Albert Danon est seul. Sa femme Nadia vient de mourir d'un cancer, et son fils Rico est parti pour le Tibet. Bettine, une vieille amie, veuve elle aussi, s'inquiète pour Albert. Surtout lorsque Dita, la petite amie de Rico, emménage chez lui.
Un certain Doubi Do... > voir plus
Destins croisés d'un père et de son fils après la mort de la mère. Un roman composé de poèmes en prose, une divagation à plusieurs voix sur le désir, le deuil, la solitude des différents personnages, le père, la mère morte, le fils exilé, la petite amie, la voisine endeuillée et même le narrateur qui vient s'immiscer dans le destin de ses personnages.
Le récit est truffé de citations bibliques, l'écriture touche au plus juste, à l'intime.
Quelques personnages pour la plupart vivants, Albert, Dita, Rico, Bettine, Doubi ou en souvenirs très présents, Nadia, un narrateur, sans contrainte de forme, chassé-croisé de voix, de souvenirs et d'absences, deux générations, ici ou en voyage, des duos plutôt que des couples, des désirs immédiatement assouvis ou impossibles à formuler, des reproches pondérés, un harem d'ombres, un roman ou un poème, une nostalgie envoutante « Ainsi quelque part une ombre se profile aussi dans l'histoire ».
L’été quarante-six mon père et ma mère avaient loué pour les vacances une chambre
chez un tailleur à Bat-Yam. Une nuit, je fus réveillé par une quinte
de toux qui n’en était pas
une, c’était la première fois de ma vie que j’entendais un inconnu
pleurer de l’autre côté du mur. Il avait pleuré toute la nuit et moi,
éveillé, paniqué,
je n’avais pas osé bouger de crainte de réveiller mes parents
jusqu’à ce que le ciel blanchisse et que je me glisse sur le balcon ses
épaules tremblaient
un oiseau s’envola dans le silence de l’aube et l’homme le désigna en
disant n’y crois pas
petit. Cinquante ans ont passé et l’oiseau n’est plus,
ni l’homme. Ni mes parents. Seule la mer est encore là qui de bleue
est devenue grise elle aussi. N’y crois pas petit. Ou plutôt si. Crois-le. Qu’importe.
Le soir. La pluie tombe sur les collines nues du désert. La craie, le silex et l'odeur de poussière mouillée après un été torride. L'envie me prend d'être ce que j'aurais été si j'avais su ce que tout le monde sait. Être avant la connaissance. Comme les collines. Comme une pierre à la surface de la lune. Posé là sans bouger, confiant en la longévité des livres.