nous déteste, la preuve, les fêtes ne parlent que de ça. Les adultes échangent un regard. « Voilà un argument difficile à réfuter », marmonne un beau-frère. « Ne sois pas paranoïaque ! » lance sa femme. Et quand il cite : « à chaque génération, ils se lèvent contre nous pour nous détruire », elle rétorque que ce n’est pas scientifiquement prouvé et que nous devrions reconnaître notre responsabilité envers ceux qui « se lèvent contre nous ». La discussion dégénère toujours en dispute. (p.435, Chapitre 7).
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